‹ qui comprend le onzième siécle de l'EgliseChapitre 8 sur 214 · Tome VU i · texte numérisé non relu

Tome VU i

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servi de module. Telles sont enfin les Légendes de tant d'autres premiers Evoques de Cathédrales, dont on a voulu faire remonter l'origine jusqu'aux Apôtres, quoiqu'il soit constant qu'elles n'ont élé établies que plusieurs siècles après. Il n'y eut pas jusqu'à l'histoire civile, où le génie Romanesque ne se glis>ât. On si;ait effectivement que ce fut dès l'année iOOO, que le fameux Dudon Doïen de saint Quentin conçut le dessein de son Histoire des Normands; et tous ceux qui l'ont lue, avouent qu'il l'a exécutée plutél en Romancier Le B«»f, dm. t. qu'en Historien. ' M. l'Abbé le Beuf a aussi découvert, et s p **• publié des généalogies fabuleuses, fabriquées vers le même

temps.

S'il étoit nécessaire de montrer que le même génie s'éloit emparé de la plume de plusieurs de nos Ecrivains long-temps avant le dixième siècle, nous en trouverions des preuves dans ces Chroniqueurs, qui par le motif de faire une espèce d'honneur aux Francs qui dominoient dans les Gaules, ont tenté de les faire descendre des anciens Troïens par des généalogies purement imaginaires. Les Gestes d'Artus écrits, dit-on, en 720 par un Ermite Breton, et marqués dans le catalogue des monuments dont s'est servi Borel, pour son Thrésor de recherches et antiquités Gauloises et Françoises, sont-ils autre chose qu'un véritable Roman? N'est-il pas fort vraisemblable que c'est-là le canevas du Roman d'Artus de Bretagne? le P. Daniel, cet Historien si sage et si goûté, nous montre dans sa seconde Préface sur l'Histoire de France, des vestiges encore plus anciens de ce génie Romanesque parmi nos Ecrivains. Il ne fait aucun doute, que ce que saint Grégoire de Tours raconte de la déposition de Childeric père du grand Clovis, de ses avanlures et ses amours avec Basine, femme du Roi Basin, de l'élection du Comte Gilles et, autres traits semblables, ne soient prises de quelque Roman, qui auroit eu alors cours, et auquel saint Grégoire se seroit trompé en le regardant comme une histoire véritable.

Si donc dès les premiers temps nos François ont eu l'esprit tourné au Roman, et que dès le dixième siècle ils en aient composé sur des sujets de piété, peut-il être douteux, qu'ils en aient aussi fait sur d'autres matières dès le mémo siècle, et même dès qu'ils ont commencé à emploïer leur langue vulgaire à d'autres écrits? El quand ont-ils commencé à en

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faire cet usage? On l'a montré plus haut, et il seroit superflu de le répeter ici. De sorte que, quand même on pourroit réussir à prouver que le Roman de Philomena , n'appartient

[>as au dixième siècle , il n'en seroit pas moins vrai , que dèsors au plus tard. nos François commencèrent à Romaniser tout de bon. Mais nous n'abandonnons pas si aisément l'antiquité de Philomena.

II ne tient pas cependant à notre sçavant Aggresseur, que nous ne succombions en ce point. A cet effet ' il a recueilli Joum. &» Se. a>. deCatel qui est l'Ecrivain qui a parlé le plus au long de ce p' fl95' Roman, tout ce qui lui a paru le plus capable d'en infirmer l'antiquité, et en a formé des objections, qu'il donne pour triomphantes. Si elles ne le sont pas davantage que celles que nous avons déjà repoussées, nous ne serons pas encore réduits ici à rendre les armes; et il pourroit bien arriver, que l'Aggresseur auroit annoncé le triomphe avant la victoire. Examinons-les ces objections triomphantes, après les avoir exposées dans toute leur étendue.

Elles se reduisenl à dire « que l'histoire de Philomena est » pleine des gestes des douze Pairs de France qui étoient avec » Charlemagne; et toutefois il n'y a personne qui ne sçache » que cette histoire contenant éreclion des Pairs de France » par Charlemagne, est entièrement fabuleuse. Qu'il est aussi » souvent fait mention dans la même histoire du Comte de » Flandre , comme étant un des principaux de l'armée de » Charlemagne ; et tout le monde sçait . que du temps de » Charlemagne le pais de Flandre n'étoit pas encore érigé en » Comté, ni cinquante ans après sa mort. Qu'il est aussi fait » mention dans ledit Roman de la ville de Montauban ; et que » s'il entend la ville de Montauban qui est au pais de Quercy , » l'on ne peut douter que ce Roman ne soit nouveau, car la » ville de Montauban ne fut bfttie qu'en l'année 1 144. » Tout ceci est tiré fort exactement de la page 401 du troisième Livre de l'Histoire de Languedoc , par de Catel Conseiller au Parlement de Toulouse. Reprenons-le maintenant par parties.

