CHAPITRE VI
Monuments anliques et du moyen âge de Ttle dd Ja?a. -^ Tombeaux et mosquées. — Le grand temple de Brambanan. — Temple et statues de Loro-Djongrang. — Les mille temples. — Temple de Ralibening et salle d'audience de Kalibeoing. — Palais de Kalassan. -^ Temple de Boro-Bodo et statue de Bouddha. — Temples innom^ trahies sur le plateau de Gounong-Dieng (mont des dieux) . — Ruines dîTerses. — Ruines de Madjapabit. ^ Ruines de Sentoul^ Oidafa et Penataran. — Temples ruinés et statues de SingVSari. — Ruines de Rotab-Bedah , de Kedal et de Djagou. — Pyramide et temple de Soukou et de Baniou-ILouning. -^ Statues de Baniou-Wandgî. ^ Époques probables de la construction de ces divers monuments.
Comme je n'écris pas xm journal de mon se-* jour à Java et dans les possessions des Indes néerlandaises» je groupe les observations générales que j'ai faites sur ces contrées^ non pas dans l'ordre et au fur et à mesure que je les ai faites « mais dans leur ensemble ^ comme on a pu le voir
dans les deux chapitres précédents. Ainsi, dans le chapitre qui commence, je vais rendre compte de Tétude que j*ai faite, pendant mon séjour, des divers monuments de File de Java; parce que les monuments m'ont toujours paru fournir la preuve vivante de Fétat de la civilisation des peuples. Us deviennent en quelque sorte la source de leur histoire, lorsqu'il s'y rattache, comme aux antiques édifices de FÉgypte et de FHindoustan, un mythe ou une tradition.
Dans File de Java, l'architecture et la sculpture sa sœur ont fleuri avec plus d'éclat que dans la Perse et dans le Mexique , et ont égalé les chefsd'œuvre en ce genre de FÉgypte et de FHindoustan ; néanmoins on n'y a point découvert jusqu'à présent de grands temples souterrains comme dans ces deux dernières contrées.
J'ai visité les nombreux et admirables monuments épars sur le sol de cette ile , en compagnie de quelques-uns des membres de la Société des arts et des sciences de Batavia, qui ont bien voulu me sernr de guides et m'éclairer sur la valeur archéologique des objets qui se sont présentés à mes regards dans mes diverses excursions.
Les ruines d'architecture et de sculpture de cette
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île sout plus nombreuses depuis Cbéribon jusqu'à Soubaraya que dans la partie occidentale. Avant de parler de ces ruines admirables, je dirai quelques mots de deux ou trois monuments construits depuis l'introduction de Tislamisme et que mes guides me firent remarquer en premier lieu.
Dans les environs de Cbéribon, on trouve le tombeau du célèbre cheik Moulang, qui propagea le premier la religion de Mabomet à Java.
Dans un village nommé Trangoulan, près de Tantique et célèbre Madjapahit, on remarque le magnifique mausolée d'un prince musulman, ainsi que le tombeau de sa femme et de sa nourrice. 11 porte la date de 1320, sculptée en relief et dans les anciens caractères en usage cbez les mahométans. A côté, on voit les tombeaux de neuf autres chefs. Leur garde est confiée à des prêtres.
A Kediri on me fit voir une mosquée musulmane nommée' astana-^djedangy construite avec les débris d'anciens tchandis, ou temples javanais, qui ont également servi à la construction de plusieurs maisons et édifices. Ces tchandis ont été abattus depuis l'introduction du culte de Mahomet , en haine de Fidolàtrie ; leurs débris sont , à ce que m'ont dit mes savants compagnons, tirés
de Fantique ville de Dara, dont il est fait souvent mention dans les annales javanaises. Les mosquées modernes, construites avec ces débris, sont d'une élégance plus que médiocre.
Les ruines de Brambanan, entre les districts de Pajang et de Matarem (Sourakarta), sont bien conservées. Elles furent découvertes par un ingénieur hollandais, chargé de la construction d'un fort à Kletan, près de la grande route qui con^ duit de la capitale du sousounan (empereur) de Sourakarta ou Matarem à celle des États du sultan de Djokjokarta. C'est dans cette riche et fertile partie de Java, remarquable par le Merbalou, le Sindoro et le Soumbing, les plus hautes montagnes de rile, qu'existent une foule de monuments de tout genre, rappelant la puissance et l'antique civilisation de cette belle contrée.
Le tchandi ou temple de Kobou-Dalem est tellement couvert de broussailles, qu'on n'a pu en reconnaître que l'étendue, qui est de deux cents à trois cents mètres. Les ruines de la clôture n'ont pas encore été découvertes. A environ quarante mètres du côté de l'ouest du temple , il y avait autrefois deux statues colossales, représentant des rçcha^ (gardiens du temple) agenouillés. Ces deux
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statues sont renversées, et l'uDe d'elles est brisée par le milieu; elles sont taillées d'un seul bloc^ et elles étaient jadis en regard Fune de l'autre. Les deux rechas ressemblent aux prêtres mendiants de rinde. Leur tête a soixante -cinq centimètres de hauteur : on peut juger par là de la grandeur de la statue. