ODEON
Une subvention de cent mille francs, faite dans la prévision que I'Odéon pourrait devenir une succursale utile pour de jeuîies talents et pour des lit-
térateurs d'avenir, est, selon moi , une chose complètement inutile. Le théâtre de l'Odéon, décoré du nom de Second Théâtre-Français, est impossible. Le quartier ne s'y prête pas ; le public qui le fréquente , ou plutôt qui ne le fréquente pas , est un public turbulent , mobile par sa nature et par son âge (ce sont les étudiants des Facultés), ayant le sentiment du beau, qu'il ne trouve pas dans les productions nouvelles , et qu'il sait par cœur dans les productions anciennes : il ne pourra jamais tolérer les médiocrités plus que médiocres de ce pauvre théâtre; et un ou deux talents réels n'auront jamais assez d'attrait pour lui racheter d'ennuyeuses soirées qu'il serait obligé d'y passer. L'Odéon, au lieu de donner des comédies, des drames et des tragédies , aurait dû être organisé à la manière des théâtres de province ; il devrait avoir une troupe complète d'opéra ou d'opéra-comique, un petit ballet. Variant de cette manière son répertoire, il pourrait se soutenir et marcher cahin-caha. Dans l'état où il se trouve , c'est une déception , et nous le savons tous : galvaniser un cadavre, c'est se faire la plus triste illusion sur sa vitalité. Que l'on ferme donc au plus vite cette Thébaïde de nouvelle espèce , et qu'on emploie la subvention qu'on lui donne d'une manière plus utile.