Tome VU. h
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assez long morceau, nous la fournit, et assurait, en 1648, qu'elle avoit six cents ans d'antiquité. C'est la vie de saint Amant Evêque de Rodés, traduite du Latin en vieux vers Romanciers. Ce morceau est à lire pour s'affermir dans le sentiment que notre langue Romance vient du Latin comme de sa source principale. Sera-t-on tenté après tout ce détail de contester c[ue le Roman n'ait pas été emploïé à écrire pour la postérité avant l'année i 150? Mais ce n est pas encore là toutes les preuves que nous avons, pour fermer la bouche aux contradicteurs.
Qui croiroit qu'un Ecrivain, qui avoue qu'un Roi François et les Seigneurs ses vassaux se sont servis de la même langue dans des actes publics dès 842, refuse malgré cet aveu de reconnoîlre, qu'un Roi de France Ta aussi emploïée dans un Diplôme au bout de près de trois cents ans? C'est
R*99-ïo3,âL' Fr' n^anmo'ns ce <ïue k>1 1,olre Aggresseur. ' Il avoue, que
p' Louis le Germanique et les premiers Officiers de son Armée
firent en Roman à Charles le Chauve serment de fidélité. Il rapporte même celui des Seigneurs; et nous avons donné
p. 198. • l'autre plus haut. ' Il ne laisse pas cependant de soupçonner) qu'une Charte de Louis le Gros en même langage, rapportée par l'Oisel dans ses mémoires de Beauvais, n'est qu une traduction faite sur le Latin. La raison qu'il en allègue, est remarquable par sa singularité. C'est, dit-il, que l'Oisel n'avertit pas qu'elle est copiée sur l'original. La raison n'estelle pas bien concluante; et peut-on s'y refuser? L'Oisel n'avertit pas non plus que les pièces Latines qui accompagnent la Charte en Roman, ont été copiées sur les originaux : donc on peut douter que ce ne sont que des traductions ! Ne voit-on pas que les pièces rapportées par cet Historien sont des monuments, tels qu'ils se trouvoient de son temps dans les Archives de la ville de Beauvais?
Nous avons déjà pris la liberté de demander, si un sçavant, qui a écrit pour nous instruire des principaux événements qui concernent notre langue, ignorerait qu'on l'emploïoit, telle qu'elle étoit alors, dans les actes publics à la Cour du Roi Edouard, prédécesseur de Guillaume le Con-
io?ni. p. 895. ouerant ? C'est ce que nous avons montré ' sur l'attestation a'un témoin oculaire. Si l'on se servoit du Roman dans les pais étrangers pour cette sorte d'actes, dès avant le milieu du onzième siècle, doit-il paraître étrange, qu'on l'emploïat
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en France au même usage les premières années du siècle suivant ?
Mais que dira-t-on , si nous produisons de ces actes en Roman d'une date encore plus ancienne ? Il se trouve néanmoins quelque part une Charte d'Adalberon I Evêque de Metz, écrite en ce jargon dès l'année 9i0. Borel vers la fin de sa longue préface sur son Trésor de recherches et antiquités Gauloises et Françoises, rapporte un endroit de cette Charte conçu en ces termes , qui peuvent servir à faire discerner à peu près le temps d'autres pièces de même nature :Bonvis sergens et feaules enjoteti ; car pour cest que tu as esteis feaules sus petites coses, je taususeray sus grands cotes, entre en la joie de ton Seigtwur. Ce passage tiré ' de l'Evan- Mat. m. ai. gile cl ainsi traduit signifie : 0 bon et fidèle serviteur, réjouissezvous, parce que vous avez élé fidèle en de petites choses, je vous établirai sur de grandes, entrés dans la joie de votre Seigneur.
' La nouvelle histoire de Montpellier nous présente un au- Jour^d«*sç 1744. tre acte en langue vulgaire, fait au siècle suivant. Cet acte v' qui se trouve répété dans le Journal des sçavants, et dont la date ne peut être soupçonnée d'erreur dans la supputation des années, est le serment prêté à Guillaume 111, Seigneur de Montpellier, par Bercnger fils de Guidinel. Sa date, qu'on le remarque bien, est du règne de Henri I et de Philippe son fils, et par conséquent ou de l'année 1059, ou de l'une des deux suivantes. La subtilité de l'esprit humain ne sçauroit trouver ici matière à ergoter.
