MUSÉE DU CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS
La création d'un musée de tout ce qui peut influer sur les progrès de l'industrie , et par cela même fournir les modèles de tous les arts utiles , à commencer par la charrue et le soc jusqu'à la machine à vapeur, prouve réellement à tous que l'on ne néglige rien en France de ce qui peut améliorer l'état des classes laborieuses, et leur apporter le bénéfice des inventions tendant à accroître la richesse nationale, et à répandre partout l'aisance et le bien-être. Le Musée du Conservatoire des Arts et Métiers répond à ce besoin universellement senti. Ce Conservatoire a pour but de former, pour les industries , un enseignement continuel, et de mettre les classes laborieuses à même de profiter de tous les bienfaits de la civilisation. Des cours divers, professés par des hommes de la plus haute capacité , initient les
auditeurs à toutes les sciences qui se lient par une branche quelconque à l'industrie et au travail de production. La clarté, la profondeur et l'application pratique de cet enseignement sont au-dessus de tout éloge. Il compte tous les développements dont la science est susceptible , quoique Ton soit obligé quelquefois de descendre à des notions élémentaires, afin de le rendre plus fructueux pour cet auditoire , qui se recrute pour la plupart dans la classe laborieuse des travailleurs prolétaires. — De nombreux professeurs font des cours réguliers dans les différentes branches scientifiques. Là, on voit MM. Charles Dupin, Payen, Blanqui , Wolowski , occuper les chaires de géométrie, de chimie industrielle, d'économie politique , de droit commercial. La mécanique , la construction des machines , la physique , mettent toutes leurs découvertes les plus récentes au ser^ vice des élèves, qui vont immédiatement faire Tapplication de ces théories dans les travaux qu'ils exécutent. — Pour mieux familiariser les auditeurs avec les descriptions que Ton fait devant eux des différents procédés et des modifications que l'expérience fait apporter aux constructions , on trouve tous les modèles nécessaires à l'exposition de ces systèmes si variés» Les machines aratoires , de physique , les machines à vapeur avec leur ap-
plication à la traction sur les chemins de fer, à la force motrice dans les usines , manufactures , etc. ; les machines à tricoter, à broder, à battre le blé , à filer, à imprimer soit sur papier, soit sur les étoffes; les machines primitives perfectionnées, abandonnées, reprises; vous y trouverez tout. Écrasé sous la multiplicité des tentatives dans les différents genres d'industrie, vous en sortirez la tête pleine d'idées que vous aurez peine à classer, mais aussi avec une admiration profonde pour la sollicitude du gouvernement éclairé qui ouvre à tous les portes du travail, de la science et du bien-être, qui va à leur suite.
Le nom de I'Institut éveille en France Tidée de tout ce qui concerne les sciences et les arts. C'est le tribunal suprême de l'intelligence, qui prononce en dernier ressort sur les hautes conceptions des hommes, dans quelque branche que ce soit de l'entendement et du domaine de la pensée. — Quand le savant recule les bornes du progrès et fait faire un pas en avant à la science, c'est là qu'il arrive avec le fruit de ses labeurs, et qu'il livre à l'appréciation de ses pairs, de ses juges, des princes de
la science enfin , les conséquences de sa découverte. Là, tout est froidement pesé, examiné, discuté; et si Ton reconnaît une valeur réelle à l'invention ou à la conception, on la proclame à la face du monde scientifique , et elle devient une loi pour tous.
Quand on réfléchit à tous les établissements scientifiques de France, on est frappé d'une chose : c'est que presque toutes les institutions de la plus haute portée sont de fondation républicaine. On dirait que les hommes de ce temps ont voulu arracher l'admiration de la postérité, et effacer le sang versé dans les discordes civiles. La fondation de l'Institut appartient à cette mémorable époque où la France, en guerre avec toute l'Europe, trouvait les moyens de faire face à tous ses besoins , et jetait la base de la régénération intellectuelle. L'article 298 de l'acte constitutionnel de l'an III (1794) porte qu'il y a pour toute la république un Institut national chargé de recueillir les découvertes, de perfectionner les arts et les sciences.
Cet Institut , organisé par la loi du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795), se composait de cent quarante-quatre membres résidents et d'autant d'associés, et était divisé en trois classes, comprenant chacune plusieurs sections.
La première classe : Sciences physiques et ma-
thématiques^ avait dix sections, savoir: mathématiques, — arts mécaniques, — astronomie, — physique expérimentale, — chimie, — histoire naturelle, — minéralogie, — botanique et physique générale, — anatomie et zoologie, — médecine et chirurgie , — économie rurale et art vétérinaire. — Elle comptait soixante membres résidants et soixante associés dans les départements.
La deuxième classe : Sciences morales et poli^ tiques j avait six sections, savoir : analyse des sensations et des idées , — morale , — science sociale et législation , — économie politique , — histoire, — géographie. — Elle se composait de trente-six membres résidants et d'autant d'associés dans les départements.
