‹ QuiberonChapitre 3 sur 21 · SAL\TE-AN?Œ D AL'UAV · texte numérisé non relu

SAL\TE-AN?Œ D AL'UAV

Ce fut ma première émotion en entrant dans le Morbihan, cette terre de foi et de prière. Voici quelle fut la seconde : le crépuscule commençait à se lever ;

j'aperçus dans la campagne un de ces calvaires rustiques si communs dans ce pays, qui aime tout ce qui lui rappelle que nous devons vivre pour le Dieu qui mourut pour nous. Un paysan, avant de se rendre au

travail de la journée, s'était agenouillé devant ce calvaire et priait de tout son cœur. Le bruit de la diligence qui passait ne le troubla pas, et il ne détourna pas la tête pour nous regarder : il avait mieux à faire. Ce recueillement me rappela le trait raconté par madame de la Rochejaquelein, au sujet des soldats vendéens qui, trouvant sur leur chemin un calvaire, au moment où ils s'élançaient contre les bleus, s'agenouillèrent par un mouvement spontané. Un officier, qui ne connaissait ni cette popul-ation ni cette guerre, voulut les rappeler au sentiment de la situation. a Laissez-les prier, dit Lescure, qui s'y connaissait, ils ne s'en battront que mieux après. » Quelques minutes après, en effet, ces paysans héroïques inventaient, un demi-siècle à l'avance, la tactique des zouaves, et prenaient à la course une batterie, sans lui laisser le temps de tirer une seconde volée. La vie aussi est un combat, et le travail est une lutte pour ces laborieux agriculteurs, obligés d'arracher à la terre la moisson fécondée par leur sueur. La prière est donc bonne pour qui tient le manche de la charrue comme pour qui tient la crosse du mousquet.

En Bretagne, tous travaillent et tous prient. On voit les femmes, en revenant du marché, continuer vaillamrnent leur tricot, soit à pied, soit à cheval, quand leurs doigts ne tiennent pas les grains de leur chapelet. Le tricot et la quenouille se partagent, avec les soins à donner aux bestiaux, les journées des femmes. Nous étions presque à la porte de Vannes, lorsque j'aperçus, près d'une haie, une jeune femme qui, de-

bout, fil^t une quenouille, tandis qu'un jeune garçon tenait la vache qu'il allait sans doute conduire sur la lande. La prière d'abord, le travail ensuite ; le rude travail du labour, puis l'élève des bestiaux ; enfin le travail manuel des femmes, le plus ancien dans la province, car du Guesclin disait déjà fièrement, il y a trois siècles, au prince Noir, qu'il n'y avait pas de lileuse en Bretagne qui ne filât une quenouille pour contribuer au payement de sa rançon, n'est-ce pas la Bretagne presque tout entière ? n'est-ce pas surtout le Morbihan ?

Quelques mots seulement sur la situation, les limites et l'aspect général du Morbihan, ce département formé d'une partie de la basse Bretagne. Il est situé dans la région N.-O. de la France, et il doit son nom à sa position sur le golfe du Morbihan, en langue celtique la Petite Mer. C'est une contrée maritime, dont les limites sont : au nord, le département des Côtes-du- Nord ; au sud, l'océan Atlantique ; à l'est, les déparlements d'Ille-et-Yilaine et de la Loire-Inférieure ; à l'Ouest, celui du Finistère. Il y a peu de départements on France dont l'aspect soit aussi pittoresque. La partie septentrionale se dessine en collines couvertes de landes et tapissées de bruyères, dont l'inclinaison générale se porte vers le sud ; là, elles viennent expirer sur des plaines fertiles et des vallées plantureuses arrosées par de nombreux cours d'eau, la Vilaine, le Blavet, l'Auray, et leurs affluents, l'Oust, le Larhon, le Lié, le Ninian, laGlaye, l'AffetrArtz, qui se jettent dans la Vilaine ; la Sar, l'Evel, le Ligan, le Tarun, le

Scorff, qui se jettent dans le Blavet ; la Sale, qui se jette dans l'Auray. La superficie du Morbihan est de 679,781 hectares, et sa population de 486,504 habitants, ce qui donne à peu près 72 habitants par kilomètre carré. Sur cette superficie, il y a 260,600 hectares de terres labourables, 63,500 de prairies naturelles, 1,700 de vignes, 274,000 de pâturages, landes, bruyères et pâtis, et 73,500 de bois, forêts et terres incultes. On arrive ainsi au chiffre de 673,300 hectares ; le reste est occupé par les routes et les chemins. La propriété y est morcelée en deux millions de parcelles, possédées par 120,000 propriétaires. On compte dans le Morbihan 47,000 chevaux de race bretonne, 315,000 bêtes à cornes, 220,000 moutons; 69,000 porcs, 84,000 ruches d'abeilles, 8,000 boucs, chèvres et chevreaux. Les principales essences de ses forets sont le chêne, le hêtre ; il y a, dans le voisinage de Vannes, quelques châtaigneraies. Le Morbihan fabrique en moyenne 441,000 hectolitres de cidre, et récolte 130,000 hectolitres de pommes de terre. L'agriculture y est en progrès. Depuis le commencement du siècle, sa population s'est accrue de 99,000 âmes, et de 14,000 depuis le recensement de 1860. Rien de plus curieux que sa côte, bizarrement découpée en baies, en rades et en ports, et hérissée de caps et de promontoires. La presqu'île de Quiberon fait une saillie de douze kilomètres dans la mer, et les presqu'îles de Rhuys et de Crac, en étendant comme des grands bras leurs pointes rapprochées, ont formé cette petite mer que les Celtes ont nommée le Morbihan. Au delà, le grand océan

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Atlantique, poussé par les vents du sud-ouest, vient déferler sur la côte dentelée qui s'étend de l'embouchure de la Vilaine jusqu'à Lorient.

J'ai ajouté à mes observations personnelles l'étude des documents historiques, écrits ou restés inédits, qui pouvaient compléter les notions que j'avais recueillies. C'est ainsi qu'en grossissant ma gerbe de tous les épis que pouvait m'ofïrir le passé, j'ai été amené à composer cet écrit, dont les trois points culminants, assez semblables à ces grands menhirs qui dominent mélancoliquement la côte morbihannaise, sont Sainte-Anne d'Auray et son pèlerinage, Quiberon, et enfin le champ des Martyrs.

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