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LES PORTRAITS

Le seul portrait de Metsys par lui-même que l'on possédait, a été égaré, ou peut-être détruit, à la fin du dix-huitième siècle. Le maître l'avait offert à la Gilde de St-Luc d'Anvers ; il servit sans doute de modèle au médaillon de pierre que nous possédons encore, et qui ressemble, comme nous l'avons dit à la page 64, à une des têtes de « L'Offrande refusée » que nous considérons comme le portrait de Quinten. Il est prouvé, aujourd'hui, que les images des Offices où Ton se plaisait à voir les effigies de Metsys et de sa femme, sont les portraits de van Clève et de sa compagne. (1)

(1) Voir notamment Cat. Critique de l'Exposition de 'Bruges (1902) n° 259, par G. Hulin ; — Les Deux Jos se van Clève* Art flamand et hollandais, T. VII, p. 59. On attribue plusieurs portraits à Metsys, entre autres : un Maximilien d'Autriche, au Musée d'Amsterdam, le Portrait d'un Cardinal, à Naples, (généralement attribué à Holbein), un Portrait d'orfèvre, au Belvédère, à Vienne (Hymans : Cat. v. M. p. 166); le Jeune Homme coiffé d'un chapeau (Cat. du M. de Berlin). — A propos du bizarre portrait de Mayence, Hymans écrit : « Il importe de mentionner un portrait de la Galerie de Mayence, donné pour celui de Q.. Metsys. Le personnage se détache sur un fond rouge et tient une tenaille répétée dans ses armoiries, qui sont de gueules à un pal d'argent chargé de trois tenailles. C'est une œuvre curieuse, mais qui n'offre pas assez d'analogie avec la facture du maître pour que l'on puisse accepter une détermination exclusivement fondée sur la présence des tenailles. » (Cat. v. M. p. 167). — Le n<> 301 attribué à Metsys, dans le cat. du M. de Bruxelles, représente « un fonction-

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Nous pouvons juger, heureusement, de la force de portraitiste du maître par les six effigies qui, il est probable, lui resteront toujours attribuées : Le Chanoine de la galerie Liechtenstein, le profil dit Cosme de Médicis, Jehan Carondelet, Erasme, Egidius, Y Homme aux Lunettes. Ces simples pièces, mieux que ses compositions, permettent de bien juger des acquisitions faites par l'école depuis la mort de Jean van Eyck. La mise-en-page est aérée, les figures sont placées haut dans le cadre. La plus ancienne effigie, celle qui semble influencée de l'art italien, offre même un site paysager se développant très haut; on y voit déjà les tendances décoratives qui éclateront brillamment plus tard. Il est aisé de voir que ce portrait, le Chanoine, fut peint pendant la réalisation de Y Ensevelissement ou peu après. Quoique remarquable, il est loin de posséder les qualités des portraits de Munich et de Dresde. M. Cohen, toujours à la recherche d'analogies, fait observer qu'il est impossible de nier la ressemblance de la disposition avec le ce Francesco délia Opère » du Pérugin (aux Offices) et, plus encore, avec certains portraits d'Andréa Solario, dont le Sénateur

naire dans son cabinet de travail, assis devant une table couverte de différents accessoires. » Les abominables retouches dont ce portrait fut la victime rendront toute rectification sérieuse impossible. Les caractères originaux ont totalement disparu du panneau. — Dans d'anciens documents on rencontre souvent la mention de portraits peints par Metsys, malheureusement, il y est rarement dit quels personnages ils figurent. Van den Branden a trouvé dans le testament, fait le 14 mars 169$, par Marcelis Sporckmans : « de conderfeytsels van syne voorouders, geschildert van Quinten Metsys. 0

Quinten Metsys ? : St Jérôme Kgl. Galerie, Berlin.

vénitien pourrait servir de pendant au Chanoine de Quinten. (i)

