ORATEURS
Arextrémité sud-est de la place de la Concorde, en face du pont du même nom , s'élève un lourd édifice connu sous le nom de Palais-Bourbon. C'était autrefois le séjour des princes de Condé , et c'est aujourd'hui le Palais législatif, autrement dit la Chambre des Députés. C'est là qu'un des pouvoirs de l'État, défini par la Charte , s'assemble et discute les projets de loi ; c'est là que siègent les représentants nommés par la nation française; c'est de là que partent ces paroles qui retentissent
dans l'univers , et causent parfois de cruelles insomnies à mainte puissance européenne.
La salle des séances est un vaste hémicycle recevant sa lumière par un vitrage supérieur, placé au centre. Des bancs en amphithéâtre, séparés par des couloirs pour faciliter la circulation , s'élèvent tout autour de la salle, et sont dominés par des tribunes publiques ou réservées , portant chacune leur destination spéciale. Deux grandes portes latérales donnent accès aux Députés pénétrant dans l'enceinte. En face du banc des Ministres , qui est au milieu du premier rang, s'élève une tribune en marbre blanc. Deux escaliers de quelques marches y conduisent des deux côtés. Au-dessus de la tribune et derrière elle se trouve le bureau des secrétaires de la Chambre , et un peu plus haut , sur la même estrade, est placé le fauteuil du président. Un immense tableau, représentant le roi Louis-Philippe prêtant serment à la Chambre , occupe une grande partie de la muraille, au-dessus de ce siège du président. Les députés et le pubhc des tribunes Font constamment devant les yeux.
Rien de plus curieux, rieii de plus émouvant surtout pour un étranger peu habitué à la vie parlementaire, que l'attente de la séance dans une importante discussion. Toutes les tribunes sont pleines ; les dames , par un privilège de la galanterie
française, en occupent le devant. Partout des physionomies animées; le bourdonnement des conversations particulières s'établit dans toute la salle. Il est une heure. Les Députés sont encore dans leur salle de conférences ; il n'y a dans l'enceinte que des huissiers qui circulent, et vont d'un banc à l'autre porter soit de volumineux projets de loi avec les considérations à l'appui , soit les rapports des commissions, soit des lettres arrivées pour les Députés de tous les coins de la France. Puis , peu à peu les élus de la nation arrivent.
Voici d'abord un long nez et une tête aplatie. C'est M. Fulchiron (aujourd'hui pair de France) , chef fougueux et infatigable de la phalange centrale , ennemi déclaré de la liberté du commerce. Il porte jusqu'au fanatisme l'amour de son roi et de ses canuts. . . Cette figure pleine et ouverte, cette abondante chevelure appartiennent à M. de la Rochejaquelein. Ce nom et sa présence dans la Chambre , où il faut inrer fidélité à la Charte et au Roi des Français, sont également significatifs. Voici M. Berryer, avec son habit bleu toujours boutonné jusqu'au cou. Cette autre figure monumentale, cet œil de feu ombragé d'épais sourcils, c'est M. Arago, gloire scientifique de la France, député de l'extrême gauche. Ce jeune homme aux manières polies , à la chevelure soignée , c'est M. Alexis de
Tocqueville. Si jamais un livre a été utile à son auteur, c'est assurément celui de M. de Tocqueville. Ce livre, que tout le monde connaît. Fa fait député, membre de l'Académie française, de TAdémie des sciences morales et politiques, etc., etc. Ce personnage dont la taille s'arrondit , et menace dt3 devenir très-forte , c'est M. Duchâtel, ministre de l'intérieur. Il jette un coup d'œil circulaire pour voir si ses amis politiques sont à leur place. Voici M. Lacave-Laplagne, ci-devant ministre des finances, à l'encolure de Louis XVIII. Cette haute taille à tenue militaire , c'est M. l'amiral de Mackau, dont la franchise de marin souffre impatiemment les dénégations de ses adversaires. Voici M. Odilon Barrot, chef de la gauche constitutionnelle. Ici, M. de Lamartine, à la parole harmonieuse, aux principes indéterminés. Là , cet homme brusque à carrure vulgaire, c'est M. Dupin aîné (selon le Charwari^ Dupin laid né)^ le plus habile légiste de France. Cette figure railleuse appartient à M. de Cormenin , le redoutable Timon , dont les pamphlets remuent toutes les passions, et qui n'aborde jamais la tribune. Voilà M. Billault , Pavant-garde des hommes du ministère en expectative, l'agresseur le plus infatigable. Voici M. Thiers. Constamment en mouvement, il distribue des poignées de main et des sourires ; un murmure de
curiosité Taccueille ; c'est le plus heureux talent que la révolution de Juillet ait mis en relief. — Puis vient M. Guizot , à la taille petite aussi , au teint bilieux , au regard profond, à la démarche grave et composée. — Mais le roulement de tambour se fait entendre ; c'est la garde d'honneur qui salue le passage du président de la chambre , M. Sauzet. Il monte au fauteuil , donne un coup de sonnette, et déclare la séance ouverte. — Un des secrétaires donne lecture du procès-verbal de la séance précédente , que personne n'écoute ; il est voté sans opposition , et la bataille commence.
