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liommages, hicn ([u'ignoians et obscurs, n'en étaient pas moins savourés par sa ridicule vanité.
Quelques inslans après, Thôle entra dans la salle, et Madame Lanno lui demanda s'il n'était pas venu quelqu'un s'informer d'elle.
— Gomment ça, dit-il; madame attendait... Si j'avais su que madame... mais j'ai cru que c'était un tour de Jarnac.
— Quoi? expliquez-vous! s'écria-t-elle avec inquiétude; que s'est-il passé?
— Voilà toute l'histoire , et en conscience j'ai cru agir pour le mieux ; pouvais -je me permettre de réveiller madame. . .
— Mon Dieu, vous me faites mourir, interrompit la dame vraiment alarmée : la colonne du général Tinténiac serait-elle déjà passée ?
— La colonne du général Tinténiac, répéta rhôle toul-à-fait dérouté ; je ne connais point de général de ce nom, et vous autres, citoyens ?
— La citoyenne se trompe de nom, et voilà, répondit le caporal; si elle veul, je vais lui citer nominativement tous les généraux de l'armée
__ 167 — des côtes de Brest et de Cherbourg , afin que dans le nombre,
— Attendez donc, reprit l'hôte sans le laisser achever, Tinténiac ! mais c'est un chef de chouans, présentement à Quiberon.
— J'avais bien deviné que la citoyenne avait des accointances avec les ci-devans, reprit le caporal; c'est égal, émigrée ou ci-devant, je veux perdre mes galons si je ne la préfère pas aux plus enragées patriotes qui aient tricoté dans un club.
Madame Lanno, inquiète des conséquences que pouvaient avoir une parole inconsidérée dans un moment comme celui-ci, voulut détourner Fattention de ce sujet.
— Vous me rendez folle reprit-elle avec un gesle d'impatience; je ne sais plus ce que je dis.
— Madame a parlé de la colonne du général Tinténiac,
— Mais j^ai donc perdu la raison, s'écriat-elle, ou je continue le rêve que je faisais dans mon sommeil. Laissons cela, et dites -moi qui est venu me demander.
— Ce malin, vers les sik lieures, un petit mendiant qui m'avait tout Tair d'un lllou est entré ici, s'informer si je n'avais pas une dame dont le portrait qu'il m'a fait...
— Eb bien , où est-il ? Que lui avez-vons dit?
— Voilà justement la cause des excuses que je faisais à Madame; mais quand on est guidé par de bonnes intentions, . .
— Au fait, où est cet enfant ?
— J'ai pensé qu'il vous savait logée ici, et que sous prétexte d'une commission. . .
— Et vous l'avez renvoyé ? s'écria Madame Lanno d'un ton mêlé de colère et d'abattement.
— Pas tout-à-fait; je lui ai dit que je n'avais point chez moi la personne qu'il dépeignait; il s'est retiré en disant qu'il attendrait votre arrivée .
— Où vais-je le trouver maintenant ?
— Il n'y a pas plus d'une heure, je l'ai vu rôder sur la place. — Voyons si je l'aperçois, continua l'hôte en s'approchant de la porte ;
non ma foi, iFa disparu... Mais puisqu'il a dit qu'il attendrait Madame , il reviendra par ici, et j'aurai soin de l'appeler.
— L'affaire dont il s'agit ne souffre pas retard; il faut qu'on me l'amène sur l'heure. — Eh bien ! vous ne bougez pas ! Vous n'allez pas le chercher ?
— Le citoyen Lanoë est lent comme une tortue, reprit le caporal ; si la citoyenne le permet, j'irai chercher son messager, et je réponds de le trouver s'il est encore à Elven.
— Je manque de termes pour vous exprimer ma reconnaissance, répondit Madame Lanno.
— Ça, fais-moi le signalement du marmot.
— C'est un garçon de douze à quatorze ans, haut de quatre pieds, avec des cheveux blonds, une veste rouge, une culotte de toile, un chapeau de paille sans fonds.
