‹ qui comprend le onzième siécle de l'EgliseChapitre 6 sur 214 · Tome VII. g · texte numérisé non relu

Tome VII. g

I AVERTISSEMENT

ante sœculi.t renatum, brevi per oninem Italiam, el le reste qui ne fait rien à notre dessein.

Rien de plus commun en France les premières années du douzième siècle, que la poésie Romancière, sur-tout dans le genre érotique. Tout le monde sçait, quoique notre m. de Fn. Aggresseur le dissimule, ' qu'Abélard , qui étoit aussi inge- Bui. i. 2 ' p. nieux à inventer des plaisanteries pour égaïer , que fécond en subtilités philosophiques, se rendit fameux par cette sorte de Poésie. Les chansons tendres et galantes qu'il composa, étoient, dit-on, notées en musique, et dans la bouche de tout le monde. Heloise, qui en avoit fourni la matière, se ressouvenoit long-temps après, qu'en acquérant à leur Auteur l'estime des gens même non letrés, elles avoient attiré à celle qui pn étoit l'objet, la basse jalousie des personnes de son sexe.

rw. Bai. ib. p. ' || n'v euj jusqu' à S. Bernard, qui dans sa jeunesse ne fit de cette sorte de Chansons, et des Vaudevilles. Ce fut

3"™ <»vil 1 1 r' sans doute après qu'il se vit privé 'des instructions de la pieuse Adèle sa mere, qu'il perdit, n'aïant encore quequa-

Era«. Bni.ii,. torze ans. ' Un Disciple d'Abélard lui reprochoit dans la suite , d'y avoir même donné une forte application, afin d'éclipser ceux qui sexerçoient comme lui à ce genre de versi-

***** - m*», ep. le. fication. ' Pierre de Rlois, Archidiacre de Bath, faisoit dans sa vieillesse sa confession publique, de ce que dans le feu de son adolescence , ce qui peut remonter au-delà du milieu de ce même siècle , il avoit perdu du temps à faire aussi des chansons erotiques el peu convenables à un Chrétien. Guillaume son frère, et un autre Pierre de Blois Chanoine de Chartres, leur Contemporain, étoient précisément dans le même cas. Outre les Cnansons, Guillaume se mêloit encore de faire des Comédies et des Tragédies.

Il faudrait passer les bornes d'une juste réponse, si nous entreprenions de faire avec quelque détail l'énumeration de tous les Poète* Romanciers au commencement du douzième siècle. Le Comte de Poitiers et Ebole de Vantadour , dont il a déjà élé parlé, et qui vivoient encore alors, viendraient encore une seconde fois sur les rangs. On ne peut raisonnablement douter qu'il ne s'agisse de poésie Roman-

aÎ'i. v'p.'im ciere ' ^ans ce 1ue Guillaume de Malmesburi nous apprend de la Reine Mathilde, femme de Henri I Roi d'Angleterre, morte en 1M8. Celle Princesse atliroil a sa Cour

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par ses libéralités toute sorte de Sçavants. Ceux en particulier qui s'étoient fait de la réputation par leurs vers, et qui avoient le talent de bien chanter, s'y rendoient par troupes. Quiconque réussissoit à plaire à Mathilde par quelque nouvelle pièce, s'estimoit heureux. (Ju'on n'oublie pas, que dès 1043 on parloit Roman à la Cour d'Angleterre; et l'on comprendra, que les Poètes Romanciers y étoient en grand nomDre au temps de cette Princesse.

' Herbert de Moine de Clairvaux Archevêque de Torres s!"b. rï en Sardaigne, nous apprend un usage de Normandie, qui suppose que la poésie Romancière y étoit fort commune au temps qui nous occupe ici. C'étoù la coutume dans cette Province, qu'aux processions un peu longues les femmes chantassent des Cantiques, qui n'étoient pas toujours purement spirituels, ce qui les fait nommer nugaces cantilenas par notre Ecrivain , tandis mie le Clergé respiroit quelques moments pour se délasser mi chant ecclésiastique. Quoiqu'Herbert n'écrivit ceci qu'en 1178, il parolt que la coutume dont il parle, étoit déjà d'ancienne date.