Avant de nous jeter dans la mêlée et d'y suivre les champions de différentes couleurs, il me reste à consacrer quelques mots au président et au bureau de la Chambre. — La plus importante place , et la plus difficile à remplir, est assurément celle du président. Nommé chaque année au commencement de la session , il est l'expression vivante de la force respective des partis. C'est sur ce terrain d'abord que la lutte se dessine , et la nomination du président est la pierre de touche des dispositions de la Chambre à l'égard du ministère. Aussi les ministres ne manquent-ils jamais de faire tous leurs efforts pour assurer la nomination du candidat partisan du gouvernement, et de déclarer même qu^ils font de cette nomination une question de
cabinet. On conçoit facilement que, posée ainsi, cette élection doit éveiller toute l'activité des adversaires politiques. Chaque nuance apporte son candidat , et proteste par ses bulletins contre telle ou telle expression de la nuance contraire. — Donner la statistique des divisions et des subdivisions de la Chambre serait très-difficile. Il y a d'abord l'extrême gauche, la gauche dynastique; la droite et l'extrême droite ; le centre pur, le centre droit, le centre gauche ; le tiers parti , le parti social, et tant d'autres. Les uns veulent de M. Dupont ( de l'Eure) , les autres de M. Odilon Barrot ; ceux-ci de M. Thiers , ceux-là de M. Dufaure. Il y en a qui votent pour M. Berryer, pour M. de Lamartine, pour M. Sauzet, pour M. Dupin. Il y en a qui déposent bravement leur propre nom dans l'urne, et la France apprend de temps à autre qu'il existe une célébrité inconnue , une capacité non révélée, et surtout un immense amour-propre. — Le président a besoin de beaucoup de sang-froid, de dignité, de présence d'esprit, de convenance, et, avant tout, d'une immense impartialité. Il est permis à tout le monde de se ranger sous telle ou telle bannière, hormis au président, dont le devoir est avant tout de faire respecter le règlement. C'est dans les moments critiques , dans les orages parlementaires , dans les discussions confuses , quand les amende-
ments , les sous-amendements , les corrections, les additions, se multiplient avec une effrayante fécondité , qu'il doit opposer son calme et sa dignité aux envahissements des passions , ou apporter le flambeau de son bon sens pour éclairer ce chaos où tous marchent à tâtons, se heurtent et s'égarent. Le meilleur président que jamais la Chambre ait eu, est sans contredit M. Dupin aîné. Il déblayait le terrain avec une habileté étonnante ; il laissait s'épuiser tous les amours-propres dans les plus extravagantes divagations, et puis, reprenant l'article de la loi, il le commentait; il éclaircissait la pensée un peu confuse des amendements et contreamendements, à tel point que leurs auteurs étaient censés les avoir formulés avec^beaucoup d'esprit. Les majorités sont d'ordinaire très-égoïstes, et elles aiment à écraser de leur supériorité numérique tous ceux qui sont d'un avis contraire. Aussi ne se gênent-elles pas pour former le bureau , c'està-dire les secrétaires , de leurs propres éléments , et les prendre dans leur sein. Eh bien! franchement, c'est un mal , et un mal d'autant plus grand , qu'il laisse une large place aux plaintes et aux accusations. Les hommes les plus rigides ne peuvent souvent se défendre d'un sentiment de partialité envers leurs amis et leurs partisans; il y en a même qui ne se piquent pas d'être impartiaux , et
qui s'en font une gloire. Mais , à mon avis , il faut ôter à ses adversaires , même Fapparence d'une raison contre soi ; il faut leur prouver avec la dernière évidence qu'ils récriminent à tort. Pour cela les majorités fortes, compactes, après avoir assuré la nomination du président, devraient prendre les secrétaires dans toutes les nuances de la Chambre . et faire constater par leurs adversaires mêmes que la majorité est là où elle est réellement, et qu'elles n'ont nullement besoin d'escamotage pour obtenir et faire passer telle ou telle loi. Les institutions d'une, grande nation"doivent être sincères, et porter un caractère de grandeur et de dignité. Tout ce qui tend à affaiblir, à discréditer le jeu de ces institutions doit être scrupuleusement écarté: car la France, habituée à donner l'impulsion au monde civilisé , doit en même temps l'éclatant exemple du bonheur des peuples, dans l'ordre intérieur et dans la stricte observation des lois librement consenties , consciencieusement votées.
Ceci une fois posé, tournons nos regards vers cette tribune dont j'ai tout à l'heure parlé, et écoutons les célébrités parlementaires qui vont défiler devant nous.