Le Roman de Philomena est plein de choses fabuleuses, telles que sont l'érection des douze Pairs de France par Charlemagne, et celle du pais de Flandre en Comté dès le temps de ce Prince. Nous en convenons, et avons déjà marqué plus d'une fois notre surprise , de ce que l'Historien

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de Languedoc le reconnoissant pour tel, ne laisse pas néanmoins de le prendre pour un de ses garants. Si Philomena ne contenoit point de fictions, il sortiroit de son caractère, et seroit une Histoire, au lieu qu'il est un Roman. Mais eston fondé à conclure de ce qu'il contient des histoires conp. 885. 2. trouvées, ' qu'il ne soit pas plus ancien que le milieu du douzième siècle? Le Roman de Cliilderic, dont parle le P. Daniel, ne contenoit que des fictions : les actes de S. Martial, ceux de saint Front, et les autres nommés plus haut sont remplis de Fables; et pour ne pas sortir de l'espèce de monuments écrits en la même langue, le Roman de Guillaume au Court-nez, que nous prouverons invinciblement être ou de la fin du dixième siècle , ou tout au plus tard des premières années du suivant, est parsemé d'événements fabuleux : donc tous ces monuments ne sont que du milieu du douzième siècle ! La conséquence n'est-elle pas d'une grande justesse, et peut-on refuser de l'admettre ? Telle est celle qu'on prétendroit tirer des Fables de Philomena.

Mais ce Roman, pourroit-on dire, en donnant à l'objection toute une autre force , parle des douze Pairs de France , et du pais de Flandre comme déjà érigé en Comté : il faut qu'il y ait des preuves que dès le dixième siècle les choses fussent établies de la sorte , pour pouvoir soutenir que ce Roman soit de ce temps-là. Cette objection ainsi présentée, est raisonnable, et demande une réponse sensée.

Ce seroit sortir de noire dessein, que de nous arrêter ici à rechercher l'origine de ces douze Pairs. Grand nombre d'Ecrivains d'ailleurs y ont travaillé, et n'ont pu réussir à nous donner sur ce point d'Histoire aucune certitude. Ce qui paroit y avoir de plus vraisemblable, est qu'ils commencèrent à avoir lieu sur la fin du Règne de Charles le Chauve, ou sous celui de Louis le Bègue son tils. Ce fut alors que la plûpart des Grands du Roïaume, proiitant de la foiblesse du Gouvernement, s'érigèrent en autant de petits Souverains. Il étoit assez naturel en conséquence, qu'ils prétendissent qu'aucun d'eux ne pouvoit être jugé par le Roi, sans le conseil de douze d'enlr'eux, qui par cette raison furent nommés Pairs, du Latin Paru*, c'est-à-dire, égaux à celui qui devoit être jugé. De façon néanmoins que la dignité de Pairs ne fut que longtemps après attachée personnel lement à douze à l'exclusion des autres. Quoiqu'il en soit, il nous

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suffit que ces Pairs fussent connus dès le dixième siècle. Or nous avons preuve qu'ils l'étoient, ' dans une ktre d'Eudes, Bit», p. p. t. is. ou Odon, Comte de Champagne dès 9%. Cette letre qui p 871se trouve entre celles de Fulbert de Chartres, qui en fut apparemment le Secrétaire, est écrite au Roi Robert. Les Comtes de Flandres étoient encore plus connus dès le même siècle. L'Histoire publique nous montre dèi-lors un Reaudouin le Chauve, un Arnould le Grand, et deux ou trois autres Reaudouins.

A l'égard de Montauban, dont Philonuna fait mention, il n'y a pas à contester, que s'il s'agit delà ville de Montauban en Quercy, ce Roman est d'une date postérieure à

11 H, qui est l'année de la fondation de celte ville. Mais Ca- « tel qui a fait lui-même celte supposition fort naturelle, donne à entendre qu'il a soupçonné que Philomena parloit d'un autre Montauban. Si donc il s'en trouve un autre qui convienne mieux à son dessein, l'objection triomphante qu'on tire de cet endroit, et donl on fait un espèce d'Achille, n'a plus de force et tombe d'elle-même. Or nous le trouvons cet autre Montauban dans le fameux Château de même nom, situé en Cîuienne, entre lîuurg et Libourne près du pont de Cusac, mais donl il ne reste plus aujourd'hui que quelques ruines. .Notre habile Critique, qui est si versé dans la Romancerie, doit mieux que personne conuoilre ce Château. Il sçait combien d'éclat lui a acquis la valeur de Renaud, dit de Montauban, l'un des quatre lils Aymon, que ks Romans ont tant célébré. Au reste que ce soit là le Montauban, donl Philomena fait mention, l'on n'en peut raisonnablement douter, tant à cause de la réputation où il étoit dès ce temps-là. que parce qu'il se trouve beaucoup plus directement sur la roule de Charleniagne dans son expédition d'Espagne, que le lieu où fut depuis bâtie la ville de Montauban , et qui esl considérablement écarté de celte route.