' Entre les Chartes , que le P. Colombi Jésuite rapporte p°^b'n°|^ raT' touchant Roslaing de Simiane, qui vivoit vers le milieu du même siècle , il y en a une écrite partie en Latin , partie en Provençal. Autre preuve, que dès ce temps-là on emploioit la langue vulgaire dans les actes publics. Il seroit aisé si Ton avoit le temps , et qu'il fut nécessaire , de produire encore d'autres preuves de la même vérité.
Ne faisons pas toutefois difficulté d'alléguer ' la Charte en Do c«r n. crtle langue , tirée du Cartulaire de l'Abbaie de Conques ' p' en Rouergue , et publiées par du Cange. Elle est du règne de Louis le Gros, et par conséquent antérieure à l'année 1123. ' Notre Aggresseur, il est vrai , fait ses efforts pour dé- Rev. ^ u l. Fr. tourner, ou affoiblir l'avantage qu'on en peut tirer contre 9 lui. Mais il n'y est pas plus heureux que dans ses autres ob-
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iections; et l'on voit clairement, qu'il n'entreprend de combattre cette sorte de monuments, que parce qu'ils ne favorisent pas son système.
Que pourroit-il objecter de raisonnable contre ceux qui vont suivre ? Ce ne sont pas seulement de simples actes, mais des ouvrages quelquefois assez étendus. Un nés plus anciens
Boii. 5. lui. p. en ce genre ' est la vie de S. Sacerdos , vulgairement saint
**' *• Sardot, que Hugues Moine de Fleuri traduisit en Latin vers
1130. Elle étoit originairement écrite en un langage, que le Traducteur nomme occulte, ou peu connu, et quelesçavant Jésuite Henschenius croit avoir été le Perigordin , ou le Limousin. Cet Hagiographe prétend même que l'original de cette vie remontoit jusqu'au neuvième siècle. Mais il nous suffit qu'il fut du siècle suivant. On peut voir à la page 108 de ce volume, ce que nous en disons un peu plus en détail.
Après avoir dissipé, comme nous avons fait plus haut, les spécieuses difficultés de notre subtil Adversaire, contre l'usage de la langue Romance en Angleterre au temps de Guillaume le Conquérant, nous sommes en droit de compter au nombre des écrits en la mémo langue l'abrégé des Loix du pais, qu'il publia en 10G9. Et pourquoi ne le ferions-
cgj- 1. ». p. ion- nous pas? le fait n'est-il pas certain;' et n'avons-nous pas
1 b encore cet abrégé ?
Nous y pouvons ajouter l'histoire de la seconde Translation de S. Thibauld de Provins : c'est à-dire, celle qui se fit en 1078 de quelques-unes de ses reliques apportées d'Italie en France. On a montré, qu'il y a beaucoup d'apparence que cette histoire , qui suivit de près le transport des Reliques, fut d'abord écrite en Romance, avant que de l'être en Latin.
Fwb. po«. Fr. p. 'La vie de sainte Foi, Vierge et Martyre d'Agen , que Pierre Pithou avoil communiquée au Président Faucher, parolt être de la même date. C'est ce que montrent et la grossièreté des vers Gascons et Limousins, qui sont le genre de Poésie dans lequel elle est écrite, et l'antiquité du manuscrit, qui en 1581 n'avoit gueres moins de cinq cents ans , au jugement des connoisseurs. Faucher copie un assez long fragment de cette vie.
MVL *• D°m Martene et Dom Durand nous ont donné en 1717, une petite histoire de la conquête de la ville d Exea, faite sur les Maures en 1095 par Sanche Roi d'Arragon. Elle
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fut écrite peu après cet événement en Dialecte Gascon, par un Moine de la Sauve-Majeur , puis traduite en Latin.