Combien d'autres pièces de vers eu Roman , antérieures à l'année 1 1 50, découvririons-nous, si nous avions la faculté de fouiller ' dans les Bibliothèques des anciens Monaste- Jourll 1712. p. res de Provence, dans lesquelles M. Huet croioit en son iM'm temps qu 'étoient ensevelis les ouvrages des anciens Troubadours, les Princes de la poésie Françoise? Tels sont les Monastères de Lerins, où demeuroit le Monye des isles d'or; de Montmajour près d'Arles, où vivoient Hugues de San- Césari, et un autre Monge, surnommé le Flagel des Troubadours; enfin de S. Victor de Marseille, lieu de la relraile de Rostaing de Brignole, et du Moine Hilaire, qui ont écrit l'histoire des Trouverres et Chanléres. L'illustre Ecrivain cité étoit persuadé que la première, véritable et presque unique source de la poésie Françoise ne se trouve avec certitude qu'en Provence. Ce n'es't donc pas en Normandie, comme le voudrait notre Aggresseur. qu'il faut l'aller chercher.

Avant que de finir ce qui regarde l'antiquité de notre poésie, qu'il nous soit permis de lui demander, s'il ne reconnût! pas l'ancien Poète Chimique ' cité par Borel, pour an- Bor. ib. i>. m. terieur au milieu du douzième siècle? Nous avons une règle assez sûre pour en juger. C'est de rapprocher des vers de

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Maître Vace et des autres de même date, les suivants qui sont tirés du Poète Chimique. La rudesse et grossièreté de ceux-ci leur feront infailliblement adjuger l'avantage d'ancienneté sur les autres.

Ja si an quatre principal, L'un nègre que es fach prumiA.

Et l'autre quand es blanc cotlo, Et ter quant es incincrat, Bl quart quant es rubificat.

On voit par cet échantillon , et on le verra encore par d'autres dans la suite, que nos anciens Poètes se seroient étrangement trompés, s'ils s'étoient proposés de rendre immortelles les productions de leur Muse. La longueur des temps et le changement du langage les ont fait disparoître ; et il n'en reste plus que les carcasses, où l'on découvre quelque chose de fort brute et de fort irrégulier, avec une suite, souvent assez longue, de la même rime sans diversité, ni aucun mélange de la rime masculine avec la féminine. Mais il ne s'agit pas ici de la construction de ces pièces. 11 n'est question que de prouver par-là l'ancien usage qu'on a fait de la langue Romance dans les écrits. Nous nous flattons d'avoir démontré, par l'antiquité des poésies Romancières , que cet usage est fort antérieur à l'époque que voudroit lui fixer notre sçavant Critique.

Les preuves qui l'établissent montrent en même temps, •»q. mil. i. t e. que bien loin que ce soit ' les vers Latins rimés qui aient seras*' 1 ,oor' ' *" vi de modèle a la manière de versifier en Roman, comme le prétendent quelques Ecrivains de réputation, c'est tout le con- Hi»u Lit. d» u traire. ' On trouve , il est vrai, de celte sorte de vers Latins s^ t. p. p. «7. dès ie dixième siècle; mais la poésie Romancière avoit précédé cette époque, comme on l'a vû. Un puissant indice que ce genre de poésie fit naître le goût pour les vers Latins rimés , est de voir qu'ils ne devinrent un peu communs qu'après, ou tout au plutôt, vers le milieu du onzième siècle, lorsqu'il y avoit déjà longtemps que la versification en Roman avoit passé comme à la mode. C'est encore de-là que vint à nos Ecrivains en prose, sur-tout aux Auteurs de Légendes, le mauvais goût pour les consonances, si fréquentes et quelquefois si affectées dans leurs écrits.