La troisième classe : Littérature et beaux-arts ^ avait huit sections , savoir : grammaire , — langues anciennes, — poésie, — antiquités et mo- I numents , — peinture , — sculpture , — architec-
ture, — musique et déclamation. — Elle comptait quarante-huit membres résidants et autant d'associés.
Comme on le voit , rien n'a été oublié. Chaque classe avait un local spécial pour s'assembler ; elle devait chaque année publier ses travaux et ses découvertes.
L'Institut était obligé à quatre séances publiques
par an , et devait publier un programme des prix à distribuer. Une fois organisé , il se recrutait luimême; il avait ses collections scientifiques, ses musées et sa bibliothèque.
Par le titre V de la même loi , on réservait à rinstitut la faculté de nommer au concours vingt citoyens, propriétaires ou fils de propriétaires, ayant un domaine rural , chargés de voyager aux frais de l'État, et de faire des observations relatives à l'agriculture tant dans les départements que dans les pays étrangers. Six autres citoyens appartenant à d'autres catégories devaient également être désignés par l'Institut , et voyager pour faire des recherches sur les diverses branches des connaissances humaines.
Bonaparte , devenu premier consul , porta son œil investigateur partout; et, voulant réorganiser la France sur de nouvelles bases , la façonner à son prochain despotisme impérial, qui pointait déjà dans sa vaste conception, il reforma l'Institut; et comme la faculté de penser et de raisonner était la plus insurmontable des barrières pour ses projets à venir, il voulut en finir avec ce qu'il appelait les idéologues, et supprima la classe des sciences morales et politiques. Par une ordonnance datée de Saint-Cloud le 3 pluviôse an II (23 janvier 1803), il décida que l'Institut, divisé jus-
qu'alors en trois classes, le serait à l'avenir en quatre :
1° Classe de phjsique et de mathématiques; — 2° de langue et de littérature françaises ; — 3° d'histoire et de littérature anciennes; — 4** des beaux-arts .
La première classe , formée de dix sections instituées par l'organisation primitive, s'augmenta d'une section de géographie et de navigation , et de huit associés étrangers.
La seconde classe , chargée de la confection du dictionnaire de la langue française , pouvait élire jusqu'à douze de ses membres dans d'autres classes de l'Institut ; le nombre total des membres s'élevant à quarante.
La troisième classe, également de quarante membres , avait pour objet les langues savantes , les antiquités et les monuments , l'histoire et toutes les sciences morales et politiques , dans leur rapport avec l'histoire (cette réserve est remarquable) ; elle devait enrichir la littérature française des ouvrages des auteurs grecs , latins et orientaux , qui n'ont pas encore été traduits. Elle pouvait élire neuf membres parmi les autres classes.
La quatrième classe, composée de vingt -huit membres , dont six élus à sa volonté parmi ceux des autres classes et des cinq sections de peinture ,
de sculpture, d'architecture, de gravure et de musique (composition).
L'article 11 de cette ordonnance fixe le traitement de chaque membre résidant à 1,500 fr., ceux des secrétaires perpétuels à 6,000 fr. , et laisse une latitude pour un budget réclamé par l'Institut, et compris dans celui du ministère de Tintérieur.
L'article 13 fixe la somme des prix : un de 3,000 fr. pour la première classe; — un autre de 1,500 fr. pour chacune des deuxième et troisième classe; la quatrième accordant les grands prix de peinture, de sculpture, d'architecture et de composition musicale. Ceux qui les obtenaient étaient envoyés à Rome aux frais de l'État , et entretenus dans le palais du gouvernement.
L'ordonnance de Louis XVIII (du 21 mars 1816) ne change presque rien à cette organisation, sauf le titre des classes, qui deviennent des académies^ selon l'ancien mode monarchique. Pas un mot de l'Académie des sciences morales et politiques; mais il était réservé à la monarchie de juillet et à M. Guizot , comme ministre de l'instruction publique , de restituer à la France cette belle conception de la République et de Lakanal. Le 26 octobre 1832, survint l'ordonnance du roi Louis-Philippe, qui ressuscite cette classe importante sous le titre
^Académie des sciences morales et politiques. — Elle est divisée en cinq sections : — philosophie; — morale; — législation, droit public et jurisprudence; — économie politique et statistique ; — histoire générale et philosophique ; — et est composée de trente membres. Elle a en outre cinq académiciens libres et cinq associés étrangers, ainsi que trente à quarante correspondants, etc.
En résumé , l'Institut, tel qu'il est de nos jours, est composé de cinq académies :
i*" Académie française;
2^ Académie des inscriptions et belles-lettres ;
3° Académie des sciences;
4° Académie des beaux-arts ;
5° Académie des sciences morales et politiques.
Nous allons les examiner successivement.