Voici d'abord M. Billault, de Nantes. Il va hardiment à la tribune, il est avocat, il a l'habitude de parler, et il en use. A chaque événement, à
chaque question qui surgit à Thorizon politique, on est sûr de le voir inscrit sur la liste de ceux qui vont combattre la politique ministérielle. De quelque côté qu'il aborde la tribune , on peut être certain qu'il va passer en revue tout ce qu'il croit capable de discréditer ses adversaires , de leur ôter l'influence gouvernementale , et de prouver que le pays ne marche pas avec eux. M. Billault n'est pas dépourvu de certains arguments spécieux ; il sait arrondir sa phrase , insister sur le côté vulnérable ; mais il a le malheur de se répéter, il n'a pas encore le don d'être concis , il ne sait pas se résumer; et s'il est amené à la tribune par une réplique qui demande de renverser sur-le-champ les arguments de ses adversaires, il laisse sentir son aiguillon , il parle à côté , parce qu'il ne sait pas se maîtriser et brider son amour-propre. M. Billault est ordinairement l'avant-coureur de M. Thiers , son aide de camp, chargé de faire une reconnaissance sur le terrain ennemi. On est tellement habitué à voir et à entendre M. Billault, que rarement le ministère sent la nécessité de répondre; et quand il répond, c'est par la bouche de M. Duchâtel. Et c'est tout simple , car M. Billault passe pour être le candidat au portefeuille de l'intérieur, dans le cabinet rêvé par le ConstitutionneL M. le comte Duchâtel est de l'école dite dociri^
nairc. Pour la bien définir, il faut dire que les hommes qui la composent tâchent de réduire tous les événements, et de les ramener à un principe, à une doctrine. Tout ce qui semble posé sur une base certaine rend les hommes qui ont travaillé à obtenir ce résultat inflexibles dans leur manière de voir. Aussi reproche-t-on à cette nuance de la science politique une morgue, une roideur de formes et une fierté blessantes. Notez bien que je ne donne pas ici ma propre définition , mais une définition généralement accréditée; j'aurai heu ailleurs de dire mon opinion personnelle là-dessus.
M. Duchâtel est trop tranchant à la tribune. Quand il n'est pas vivement excité, sa parole tombe dédaigneusement; dans le cas contraire, son mécontentement s'aperçoit au coin de sa bouche, sa voix cesse d'être voilée, elle devient claire, sonore, distincte. Sa parole est vive, mais il se donne rarement la peine de s'élever à une vraie éloquence 5 il est trop sûr d'être appuyé, il a compté ses voix, et alors à quoi bon faire des frais? Je suis convaincu que dans plusieurs harangues de M. Duchâtel cette pensée devient dominante, et influe sur ses arguments, dont ordinairement la dernière expression est celle-ci : « Vous trouvez que nous gouvernons mal , renversez-nous ! »
Cette naanière de discuter est on ne peut plus vi-
cieuse. Il n'est pas logique de mettre toujours derrière le rempart de la majorité un gouvernement qui peut parfois errer; de n'admettre aucune réforme que la marche du temps exige, par cela seul que l'on possède une majorité compacte. Le succès aveugle d'ordinaire , et quand on croit marcher sur un terrain solide en levant haut la tête, on peut ne pas apercevoir à ses pieds un précipice que les constants efforts des adversaires y ont creusé. Quoi qu'il en soit, les discours de M. Duchâtel portent l'empreinte d'une capacité incontestable et d'une grande facilité d'improvisation.
Depuis quinze ans environ M. Odilon Barrot est à la tête de l'opposition dynastique, c'est-à-dire de celle qui veut avec la monarchie héréditaire donner au pays assez de hberté pour qu'il puisse se passer du rêve de la république. Dans toutes les grandes questions qui ont agité, depuis la révolution de Juillet , la France et la Chambre de ses représentants, M. Odilon Barrot est venu à la tribune exposer l'opinion de son parti. Sa voix est mâle, profonde, sa tête est noble, et son regard a de l'éclat. Il possède une certaine dignité de langage que lui donne la conviction de sa probité poUtique. On ne peut, jusqu'à présent du moins, lui reprocher d'abriter sous ses paroles le désir de son élévation personnelle; aussi est-il respecté même de
ses plus grands ennemis politiques. M. Odile n Barrot est éloquent , mais son éloquence est froide. Cette haute raison dont il donne toujours la preuve, même dans ses plus grands écarts, paralyse, pour ainsi dire , Félan de son âme, et glace dans sa bouche de chaleureuses paroles. Son discours n'influe pas, ne pénètre pas, parce qu'il n'a pas assez d'ardeur ; la vie n'y circule pas, il est comme une belle oraison funèbre. Si M. Odilon Barrot ne peut obtenir de succès pour sa manière de voir, sa parole du moins pèse dans la balance des considérations. Mais voici M. Berryer ! C'est le plus beau talent oratoire perdu pour la monarchie de Juillet. Il le sait lui-même; mais, fidèle à la bannière qu'il a choisie, il subit les conséquences nécessaires de sa croyance politique. M. Berryer est, comme diacun le sait , légitimiste. Certes il est beau d'embrasser la cause du malheur, de garder le culte d'un pouvoir déchu; mais la présence à la Chambre des hommes de son parti est une véritable anomalie. Que signifie le serment prêté, dans leur bouche? Rien, absolument rien. Personne n'y croit , eux les premiers, et chacun se demande ce qu'ils viennent faire à la Chambre? Constitutionnellement parlant, ils ne peuvent élever la voix pour défendre leur doctrine , la loi s'y oppose ; un rappel à l'ordre peut couper court à toute tentative de
