‹ qui comprend le onzième siécle de l'EgliseChapitre 4 sur 214 · Tome VII. c · texte numérisé non relu

Tome VII. c

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ligence d'une langue, tenons nous-en pour le présent à l'aveu qu'on nous fait ici.

Tous les Gaulois, soit avant qu'ils devinssent, soit après qu'ils furent devenus François par la domination des Francs, entendoient le Latin, et continueront à l'entendre jusqu'au douzième siècle. Mais comment lYn!endoient-ils, puisqu'ils ne le parloient pas dans les systèmes que nous réfutons? l'étudioienl ils? cette multitude innombraLle de peuples répandus dans nos Provinces, alloil-elle aux Ecoles? Nous avons montré, que depuis le sixième siècle, il éloit extrêmement rare de voir en ces temps d'ign<Tanee des Laies qui sçussent lire et écrire. Ils l'enlendoient néanmoins, comme on le prélend; et voici l'ingénieuse manière dont on l'éta- P- ,3i blit. ' C'est, dit-on, que tes Loir, tes Jugements , les Actes,

dont dépendent les intérêts les plus infimes des hommes, leur vie et leur fortune, étant rédigés en cette langue, il falloit pour connoitre son droit et ses intérêts, sur lesquels les hommes ne s'endorment point, en avoir une teinture plus ou moins forte, suivant l'éducation qu'on avoit reçue. On ne peut assurément mieux marquer les puissants motifs qu'avoit le peuple Gaulois et François, d'entendre et même de parler la langue Latine. Maison ne voit pas dans cette belle description, par quelle voie il réussit à l'entendre. Autre chose est le motif qu'on a de sçavoir une langue, autre chose la voie par où l'on y parvient. Le motif est insuffisant, si la voie ou le moïen vient à manquer. L'exemple suivant, qui ne nous tire point de la question, va mellrc la rhr.se en évidence.

Nous avons pris la liberté de demander à notre respectable Critique dans une litre particulière, et nous le prions de nous permettre de lui demander encore devant le Tribunal auquel il nous a cités : si le peuple François du quatorzième et quinzième siècle n 'avoit pas les mémos motifs et le même intérêt de n'ignorer pas le Latin, qu'avoierit les Gaulois et les François, depuis la domination des Romains jusqu'au douzième siècle ? Les Loix. on le sçait, les jugements, les Actes dont dépendent les intérêts les plus intimes des hommes, leur vie et leur fortune, étoient encore alors rédigés en celte langue. Ajoutonsde plus, pour fortifier ce raisonnemi nt, la circonstance suivante qui est à considérer. Ce peuple assisloit tous lesjous aux Messes, aux Offices divins, à l'administration des Sacrements qui se faisaient en la même langue. Néanmoins avec

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lous ces motifs el ces secours, ce peuple sçavoit-il, ou entendoit-il le Latin ? Personne n'ignore que non. Maison va voir comment il l'cntendoit dans les premiers siècles jusqu'au douzième, et pourquoi il ne I'entendoit pas dans les suivants.

Pour y procéder avec plus de rmthode, et mettre les choses dans le plus grand jour, posons des principes avoués de part et d'autre: ou au moins si solidement établis, qu'on ne puisse raisonnablement s'y refuser. Ce seront autant de vérités fondamentales, d'où nous tirerons les conséquences qui en résultent naturellement.

Premier principe, le Latin étoit entendu de tous les Gaulois et François, depuis la domination des Romains jusqu'au douzième siècle. C'est de quoi nous convenons avec notre sçavant Aggrcsseur, et sur quoi nous n'avons avec lui aucune contestation. Seulement il s'agit en conséquence de ce principe, de sçavoir par quelle voie ils parvinrent il l'entendre. 11 nous-paroit que l'intelligence d'une langue exige préalablement une des quatre conditions suivantes. Il faut ou la parler, ou l'avoir étudiée, ou en sçavoir une autre avec laquelle elle ait un rapport essentiel, ou enfin avoir demeuré un temps suffisant avec un certain monde qui la parle dans le familier, el les autres usages ordinaires de la vie. Nous n'y voïons point de milieu : a moins qu'on n'ait recours au don surnaturel des langues, qui n'a pas lieu ici.

