ADALBERON, EVÉQUE'DE LAON
' XI SIECLE
Carlovingiene, qui no laissa point d'enfants, Arnoul fils natu-
rel du Roi Lothaire, et Chanoine deLaon, voulant favoriser le parti du Prince Charles son oncle, lui livra cette ville, alors place très-forte. L'Evêque, qui parolt par là avoir élé deja déclaré pour le parti de Hugues Capct, fut mis en prison. Mais aïanl trouvé moi en d'en sortir, il se retira auprès de Hugues. Ce fut sans doute en cette occasion, ' qu'il se plaignit dans une Gwb. ep. par. i. letre, dont Gerbcrt fut le secrétaire, qu'il se voïoit chassé de ep' m son Siège par la faction de certaines persones. La letre est adressée aux Evêques ; et Adalberon les y menace de les citer en Concile, s'ils entreprenoient de faire les fonctions épiscopales dans son diocèse. C'est à la même occasion qu'il faut, ce semble, rapporter ' les plaintes que fit la Reine Emme, veuve de ep. <n. Lothaire, dans une letre à l'Imperalrice sa mere, de ce qu'on inventoit calomnieusement des crimes énormes contre l'Evêque de I>aon : Ne fandissima in L/mdunensem confinxerxmt Episcopum. On a au reste peine à comprendre comment cette Princesse, belle-sœur de Charles, épousa si ouvertement les intérêts de notre Prélat. Cette démarche pourroil donner quelque couleur à ce que des Ecrivains ont publié de fâcheux sur la réputation de l'un et de l'autre.
Quoi qu'il en soit, ' Adalberon profita de son accès auprès Ho*, fi a>. de Hugues Capet, pour réconcilier Arnoul avec ce Prince. Celui-ci pour preuve qu'il lui avoit effectivement rendu ses bonnes grâces, le fit bien-tôt Archevêque de Reims. Mais cette ville aïant été livrée aux ennemis du Roi, comme il a été dit ailleurs, Arnoul se retira à I-aon près de Charles son oncle. 'Le n»ï«M A,k2alc1,(^- Roi Hugues voulant couper court aux suites de la guerre, en- Sîr!"'ii| m2: gagea TKvêque à lui livrer l'oncle et le neveu. Adalberon eut a" 50 "• 54 la lâcheté de se prêter à ce dessein, et la perfidie de l'exécuter le jeudi de la Semaine sainte. Le Chroniqueur de S. Maixent rapporte cet événement à l'année 987; mais il n'arriva, comme la suite de l'histoire le fait voir, qu'en 991 .
La même année notre prélat se trouva au Concile de conc. t. 9. P. 738. S. Basic, où l'Archevêque Arnoul fut déposé, et Gerbert élu en sa place. ' Deux ans après en 993, il assista aussi à un autre p. no. «*• Concile provincial, et en 1008 à celui qui se tint à Cheles. \
' Il se brouilla cependant, on ne sçnit par quel motif, avec r-erb. ib^ par. t. Gerbert son Métropolitain, qui lui écrivit un-- letre fulminan- cp ep" t'\ dans laquelle il lui reproche en termes fort vifs sa perfidie, et les dommages qu'en avoit souffert l'Eglise de Laon. ' Il eut ep s*.
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M SIECLE
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un autre différend encore plus grave avec le Roi Robert, qu'il eut le malheur d'offenser. Ce Prince, malgré sa modération naturelle, en fut si irrite, qu'il en porta ses plaintes au S. Siège, avec un détail des griefs dont noire Evêque se trou voit ekargé. En conséquence le Pape Silvestre II le cita à Rome, afin de se justifier, ou de se voir condamner, s'il étoit trouvé coupable. Ad»i. i car.not. ib. ' Mais cette tempête ne dura pas ; et notre Prélat rentra bientôt dans les bonnes grâces de la Cour. 11 paroit même par le poëme qu'il adressa au Roi vers ce même temps, qu'il étoit son ami familier.