Le fameux profil de vieillard appartenant à Mme André, de Paris, est daté de l'année 15 13. Toutefois, le travail du pinceau est presque absolument semblable à celui du Chanoine. (2) C'est, du reste, une œuvre un peu insolite et qui a même provoqué des rapprochements parfaitement compréhensibles. M. Hymans parle deCosme de Médicis, M. Hulin n'est pas certain qu'il soit de la main de Metsys et suppose qu'il peut avoir été fait d'après un médaillon italien. M. Cohen trouve le personnage trop laid pour représenter le Médicis. Friedlânder nous semble le plus clairvoyant lorsqu'il dit que ce même personnage se rencontre dans d'autres productions de Metsys, notamment dans Y Amour inégal dont nous parlerons plus loin. En outre, M. Cohen signale aussi le masque que l'on aperçoit dans le St Jean dans l'huile, entre le héros du panneau et l'homme au turban jaune. Il y a

(1) Avant d'appartenir à la galerie Secrétan, le portrait, datable de 15 12, était dans une collection anglaise ; il parut aux expositions de Bruges, en 1902, xle Dusseldorf, en 1904. — Il fut antérieurement considéré comme le portrait de l'évêque Stéphane Gardiner, par H. Holbein.

(2) Cette œuvre tant admirée vient des collections Wilson (1881) et Secrétan (1889), à Paris. Elle fut aussi dans une collection anglaise. C'est le plus beau portrait du maître. On crut longtemps que c'était l'évêque Gardiner, sans sérieuses raisons d'ailleurs. Le paysage du fond est exécuté par Metsys lui-même, rien de Patinier qui pourtant a achevé le paysage dans certains portraits de Metsys. (Friedlânder).

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même beaucoup d'analogie entre ce faciès et celui de Nicodème; pourtant, le dessin est visiblement chargé. Le profil se développe sans considération pour le crâne d'un volume trop restreint, enfoncé dans une toque que l'on trouve, en effet, sur presque toutes les effigies de Cosme. Un front fuyant, où s'attache un nez en gourge, rend le personnage stupide d'expression ; une sorte de goitre s'épaissit sous le grossier menton d'où part la ligne de la lèvre inférieure, collée à l'autre affaissée sur les dents. Dans cette face presque monstrueuse, s'ouvre un œil dont le calme étonne, mais le sourcil levé détruit partiellement cette expression de paix ; une petite oreille sans laideur n'est pas moins surprenante dans cet ensemble trivial.

Le portrait de Jehan Carondelet, à Munich, fut probablement peint vers la même époque que celui d'Erasme, comme M. Cohen le suppose avec infiniment de raison. S'il est d'un meilleur dessin que le Chanoine, l'entourage et la mise-en-page n'y sont pas aussi agréables. Pourtant, le fond de tapisserie, des fleurs et des armoiries, est très gracieux et fait songer aux décors de la maison de Metsys, décrits par Fornenbergh. Un petit cadre cintré y est appendu, et représente St Jean-Baptiste. La tête, détachée en clair sur ce fond, a les traits finement détaillés, mais sans aucune dureté, le regard est bon, la bouche paisible, enfin l'expression est pleine de finesse indulgente. Les mains sont celles que Metsys donne généralement à tous ses modèles, les doigts sont courts et rentrés.

Peeter Gillis ou Petrus iEgidius, secrétaire des échevins de la ville, avait, vers cette époque, amené Erasme

dans l'atelier de Metsys. Le peintre put voir le degré d'amitié qui liait le savant au scribe dont la meilleure gloire est sans doute le respect qu'il portait à son maître. Peeter, probablement assez intime avec le grand peintre, fit connaître les œuvres d'Erasme à Metsys et lui dit la biographie curieuse de l'écrivain. Il lui prêta, sans doute, le célèbre « Eloge de la Folie » publié six ans avant que Quinten ne signa les portraits d'Erasme et de son admirateur. Je ne crois pas que Metsys fut resté le beau peintre que nous connaissons, s'il était resté sous l'action du brillant et subjugant esprit du grand Hollandais. Corrosif et généralement dominé par un. amour de tête pour tout ce qui s'annonçait de neuf et de bizarre, l'esprit, en ce sens très moderne d'Erasme, aurait été mieux assimulé par Metsys si ce maître avait été en relation d'amitié avec le savant. L'artiste doué de la faculté d'assimilation que nous connaissons, et certes perspicace, eût percé l'enveloppe un peu confuse où se cachait le prudent humaniste. En somme, le maître reste d'une conscience intacte et, si quelques panneaux témoignent d'un relâchement excessif, il faut, à notre avis, l'attribuer à l'influence lointaine d'Erasme (i), et surtout à celle d'élèves venus de l'étranger, et encore, aux besoins d'atelier. Le maître avait effectivement reçu plusieurs élèves avant de peindre ces derniers portraits :

(i) Egide conduisit également le savant Anglais, Morus, chez le peintre, mais ce fut là pour Metsys une relation pareille à celle qu'il eut avec Erasme.

en 1495, Ariaen; en 1501, Willem Muelenbroec; en 1504, Eduwart Portugalois ; en 15 10, Hennen Boeckmakere (Boeckmans). Les Liggeren n'en mentionnent point d'autres.