L'on a montré que le peuple des Gaules n'avoit point étudié le Latin. Ainsi ce n'est point par cette voie qu'il en avoit acquis l'intelligence ; et nous n'appercevons point, qu'il puisse y avoir de difficulté sur ce point entre notre Adversaire et nous.

Ce peuple ne pouvoit pas non plus entendre le Latin par la connoissance d'une autre langue, avec laquelle il auroit eu un rapport essentiel : c'est-à-dire, un rapport pris de la nature de l'une et l'autre langue. Tel est le rapport qu'il y a entre l'Italien et le Provençal, entre le Limousin et l'Italien : en sorte que quiconque sçait l'une de ces trois langues, entend quelque peu les deux autres. La raison en est qu elles sont toutes trois sorties du Latin, et qu'elles ne sont presque qu'un Latin corrompu. Les Gaulois n'avoient pas un pareil secours pour entendre le Latin. On a vù qu'anciennement ils partaient la langue Celtique et la Gréque. Plusieurs purent même apprendre le Tudesque après que les Francs se furent

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habitués dans nos Provinces. Mais qui oseroit dire que la connoissance de ces langues les ail conduits à celle du Latin ? il y a Irop de différence entre leur nature et leur analogie.

Peut-être dira-l-on qu'ils réussirent à l'acquérir au raoïen de cette langue maternelle et populaire, qui a été en tout temps dans les Gaules, et dans laquelle se fdtra insensiblement la langue populaire des Humains. Mais nous ne craignons pas d'assurer, que cela n'a pù se taire; et la raison en est peremptoire. C'est que celte langue prétendue ancienne est chimérique, n'en déplaise h son ingénieux Auteur. Nonseulement personne ne l'a connue avant lui, et l'on n'en trouve aucun vestige dans toute l'antiquité : mais il la donne encore pour le Roman , et elle n'est point le Roman , ce qui manifeste sa supposition. Qu'elle ne soit pas le Roman, rien n'est moins équivoque. On la suppose en premier lieu existante dès les premiers lemps de la domination des Romains ; et notre Roman ne se forma, et ne fui connu en qualité de langue différente du Latin, toulau plutôt que vers la fin du huitième siècle, ce qui sera prou.é dans la suite. On prétend d'ailleurs que le Celtique faisoit le fonds de cette langue imaginaire ; et c'est le Latin qui a fait le fonds de noire Roman, comme il sera démontré.

La quatrième voie marquée plus haut, qui auroit pù conduire le peuple Gaulois à l'intelligence du Latin , seroil d'avoir demeuré avec un certain monde, nui l'auroit parlé dans le familier et les usages de la vie. Cela supposeroil, que ce monde auroit été nombreux, et répandu par toutes nos Provinces, et ne détruirait point noire sentiment. 11 seroil arrivé dans ce cas, que la plupart du peuple auroit appris à le parler. Ainsi il seroil toujours vrai de dire, que le talin auroit été vulgaire dans nos Gaules. Il en est de même de notre langue Françoise en nos jours. On la parle dans toutes nos Provinces, où elle a différents dialectes. 11 y a cependant quelques gents de la campagne qui ne l'entendent pas encore, et un plus grand nombre qui l'entend et ne la parle point. Elle n'en est pas moins pour cela la langue vulgaire du Roïaume. Mais la vcrilable voie par laquelle le peuple Gaulois réussit à entendre le Latin, c'est qu il le parloit, et en avoit fait sa langue vulgaire. On en a d ja des preuves décisives; et on en aura encore d'autres avant la fin de cette première partie.

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Second principe. Le Latin depuis la domination des Romains dans les Gaules, jusqu'à celle des Francs et des Bourguignons au cinquième siècle, y fut la langue la plus commune. C'est ce qui a été constaté, et par la pratique des premiers ouvriers Evangcliques qui y portèrent le flambeau de la Foi, et par tout ce qui a été dit de l'état alors brillant de cette langue dans nos Provinces. Notre habile Critique lm. n'est pas éloigné de convenir de ce principe; puisqu'il avoue, que l'usage du Latin y étoit trop commun et trop nécessaire, pour qu'on puisse croire qu'il y * ùt quelqu'un qui l'ignorât absolument ; et I on a montré ce qu'il falloit pour ne le pas ignorer absolument, c'est-à-dire, pour l'entendre.