Mais un ouvrage en Roman, qui devoit particulièrement être connu d'un Dissertatcur qui a écrit sur les révolutions de notre langue, puisqu'il fait la principale partie d'un assez gros volume in-folio, qui contient encore d'autres anciens écrits en langue vulgaire : ce sont les assises et bons usages du Roiaume de Jérusalem. Ce volume est rare à la vérité; mais il se trouve néanmoins encore, n'aïant été imprimé qu'en 1690. D'ailleurs ce n'est pas un petit livret, qui puisse échapper aux recherches d'un sçavant curieux. Tous ceux qui le connoissent sçavent que c'est l'ouvrage deGodefroi de Bouillon, qui le dirigea par conséquent aussi-tôt après qu'il eût été établi Roi de Jérusalem r c'est-à-dire après le vingtdeuxième de Juillet de l'année 1099; puisqu'il mourut le dix-huitiéme du même mois de l'année suivante. Il est vrai que ces Assises furent depuis retouchées vers 1250 par Jean d'ibelin, et qu'il ne paroît pas que nous les aïons autrement. Mais cette revision ne préjudicie en rien à la date originale , et ne fait que constater de nouveau , que l'ouvrage fut d'abord écrit en langue vulgaire. Est-ce là une preuve accablante pour ceux qui prétendent, qu'on ne commença que cinquante ans plus tard à emploïer cette langue à* écrire pour la postérité ?
En voici encore un autre qui ne l'est gueres moins. Thomas Seigneur de Couci et de Marie, qui selon Dom du Plessis, Historien de cette Maison , succéda à Enguerran son pere en 1116, et qui mourut en 1130 ,' laissa par écrit u Cwu do m. en vieux langage François la loi de Vervins , au pais de Ub' p" m Thierache en Picardie. Ce Code qui contient un formulaire de Justice tant civile que criminelle, étoit conservé au temps de la Croix du Maine , qui nous en a donné la notice, dans le cabinet de François de la Louette Bailli du Comté de Vertus. Cette date s'accorde-t-elle avec la prétention de notre Adversaire ? la suivante ne lui sera pas plus favorable. Seulement il est fâcheux que l'ouvrage d'où nous la tirons ne paroisse plus aujourd'hui. Nous y aurions, comme dans le recueil des Assises de Jérusalem, un gros volume,' Ingens c»nf. T«.ehr. c. volumen, qui nous servirait d'une espèce de bouclier pour 30 repousser les traits de notre Aggresseur. Il suffit après tout
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qu'il ait existé en son temps, et peut-être le recouvrera-t-on quelque jour.
ibid. ' Ce grand ouvrage étoit de la façon du Chevalier Gré-
goire Bechade, du Château de las Tours en Limousin, nom- . me de beaucoup d'esprit , et qui avoit quelque Literature. L'histoire de la première Croisade, et la délivrance de Jérusalem, furent les deux objets que l'Auteur s'y proposa. S'il n'avoit pas été lui-même témoin de ce qu'il rapportait, il l'avoit incontestablement appris de Goufler son Irere aîné, qui avoit été de cette guerre, et oui revint en son pais en Tannée 1100, après la prise de Jérusalem par l'armée Chrétienne.
Bechade pour l'exécution de son dessein choisit la langue vulgaire de son pais en faveur du simple peuple, et le genre de poésie , qui étoit dès-lors plus goûté en cette langue , que la prose. Mais afin de rendre son écrit aussi pariait qu'il pouvoit être, il emploïa douze ans , tant à le composer qu'à le retoucher et le polir. U voulut même pour lui concilier plus de créance dans le public , qu'il parût qu'il ne l'avoit entrepris que par l'ordre d'Eustorge Evêque Diocésain, et cm. chr. t. s. p. de l'avis d'un nommé Gaubert de Normandie, ' Eustorge fut Evêque de Limoges depuis 1 10G jusqu'en 1137 ; et il n'est pas croïable que notre Poète attendit jusques vers la fin de son Episcopat, à instruire les gents de son pais d'événements aussi intéressants, et arrivés dès 1099. Voilà donc encore un gros ouvrage en langue vulgaire, qui aura précédé de plus de trente ans le milieu du douzième siècle. %