Il est donc clair, que tout ce qu'on allègue contre l'antiquité du Roman de Philonuna, ne lui préjudieie , et ne lui peut préjudicier en rien.' Catel, qu'on tache de faire uni. h«t. <u parler contre, la reei imoit lui-même cette antiquité; puis- m".8' p *°*' qu'il atteste que les deux exemplaires de la traduction Latine de ce Roman, qui étoient conservés eu son temps dans les archives de la ville de Carcassone , et celles de l'Abbaïe

AVERTISSEMENT

de la Grasse, étoient forl anciens, ou, pour nous servir de ses termes, en letre fort antique. Combien plus ancien devoil être l'original en langue vulgaire, sur lequel cette traduction fut faite.

Ainsi quand le soupçon de notre disert Critique seroit aussi fondé qu'il veut le donner à entendre, qu'en pourroiton conclure contre l'antiquité de Philomena? Ce soupçon jonr. tb. est ingénieux, quoiqu'il ne soit pas fort concluant. « ' Phi-

» lomena prétendu Historien de Charlemagne, dit-on fort se- » rieusement, a l'air d'avoir été quelque Moine rafiné de » l'Abbaïe de la Grasse, qui a emprunté des noms et des da- » tes, afin de faire passer pour anciennes les fables qu'il débi- » toit. La preuve dont on appuie ce soupçon est admirable. » C'est ainsi, ajoute-t-on, que Michel de lïarne en usa, lors- » qu'il composa son Roman de l'Archevêque Turpin. » Qu'at-on dessein d'établir par-là? On ne veut pas apparemment en tirer, que le Roman en question étant l'ouvrage d'un Moine de la Grasse, ne peut être du dixième siècle. Il faudroit prouver au préalable, que cette Abbaïe n'étoit pas encore fondée : ce qu'on ne sçauroit exécuter, aïant des preuves incontestables du contraire.

Nous comprenons maintenant le but qu'on s'est proposé

par-là. On veut persuader que ce Moine rafiné a fait autre

chose que traduire Philomena de langue vulgaire en Latin,

et qu'il en a créé la matière. Dans ce cas il falloit mieux

Hut. ut. dei.Fr. choisir la preuve dont on appuie ce soupçon. ' Michel de i. 4. P. sot. **. Harne> QU p,ulôt MaUre Jelians se[on ]e président Fauchet,

n'est point l'Auteur original, mais seulement le simple Traducteur du Roman de Turpin. Nous avons montré par plusieurs autorités, nommément celle de Catel et de M. de Marca, que l'original Latin de cet autre Roman existoit dès le dixième siècle, et que la première traduction en langue vulgaire n'en fut faite qu'au bout de deux cents ans. De sorte que l'exemple apporté en preuve trahit celui qui le cite, et sert contre son intention à détruire son soupçon imaginaire.

D'ailleurs la bonne critique permet-elle de révoquer en doute l'autorité des manuscrits, à moins qu'on n'ait des c*uii. u> Mon», preuves positives et incontestables à y opposer? On probib.p 37t. ims. ^ujt irès-anciçns exemplaires de Philomena, l'un en langue vulgaire, qui est celle en laquelle il fut écrit originairement, d'autres en Latin, qu'emploïa le Traducteur à en

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faire une version. Il est expressément marqué à la tête de ceux-ci que la traduction Ait faite par ordre de, Bernard Abbé de la Tirasse : et l'on so flattera de détruire des preuves aussi solides, en soupçonnant sans la moindre apparence de raison, que l'original et la traduction de ce Roman sont l'ouvrage d'un Moine rafinêl Notrj siècle est trop éclairé pour prendre le change en pareille conjoncture, et se laisser imposer par un aussi foible raisonnement.

Que ' le Roman de Philomena au re ste et celui de Tur- d« Se. ib. pin se trouvent reliés ensemble dans le même manuscrit, à p' 695' *' m 1 ' la Bibliothèque de Medicis et ailleurs , que cela fait-il contre notre sentiment? On en peut conclure à la vérité, que l'un et l'autre est regardé comme de la même fabrique, contenant des histoires fabuleuses, des fictions, des faits con- Irouvés, et comme traitant de la même matière. Mais bien loin qu'on en puisse rien tirer de préjudiciable à l'antiquité de Philomena, il est tout naturel d'en conclure au contraire, qu'il a été aussi regardé comme de même date que le Roman de Turpin.