cette nature. Or, un homme qui se respecte devrait-il rejeter loin de lui le désir de figurer dans cette Chambre , où il doit prononcer lui-même la condamnation de ses espérances. Mais passons, et revenons à M. Berryer comme orateur. Certes, il faut avouer franchement qu'il est difficile de l'entendre parler, sans être entraîné sympathiquement par son éloquence. C'est, que l'on me pardonne cette comparaison, c'est le Mirabeau du royalisme. Un geste noble, un organe vibrant et sonore, une parole puissante et chaleureuse, tout en lui concourt à le rendre le grand orateur de la tribune moderne. Écoutez-le : il ne vous flatte pas, il ne vous promet pas d'oublier ses convictions, il trouve précisément toujours le moyen de vous dire le contraire. Eh bien ! telle est la puissance de ce talent hors ligne, que vous l'écoutez malgré vous, que vous l'approuvez , et regrettez qu'un homme de cette trempe ne se trouve pas dans votre parti. Écoutez-le surtout quand , chemin faisant , il rencontre im beau fait, une gloire appartenant aux hommes de son pays (avant toute chose, Berryer est Français) : quelle chaleur! quelle grandeur! quelle élévation de pensée ! Les partis disparaissent, la France seule rayonne, et le grand citoyen s'élève au-dessus des petitesses de coterie ; il domine , il entraîne , il fait battre des mains ses parti. 3
lisans et ses ennemis ; car la gloire dans sa bouche se pare de nouveaux lauriers, et prend des proportions gigantesques.
Youlez-vous de la dextérité dans la parole , du charme dans l'élocution, et surtout des dissertations sur les relations extérieures de la France? Voici M. Mauguin. Il est le plus instruit, dans cette matière, de tous les députés passés, présents et futurs. Sa plus grande ambition est, dit-on, le ministère que dirige pour le moment M. Guizot. Aussitôt qu'il est à la tribune ( et il ne réclame la parole que quand il faut traiter quelque question extérieure), il se met à expHquer le texte des traités patents , cachés ; des traités qui existent et qui n'existent pas. Il refait , à sa volonté , une carte géographique pour son usage particulier, et prouve à tout le monde comme quoi tel ou tel article de telle ou telle convention n'est obligatoire qu'autant que, etc., etc.; et là-dessus comme il discute ! C'est un véritable plaisir. Mais il est à regretter que M. Mauguin fasse bon marché de sa conviction. Gardez-vous bien de l'accuser de versatilité ! Cela n'est, à proprement parler, que la suite de sa facilité de se convaincre pour et contre , sans aucune arrière-pensée, sans aucun intérêt personnel. M. Mauguin a marché assez longtemps de concert avecM.Barrot; mais, mécontent d'être absorbé par
lui, il s'en est séparé, et est resté tout seul de son avis. De là il a perdu un peu de sa popularité, et le nom de Mauguin ne vient plus aussi souvent sous la plume des écrivains , ni dans la bouche des orateurs de l'Opposition. Quoi qu'il en soit, il possède un talent réel , surtout quand il faut égarer sous la phrase élégante le véritable but de la discussion, et détourner l'attention d'un point important.
Si la phrase de M. Mauguin est élégante, celle de M. de Lamartine est limpide et harmonieuse. Le célèbre député de Mâcon , longtemps resté dans les nuages du parti socialiste, dont il était le seul chef et représentant, se jeta bravement dans la majorité ; puis , fatigué et froissé de n'avoir pas été compris, il l'abandonna, en apportant son éloquence au secours de l'Opposition. Après cette rupture éclatante avec le centre, on devait s'attendre à ce que, éclairé sur ses véritables sentiments, il resterait dans les rangs qu'il avait choisis. Eh bien ! non ; — l'Opposition avait ses chefs , et ne voulut accepter ce nouveau condottiere qu'à la suite et au rang secondaire ; ce qui déplut souverainement à l'illustre auteur à^^Wéditadons : il médita donc et exécuta un divorce avec la gauche pour aller renforcer les rangs des républicains , et associa ses manières de grand seigneur à la rudesse tranchante
du parti radical. C'est là qu'il est pour le moment; mais je pense qu'il l'abandonnera bientôt, et reviendra à sa première idée, en nous expliquant de nouveau pourquoi il est seul. Franchement, être seul de son parti , c'est trop peu ! « Dieu seul est seul^ » a dit un grand ministre ; et j'ajouterai : Encore est-il en trois personnes. Nonobstant ces fréquentes évolutions à travers les rangs de tous les partis , M. de Lamartine possède un magnifique langage ; c'est la poésie faite député. Malheureusement tous ces avantages de la parole , du geste , de la tenue, de la dignité, sont mis au service d'une idée mal comprise, mal définie, et l'on ^pourrait sans crainte ajouter , mal conçue, sinon mal digérée. Chaque orateur doit apporter les ressources de son art à l'appui d'un système applicable ou modifiable dans la pratique ; mais verser des flots d'harmonie sur une chose inconcevable , c'est arroser la pierre, c'est bâtir sur le sable du désert. Voilà pourquoi l'admirable prose du député de Mâcon reste sans effet; voilà pourquoi M. de Lamartine ne marquera jamais comme homme vraiment politique, comme homme d'Etat (1).
