SCÈNE II
ROBERT, MAUD, (sortie de tliéAtrc très élégante)
MAUD, (entrant) Mon pauvre chéri ! Je t'ai fait attendre !
ROBERT, (mollement.) Non...
(Us s'embrassent.)
MAUD
J'ai eu toutes les peines du monde à me débarrasser du baron. Nous sommes partis après le deuxième acte. Il voulait m'emmener souper. Quant à Joseph Kahn, il prétendait prendre le thé chez moi. Tu vois ça d'ici. A onze heun^s.
ROBERT Joseph Kahn ?
MAUD C'est un banquier.
ROBERT
J'allais le dire. Mais depuis quand le connais-tu? Tu ne m'en avais jamais parlé.
Il me fait la cour depuis lin mois. Il est très riche Je le ménage.
ROBERT
Pourquoi?
MAUD
Parce que le baron est vieux. Il arrivera un jour où le pauvre homme... Eh bien, ce jour-là, c'est Joseph Kahn qui le remplacera.
ROBERT
Et déjà il a ses petits profits. Il ne doit pas se gêner pour t'embrasscr. . . Et je suppose que toi, de ton côté...
MAUD
Ah ! tu m'ennuies!... Kahn a 50 ans, et puis, que veux-tu ?. . Je puis avoir besoin d'argent. Tu n'y peux rien, mon pauvre petit. (Robert hausse les épaules s' assied et lire son porte-cigarettes.) Tiens, prends une cigarette du baron. Des turques. Elles sont meilleures,
ROBERT, (digne.) Je préfère fumer les miennes.
MA UD Elles sont moins bonnes.
ROBERT
Elies sontà moi.
MAUD, (examinant la table du souper.)
Des huîtres, des œufs à la gelée et du perdreau. J'ai une faim de loup. Et toi?
(Elle sonne.)
ROBERT, (boudeur.) Moi non.
MAUD
Moi non... riant. Tu es bête, quand tu dis ça. à hanny. Portez ces effets dans ma chambre. Préparez-moi un peignoir. Fausse sortie de Fanny II n*est rien venu pour moi?
FANNY Ces lettres et ce colis.
(Sort Fànny.)
MAUD
\}\\ co\\s?{Elle le regarde.) « Alexandrie ! » Oh ! mais, c'est la table !
ROBERT Quelle table ?
MAUD
La table que Grandello m'a envoyée d'Egypte.
ROBERT
Qui ça, Graadelle?
MAUI) Un ami. Tu ne connais pas.
ROBERT, (amer.)
Naturellement.
Ah ! Je suis contente. C'est la table qui a appartenue à Néréa, la grande courtisane, la danseuse. Tu sais bien, je t'ai montré la lettre de Grandelle.
ROBERT Cette table du temps des Ptolcmée ?
MAUD
Des Ptolémée, tu crois ? C'est possible. Tiens I Ouvre la caisse.
ROBERT Avec quoi ?
MAUO
C'est vrai. (A Fanny qui rentre.) Fanny, apportez-no us un ciseau et des tenailles.
(Elle décacheté une lettre.)
ROBERT De qui, ces lettres?
18 LKS IJEI'X COl'HTISANES
MAL'D De Tliylda. Tiens ! Elle a hiclié son amant !
liOBEUT
Lequel ?
MAUI)
Elle ne dit pas. \^EUe ouvre une autre letlrc.) Allons bon ! un bulletin de réjxHilion pour demain. On répète la nouvelle revue.
UOHKirr
Tu vas encore montrer tes jambes!
MAi:i)
Pourquoi les cachcrais-je ? (Fa/î/ïi/ rentre avec un ci- ;ieau et des tenailles.) Voilà pour loi, travaille !..Ote ton habit, lu vas te salir.
FANNY Si monsieur désire que je Taide ?
MAUI)
Non. C'est amusant. Nous allons ouvrir la caisse à nous deux. (.4 Rotjert.) Veux-tu un petit veston ?
ROHEUT Un petit veston?
MAUD
Oui. tu te salirais.!^ A /a// «y.) Apportez le veston d'intérieur de monsieur de Chanluce.
LES DEUX GOURTISAiNES 19
ROBERT, (choqué.) Voyons, non !
MAUn
Si I mais si I Qu'est-ce que ça fait ?
FANNY, (simple.)
Si monsieur a peur que le veston soit trop grand, il n*aura qu'à retrousser les manches.
(Elle sort.)
MAUD, (à la table du souper, dégrafe sa robe et mangeant
un fizalis.)
Unfizalis?
ROBERT Merci.
MAUD
Tu as tort. C'est à la fois musqué et citronneux. C'est exquis. Tu n'aimes pas ça ?
ROBERT Non.
MAUD, (lui jetant un fizalis à la figure.)
Les hommes sont bêtes !
Fanny(reutre avec le peignoir et le petit veston.)
MAUD, (prenant le veston et le lançant à Robert.)
Tiens ! fais-toi beau ! {faiiny lui passe soa peignoir, Robert qui a mis le veston, ouvre la caisse.)Cest dur?
ROBERT
Non. (// tire de la paille,) Tu sais, il n'y a que de la paille là dedans.
FANNY Que monsieur cherche bien, il trouvera la poutre.
EUe rit.
ROBERT
Charmant!.. (Jl tire de la paille.) Toujours de la paille... Ahl
Tu vois la table ?
ROBERT Ça commence.
MAUD Elle est lourde ?
ROBERT Attends que ça vienne... non, pas trop.
(Robert la tient à bras tendu.)
FANNY Monsieur a des muscles ...
MAUD
Montre !. Oh! qu'elle est originale...
Mets-la debout !
ROBERT
Elle est gravée. C'est rigolo ces petites femmes nues qui dansent en se tenant la main.
MAUD
Mets-la debout. Regarde! La table se tient sur une
seule patte.
Une patte d'ibis.
De quoi ?
Ibis.
MAUD
ROBERT
MAUD
Traduis.
ROBERT Ibis veut dire grue en égyptien.
FANNY, (remportant la robe de Maud.) Déjà!
MAUD
Comme les couleurs sont bien conservées.
ROBERT Tu vois cette fine bande pourpre et ces rayons d'or.