Nous serions fort disposés à n'étendre pas davantage les bornes de celte réponse. Tout ce que nous avons dit jusqu'ici, seroit plus que suffisant pour mettre notre thèse à couvert des atteintes de son Adversaire. D'ailleurs la matière des Romans n'est jgueres à notre gont; quoique les de Marca et les Muets n'aient pas fait difficulté de s'en occuper, 'et qu'un sage de l'antiquité Païenne ait recommandé aux piin.i. a. «p. s», gents de Lelres de ne les pas négliger : SU apud te honor antiquitati et fabttlis qiioque. Remplissons donc tous les engagements que nous avons contractés, eu établissant d'une part l'antiquité du Roman de Guillaume au Court-nez, et en montrant de l'autre, qu'il y a encore bien d'autres Romans en langue vulgaire, qui ont précédé le milieu du douzième siècle. Ce sonl-là encore deux points que nous avons promis de discuter.

Quand nous aurions associé au Roman de Philomena celui de Guillaume' au Court-nez. pour prouver que notre • Romancerie remonte jusqu'au dixième siècle, nous aurions de quoi le justifier. Ce Roman en effet est plus ancien de

1 Pierre Borcl in citant ce Roman aver- qu'il sa trompe, et que (•□illaume porta Ut qu'il faut éciirt- an courb'-nei; nuis ce surnom pour avoir eu la bout du net un endroit de la pic« ro*me fait voir coupé. CitM.ib. p. 568.

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beaucoup d'années que la vie do S. Guillaume de Gellone , dont il contient l'histoire travestie, et mêlée d'avantures extraordinaires et fabuleuses. Pour s'en convaincre à n'en pas iiab. art. i. 5. p. douter, il suffit de lire avec la moindre attention ' la Préface m. n. si?. 7<ki. fje ceUo yje^ dans ja({UCjje i\xuteur fait un précis exact et

bien ordonné du Roman. Et <v nui est encore à bien remarquer, c'est que la manière dont il en parle, annonce qu'il n'y avoil point de Villes, de Provinces, de Peuples même et de Roïaume où ce Roman n'eût alors répandu / les hauts faits d'armes , les victoires, les triomphes de son

Héros. On comprend sans peine, qu'il fallut un temps considérable pour que ces merveilles Romanesques se répandissent ainsi partout. On sçait bien que le secret de l'imprimerie n'éloit pas encore découvert, et que l'exemplaire d'un écrit ne se multiplioil qu'avec un long travail. Or la vie, qui rappelle ainsi le Roman, a précédé de quelques années la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Bâtard , puis-

orj. va. i.c. p. qu'elle étoit connue dés-lors. 'Nous en avons la preuve dans Ordric Vital, qui écrivoit en 1141 et 1142. Elle fut donc écrite au moins peu d'années après le milieu du onzième siècle. Sa date ainsi fixée, n'est-on pas en droit de rapporter celle du Roman aux dernières années du dixième, ou tout au plus tard au commencement du suivant? Est-ce trop que de donner soixante à soixante-dix ans, pour que le Roman fût répandu dans presque tout le monde, comme elle le donne à entendre d'une manière si précise.

catei, ib. p. 367. ' Calel, qui copie beaucoup de choses de ce Roman , en atteste lui-même l'antiquité. La vie de saint Guillaume de Gellone, quoiqu'elle contienne sa véritable histoire, ne fit

orj..vit. ib. point tomber le Roman. ' Il étoit encore tout communément chanté par les Jongleurs au temps d'Ordric Vital, tant on avoit alors du goût pour les avantures fabuleuses. Si le sçavant et laborieux Académicien M. Galland avoit lû quelque chose du Roman en question, son exactitude l'a u roi t

Hut. do i-Ae. dM empêché ' d'assigner les vers de huit et douze syllabes,

in«. P. 738. comme.une marque dislinclive d'ancienneté entre celte sorte de vieilles Poésies. De façon que celles dont les vers sont de dix syllabes, devraient être regardées comme plus récentes que les aulres. Les vers du Romande Guillaume au Courl-nez sont de dix syllabes; et néanmoins c'est le plus ancien de tous les Romans François qui nous restent auiour-

d nui ,

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d'hui, ou au moins qui nous soient connus, si l'on en excepte celui de Philomena.

Un autre Roman qui n'est guéres moins ancien que le précédent, est celui d'où l'on tira la fameust; chanson de i>u cu>g. no». Roland et d'Olivier, deux Héros de l'armée de Charlema- l VpNft.iwm. gne, qui furent tués à Roncevaux, après avoir vaillamment ;!a J* combattu contre les Gascons. On sçait, et Maître Vace pw. s. p. im. nous l'apprend lui-même, que cette chanson fut chantée avec éclat en 1066, à la bataille de Hasting, entre Guillaume le Bâtard et Harold. Les vers de Vace qui en parlent sont à rapporter :

Taille fer, irai moult bien chantoit, Sus un cheval qui tost alloit Devant eus ?'en alloit chantant, De Callemaignc et do Kollant, Et d'Olivier et des vassaux, Qui moururent à Rainschevaux.