(i) Plus de deux ans se sont écoulés depuis le jour où j'ai consigné cet avis sur mes tablettes politiques. A cette époque j'étais bien loin de penser qu'un ouragan révolu-
Quand une discussion scientifique appelle à la tribune M. Arago , c'est une véritable bonne fortune pour tout le monde. Ce qui surtout frappe chez
tionnaire passerait sur la France, et me donnerait si cruellement raison. Le 24 février et toutes ses catastrophes sont venus; M. de Lamartine, porté sur le flot populaire, s'est vu un instant l'idole non-seulement de la France , mais de l'Europe entière. Jamais homme n'avait autant reçu de la main du sort ! — Sa popularité était telle, que deux millions de suffrages et dix départements l'ont élu représentant du peuple.
Tout à coup cette puissance s'évanouit , cette popularité disparut , l'indifférence a enseveli ce nom retentissant ; — et si, dans cette chute, les malédictions ne l'ont pas suivi, c'est que dans ses instincts il n'y avait pas de traces de vio' lences et de sang. — « M. de Lamartine, dit si bien le Jour- « nal des Débats ^ a eu beau répéter qu'il ne conspirait avec « les méchants que comme le paratonnerre conspire avec la « foudre , le pays a fini par se défier du paratonnei're et de « ses amours avec la foudre. « — La France a infligé une cruelle leçon à ce tribun, qui remuait les masses au son de sa lyre de poëte : — dix-sept mille suffrages à peine sont venus timidement lui donner un souvenir de son passage au pouvoir. Ce témoignage si faible, plus cruel que l'oubli le plus complet , prouve à l'évidence que le pays a perdu sa foi en lui comme homme d'État, et que l'on sauve de l'oubli le poëte. — Oui , le poëte ! avec toutes ses illusions, sa vanité et gon extrême amour-propre.
M. de Lamartine est, dans le scrutin de la présidence, 2X\-dcssous de M. Ledru-Rollin.
Quelle chute 1 — quelle expiation !
M. Arago , c'est la lucidité admirable de l'analyse ; et, ne possédât-il d'autres titres à la célébrité, ce talent seul pourrait lui tenir lieu de génie. Mais il en est autrement. La nature a été prodigue envers M. Arago de toutes les manières. Non-seulement elle lui a donné une haute capacité, elle Ta doué d'un extérieur monumental , du plus beau galbe. La peinture et la statuaire se trouvent à Taise avec cette tête magnifique. On est saisi à l'aspect de cette figure austère, de cette taille majestueuse. Et puis vient la parole claire , nette , distincte. Il ne tourne pas la difficulté ; il l'aborde hardiment. Il écarte les termes techniques de l'art , il nomme les choses dans un langage précis et correct; et quand il vous a fait toucher presque du doigt toutes les particularités du sujet, vous êtes émerveillé d'avoir compris une science que vous aviez jusque-là crue inabordable pour votre intelligence. Cette simphcité de langage n'exclut pas chez M. Arago l'élégance. Son cœur méridional s'échauffe , s'exalte , et il trouve très-aisément des expressions que le plus habile rhéteur ne désavouerait pas.
M. Dupin aîné brille aussi par la précision du langage, par la vigueur de la pensée, par des saillies pleines de bon sens. Comme M. Arago, il dépouille la chose de ses artifices , il la fait voir telle
qu'elle est , mais il lui ôtera tout son charme. C'est un bourgeois chez lui , qui prêche l'économie à sa femme; c'est un intendant, réglant ses comptes avec tout le monde. 11 connaît le métier, on ne lui en impose pas, il va droit au but. Il a un culte singulier pour la majesté de la loi. Si elle est mauvaise en projet, il la combat de toutes ses forces, fait feu de tous ses arguments ; mais une fois votée, elle devient à ses yeux excellente, et il la défend avec autant de vigueur qu'il la combattait. Ne cherchez pas chez lui des mouvements oratoires , des pensées choisies , des tournures gracieuses de langage. Non; il lui importe peu que le mot soit vulgaire pourvu qu'il soit juste, qu'il rende parfaitement son idée. Une fois lancé, M. Dupin n'épargne ni ses amis ni ses ennemis; il administre à tort et à travers des coups de boutoir très-dangereux , sans crier gare ! Sa voix est âpre et sèche; et ce n'est pas étonnant, car c'est l'article de la loi revêtu de la forme humaine.