AVERTISSEMENT

Après la poésie, le premier usage qu'on fit de notre langue Romance, fut de l'emploïer à faire des traductions, en laveur de ceux qui commençoient à ne plus entendre le Latin. Que nos Lecteurs aient la bonté de se souvenir des ordonnances réitérées que firent à cette occasion nos Evêques François en divers Conciles dès l'année 813, et que nous avons rapportées plus haut. Voilà une époque non équivoque pour dater les premières traductions faites en Roman. Qui auroit la témérité de nier qu'il ne se fût trouvé dans toutes nos Provinces aucun Evèque, ou autre Ministre inférieur , qui eût obéi aux Décrets de ces Conciles, après qu'ils leur furent connus? Ne seroit-ce pas les taxer tous sans exception d'un mépris formel pour les Loix de l'Eglise, et les charger d'une négligence impardonnable, à l'égard des peuples qu'ils étoient obligés d'instruire? Nos François auroient-ils eu, en ce point, plus d'insensibilité pour les besoins spirituels des simples, que n'en eurent les Allemans? ' N'avons-nous pas fait voir, que ceux-ci dès le siècle môme hui. ui. * urr. de la tenue 'des Conciles en question, emploïerent leur lan- ,b p 370 371 gue à traduire et paraphraser en faveur du simple peuple de leur nation, les plus beaux endroits des quatre Evangélisles, avec des réflexions morales ? ' A faire des versions de l'Orai- p «». son Dominicale, du Symbole des Apôtres, de celui qu'on attribue à S. Alhanase, de quelques autres Formules ou professions de foi, des Cantiques Magnificat, Benedictus, et autres? Enfin à composer même en la môme langue des Sermons et Homélies du temps, et sur les fêtes des Saints? Nos François auroient-ils eu et moins d'attention et moins de zélé ? que nos Lecteurs en soient les Juges.

Mais, dira notre Censeur, on ne voit aujourd'hui aucune de ces traductions en Roman. Y auroit-il pour cela de la justesse à conclure qu'on n'en fit point? Que penseroit-on maintenant d'un Ecrivain, qui sur le même principe auroit soutenu, avant qu'on eût publié les traductions en Tudesque, que nous venons de nommer, qu'on n'en avoit point lait alors en cette langue? Nous n'avons pas d'ailleurs contracté d'engagement d'en produire de ce temps-là en langue Romance. 11 nous suffît pour détruire l'opinion du Contradicteur et confirmer la notre, de lui citer de ces traductions, qui soient antérieures au milieu du douzième siècle. En voici une assez bonne liste, qui ont réellement existé, ou qui existent encore actuellement.

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i* Long, bib ne > jjn manU9Crjt appartenant autrefois aux Religieuses Cordelières de Longchamp près de Paris, et maintenant à la Bibliothèque des Cordeliers de cette Ville, nous fournit une traduction des quatre Livres des Rois , avec quelques explications en la même langue, insérées de fois à autres dans le texte môme. Deux raisons nous autorisent à donner cette traduction comme faite dans le cours du onzième siècle, si même elle n'est encore plus ancienne. C'est ce qu'attestent et la beauté du manuscrit, tant pour le caractère, que pour le velin , et la grossièreté du langage. Les bons connoisseurs ne font point difficulté de reconnoitre le manuscrit pour être de la fin du même siècle, ou au moins des premières années du suivant; et quiconque se connoît un peu en Romancerie, et voudra se donner la peine de lire quelque chose du texte, y reconnoilra notre Romance dans le premier ftge de sa formation. Mais en lisant il faut être attentif à prononcer 1m en ou : ce qui est à observer dans les autres écrits de ces tempslà en la même langue, p MS- 1 ' Dans le même manuscrit suivent immédiatement les deux

livres des Machabées, que le P. de la Haye a pris pour ceux des Parai ipom eues, traduits en la même langue que les précèdent*. Il y a cependant cette différence entre eux, que ces deux Livres sont en un caractère un peu plus récent, et que le langage en est moins rude et moins informe. C'est ce (jui fait qu ils ne nous paraissent que du douzième siècle. »» 1 ' A la Bibliothèque du Roi est conservé un manuscrit //t-H".

cotte 8177, qui passe pour être du siècle précèdent, et qui contient une traduction des Pseaumes en Roman. Après cette notice du manuscrit, il suffit de rapporter le premier verset de cette traduction, pour persuader aux Lecteurs intelligents, qu'elle est du onzième siècle. Voici ce verset. Li hons est beneures qui non a/a el conseil des félons, et non esta en la voit! des pecheors, et non cist en la chaere de jwstilence.