Est-il clair, qu'il y avoit avant ce temps-là un Roman, dans lequel on célébroit les Exploits militaires de ces Chevaliers? Ce Roman au reste n'est autre sans doute que ' ce- m*. * rAe. *•• lui qui porte les noms do Roland et d'Olivier, et qui est J" "n! s. p*u 1 marqué entre les manuscrits de nos Rois Charles V, VI et VII. Celui de Roncevaux, si souvent cité dans la nouvelle édition du Glossaire de M. du Gange n'est guère moins ancien, supposé que ce ne soit pas le même sous divers titres. Sur quoi il importe de prier nos Lecteurs do ne le pas confondre avec un autre Roman, qui porte le même titre, mais qui est beaucoup plus récent. 'Celui-ci dont M. Galland i . *. vix. copie quelques vers, est l'ouvrage d'un Jean Bodiaux, ou Bodel d'Arras; et les vers qui le composent sont de douze syllabes, au lieu que les vers de l'autre ne sont que de dix. Il suffit d'en rapporter quelques uns pour juger de l'ancienneté de ce Roman au-dessus de la pièce de Bodiaux, sur tout si l'on se donne la peine de confronter les vers suivants avec les siens, qui sont tout autrement François.

' Mil grcslus sonnent, moult en sont clerliton..., S'en Tu fuis matés et recréans....

Qui tuit auront et micues et raeriaux... ' Tint furendars dont li brans Du lettrés. Tome VU.

Do Cang . U>. I. 3.

p. «41 t. *. p. " Wl. 7*7. *

AVERTISSEMENT

Il ne faut pas au reste être surpris, de voir deux différents Romans sur la journée de Roncevaux. Ce n'est pas le seul sujet sur lequel divers Poètes aient exercé successivement hmi. de nu. ib. leur Muse. M. Galland en produit deux différents sous le P. 730-735. ,jtre percevai ; c[ nous montrerons qu'il s'en trouve deux .

aussi sur Alexandre, dont l'un est plus ancien que l'autre. Voilà donc encore un Roman, dont la date est antérieure au moins d'un siècle, à l'époque qu'on assigne communément à l'origine de notre Romancerie. Quoique les trois précédents suffisent pour corriger l'erreur, nous voulons tien en produire encore d'autres, qui y concoureront également.

On doit mettre de ce nombre le Roman d'Ogier le Danois, qui contient les hauts faits d'armes du célèbre Capitaine de ce nom au temps de Charlemagne. Il en est beaucoup parlé dans le faux Turpin : ce qui n'a pas empêché qu'on ne lui ait donné son Roman particulier. Ceux qui se- Nftb. i. 5. p roient curieux de sa véritable Histoire, ' la trouveront dans 6M"668' le recueil d'actes des Saints par Dom Mabillon. Quant au

Roman, il est une de ces vieilles pièces de Romancerie, dont Pierre Borel s'est servi pour son Thrésor de recherches Gauloises et Françoises, et dont les derniers Editeurs du Bor*i, ib. p. 60». Glossaire de du Cangc ont tiré quelques secours. 'Borel en rapporte les vers suivants, qui peuvent servir à établir l'antiquité que nous lui donnons.

Ici endroit est cil livre fine*, Oui des enfance Oger est apelez.

Or Touille Dicx qu'il soit parachevé*, Bn tel manière qu'estre n'en puist blâmez Li Rois Adans par cui il est rimez.

Le Roman finit par ces vers, qui sont, comme l'on voit de dix syllabes. On y voit aussi, que l'Auteur s'y qualifie Roi, suivant l'ancienne coutume' aes Poêles Romanciers, qui avoienl remporté quelque prix de Poésie. Mab.^iu. p. gel. La preuve de l'antiquité de ce Roman, 'se trouve dans les Eglogues spirituelles de Metcllus, Moine de PAbbaïe de Tegernsée en Bavière. Cet Auteur, qui écrivoit vers 1060, (qu'on remarque bien cette époque) aïant occasion de parler du Héros de ce Roman, parce qu'il éloit frère du Com-

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te Adalbert qui avoit commandé en Bavière , tandis que l'autre commandoit en Bourgogne, dit qu'originairement il *e nommoil Occarius; mais que les Bourguignons en célébrant ses exploits militaires dans leurs chants, lui donnoient le nom d'Osigier, qui est le même qu'Ogier : quem gens Ma canens nrisca vocat nunc Oiigerium. Ces chants, dont il est ici parlé, supposent incontestablement des Poésies en langue vulgaire. Ainsi, puisqu'il nous reste un ancien Roman m ce genre, et dont l'objet principal sont les hauts faits

d'armes du même Ogier, n est-il pas tout naturel de croire, aue c'est le même Roman, qui servoit dès-lors aux chants des Bourguignons? Quelles raisons pourroit-on alléguer du

contraire? Dira-t-on qu'étant parlé a Ogier dans le Roman du Turpin, il s'agit de celui-ci dans le texte cité ? Mais ce Roman est en prose Latine, qui n'est pas pour l'ordinaire susceptible de chant, et ne fut traduit en Poésie vulgaire, que plus d'un siècle après.