Après le langage rude ou mordant de M. Dupin , on prête l'oreille avec plaisir à l'éloquence de M. de Salvandy, dont la parole est fleurie, abondante, imagée. Son improvisation est facile, ses paroles coulent de source. C'est un ministre consciencieux , et il se glorifie à la tribune de ce qu'il a fait, parce qu'il le croit juste. Son esprit
est chevaleresque, ses expressions heureuses. Il parle en homme de bonne compagnie , en savant historien, en élégant prosateur. Quelquefois sa brillante imagination Tentraîne ; mais il s'en aperçoit bien vite, et tempère de lui-même sa fougue pour redevenir ce que doit être tout homme public, calme, ferme et digne. On trouve toujours du plaisir à l'entendre parler. C'est un des hommes qui sentent le mieux la dignité du langage et la dignité de position.
La parole de M. de Tocqueville est correcte; il parle bien et en homme plein de son sujet , mais il n'a pas encore l'habitude de l'improvisation. Il consulte de temps à autre ses notes , mais de manière à ne pas faire voir trop qu'il ne pourrait parler sans elles. Il y a de la vivacité chez lui, de l'entraînement, et une profonde conviction; il défend bien son sujet, car il l'a bien étudié sous tous les rapports. Il a le courage de sa conviction, et c'est beaucoup dans le temps où nous sommes.
M. de Rémusat jouit d'une grande considération à la Chambre. C'est un esprit sérieux, un homme de haute capacité et d'une portée philosophique très-grande. Les actes de son passage au ministère du l^' mars ne peuvent être suffisamment appréciés, à cause du peu de temps qu'a duré son pouvoir; mais tous ceux qui l'ont approché
s'accordent à dire qu'il était digne, sous tous les rapports, d'occuper ce poste éminent. — M. de Rémusat, frappé de l'inconvénient qui résulte, pour le régime constitutionnel , de la trop grande abondance des fonctionnaires à la Chambre, se donna mission de faire adopter X incompatibilité^ et d'éliminer de la représentation nationale certaines catégories de fonctionnaires. — A la tfibune, la logique de M. de Rémusat est serrée, pressée, et il a une telle abondance d'idées, que sa parole rapide suffit à peine à les rendre. De là vient qu'il parle excessivement vite, et qu'il faut prêter une extrême attention pour saisir l'ensemlDle de son discours, qui, toujours solide, toujours nourri, ne se présente pas sous la forme attrayante qu'il aurait , si l'orateur parlait posément et se donnait le temps de la réflexion.
Il y a certains orateurs qui ont le malheur de n'avoir qu'une idée fixe ; qui toujours , à chaque propos , recomposent leur éternel discours, et font que personne , leurs partisans comme leurs adversaires, ne peut se décider à les écouter jusqu'au bout. De ce nombre est le député du Mans. Quand M. Ledru-RoUin se présenta devant ses électeurs , il ne promettait rien moins que le triomphe complet des doctrines radicales ; il ne s'agissait de rien moins que d'entrer en conquérant dans la Cham-
bre des Députés, et là , le casque en tête , la flamberge au vent, de bouleverser tout, de conquérir tout, et reconstruire la société sur de nouvelles bases. — Les excellents habitants du pays célèbre par ses chapons , écoutant ce discours , et voyant poindre à l'horizon poUtique une nouvelle ère qui leur promettait le paradis sur la terre , envoyèrent ce terrible jouteur à la Chambre. Mais voyez le rbalheur ! — M. Ledru-Rollin , plein de son idée , arrive, et plaide une cause qu'il avait perdue ailleurs, excite les murmures, puis l'impatience, puis le rire , puis. . . mais voilà tout. De toutes les promesses, aucune ne s'est réalisée. Il se trouve seul de son opinion ; — ce qui prouve qu'il ne suffit pas de se persuader à soi-même que Ton est grand homme , mais qu'il faut encore convaincre les autres de cette supériorité, si l'on veut se faire écouter et avoir des partisans. Jusque-là on tournera dans un cercle vicieux; on s'usera à faire des phrases sans portée , et on n'opérera aucun bien : mais en revanche on peut faire bien du mal , en cherchant, par des discours peu réfléchis, à exciter le mécontentement des classes laborieuses, à les entraîner dans une fausse voie , et à aggraver encore leur mauvaise position. — Il serait à désirer que de telles réflexions pussent trouver accès au cœur des ambitieux, pour leur donner un peu
moins de confiance dans leurs propres moyens et un peu plus de charité chrétienne (1).
