‹ Quinze ans à Paris, 1832-1848. Paris et les parisiensChapitre 26 sur 50 · LE VAUDEVILLE · texte numérisé non relu

LE VAUDEVILLE

Depuis que son ancienne salle , rue de Chartres , est brûlée , ce malheureux théâtre ne peut renaître de ses cendres. Transporté d'abord sur le boulevard , dans l'étabUssement du Café-Spectacle , puis à la place de la Bourse , il vit au jour le jour, change de directeur tous les six mois, et sa durée est vraiment problématique. L'un de ces directeurs le priva encore de l'acteur le plus aimé du public, d'Arnal, qui était le seul homme à recettes.

A voir cet abandon presque complet , on pourrait croire que la médiocrité y règne sans partage. Pas du tout ; ce théâtre possède des talents véritables : Félix, dont la rondeur, un peu pâteuse, il est vrai, est entraînante; — Bardou, avec son accent méridional , financier complet , de bon aloi , qui plaît et amuse ; — Amant , caricature , trèsdrôle, fin observateur, et toujours original; — Hippolyte, homme de très-bon ton et d'excellente tenue, que l'on voit avec plaisir; — madame Guillemin , la meilleure duègne que nous possédions depuis la mort de Julienne , du Gymnase ; — madame Doche, qui, toute minaudière qu'elle est, ne manque pas de talent et de gentillesse ; — ma-

demoiselle Renaud , le nouveau bijou de Tendroit ; mademoiselle Nathalie , actrice consciencieuse , cachant sous une belle enveloppe une sensibilité toute vraie , et possédant une entente merveilleuse de son art. — Telle est la troupe de véritables talents qui, malgré tous ses efforts, ne peut raviver cette entreprise aux abois.

Page 1