Voici encore un autre Roman, qui nous paroît avec beaucoup de fondement être aussi du onzième siècle. Nous n'appercevons rien en effet, qui puisse combattre cette date, puisqu'il porte tous les caractères des plus anciennes pièces en genre de Romancerie. Le langage en est fort grossier, et retient beaucoup plus de marques de son origine, oui est le Latin, que plusieurs autres anciens Romans. D'ailleurs les ven> sont de même mesure que ceux des Romans de Guillaume au Court-nez, de Roncevaux, et d'Ogier le Danois; et il s'y en trouve de suite plusieurs sous la même rime , toutes marques d'antiquité. Ce Roman est celui d'Auberi le Bourguignon, d'où les derniers Editeurs du Glossaire de du Cange ont tiré une infinité de choses, et dont le Président Fauchet cite aussi quelques vers.

11 suffit d'en copier quelques-uns, pour que les personnes qui se connoissent en Romancerie, ne puissent raisonnablement douter de l'antiquité de la pièce. Elles la reconnoitront visiblement dans le premier qui suit , et qui seul suiïiroit.

' De ces deus choses est mult li jus partis. Do.£ï«- gL *• J*

Tous les autres vers de ce Roman rapportés dans le Glossaire de du Cange, d'où celui-ci est pris, montrent la même antiquité. Qu'on se donne la peine de lire les vingt qui se

kij

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trouvent à la page 151 du premier volume; et l'on se confirmera dans le sentiment que nous établissons ici. Les cinq suivants auront le même effet, si l'on fait bien attention au vieux mot de Dex pour Dieu, qui y est emploïé.

' Armes li donne et moult riche destrier, Et de sa paume li donne un coup plenier, Que Dex li doint liestre bons Chevalière..*

p, nos. ' Ist de la tente par molt grant aatie,

Tous desfublés en bliaut de Sulie.

F»p. bîb. d« b. i. ' M. l'Abbé Papillon, qui parle de ce Roman d'une ma- 1 9 5- niere fort superficielle, et sans avoir d'autre preuve qu'il

doive entrer d'ans son dessein, que le surnom de Bourguignon que porte Auberi, montre qu'il n'étoit pas fin connoisseur en fait de Romancerie, lorsqu'il conjecture que Ja pièce pourroit être du treizième, ou quatorzième siècle. Pour se convaincre du contraire, il n'y a qu'à en rapprocher les vers d'autres Poésies qu'on sçait certainement être de ce temps-là. Aussi ce Bibliographe a-t-il eu soin d'ajouter la restriction au moins, comme soupçonnant que le Roman pouvoit être de plus vieille date.

Celui de Girard , ou Gérard de Roussi lion n'est guéres moins ancien. Dès le milieu du dix-septième siècle le sieur Chorier, dans ses recherches des Antiquités de Vienne, livre 5, chapitre 5, p. 434 et 435, le regardoit comme remontant au-delà de cinq cents ans, et par conséquent antérieur à la date commune qu'on assigne à notre Romancerie Françoise. Il est encore en vers de dix syllabes, dont nous ne rapporterons que les trois suivants, pour qu'on en juge :

Après manger s'en vont esbanoïant, Volent Vianne la fort cité Taillant, Les murs de Maubre qui sont moult haut et granU

Il y a eu trois Gerards de Roussillon fort fameux en leur *tj. «a. 7». temps. ' L'un commandoit dans la seconde Belgique sur les côtes maritimes, sous Pépin le Bref, et les premières an- ■»b«... i.ae. n. nées de Charlemagne son fils. ' L'autre, Comte de Provence

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sous le règne de Charles le Chauve, s'acquit beaucoup de réputation par ses victoires sur les ISormans. Enfin un troisième, Gérard de Roussillon , l'un des Seigneurs François qui furent de la première Croisade. A moins que de lire soimême le Roman, on ne sçauroit prononcer définitivement, lequel de ces Gerards en est le Héros ; quoique la présomption soit en faveur d'un des deux premiers.

