‹ Qui trop embrasse...: Comédie en un acteChapitre 4 sur 99 · MAU · texte numérisé non relu

MAU

Gomment ?

JEAN

Un mot grec qui signifie à peu près : « Je m'en f . . . moque. » Quanta ma femme, c'est une petite personne romanesque, que j*eus le tort de négliger un peu ces temps-ci, pour laquelle l'adultère prend encore la majuscule et qui se ligure, étant provinciale, qu'on ne devient Parisienne qu'à force de tromper son mari. Là non plus le sentiment n'est ni bien profond, ni bien durable. Nous partons dans trois jours pour l'Egypte, où je me charge de faire rester Marthe trois mois au moins. Dans trois mois j'aurai reconquis ma femme et vous aurez retrouvé le cœur de Pierre, dont l'affection d'ailleurs n'a jamais cessé de vous être acquise. Donc...

MAUD, toujours nerveuse.

Donc, croisons-nous les bras, n'est-ce pas, et attendons ! Mais comme votre femme rencontrera Pierre vers cinq heures et qu'il est probable que ce n'est pas pour lui demander son auteur favori ou la villégiature qu'il préfère, au coucher du soleil je serai cornette et vous, mon cher monsieur, vous serez coc...

JEAN

Oui. Donc je reprends où j'en étais resté ; il faut trouver moyen de ridiculiser à jamais Pierre aux yeux de ma femme. J'aborde là un point délicat, très per-

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sonnel à Pierre, et pour lequel je requiers toute votre indulgence et votre tact féminin. Ceci est une expression épurante, que le sage pèche sept fois par jour. J'entends bien ce qu'on veut désigner par là, mais vous me comprendrez si je vous pose la question suivante : Combien de fois Pierre peut-il pécher par jour?...

MAUD

Mais.

JEAN

Répondez-moi. C'est pour notre bonheur à tous deux, et plutôt qu'un chiffre minimum, exagérez le nombre, dût-il paraître à ma vanité invraisemblable.

MAUD

C'est qu'ainsi, à première vue . . .

JEAN

Si douces que soient les nuits, il y en a toujours une meilleure.

MAUD

Eh bien ! je me souviens d'une nuit ; c'était au bord du lac de Côme. Les étoiles, dans l'eau bleue, palpitaient vivantes comme de larges bêtes d'or. Dans une

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barque, aux rames immobiles, un jeune garçon chantait. L'air fleurait bon, le vent balançait mollement la robe verte des saules. Pierre et moi étions restés longtemps à la fenêtre. Je la refermais enfin... et lorsqu'au matin je la rouvris je songeai que j'aimais Pierre.., cinq fois plus encore que la veille.

Je vous... je le félicite... Une indiscrétion encore. Vous avez rouvert à quelle heure ?

MAUD

Midi.

JEAN

Vous m'en direz tant. Et, dites-moi, en un après midi, mieux pour cet après-midi, combien croyez- vous que Pierre..,

MAUD

Ah ! c'est presque de la statistique.

JEAN

Je n'insiste pas. Eh bien, ma chère amie, vous avez une heure et demie devant vous... Quand ma femme arrivera pour connaître l'ardent baiser de l'adultère,

il dépend de vous qu'elle soit plus déçue que cette duchesse allemande qui, dans sa garde d'honneur, engagea, sur sa bonne mine, un majestueux gaillard, le fit nommer d'emblée colonel et huit jours après le cassa de son grade, s'étant aperçue qu'il avait servi dans l'armée turque.

MAUD

Votre idée est sublime, (devant la glace) sublime, mais,

peut-être pas commode. Elle est jolie, votre femme...

Eh bien ! et vous ?

MAUD

Oui. Je VOUS demanderai de ne sortir d'ici qu'avec moi, vous prétexterez une course dans les environs de la gare Saint-Lazare, vers cinq heures. Votre présence m'est nécessaire.

JEAN

Ah!... Oh!...

MAUD

Que c'est bête ! Votre présence m'est utile pour stimuler la vanité de Pierre. C'est surtout, hélas ! sur son amour-propre que je compte.

l8 <^UI TROP EMBRASSH.

JEAN

Vous verrez que j'fii pensé à tout. Voioi le partuiP dont 80 sept ma femme.

MAUD

Vous êtes un grand capitaine. (Elle s'en met un peu partout.) Ah î la vicieuse odeur ! ces femmes mariées, tout de même ! Il n'y a plus que nous d'honnêtes I

JEAN

Le fait est qu'il est bien bizarre, cet appétit qu'elles ont toutes pour l'adultère. Marthe me contait ce rêve : « Je voudrais te tromper avec toi-même. Tu me donnerais un rendez-vous dans une garçonnière. J'arriverais le visage couvert d'une épaisse voilette. Tu me presserais dans tes bras, en m'appelant n^on cher crime, ma volupteuse infamie, mon trésor volé. Moi je nie défendrais en criant : « Je veux rester fidèle à mon mari. Je ne suis venue ici que pour admirer votre collection de papillons. » Toi, dans un brusque élap de désir et abusant lâchement de ta force, tu m'entraînerais, eflrayée et ravie, dans la chambre à coucher, où, à la lueur d'un feu de bois s'apercevraient, traînant encore sur le tapis, des épingles à cheveux de cocotte I » J'ai traité ce rêve d'enfantillage. J'ai eu tort. J'aurais dû devenir l'amant adultérin de ma femme,

QUI TROP EMBRAiàSE,., ÎQ

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