— Suffît, je le reconnaîtrais parmi toute une
demi-bri«ade.
Le soldat plaça son chapeau sur l'oreille et sortit de l'auberge , en engageant Madame
Lanno à prendre patience jusqu'à son retour, qui aurait lieu proraptemcnt. En effet , un quart-d'lieure après il revint accompagné d'un jeune enfant, dont les dehors étaient conformes en tous points à la description que Thôle avait faite du messager de Madame Lanno.
Celle-ci, en le voyant entrer, se leva précipitamment.
— Mon enfant, dit-elle, tu es chargé d'une commission pour moi?
— Citoyenne , voici votre affaire , dit le caporal, en s' approchant galamment de Madame Lanno , il vous apporte une lettre d'un certain abbé dont le nom m'est échappé; c'est
égal, je l'ai fait jaser en route , je sais ce dont il est de quoi.
— Comment., vous savez ! . , .
— Soyez tranquille , citoyenne , votre secret est en bonnes mains. Après l'Assemblée nationale je ne connais rien qui soit plus digne de respect que les mystères de l'amour.
La femme du juge , rassurée par ces paroles, demanda au jeune garçon la missive dont
il était chargé ; celui-ci tira de la doublure de sa veste un paquet soigneusement cacheté, qu'elle ouvrit avec promptitude. Elle y trouva deux billets de l'abbé de Boutonillic^ Tun à son adresse et l'autre à celle de Tinténiac.
« Belle dame , lui mandait Fabbé , j'espère » que le ciel aura protégé votre voyage, et que » la présente vous trouvera pleine de santé à )} Elven. Tout marche au gré de nos désirs, et » le succès définitif de nos projets ne dépend » plus maintenant que de votre intervention. » Aussitôt l'arrivée du général Tinténiac à » Elven, ayez soin de lui remettre le billet ci- » inclus. 11 y trouvera l'ordre de marcher sur » Coët-Logon , où l'attendent Mesdames de » Boishardy et de Guernisac. S'il annonce l'in- » tention d'obéir à cet ordre , partez aussitôt » et venez, à Goët-Logon, où je serai rendu » quelques heures avant vous , m'en apporter » l'heureuse nouvelle, c'est là que nous don- » nerons la dernière main à notre affaire. » Respect et dévoûment.
» L'abbé de Boutonillic. »
Madame Lanno, u[)rès avoir lu celle Icllre qui lui causa un vif plaisir^ congédia le messager en lui donnant quelques pièces de monnaie, et commanda à l'hôte de lui servir à déjeuner. Le galant caporal montrait l'intention d^obtenir le paiement du service qu il avait rendu : mais un son de tambour qui résonna dans Féloignement donna à ses pensées une autre direction.
— Qu'est-ce que j'entends, dit-il en s'approchant de ses camarades; sur quelle gamme chante le tapin ?
— C'est la générale , ma foi, reprit un autre.
Et se levant tous avec précipitation , ils quittèrent l'auberge en courant; peu d'instans après des cris d'alarmes retentirent dans le bourg avec le bruit d'une fusillade ; madame Lanno ignorant le nombre de troupes qui existait à Elven, craignit que les chouans ne fussent repoussés , mais elle fut bientôt rassurée en voyant des soldats traverser la place en déroute, et l'avant-garde de Tinténiac
s'avancer en bon ordre , aux cris de vive le roi.
Madame Lanno ne jugea pas devoir remettre elle-même à Tinléniac , la lettre dont elle était chargée , de peur que celui-ci en la reconnaissant , ne lui adressât des questions embarassantes , elle préféra en charger le guide , sur la fidélité et la discrétion duquel elle pouvait compter , et après lui avoir tracé de point en point ses instructions , elle l'envoya à la maison occupée par l'état-major.