' Entre les Livres de la Bibliothèque de nos Rois Char- nui. «fai'Ae U» i. les V, VI et VU, étoit conservé le Roman intitulé : Gode- \\* T 1 ' froi de Billon 1 de la conquête d'Outremer en vers, qui avoit autrefois appartenu à la Comtesse de Pembrok. C'est-Ià le fameux Roman de Godefroi de Bouillon , dont le nom est défiguré dans le titre précédent. Pierre Borel le marque dans son catalogue, comme s'en étant servi pour son Thrésor de recherches ; mais il lui donne trois autres titres, qui reviennent néanmoins à celui qu'on vient de lire. Il le nomme d'abord Roman de la conquête d'Outremer, puis de la conquête d« Jérusalem, et enfin Roman de Gundor de Douay, île la conquête de Godefroi de Bouillon. L'on s'appercoit sans doute, que ce dernier litre exprime le nom du Poète, qui prête sa plume à ce Roman. ' M. Ménage en avoit aussi *Jj**k wi* r vu un exemplaire avec le premier litre que lui donne Borel; et nous voïons par les vers qu'il en cite, qu'ils sont de douze syllabes.

Il y a des preuves certaines que ce Roman étoit répandu dans le public avant l'année 1112, et les voici. ' Guibêrt de i;ut>. «•*« Fr. i. Nogenl aïant occasion de parler dans son histoire de la 7 ' s " " Croisade, de l'action extraordinaire de Godefroi de Bouillon, qui d'un seul coup de cimeterre coupa en deux par le milieu du corps un Turc quoiqu'encuirassé, certifie le fait qu'on célébrait dès-lors dans des chants publics. lia ut , dit Guibert, testimonio veraci probabile id deseipso prœctari factnorts cantitetur, et le reste qui contient la narration de l'événement. 'Or cet Historien écrivoit ceci avant la mort de v«. i 3. «. \\. Gaudric Evêque de I^aon, qui mourut en 1112, comme il p s" nous l'apprend lui-même dans l'histoire de sa propre vie.

Outre ce Roman en vers, dont il y avoit six divers exemplaires dans la Bibliothèque de nos Rois déjà nommés, ' on J",3U,J« »•

• Ce roman porte l« mto» iilr* en- reur t publié 1« caialopne; et il y e»i ir. le* m«no»eriU do Jean de Franc», marque qno IWmp!air« «toit en fort 0»e de Borri, dt.qutl» 1. le '

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y voioit encore six ou sept autres ouvrages en prose, soit Romans, ou Histoires véritables de la même conquête. En voici les titres , tels qu'ils nous ont été conservés. Unes Chroniques de Godeffroy de fit lion, de la conquête de la terre <f Outremer. Il e3t inarqué que cette Chronique étoit fort vieille, c'est-à-dire que le manuscrit en étoit fort ancien. Comment Jérusalem fu conquis aveques la terre a" Outremer par Gode froy de Billon. On ajoûte que le Roi Charles fit présent de ce Livre au Marquis de Saluées , quand il plaida en Parlement , et qu'il y en avoit un autre exemplaire rimé, c'est-à-dire en vers. De la terre de Jérusalem, et de la conquête dicelui par Godefroy de Billon. Un quatrième écrit en prose intitulé : Les Chroniques de Jérusalem. Un cinquième : Quantes fois Jérusalem a été prise. Un sixième : Les faits de la Terre d'Outremer. Enfin un septième : Le passage de la Terre-Sainte, nommé Directoire , ou Àdrecemcnt de la terre d'Outremer.

Qui des deux, notre Aggresseur et nous seroil le mieux fondé : ou lui à prétendre qu'aucun de ces écrits en notre langue n'avoit paru avant le milieu du douzième siècle, ou nous à soutenir, qu'il y en eut plus d'un qui reçut l'être aussi-tôt après les événements qui en font l'objet? Nous en laissons la décision aux personnes intelligentes et équitables. On n'oubliera pas sans doute ce que nous avons observé à ce même sujet en parlant de l'ouvrage de Grégoire Bechade. Si la remarque de M. Salvini est aussi vraie qu il le suppose, les Romans de Godefroy de Bouillon en prose ont précédé celui qui est en vers, et dont la date, comme on l'a vû, Journ. de* Sça». est antérieure à l'année 1112. 'Ces Livres fabuleux, dit M.

Salvini en parlant des Romans, charmèrent le peuple, quoiqu'ils ne fussent d'abord qu'en prose. On s'avisa ensuite de les rimer, c'est-à-dire de les mettre envers; et ils enchantèrent. La conduite que tinrent, à l'égard de l'histoire de la première Croisade les Auteurs Latins, dont quelques-uns entreprirent de l'écrire avant la fin du onzième siècle , témoin Tudebode Prêtre de Sivrai en particulier, nous doit faire juger, que les Ecrivains Romanciers n'usèrent pas d'une moindre diligence. Est-il croïable en effet, que dès-lors on écrivît ces grands événements en langue Latine, qui n'étoit plus communément entendue, comme auparavant, et que personne ne s'avisât de les publier au même temps en langue Romance, qui étoit celle de tous les François, et qu'oa

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eraploïa même à dresser le premier Code des Croisés établis à Jérusalem ?