Metsys connaissait donc les trois amis, le Belge, le Hollandais et l'Anglais. On ignore si le peintre conçut lui-même le projet de réunir en deux panneaux de même dimension les portraits d'Erasme et d'Egidius, ou si ce dernier en fit la commande au maître. En tous cas, les portraits furent envoyés dès 15 17 au chancelier Morus. Celui-ci témoigna son ravissement dans une petite pièce en vers devenue très populaire : nous l'avons partiellement citée au début de ce travail. Malheureusement, les deux effigies furent bientôt séparées et, après les avoir admirées dans la galerie du roi Charles I, on en perdit les traces. Mais, il y a quelques années, on identifia un portrait du Palais Stroganoff, à Rome, qui se trouva être YErasme original dont des copies existent au Hampton Court-Palace et au Rijksmuseum d'Amsterdam.

Le portrait est singulièrement beau. Erasme écrit, il est placé très haut dans le cadre, sa fine tête touche presque le bord supérieur du panneau. Une bouche très grande, un nez maigre et long donnent à la figure l'aspect caractéristique que la littérature a octroyé au personnage célèbre. (1)

(1) L'Histoire de l'Art cite souvent un médaillon de métal que Metsys aurait exécuté d'après Erasme. — Au Musée Mayer-van den Bergh, à Anvers, une grande médaille de laiton, représentant une

Ni moins beau, ni moins curieux que Y Erasme apparaît l'effigie de Petrus ^Egidius qui fait pendant à un Erasme de Holbein, à Longford Castle. Il est représenté dans son cabinet de travail, où, sur deux rayons sont posés quelques livres. Le personnage pose les doigts d'une de ses mains sur un livre portant le nom d'Erasme, de l'autre, il tient une lettre pliée où Ton reconnaît l'écriture de Morus dans une adresse à Egidius. La tête vue de trois quarts est fine, mais sans noblesse, les traits effilés et quelque peu anguleux font songer au museau du renard. Le mouvement du cou, sortant d'un grand revers de fourrure, et les petits yeux intéressés renforcent cette expression. — Une copie de cette œuvre, au Musée d'Anvers (n° 198), passa pendant de longues années pour un portrait d'Erasme.

Comme technique, on pourrait même dire comme sentiment, le dernier portrait dont nous avons à parler se rapproche fort des belles Madones de Metsys. L'Homme aux lunettes, de Francfort, n'occupe pas, pourtant, une place très sûre dans l'œuvre de Metsys. Gluck, entre d'autres, le donna récemment à un artiste du groupe de Blés. Mais on peut se baser sur des opinions de critiques très estimables pour maintenir ce tableau dans l'œuvre de Quinten. Outre ce que nous en avons dit, nous

pure Flamande du XVe siècle, porte en exergue Cîmstina Metsys. Cette pièce est attribuée à Quinten, sans doute à cause du nom. Outre l'intérêt qu'elle peut offrir au numismate, elle présente une réelle valeur d'art.

ajouterons encore qu'il est de tendance plus décorative que les autres portraits de Metsys, et de composition très italienne, (i)

(i) Voir, à propos de ce portrait, le cat. de Francfort, par Weizsàckers ; Hymans, dans la « Gazette des Beaux-Arts, » qui le date des environs de 1525 ; édition de 1764 du « Karel van Mander » par Jacobus de Gonhs; Fornenbergh et sa digression sur la manière de peindre de Metsys, à la fin de sa carrière, a aidé à classer ce portrait. (Voir p. 75 et suivantes de son Antwerpschen Proteus).

Joachim de Patenier ? : La Ste Vierge, l'Entant et l'Agneau Kaiser Friedrich-Museum, Posen.

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