M. Saint-Marc Girardin a une voix suave, mélodieuse. C'est un orateur qui manque de vigueur, mais dont toutes les paroles sont frappées au coin d'une élégance qui ne le quitte jamais, soit à la tribune, soit au Collège de France. L'habitude de la chaire lui a donné l'habitude, de la tribune. Là et ici, il procède de même; il presse ses arguments, ses aperçus, et à la fin, rassemblant toutes ses forces , il termine par des mots à effet , et l'effet ne lui manque jamais.
A présent, regardez cet homme qui se dirige vers la tribune. Il monte lentement les degrés,
(i) Au moment où ce livre s'imprime, la République est proclamée , le Président élu , et M. Ledru-Rollin a marqué son passage aux affaires. Il a essayé de son régime de violences, il a publié ses fameuses circulaires, il a inondé le pays de ses commissaires. L'expérience est faite, et il ne reste à M. Ledru-Rollin que la triste renommée de ses rêves insensés. Il se retrouve , comme jadis, sur son banc de député , avec sa vaine colère , ses phrases redondantes , et la malédiction du pays en sus. Il a à se reprocher la chute du crédit, la méfiance universelle, la misère publique, et toutes les plaies que les révolutions traînent à leur suite. Ses intentions ont pu être honnêtes, ses convictions sincères; mais Paris ensanglanté dans les journées de Février et de Juin l'accusera éternellement, et l'histoire inflexible le jugera avec toute sa sévérité.
s'appuie sur le marbre , et attend que le silence soit rétabli. C'est M. Guizot. — Il commence, et sa voix est profonde, calme; sa phrase inflexible. Rien ne l'émeut. 11 aborde son sujet avec aisance , écarte ce qu'il croit de nature à le gêner, et parle avec précision, avec autorité; d'aucuns disent même avec trop d'autorité. Il ne se gêne nullement avec ses adversaires; il les admoneste, leur donne une leçon ; il leur prouve qu'ils sont des pygmées à côté de lui ; qu'ils ne comprennent pas la politique en grand; que lui seul la pratique. Peu à peu sa voix , sans quitter les cordes basses , devient sonore ; le sujet s'agrandit dans sa bouche, il s'anime , son œil flamboie ; mais son visage est impassible; son geste devient plus fréquent, sa parole incisive , et jamais la dignité ne l'abandonne. L'adresse avec laquelle il manie la parole est incomparable; il ne dira jamais autre chose que ce qu'il veut dire. Les interruptions les plus bruyantes , les dénégations les plus vives ne le font jamais dévier de sa route. C'est un roc contre lequel les vagues en furie s'épuisent en vain ; il est inébranlable. C'est dans les moments d'orage que M. Guizot devient réellement sublime; il trouve alors des accents d'une hardiesse surprenante. Il se recule, redresse la tête avec fierté; puis, un bras tendu en avant, et l'autre serrant avec force
lê marbre de la tribune , il jette à la face de ses adversaires des paroles écrasantes; puis, quand le tumulte s'apaise, vaincu par son inflexibilité, il reprend sa posture primitive, s'accoude de nouveau , et recommence paisiblement la suite de son argumentation. J'ai cent fois entendu M. Guizot à la tribune, et je l'ai, dans toute occasion, vu tel que je le dépeins. Son extrême habileté consiste à écarter tout ce à quoi il ne veut pas ou ne croit pas digne de répondre. Il a un grand art pour renvoyer le reproche à ses adversaires , et , par quelque parole profonde, remuer chez eux la fibre de la susceptibilité , de telle manière qu'oubliant leurs principales objections ou leurs interpellations , ils accourent à la tribune pour 5e défendre de l'attaque du ministre , qui sort triomphant d'une lutte où il n'a engagé qu'une partie de ses ressources sur une faible partie des objections de ceux qui l'ont accusé. Voici un immense talent , un puissant orateur et un véritable homme d'État. J'avoue franchement que M. Guizot est , pour moi, la personnification la plus complète de l'homme public. Lui seul pratique cette maxime, que le cœur de Vhomme cV Etat doit être dans sa tête. Homme privé , il s'impressionne , il se passionne ; mais, homme public, il est grave, mesuré , froid, froid jusqu'à la sécheresse, j'en conviens; mais
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avec de la sensiblerie il faut à tout jamais renoncer à conduire les affaires. Dans son département surtout, il faut du calme, de la tenue, de la dignité , et il possède tout cela au suprême degré.
Maintenant tout le monde a parlé, tous les arguments sont épuisés, la question est éclaircie sous toutes les faces, il ne reste plus qu'à voter. Eh bien non ; il existe un côté que tout le monde a négligé, que personne n'a aperçu , et de ce côté-là il y a un monde d'objections. M. Thiers demande la parole , et court à la tribune.