Nos Historiens nous apprenent que Robert Duc de Normandie surnommé Courte-Cuisse, se révolta contre son propre pere Guillaume le conquérant, et que c'est de-là qu'un Auteur du temps prit sujet de faire le Roman de Robert le Diable. A prendre ceci à la letre, il en suivroit que ce Roman auroit été fait dès le temps de cette révolte, et par conséquent avant l'année 1087, qui est la date de la mort du Roi Guillaume. Mais que pourroit-on nous opposer de raisonnable, si nous soutenions que ce Roman fut fait ou pendant la longue prison de Robert, par quelque politique, qui avoit dessein de faire par-là sa cour à Henri I Roi d'Angleterre, Auteur de cette prison, ou au moins aussi-tôt après la mort de l'infortuné Prince arrivée en 1134? Nous aurions encore ici un autre Roman, qui auroit précédé le milieu du douzième siècle.

Nous avons déjà annoncé qu'il y a deux Romans d'Alexandre : l'un beaucoup plus connu, commencé par Lambert le Court Clerc de Cnateaudun, et fini par Alexandre de Paris ; ' l'autre moins célèbre, comnosé par le clerc Si- p»**. *t. mon. Celui-ci, qui est cité par le Président Fauchct, Borel, m .*wf: Ménage, et fort souvent dans le nouveau Glossaire de du 510: Cange, est antérieur au précèdent. Borel n'en met la date qu'en 1140; mais si l'on se donne la peine de confronter les vers qui suivent, avec ceux de le Court et du Poète Alexandre, on jugera qu'il a falu au moins un demi siècle pour introduire la différence du langage, qui se trouve entre les uns et les autres.

Li enfant se départent, li piereen fa dolans,

B li autre devient Mcsopotamiens,

Li autre fa Torquois, li autre Blimitana...

Li autre fu Romains, et li autre Toscans

L'autre fu Bspeingnos, et s'autre fu Norman», Li autre Brupiei et parla bien romans, Li autre fu François, et li autre Normans.

C'est ce que le clerc Simon dit au sujet de la dispersion des

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peuples, après la confusion des Langues arrivée à Babel.

Une autre preuve de l'ancienneté de ce Roman au-dessus de celui de le Court, c'est qu'il y a beaucoup d'apparence que ce clerc Simon n'est autre qui1 Simon de Boulogne, Auteur d'une ancienne traduction de Solin en François. Or Lambert Prêtre d'Ardres, qui nous fait connoltre le Traducteur, écrivoit avant 1148: d'où il résulte que Simon de Boulogne Horissoit quelque temps encore auparavant. Que Lambert d'Ardres écrivit avant l'époque mar- M«y. ». quée, cela est constant; ' puisque la même année cette Col-

légiale fut convertie en un Monastère de l'Ordre de Prémontré. L'on voit par-là que cette traduction de Solin a précédé de plusieurs années le milieu du douzième siècle.

Nous ne comptons point au nombre des Romans antérieurs à cette date celui de Florimond; quoique Borel nous Hut. de ïac. ih. le donne pour être de l'année 1128. ' M. Galland a mon- 1. 1. p.wr. qUece3l l'ouvrage d'Aymé, ou Aymon de Cliastillon,

qui le composa seulement en 1180, cinquante-deux ans plus tard. Mais peut-être serions -nous autorisés à mettre en ce rang le Roman d'Amadis de Gaule, non tel qu'il est venu jusqu'à nous, mais tel qu'il étoil dans sa première origine, un.bib. ani. p. C'est ce que nous observons ailleurs' sur la notice que nous f H!" en donne Nicolas Herberay Seigneur des Essarts, qui se connoissoit en Romancerie.

Il est sans difficulté, que depuis la première croisade les KMcb ii». c. 8 1 Romans se multiplièrent beaucoup. ' Le Président Fauchet «nf. dM chev p en marCjUe fort Djen |a rajson ç est \es exploits héroïques, qui en font l'objet, se multipliant, fournirent aux Romanciers une ample matière pour exercer leur talent d'inventer et celui d'embelir leurs inventions. Au lieu qu'auparavant les divers Etats de l'Europe se trouvant ou nouvellement établis, ou fort troublés, on y voïoit peu de Héros, et par conséquent peu de grandes actions, qui fussent capables d'enfler la veine des faiseurs de Romans. Il n'y avoit qu'un siècle que la France avoit changé de Maîtres. Les Seigneurs du Roïaume étoient peu affermis dans leurs Seigneuries. Les Ducs de Normandie avoient passé en Angleterre. L'Empire étoit errant de Saxe en Souabe, et de Souabe en Saxe. Les grandes Maisons d'Allemagne se ressentoient de ces révolutions. L'Italie se voïoit entre les mains de Souverains foibles, et l'Espagne sous la domination de

Rois

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