'On voioit autrefois à la Bibliothèque de Nortfolck, un très-vieux Psautier, enrichi de notes interlinéaires en jargon François. Son antiquité jointe à la beauté du caractère nous est un garant qu'il appartient au même siècle : soit qu'il eut été fait en Angleterre, ou notre Roman étoit tout commun , soit qu'il y eut été porté de Normandie, dont on y reconnolt l'Idiome.

Notre difficultueux Critique, qui a paru vouloir contester

Angl. bib. I par. * . n. 3141

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la date de quelques unes de ces anciennes traductions, sans se mettre en peine d'en donner des raisons solides, que pourroit-il opposer de raisonnable à la date des traductions suivantes?' On conservoit encore à l'Abbaïe de S. Milhan de 7.'V"8P' la Cuculle dans la vieille Navarre, au temps de Dom Nice- ^iw3 " iT* » 1 ' **' las Antonio, premier Auteur de la Bibliothèque Espagnole, une traduction de la Bible, et une autre des Morales du Pape S. Grégoire, l'une et l'autre en langue vulgaire du temps. L'Ecrivain cité qui rapporte le fait, comme en étant fort assuré, atteste que c'est un des travaux deGrimoald, ou Grimold, Moine du lieu, et Auteur de plusieurs autres ouvrages écrits en Latin, nommément de la vie de S. Dominique, Abbé de Silos, mort en 1073, dont il étoil contemporain. Ce traducteur fit, comme l'on voit, ses versions avant la fin du onzième siècle ; et il y a toute apparence, qu'il étoit un de ces moines François, qui furent alors appelles en Espagne, où ils contribuèrent beaucoup à renouveler la face de celte Eglise, ainsi que nous l'exposons dans notre discours historique qui suit. On ne peut raisonnablement en douter, lorsqu'on entend louer le talent qu'il avoit de bien écrire en Latin, Latino et eleganti stilo : talent que n'avoient pas alors les naturels du païs opprimés par les Musulmans.

Quant à la langue vulgaire, qu'il emploïa dans ses versions, elle n'étoit sans doute autre qu'une de ses dialectes qu'on nomma dans la suite ' la langue Limousine et la Gas- îî* c*°4 ,b* n cone. On sçait effectivement, que la première étoit la vulgaire de la Catalogne et de plusieurs autres Provinces d'Espagne, et l'autre celle de la Biscaïe et de la Navarre. La Castillane ou Espagnole proprement dite, étoit alors trop informe, et trop mêlée de mots barbares, dont elle ne fut purgée qu'après que les divers Roïaumes d'Espagne se trouvèrent réunis sous la domination d'un seul et même Souverain.

' M. l'Abbé le Beuf atteste de son côté, qu'il a vu dans i'^. *V les Bibliothèques de Paris des traductions du Livre de Job, de ceux des Rois, et des Dialogues du même S. Grégoire en langue Romance, et qu'elles portent des marques de la fin du onzième siècle, ou du commencement du suivant. Leurs titres ainsi énoncés ne permettent pas de les confondre avec celles du Moine Grimoald.

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p*i. Due. «tri. e. ' ^ traductions en la même langue d'Atton, Chapelain de l'Impératrice Agnès morte en 1077, puis Moine du Mont Cassin, qui éloient en grand nombre, sont d'une date encore plus certaine. Ce laborieux Traducteur, dont nous parlons plus en détail dans notre discours historique, étoit vraisemblablement de même pais que la Princesse qui lui avoit donné sa confiance, et qui étoit fille d'un Comte de Poitiers. Son travail n'alla à rien moins, qu'à mettre en langue Romance, cothurnato sermone in linguani Romanam, tous les écrits que le célèbre Constantin son maître avoit traduits

c. *3. des autres langues en Latin. ' Ecrits qu'on fait monter à

vingt volumes, ou environ, divisés en plusieurs livres, et tous sur les principales parties de la Médecine.

u us** bib* Fr' ^n c°n9erve à la Bibliothèque du Roi, entre les manuscrits de M. Colbert, qui avoient auparavant appartenu à Du Chêne, un volume in-folio, qui contient une traduction en la même langue de l'histoire de Geoffroi de Mala-terra. Elle a été faite par un Moine du Monl-Cassin, qui l'a dédiée à Didier son Abbé, avant qu'il fût élevé au Souverain Pontificat, et par conséquent avant le vingt-quatrième de Mai 1086. Cette date est-elle douteuse, ou équivoque? On voit ici au reste, que ce Traducteur n'est autre incontestablement que le Moine Alton, oui a prêté sa plume aux traductions

yîtm n an' précédentes. ' Les traductions de la vie de S. Vandrille et

i 9. P. «7. n. s. de quelques autres Saints par Thetbauld de Yernon remontent encore plus haut.