Des écrits sérieux passons aux Romans , ces agréables , mais frivoles fictions. C'est ici l'endroit délicat , où notre '"«^»mSç. n«. puissant Aggresseur nous attend de pied ferme. ' Il y a déjà p plus de deux ans, que ses batteries sont dressées pour nous
terrasser. Il seroit véritablement fort triste, qu'après nous être défendus jusqu'ici avec tant d'avantage, nous vinssions enfin à succomber sous ses coups. Tentons néanmoins le péril. Hui.Lit.iitiaFr. ' Aïant découvert l'origine des Romans, comme apparte-
si. nante au dixième siècle, nous J y avons rapportée u après le
sçavant M. Huet, et un autre Ecrivain de quelque réputation. Mais afin de mieux établir la solidité de ce sentiment, nous avons eu soin d'appuïer l'autorité par des raisonnements pris de ce qui s'est passé par rapport a cet objet. En conséquence nous avons fait voir que les Romans aïant pris
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naissance des Fables et Histoires fabuleuses, et que l'art d'en inventer aïant été commun à toutes les nations, comme naturellement portées à la fiction et au mensonge, les Gaulois et les François ont incontestablement possédé cet art, com-
en avons administré les preuves, que l'ignorance et la barbarie des siècles précédents avoient préparé les voies, et disposé toutes choses à voir éclorc au dixième cette sorte de fictions, et à les y voir même en honneur. En troisième lieu, comme l'origine de l'art de Romaniser et de versifier en Roman sont connexes, 'nous avons prouvé que notre Poésie p. 53.54 Romancière avoit précédé de plusieurs centaines d'années le douzième siècle, auquel on en fixe ordinairement la naissance. Maintenant que nous avons été obligés de toucher tout de nouveau ce point de critique, nous sommes en droit de soutenir que le fait est démontré. Enfin pour donner un nouveau degré de force à notre sentiment, ' nous avons ap- P. 13. porté en preuve le Roman intitulé Philomena, non sur la seule autorité de Catel, mais principalement sur le temps auquel il fut traduit en Latin. Bernard Abbé de la Grasse depuis 1015 jusque* vers 1019, le fit ainsi traduire; et dèslors ce Roman montroit tant de marques d'antiquité, qu'on le prenoit pour être du temps môme de Charlemagne, dont il contient les exploits imaginaires devant Narbonne et Notre-Dame de la Grasse. Mais nous avons fait observer qu'il ne pou voit être d'une aussi grande antiquité et qu'il n'etoit tout au plus que du milieu du dixième siècle.
Après avoir établi notre sentiment avec toutes ces précautions, qui se seroit attendu à le voir traité comme une opinion pernicieuse dans la Republique des Letres? A peine a-t-il paru, qu'aussi-tôt on a sonné l'alarme dans le camp Literaire, comme s'il se fût agi de quelque surprise, ou irruption de la part de l'ennemi, ou qu'il eût été question d'enlever à laLiterature quelqu'une de ses facultés. » 'Il est à Jour. <i«! « propos , se récrie-t-on , de prémunir de bonne heure le p' ewa public, contre l'impression que lui donnerait sur cette ma- « tiere l'autorité d'un aussi bon ouvrage que l'Histoire Lite-
le demander, tend-il à nuire ou aux Écrivains qu il fait connotlre, ou aux écrits qui y sont discutés? Ses Auteurs y ontils pour objet de préjudicier par les découvertes et les obser-
nous permette de
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vations qu'ils offrent à leurs Lecteurs, ou à la culture des Letres, ou aux travaux de ceux qui les cultivent? Quelqu'un pourroit-il se plaindre avec raison, qu'on ne lui rende pas justice? Qu'il se montre, nous sommes disposés à le satisfaire.
