II
devine Alboni ; et jamais un gosier plus merveilleux ne fila des sons aussi doux. Ne cherchez pas dans Alboni ce que la nature lui a refusé, et, de plus , ce qu'elle ne veut pas acquérir, la force et Ténergie. Elle veut chanter dans toute Facception du mot; elle veut chanter comme le rossignol chante , sans efforts et sans apprêts ; et si elle a du plaisir à caresser doucement l'oreille de son public , le public frémit de volupté sous l'impression de cette suave mélodie. Rossini est, dit-on, le maître de chant d' Alboni. — Sous l'impression de cette juste renommée , Grisi a bondi , et , placée à côté d'elle , s'est dit qu'elle ne succomberait pas sans lutte. Eh bien! elle a tenu parole; elle a lutté de toutes les forces de son magnifique talent, et, dans cette soirée où l'on donnait Sémiramide , on a vu la chose la plus étonnante : un double triomphe.
Voulez-vous de l'agihté, de l'arabesque, du capricieux mezza voce ? Voulez-vous de la gymnastique vocale, des bonds, des écarts, des gammes chromatiques , des cascades , des notes ? — Persiani est là. Elle vous donnera de tout cela, et dans la même soirée, autant que vous en voudrez. Son chant de fauvette gazouillera sans fatigue , et les difficultés du trait'^n'ont que plus de charmes pour elle. Mais dans ses plus grands triomphes
elle étonne plus qu'elle ne se fait admirer. Ses roulades sont vraiment extraordinaires.
Madame Gastellan , dont Londres , Pétersbourg et les États-Unis gardent un doux souvenir, a, ici, un tort immense : c'est de ne pas finir en /, et de s'appeler tout bonnement Gastellan. Une Française chanter en italien, c'est monstrueux!... pour des Parisiens. — Pour moi , auditeur impartial, placé au milieu de ce monde agité, je trouve que madame Gastellan possède une admirable voix de mezzo soprano. Si les souvenirs de Pizzaroni n'étaient pas si profonds , je dirais même qu'à la rigueur on pourrait qualifier cette voix-là de contralto. Le timbre en est vibrant , d'une vaste étendue , et ne se dénaturant pas dans les cordes hautes. C'est un talent d'éUte , et qui, dans un prochain avenir, prouvera son incontestable supériorité.
Ronconi jouit du rare privilège d'avoir une belle voix de baryton , et de chanter le plus faux qu'il peut. Le commencement du morceau ne ressemble jamais à la fin, et ses variatiQns vont quelquefois jusqu'à un quart de ton. Pour des oreilles italiennes , c'est un peu trop.
Parmi le reste , Golleti seul mérite d'être distingué.