Celle de l'histoire de la première translation de S. Thibauld de Provins, mort en Italie l'an 1066, et dont le corps fut levé de terre et transféré en 1074, n'est d'une dategueres moins ancienne que les versions d'Atton. Cette histoire aiant été écrite aussi-tôt après l'événement, fut ensuite mise en vers Romanciers, par un François qui traduisit aussi de la même façon l'histoire de la seconde Translation, qui se fil en 1078/ L'histoire de celle-ci fut écrite incontinent après, d'abord en Latin, comme il semble ; quoiqu'il y ait aussi de l'apparence en faveur de l'ancienneté de la traduction, comme aïant précédé la relation Latine. Dom Mabillon avoit vu l'une et l'autre traduction dans un manuscrit de Lagni d'une grande antiquité.

Tm/ *p io^iot** ' ^ale^ rapporte une partie des miracles de sainte Foi , traduits en vieux vers Gascons. Ces miracles furent écrits en

Latin

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Lalin par Bernard Scolastique d'Angers, avant l'année 1026 ; et nous montrons à la page 310 de ce présent volume, que la traduction en fut faite avant la lin du même siècle.

' Celle de Darès Phrygien paroit au moins aussi ancienne. *ontf. a», it. p. Elle se trouve à la Bibliothèque Ambrosiene à Milan, dans 19' un manuscrit que Dom Montfaucon , qui l'avoit examiné , et qui en a copié seize vers, jugeoit être du douzième siècle. Mais il y a une règle pour connoitre que la traduction remonte encore au-delà. C'est de confronter les seize vers copiés avec ceux du Poète Vace, dont on sçait la date précise; et l'on découvrira, qu'il a fallu plus d'un demi siècle pour introduire la différence du langage, qui se trouve entre les uns et les autres.

C'est sur le même principe que nous ne craignons pas de soutenir, que la traduction du Lapidaire de Marbode a précédé de plus de soixante ans le Poème du même Vace : nonobstant ' tous les efforts que fait notre habile Critique , R«v. <i« '* l. Fr. xnir tâcher d'afToiblir les preuves qui déposent en faveur de p' U7118antiquité de celte traduction. Mais il lui en faut donner qui soient si parlantes qu'il ne puisse les dissimuler. II compte pour rien l'antiquité du manuscrit qui la contient, et que les connoisseurs assurent être du temps même de l'Auteur, mort en 1133, après plus de quatre-vingt'ans de vie. N'importe encore qu'il eut composé cet écrit avant son Episcopat, et par conséquent plusieurs années avant la fin du onzième siècle. Toutes ces preuves ne sont point capables de persuader le difficultueux Critique. Tirons-en donc de la traduction même. Nos noms terminés en eur et en on y sont terminés en our et en oim. On y lit coulour, valour, poïssoun, suspecioun ; car l'on a averti qu'il faut prononcer Vu en ou. Dans le Poème de Vace au contraire ces mêmes mots se terminent en eur et en on, comme dans le François de notre temps. Vace écrit Seigneur, splendeur, confession, bénédiction. Le même Poète écrit qui, que et four pour leur; et le Traducteur de Marbode ki, ke, for. En faut-il davantage pour ne se pas tromper à décider lequel des deux jargons , ou celui de Vace ou celui du Traducteur est plus ancien ? On n'oublie pas sans doute que notre langue jusqu'ici est toujours allée se perfectionnant.

Veut-on encore une traduction antérieure au milieu du douzième siècle ? ' Marc-Antoine Dominicy qui en copie un Aj'8^ tua- «J p

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