Tinténiac avait effectué sa jonction avec le chevalier de Frilz , son armée s'élevait maintenant à près de six mille hommes , tous aguerris et bien armés , il avait dispersé dans sa route les troupes républicaines qui avaient tenté de lui disputer le passage , chassé la garnison d'Elven ; et le nombre d'hommes rangés sous ses ordres, était trop imposant pour qu'il eût rien à craindre dans le trajet qui lui restait à parcourir jusqu'à Baud , où il de vait rejoindre Jean-Jean et Lantivy.
Les troupes ayant marché toute la nuit , il
— 17/i — décida qn on ferait halte à Elven, pour leur donner le temps de se reposer , et attendre les instructions nouvelles des agens royaux , qui lui avaient été promises.
L'état-major était rassemblé en conseil, quand le guide de madame Lanno demanda à un officier, le général Tinténiac , se disant porteur d'une lettre pressée, qui lui était adressée , il fut aussitôt introduit devant les chefs, et remit à Tinténiac la dépêche de Boutonillic.
— Messieurs , dit Tinténiac , voici les instructions ultérieures que les agens royaux nous avaient annoncées : je vais vous en faire lecture.
«Au général Tinténiac, commandant des armées catholiques et royales.
» Au nom du roi, vous êtes prié de vous rendre de suite avec la colonne que vous commandez au château de Goët-Logon, où vous attendent mesdames de Boishardy et de Guernisac, chargées par Fagence royale de conférer avec vous. Il importe aux intérêts de sa
majesté que cet ordre soit exécuté sans retard. » Signé, le chevalier de la Vieuville.
— Eh bien ! mettons-nous en marche , dit le vicomte de Pontbellanger,
— Y songez-vous , monsieur , s'écria Louis de Kerderf ? vous oubliez que nous devons être rendus le i4 au soir à Baud. Les plans du général en chef sont peut-être aussi imporlans que ces instructions mystérieuses
— Ces instructions méritent notre respect, puisqu'elles nous sont données au nom du roi, répartit le vicomte. A moins que vous n'accusiez ces messieurs de trahison ou de folie, vous ne pouvez vous refuser à exécuter leurs ordres. — Vous paraissez vous plaindre qu'on ne nous communique pas le but de cette marche ; mais ce silence nous est une preuve de l'importance que ces messieurs y attachent, et en agissant autrement , ils eussent commis une imptudence impardonnable.
— Ces raisons ne valent rien, interrompit brusquement Georges ; nous sommes partis de Quiberon avec des instructions que nous de-
VOUS suivre à la Icltrc. Le comte nous a communiqué son plan afin de nous faire mieux sentir 1 importance de la ponctualité qu'il exigeait de nous; nous avons promis d'être exacts , il a le droit de compter sur nous. — Je proteste pour mon compte , et au nom de mes amis, contre toute marche qui s'écarterait de l'itinéraire qui nous a été tracé , après avoir mis par cette déclaration ma responsabilité cl couvert j je ferai comme en ordonnera le général Tinténiac.
— Vous commettez une erreur grave si vous pensez que je suis moins désireux que vous de remplir la promesse faite à monsieur de Puisaye ; je ne voudrais pour rien au monde manquer le rendez-vous de Baud, mais je désire concilier ce rendez- vous avec les ordres de l'agence , et je suis convaincu que ces messieurs n'ont pas eu d'autres pensées.
— Je le crois également, dit Tinténiac, je crois que ces messieurs ont eu de graves motifs pour nous expédier cet ordre, et s'il est
possible d'y obéiiv, sans négliger toutefois les instructions du comte de Puisaye, auxquelles je tiens par-dessus tout...