Dud. ib. ' Au bout de quelques années Dudon, Historien, ou plutôt
Romancier des Normans, choisit Adalberon pour l'engager à
P. 51-56. revoir et corriger son Histoire. ' L'épitre par laquelle il le prie
de lui rendre ce service, est toute remplie de ses louanges, mais de louanges à perle de vûe, et aussi fades que prolixes. S'il en faul croire ce Romancier, Adalberon étoit le plus grand et le plus saint Evêque qui fût alors dans l'Eglise de Dieu.
cam. chr. i. 3. c. ' Gérard l, Evêque de Cambrai, n'en pensoit pas tout-à-fait de même. Aïant appris que notre Prélat sur la fin de ses jours vouloit se donner un successeur, et qu'à cet effet il avoit choisi Gui, neveu de Bertold Evêque de Soissons, il lui en écrivit fortement, et lui fit sentir que ce dessein alloit de pair avec la simonie. Il en écrivit sur le même ton à Ebole, leur commun
Mab. an i. »i. n. Métropolitain; ' et ses lelres empêchèrent l'exécution du dessein projette. Ce fut Gebuin. et non Gui, qui succéda à notre Prélat.
Adalberon gouverna l'Eglise de Laon pendant cinquanteibid.icau. dur. trois ans ; n'étant mort que le dix-neuviéme de Juillet 1030. ih. i Mari. ». a. p. jj enterré avec ]a plupart de ses prédécesseurs à l'abbaïe de S. Vincent, à laquelle il avoit fait beaucoup de bien, sur-tout en ornements et décorations pour l'Eglise. Son épitaphe ne roule que sur ces deux points, et ne nous apprend aucun aulre événement de sa vie. Cette raison jointe à la platitude de la versification, nous empêche de la rapporter ici, suivant notre coutume.
' SES ECRITS
Nthe les productions de la plume de notre Prélat, il y en a en vers et d'autres en prose. Mais on ne les a point encore données toutes au public. Peut-être même n'a-t-on pas
EVÊQUE DE L AON. ** j^^.
encore connoissance de toutes celles qui lui appartienent .
1°. La plus intéressante est un poème satyrique, en quatre cents trente vers hexamètres au Roi Robert. C'est une espèce de dialogue entre ce Prince, qui étoit encore jeune, et notre Evêque deja avancé en âge. L'Auteur y touche d'une manière ironique, et presque toujours allégorique ce qui se passoit dans le Roïaume, et qui lui paroissoit conlre le bon ordre. Il en prit occasion de faire sentir sa mauvaise humeur à ceux qu'il n'aimoit pas. ' Gerbert, qui lui avoit reproché sa perfidie en- iiab.act. 1.7. |. 1 vers le Prince Charles, fut du nombre. C'est lui qu'il désigne D* 137 sous le nom de Neptanabus. On voit par touUs ers circonstances, que le poème fut composé avas:t la- fin du siècle précèdent. Adalberon y fait au Roi une espèce de crime de son affeclion pour les Moines, de laquelle il n'y avoit pas, dit-il, à espérer qu'il se départit jamais. Ce qui montre que le Poète est sorti des bornes d'une juste critique, soit par rapport à ce qu'il dit conlre les Moines, soit à l'égard de ses autres censures, c'est de voir qu'il n'épargne pas même S. Odilon Abbé deCluni, qui étoit en vénération aux Papes, aux Empereurs, aux Rois, aux plus saints Evêques et à toute l'Eglise.
' Un autre Poète satyrique, contemporain d'Adalberon, se a™. 1 3. P. 534. crut en droit de critiquer a son tour celui qui en avoit critiqué tant d'autres. Voici de quelle manière il en parle au sujet de Landry Seigneur de Dunois, qu'il représente sous le nom d'Achitophel, et autres noms allégoriques.
Non percipit Adalbero, Acliitophd cur rideat : Vulpcs portai in peclorc, qui suis nescit parcurc.
Le style allégorique et ironique tout à la fois, qu'Adalberon a emploïé dans son poème, joint à sa mauvaise versification, y a jetté une grande obscurité. On ne laisse pas néanmoins d'y saisir plusieurs traits historiques, nommément sur la naissance, la belle figure, les qualités de l'esprit, les foiblesses et les vertus du Roi Robert ; sur les forces, la grandeur, la prééminence du Roïaume de France, enfin sur certains usages dès François, peu connus de toul le monde.
C'est ce qui a porté les nouveaux Editeurs des Historiens de France à préparer une édition de ce poème, avec de servantes notes, qu'ils feront entrer dans leur belle collection. L'on est redevable au célèbre Adrien Valois de la première édition qui en a paru. ' Aïant déterré la pièce avec quelques autres an* nu», s. Gor.nr-ra