Si la nature a été prodigue dans ses dons envers quelques hommes d'élite, elle a été en revanche complètement avare à l'égard de cet homme d'État. Petit de taille, d'une tournure presque commune, d'une figure joufflue, d'une voix criarde et haute, tout en lui semblait être réuni pour l'exclure de la vie parlementaire et le priver des succès de la tribune. Lui seul s'est dit que tout cela ne devait pas l'empêcher de faire son chemin poUtique, et il entra bravement en lutte avec la nature; il combattit et... il a vaincu. Qui pourrait en effet, à l'heure qu'il est, contester les éminentes qualités de M. Thiers? Personne; et que celui qui serait tenté d'en douter vienne, et qu'il écoute. 11 va parler, comme je l'ai dit plus haut, sur une question complètement épuisée, que lui seul sait encore
abordable. 11 est à la tribune. Il est si petit, qu'à peine sa tête apparaît au-dessus du marbre; cela ne l'inquiète guère, il sait que tout à l'heure il grandira. Il commence , il parle. — Aux premières paroles qu'il prononce, on ne peut se défendre d'une sensation désagréable. Cette voix, qui vous déchire le tympan et qui vous agace les nerfs, n'est pas faite pour captiver votre bienveillance. Eh bien! il n'en a pas besoin. Un peu de patience, et vous l'écouterez avec intérêt, puis avec plaisir; puis il vous fera passer par toutes les gradations possibles de la plus puissante émotion; il s'insinuera dans votre esprit, vous étonnera, vous électrisera , vous imposera sa manière de voir, vous subjuguera, et vous n'oserez pas respirer même, en le suivant à la course dans tous les dédales de sa pensée, claire, précise. Vous admirerez la nouveauté des aperçus , l'horizon politique s'ouvrira devant vous , et cet homme si petit tout à l'heure devient un géant ! De son pas hardi , il parcourra la vaste étendue de l'Europe, il franchira les mers , et vous entraînera haletant là où il lui plaira de vous conduire. Les traits d'esprit, comme un diamant à mille facettes, jailliront de cette tête qui absorbe tout. Finances, droit public, droit international, guerre, économie politique, sciences, beaux-arts, rien ne l'embarrasse. Il a tout étudié, tout appris;
et je vous assure que ce mot qui dans le moment a fait tant rire , ce mot à un homme d'État d'Angleterre , pour le prier de lui donner une demi-heure afin de lui expliquer le système financier de l'Angleterre, n'était pas une étourderie, une forfanterie de sa part. Nullement. Je suis convaincu qu'il aurait compris beaucoup plus vite tous ces rouages compliqués, et vous aurait donné un plan tout fait pour les simplifier. Allez causer avec les directeurs des différents ministères par lesquels il a passé ; ils vous diront tous qu'il saisissait au vol tous les renseignements , qu'il se les appropriait, et les rendait à ses interlocuteurs, amendés, revus et corrigés. Des hommes graves qui se passionnent difficilement ne peuvent concevoir cette puissante organisation qui devine, pour ainsi dire, tout ce qu'elle ne pouvait pas apprendre. Jurisconsulte et guerrier, également apte à diriger le ministère des travaux publics et celui de la marine, des finances ou des affaires étrangères, il y a des généraux qui, comme dit Timon dans son livre des Orateurs, serviraient très-volontiers sous ses ordres ; et lui, Timon, ne voudrait pas jurer quil ne gagnerait pas des batailles. Mais aussi quelle finesse dans la conception , dans le discernement , et quelle force de poumons dans cet homme infatigable! Avec lui n'attendez pas de ces effets de rhétorique qui
éblouissent , mais n'ont pas d'autre effet. Non ; ce n'est pas un discours qu'il vous fait, c'est une conversation intime qu'il a avec vous. De temps à autre il vous demande pardon d'abuser de vos moments, et au même instant il vous entraîne, vous fait assister à de nouveaux combats ; il vous développe des plans gigantesques, refait les batailles, les sièges, et prouve, à n'en pouvoir douter, que si jusqu'à présent vous avez cru le contraire de ce qu'il expose, c'est que vous étiez dans l'erreur, quoique vous ayez agi ou vu sur place.
Avec lui c'est une charmante causerie ; c'est un petit colloque politique, le tout assaisonné de gloire , de patriotisme , de toutes les séductions du naturel. — Il rentrera sans votre permission dans la discussion générale , quoique la clôture soit prononcée , et ne quittera la tribune qu'après avo r parlé cinq heures durant sans désemparer , sans ennui pour vous, sans lassitude pour lui , et après avoir forcé ses adversaires à le suivre sur le terrain qu'il a choisi. — Ordinairement c'est M. Guizot qui lui répond; mais, habile dans ses luttes oratoires, il demande souvent à ne répondre que le lendemain , car il connaît l'éblouissant prestige de son adversaire; il veut faire oublier cette fantasmagorie de la parole , qui donne le vertige même aux plus aguerris. — Il sait qu'il est difficile de se défendre