Autant il étoit commun sous la domina ion des Romains, autant il le fui depuis, jusqu'à ce que le Roman prit sa place. C'est .ce qui est aisé à déur nlrer. D'abord il est incontestable, que les motifs de ne pas ignorer le f-atin étoient les mêmes, par les raisons qu'on a rapportées plus haut. D'ailleurs les Francs et li s Bourguignons, qui vinrent s'ha- Hut. u. d« i* Fr. bituer dans les Gaules après en avoir chassé les aulres barba- •• res, qui s'y étoient jettes pour peu de temps, s'incorporèrent avec les Gaulois, naturels du pais; et bien loin de les obliger à parler leur langue Tudesque, ils s'accoutumèrent à parler celle qui étoit à l'usage des Gaulois, c'est-à-dire, la Latine. Nous avons pour garant de ce fait un célèbre Historien du dixième siècle, Luitprand d'abord Diacre de l'Egli- unp. twi. i. 4. e se de Pavie, pui.^ l'.vèque de Crémone. Outre celle aulori- **' té, nous avons d'autres premes du même fuit dans les événements qui se passèrent alors. Nous seavons effectivement, que Clovis I accommoda la Loi Salique. qui est le premier Code bien connu de la Nation des Francs, au langage des Gaulois ses nouveaux sujets. Ou sçail encore, qu'on ne changea point alors la langue de la Liturgie ; et cela n'étoit pas nécessaire, par la raison que les vainqueurs n'éloient qu'une poignée de gents, en comparaison de ces peuples sans nombre répandus dans nos Provinces. Tout le changement qu'apporta la nouvelle domination au langage du pais, qui étoit un Latin passable, quoique mêlé de quelques termes Grecs et Celtiques, fut de le faire dégénérer en un Lalin barbare et corrompu. Et ce ful-là l'origine primitive de notre Roman ; mais procédons avec ordre, et n'anticipons rien.

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Si le Latin, quel qu'on Tait parlé, a été la langue la plus commune dans les (îaules pendant tous ces tems-là,il y a donc été la plus usitée. Y a-t-il quelque différence entre ces deux qualifications? et s'il y a été la plus usitée, n'y a-t-il pas été la vulgaire, qui est à l'usage des gents non Ietrés, p.*M.diï6* L' Fr" comme des autres? Pourquoi donc' taxer d'erreur un sentiment qui l'établit sur des preuves aussi décisives? Il est lacheux pour nous que les autres occupations lileraires de notre laborieux Critique ne lui aient pas permis de lire les divers endroits de nos volumes précédents, où elles sont répandues en partie. Maintenant que nous les lui faisons voir comme d'un seul coup d'œil, son équité le portera à nous rendre plus de justice, jouro. a« stny. Nous espérons la même chose de la part ' du sçavant Auteur du Journal de Paris, qui annonçant à touto l'Europe ce trait de censure contre notre sentiment, la laisseroit elle-même dans l'erreur, en lui laissant croire, que notre Aggresseur » auroit montré, que jamais le Latin ne fut une » langue naturelle, ni la langue vulgaire des François. Que » le gros de la Nation dans l'usage ordinaire de la vie, resta » toujours attaché à la langue qu'ils tenoienl de leurs pères » tandis que la langue Latine étoit en possession de régner » seule dans les Eglises, dans les Chaires, dans les Tribu- » naux, et dans ce qu'on appelloil le monde poli. « Qu'on ait recours à l'écrit de notre Adversaire ; et l'on verra qu'au lieu de le montrer, il n'a fait que le supposer, sans se mettre en peine de le prouver. Mais pour nous, nous osons nous flater d'avoir démontré le contraire ; et si les preuves précédentes ne suffisent pas, en voici encore d'autres.

