‹ Quinze ans à Paris, 1832-1848. Paris et les parisiensChapitre 43 sur 50 · PARIS A VOL D^OISEAU · texte numérisé non relu

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mées françaises , est couvert , du haut en bas , de bas-reliefs, de groupes allégoriques et d'inscriptions. Les pieds-droits, les tympans , F entablement, i'attique, les voûtes, tout retrace, à l'aide du ciseau, quelque glorieux fait d'armes. C'est, pour ainsi dire, rhistoire sculptée de toutes les guerres de la république et de l'empire en Italie , en Allemagne , en Russie, en Espagne, en Egypte.

Décrire toutes ces sculptures en détail , ce serait un travail immense et de peu d'intérêt; mais je dois dire quelques mots sur les quatre groupes principaux qui ornent les pieds-droits.

Si vous tournez le dos au chemin qui vous amène du côté de la place de la Concorde , vous aurez à votre droite une Marseillaise vivante. C'est le départ pour la guerre ; c'est le poétique

« Allons, enfants de la patrie... »

Le signal est donné , la guerre commence , et tous marchent d'un pas rapide. Bellone plane sur eux, et leur indique le champ de bataille. — A votre gauche, c'est la Gloire qui couronne le vainqueur sous les traits de Napoléon.

Si vous passez de l'autre côté , ayant derrière vous le chemin de Neuilly, vous verrez à votre droite le guerrier abritant sous son glaive les populations effrayées, et promettant de combattre

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pour elles; — à votre gauche : la guerre terminée, le combattant rentre son glaive dans le fourreau , et les travaux agricoles recommencent.

Tous ces quatre groupes gigantesques sont largement exécutés ; mais , à mon avis , ceux qui regardent Favenue des Champs-Elysées sont supérieurs aux deux autres.

Armez-vous maintenant de courage ;'et, prenant haleine , montons sur le faîte de l'édifice , en franchissant deux cent soixante-quatorze marches d'un escalier tournant, pour jeter un coup d'œil sur cette ville immense que l'on nomme Paris.

Quand vous avez posé le pied sur la plate-forme et jeté un regard autour de vous , une confusion inexprimable vous saisit , et vous n'apercevez d'abord qu'un amas confus de pierres grisâtres, enve" loppé d'une épaisse fumée. Dans ce moment , tout est trouble , tout est chaos ;, et vous promenez partout votre regard avec désappointement, en regrettant la peine que vous vous êtes donnée. Mais, peu à peu, ce chaos se débrouille; votre œil, habitué à cette immense diversité d'objets, commence à les distinguer et votre cerveau à les classer. Peu à peu ces maisons se détachent et se découpent sur l'horizon, les édifices s'étagent, les toits s'éten. dent, les cheminées surgissent, les coupoles se dressent, les flèches s'élancent, et vous jouissez du

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plus beau panorama que l'on puisse voir. Tout autour de vous, le terrain légèrement ondulé sert de cadre à ce magnifique paysage , et, placé à la hauteur où vous êtes , où nul bruit n'arrive , vous vous plongez dans une muette contemplation, et, regardant les hommes à vos pieds, vous vous dites:

ce A peine à quelques pieds du sol, et déjà l'homme ce est petit ; déjà tout ce qui l'impressionne dispacc raît devant l'œuvre grandiose qu'il a bâtie luicc même. Que devient donc l'humanité avec ses (c folles ardeurs , ses misérables petitesses , ses préce tentions, ses projets et ses ridicules, là où le soleil ce se suspend à la voûte des cieux, là où s'élève le ce trône du Créateur? — Rien qu'un point dans l'esce pace , rien qu'un atome obéissant aux lois étercc nelles du mouvemeut et du tourbillon. — Quelle ce triste leçon on recueille toutes les fois que l'on ce s'absorbe dans la contemplation des œuvres de « la nature, et que l'on écoute la voix intérieure do c( sa conscience! Mais, hélas! les fruits de cette lece çon disparaissent bien vite. A peine descendus , ce à peine rejetés dans la vie de chaque jour, nous c< nous agiterons de nouveau, sans penser que Dieu ce seul nous mène ! »

Éloignons pour le moment toute réflexion philosophique de notre esprit, et jouissons, en vrais admirateurs, de cet imposant tableau qui se déroule

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devant nos yeux. Semblables à Toiseau, nous planons dans l'espace ; c'est à son vol que nous verrons la nouvelle Babylone.

Devant nous, à droite, la première flèche qui attire nos regards, ce sont les Invalides ^ sublime pensée du grand roi , asile de l'honneur. C'est là que ces guerriers qui faisaient trembler l'ennemi sur le champ de bataille se livrent aux paisibles nar^ rations, aux souvenirs de bivouac, et évoquent leur dieu du combat, NAPOLÉON, dont le nom retentit dans l'univers, et fait rêver à la plus grande gloire , à la plus grande fortune des temps modernes , et en même temps au plus grand revers dont les annales humaines aient gardé le souvenir. — Non loin des Invalides s'étend un large carré de terre : c'est le champ de Mars, Il devait être près de ces enfants de la guerre qui habitent la grande maison bâtie par Louis XIV. Le champ de Mars et son École militaire^ que de souvenirs , et quels tristes souvenirs! Là, il est vrai, se fit la fête de la Fédération ; mais là aussi le grand agitateur Danton lança les patriotes auprès de l'autel de la patrie, pour signer l'acte de la Révolution ; c'est là que Bailly et la Fayette furent obligés d'arborer le drapeau rouge, drapeau sanglant de la loi martiale ; où Bailly, la plus noble et la plus vertueutsc figure de la révolution , expia , dans d'atroces per-

so.

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sécutions, la cruelle nécessité de sévir contre les

fauteurs de troubles.

Voici le Gros- Caillou^ son hôpital militaire, et sa manufacture de tabac. — Voici Tabattoir de Grenelle et son magnifique puits artésien , œuvre patiente du persévérant Mulot, qui, descendu dans les profondeurs immenses de la terre, et quand tout le monde renonçait à voir jaillir l'eau , ne désespéra point de la science : la science lui a donné raison. L'eau de ce puits alimente à présent tous les hauts quartiers de la rive gauche de la Seine. — Voilà le monument de V Observatoire^ où trône M. Arago, espérance des républicains du National. — En face de cet édifice, le jardin du Luxembourg étale sa verdure : et le palais de Marie de Médicis , oii s'abrite la pairie, porte toujours le nom de son premier possesseur, le duc de Luxembourg.

Non loin de là on aperçoit l'église de Saint- Sulpice , avec ses tours inachevées et son télégraphe. C'est la plus belle église de Paris. Bâtie pour les jésuites, sur la place qui se déroule devant elle s'élève une fontaine monumentale, alimentée par ce même puits de Grenelle dont il a été question cidessus.

Mais le plus beau coup d'œil qui attire l'attention est, sans contredit, la coupole du Panthéon, Œuvre immortelle de Soufflot, bâtie d'abord comme

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église, sous l'invocation de sainte Geneviève, patronne de Paris , elle est devenue , sous la grande révolution. Panthéon national; et ce nom païen lui est resté, d'autant plus qu on avait placé sur le fronton de cet édifice cette belle inscription :

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