Quel est donc le motif, ou le sujet qu'on peut avoir de se p. eo*. i. récrier ici de la sorte ?' c'est, dit-on d une part, que ce sentiment enferme « une proposition toute nouvelle et entiere- « ment opposée à ce qu on avoit lû jusqu'alors sur le temps « de la naissance des Romans François. » Mais quoi ! est-ce qu'on n'auroit pas lû la belle Lelre, qui mériteroit plutôt le nom de traité, de l'illustre M. Huet sur cette matière, et dont il y a au moins deux éditions, et une traduction Lati-
• ne? Est-ce qu'on ne connoitroit pas les écrits de M. de Chasteuil Gai au p, ou au moins ce qu'en disent les Journaux
Huet , or. das des Sçavants ? ' Ces deux Ecrivains n'établissent-ils pas diserïSm. fre* s£J. tement le même sentiment que nous? Comment donc peutnos, p. «s. on donner la qualification de nouvelle à une proposition, qui a été soutenue, il y a plus de soixante-cinq ans? Notre Àggrcsseur en a bien avance deux autres tout autrement singulières; et sans nous récrier de la sorte nous nous sommes bornés à établir les contradictoires, jonrn. d« st. ' C'est dit-on encore, qu'il suivroit de ce sentiment, que i7*s. P. es», i. g |0Ug jes tuteurs François (il falloiten excepter au moins « les deux qu'on vient de nommer ) qui ont écrit sur cette « matière, ont été en défaut, et ne nous ont donné qu'une
• « époque fausse ». Eh ! où étoitle sonneur d'alarme, lorsque îitjt. Lii.de u Fr. ' nous avons montré sur des preuves incontestables que le lj. pur. i.p.36i- gran(j g Hippolyte, au sujet de qui tous les Ecrivains qui
avoient eu occasion d'en parler, n'avoient point réussi à faire connoltre son origine, étoit un élevé de l'Eglise de Lyon, et disciple de S. Irenée son second Evêque? Où étoit-il, par. 2.p.*jo«s. quand 'nous avons fait voir, qu'Eutrope l'Historien étoit Gaulois après que tous les Critiques l'avoient donné , les uns pour un Grec de nation, les autres pour un Sophiste Italien? N'est ce pas ici principalement qu'a lieu l'ancien axiome qui porte, que la vérité est la fille du temps? Il s'agit de faits et souvent on ne vient à bout de les bien éclaircir, qu'après la révolution de siècles entiers. S'il y a erreur dans le sentiment dont il est ici question, pourquoi trouver
mauvais
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mauvais qu'on la rectifie? Doil-on jamais craindre la lumière, lorsqu'on a les yeux bien affectés.
II est aisé sans faire tant de fracas de voir au juste, si l'origine des Romans François remonte jusqu'au dixième siècle, ou ' s'il faut la transporter seulement au commencement du W. ib. p. m. douzième, et même la reuvoïer au milieu du même siècle. *' Car notre suivant Critique assigne l'une et l'autre époque: l'une dans sa Letre à MM. les Auteurs du Journal des Suivants ; l'autre dans celle qu'il nous a fait l'honneur de nous écrire, et dans laquelle il dit, que c'est une opinion reçue des autres Sçacants, que le François n'a commencé à être usité dans lès écrits qu'au milieu du douzième siècle. Le Lecteur est en état de jug:r par lui-même, après tout ce qui a été dit dans ce second paragraphe, si cette dernière prétention se peut soutenir. Pour nous, nous nous flattons d'avoir démontré qu'elle est insoutenable ; et ce que nous allons dire y ajoutera un nouveau degré d'évidence.
Il ne reste plus qu'à discuter si le génie Romanesque se saisit de nos François dès le dixième siècle, et si le Roman de Philomena nommément n'est pas de ce temps-là. Pour peu qu'on soit instruit de ce qui se passa dans nos Provinces en ce siècle, par rapport à la Literature, on conviendra sans peine, qu'il y rtgna un goût presque général pour le Roman : c'est-à-dire, pour ces fictions, ces histoires controuvées, ces avanlures extraordinaires, qui n'ont d'autre fondement que dans l'imagination. I)e-là tant de Légendes fabuleuses qu'on a fait connoitre en partie, et dans quelquesunes desquelles on n'a pas même gardé la vraisemblance, ce qui distingue le Roman de la Fable pure.
Tels sont ' les actes de S. Martial premier Evèque de Bo«q. p»r. a. p. Limoges, qui ont suivi les ravages des Norinans, et prèce- *4'63" dé la Translation des Reliques de ce Saint faite en 901, cl qui par conséquent appartient au dixième siècle. Il n'y a qu'à les lire, pour y reconnoitre tous les caractères d'un nieux Roman, ' Tels sont encore les actes d<; saint L'rsin, ou Lrsi- Labb. wb^nor t. cin premier Evèque de Bourges, publiés par le P. Labbe. ■ ?BMffS.p.MS. Tels sont ceux de S. Front premier Evèque de Perigueux, faits par un Gausbert Chorevêqtie de Limoges, quelques années avant la tin du même siècle. ' Tels sont ceux de saint p. «-17. Georges premier Evèque du Puy eu Vêlai, qui ont précédé de peu d'années ceux de saint Front, et paraissent leur avoir