Que pourroit-on opposer de raisonnable à la suivante, qui subsiste encore aujourd'hui, malgré toutes les diverses révolutions arrivées dans le cours de douze siècles entiers? Elle est prise cette preuve du jargon de plusieurs peuples des Provinces méridionales du Roïaume, telles que sont le Querci, le Limousin, l'Auvergne, le liugei, et peut-être encore quelques autres, sans parler de la Provence et du Languedoc, qui pourront venir ailleurs sur les rangs. Chose surprenante et singulière, mais néanmoins vraie. Ces peuples oui ont été beaucoup moins, ou presque point, mêlés avec les Francs, et dont quelques-uns ont retenu jusqu'ici l'habit et d'autres façons de vivre des anciens Gaulois, par-

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lent encore en nos jours un langage qui est presque lout Latin, aux inflexions et terminaisons près, el à quelques mots Grec?, Critiques et Fnnçois, qui s'y sont glissés, niais fort peu de François. Los Sçavanls auroient peine à nous en croire sur noire parole, si nous n'en apportions des exemples en nombre suffisant. Demandons auparavant grâce à nos Lecteurs. Après tout si nous exerçons un peu leur patience, ils n'en perdront pas enlieiemenl le fruit. Ils apprendront au moins que l'attention qu'on donne à la nature des termes d'une langue, quelque grossière qu'elle paroisse, y fait découvrir une élymologie avantageuse.

On fercil un Dictionnaire entier des façons de parler de ces peuples, qui font à notre sujet. Mais nous serons sobres sur l'article. Ils disent c or pour cœur; paa. pour paix ; aoux, pour croix ; noux, pour noix; ponts, pour puis, de la bouillie : tous ternies purement Latins. Un seait en effet à l'égard des trois derniers, que le crux, le nux el le puis, se prouonçnienl autrefois comme les prononcent encore ces peuples. Les Etrangers qui parlent Latin, leur donnent aussi le même son, parce que Vu dans celte langue étoit originairement comme le rlwurec des Hébreux el sonnoit en ou. C'est ce que nous autres François retenons encore, lorsqu'il esl suivi d'un m, comme dans ces monossillabes : num, ium, cutn. 11 est encore à remarquer que les noms féminins terminés en a dans le Latin, se terminent de même dans le jargon Auvergnat. On dit Barba , Anna , Maria, Joana, Maryarita, Cat/iarina, Francesa, Braya; Santa, pour Sainte, una Lega, pour une lieue. Revenons à notre liste.

Les peuples dont il s'agit, disent aussi vîmes pour des osiers, de riment ; nore pour bru, ou belle-fille, de nurus ; cera pour de la cire ; correja pour courroie , de corrigia ; pera pour pierre, de petra, dont on n'a fait que retrancher le/; houra pour heure, de boni, où l'on n'a fait qu'ajouter un u ; conebe pour un bassin, ou grande jatte, de coucha', ouïe pour un grand pot, ou marmite, d'otla, ollela pour un petit pot: touaille pour nappe, de tobalea ; penne pour un ballai à enasser la poussière, de pentta; clau pour clef, de ctavis; tutu pour batleau, de navis; hasie pour la broche à rôtir, de Iiasta ; escudclle pour une écuelte, de scutella; vie pour un sentier entre deux haïes, et quelquefois pour rue, de via ;

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vida pour vie, de vif a; roda pour roue, de rota; Nègre pour noir, de niger; scarr, nu segur, pour assuré, de securits; liec/t pour lit, de lerium; mati pour main, de manus; Faure pour Forgeron, ou TaillMidier, de fnber; mar pour mer, de mare; pecea pour péché, de peccafum; peeeadour pour pécheur, de pecca/ur; Piéton /pour boulangi-r, ùepistor; nas pour le nez, de nasits; inoneda pour monnoïe, de morieta \ veichade pour de la glu, de w'w ; embouti , ou emboutit! pour le nombril, d'umbdtcns ; chandelahre pour chandelier, de candelabruni ; bontn, ruritn pour bonté et cliarité; /;<? au lieu de pied; mustiala nue ln lelie, de muslela; vernie pour un ver, de venais, vcrimuoiis qui a d< s \ ers : /w»7 pour jardin, de horius.