— Rien n'est plus facile, interrompit le vicomte. Nous sommes au treize, c'est demain soir que nous devons être rendus à Baud, il nous reste donc près de trente heures pour un trajet de quelques lieues : ne pouvonsnous pas en disposer pour nous rendre à Goët-Logon ? Il n'y a pas plus de dix lieues , nous y arriverons dans la nuit. Demain , après avoir conféré avec les personnes qu'on nous annonce, nous prendrons la route de Baud, qui est, je crois ^ à égale distance de Goët-Logon. Nos bandes sont assez faites aux marches forcées, pour que vingt lieues ne les empêchent pas d'être le lendemain prêtes à recommencer.
Cet avis fut appuyé par les officiers émigrés, les chefs de chouans ne trouvant pas de raison positive à leur objecter, les combattirent faiblement et se renfermèrent bientôt dans le silence de mécontentement que Geor-
ges gardait depuis sa protestation. Tinléniac cédant aux argumens des officiers qui plaidaient pour l'agence y et croyant pouvoir concilier cet ordre avec les instructions de Puisaye , comme en effet cela était possible , annonça rinlention d^ obtempérer, et tout fut préparé pour le départ. , qui devait avoir lieu après le dîner.
Le guide qui avait assisté à cette délibération , sortit en faire part à madame Lanno , et dès qu'elle se fut assurée que Tinténiac allait réellement se diriger sur Coët-Logon, elle monta à cheval et partit au grand trot, pressée par le désir d'annoncer cette bonne nouvelle à l'abbé de Boutonillic, dont elle croyait la cause gagnée, ne réfléchissant pas qu'à moins d'événemens importans , qui retiendraient Tinténiac à Coët-Logon , il avait le temps nécessaire pour opérer le i4 au soir sa jonction avec Jean-Jean et Lantivy , et tomber le j 6 au matin sur les derrières de Sainte- Barbe, comme le portaient ses instructions.
Madame Lanno traversa la forêt d'Elven par un chemin vicinal pour gagner Plumelec, où passe la grande route de Vannes à Josselin . La femme du juge- de-paix avait dessein de s'arrêter dans celte ville le temps strictement
nécessaire pour faire reposer son clieval et de poursuivre sa marche de manière à arriver vers le milieu de la nuil, au château de Coët- Logon, qui est assez loin de Josselin; mais le mauvais état de la roule ;, qui passait par la foret d'Elven , retarda beaucoup sa marche. Les chouans avaient abattu des arbres, de distance en distance, pour intercepter le passage des troupes , le pont jeté sur un cours d'eau, aux environs de Plumelec, avait été coupé; madame Lanno fut réduite à chercher un gué et à prendre de longs détours à travers des halHers, pour tourner les obstacles que présentaient de grands arbres jetés sur la route avec leur feuillage. Toutes ces difficultés , quelle n'avait pas prévues, dérangèrent ses calculs, et il était deux heures plus tard qu elle ne l'avait pensé lorsqu'elle arriva à Plumelec. Durant le trajet qu'elle venait de faire, elle avait aperçu plusieurs fois des hommes armés en observation, et diverses bandes de chouans plus ou moins nombreuses ; mais son costume selon la mode passée et
la profusion de rubans blancs qui ornaient son bonnet , lui servirent de passeport auprès des paysans , et de titre à leurs égards; car tous ceux qui la voyaient ne manquaient pas de la saluer respectueusement , et la dame répondait d'un air de haute bienveillance propre à justifier l'opinion qu'ils avaient de sa qualité.
Le bourg de Pluraelec était à peu près désert ; les chouans qui riiabitaient avaient joint les bandes , il ne restait plus que des individus inoffensifs qui voyaient passer d'un œil indifférent les chouans ou les colonnes mobiles qui sillonnaient le pays depuis la descente de Quiberon.
Madame Lanno , désirant regagner le temps qu'elle avait perdu , fît manger Favoine aux chevaux et partit au grand trot sur la route de Josselin . Elle fut cependant contrainte de ralentir le pas plusieurs fois, la route ayant été rompue , de manière que le coucher du soleil la surprit à plus d'une lieue de cette ville. Ayant mis pied à terre pour chercher un pas-