Ce n'est pas seulement ('ans le- noms substantifs et adjectifs, ijiie ces pr uples oui retenu une inliiiilé de mots tous Latins, comme on voit, ils ont fait ia même chose dans les verbes et les adverbes et conjuguent les verbes comme les Latins. Ainsi ils disent de fore pour dehors, de foras ; ben, ou simplement bé pour bien, de bene; maig en mouillant le g et faisant sonner Va pour plus, davantage, de magis; antan l'a;. née dernière, (Vante- annum ; hujam pour jusqu'ici, «le hue jam ; es cendre pour rompre, déchirer, cxrindere ; csroudre pour battre h- bled, A'rscutere ; fugir pour fuir, de fugerc; dio pour j'entends, lorsqu'on répond à une pust une qui nous parle, àaudio : où l'on \oil le ^énie (iaulois qui aimoità s'exprimer brièvement, ils disent encore se cremar pour se brûler, d-- rrcmare; se recordar pour se ressouvenir, de teeortfari ; segué pour suivre, de segui '; i l'ai secul ; i l ai secule, pour je l'ai suivi, je l'ai suivie; e/// ci 'as-tu, pour où étois-tu; e»/ crant-ils pour où etoient-ils? on voit dans ces deux expressions barbares deux mots bien Latins qui y sent enchâssés, eras, erunt. Ama me, aime moi; a juda mé, aide moi; venias à tne\ xenezà moi.

Nous ne nuirions point, si nous voulions entrer dans un entier détail. Donnons cependant encore quelques exemples pour plus grande conviction. On dit dans quelques-uns de ces pais se maritar, ou maridar pour se marier, et marilade, ou maridade; pour la mariée, marital, ou maridad poulie marié, de maritare; i li dissi pour je lui dis, ego illi dixi, où l'on voit qu'ils prononcent \'x comme d eux ss, ainsi que dans les autres mots où il se trouve. Rien n'est plus commun

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parmi ces peuples, sur-tout aux mères à l'égard de leurs petits enfants, que de leur dire en les appel lant à elles : vent, veni, en prononçant même la première syllabe brève, telle qu'elle est de sa nature. Ils disent encore iémavant pour ils aimoient , et amariou pour j'aimerois , de amabant et amarent. Il est clair que le premier mot émavant est tout Latin à l'inflexion près de la première syllabe, et à Vu qui est mis pour un b, ce qui est très-ordinaire dans le langage de ce païs-là. Il en est de même d' amariou, qui est Latin à la terminaison près, et à'ajudavo, dont on se sert pour dire il aidoit.

Mais ce qui mérite plus de considération, parce qu'il appuie encore mieux ce que nous établissons ici, c'est de voir que ces peuples retiennent même des constructions et des phrases toutes Latines. Outre les exemples qu'on en vient de lire, en voici encore des plus frappants. Us disent des rantelles pour des toiles d'araignées, d'aranearum telœ, dont ils ont formé le terme vulgaire déranteler pour ôter les araignées; Dilan, Dimar, Dimecre, Dijov. pour Lundi, Mardi, Mercredi, Jeudi, de dies luriœ, dies Martis, dies Mercurii, dies Jovis. On apperçoit encore dans ces expressions le génie Gaulois, qui tend à abréger les mots. Les Paisans d'Auvergne voisins du lieu où étoit bâtie l'ancienne et fameuse Gergovie, y montrent un endroit qu'ils nomment encore la vie de Jove, c'est-à-dire, la rue de Jupiter, via Jovis. Il y a aussi tout près de Limoges une montagne, qu'on nommé le mont Jove, la montagne de Jupiter, parce peut-être que celle fausse Divinité y étoit adorée.

Avant que de passer aux phrases entières, il importe de faire observer, que le hoc Latin est d'un très-grand usage, sur-tout dans le jargon Limousin. Mais on le prononce coh, en transposant la première et dernière Ielre; et l'on dit qui est coh. qu'est cela ; quid est hoc* coh n'est ré, ce n'est rien, ou ce n'est chose réelle; hoc non est res. Coh est coh, c'est cela même ; hoc est hoc Cise coh, et au plurier, visas coh, voïés cela; / vole bé coh, je veux bien cela, où l'on peut remarquer le volo des Latins, au lieu du je veux des François; Quodhinchi, que l'on prononce comme ne faisant qu'un seul mot, mais où l'on en discerne trois, qui sont bien Latins, quod, hinc> hic, ce que voici. / volont se recondret ils veulent se cacher; / volont ligir un libre, ils veulent lire un

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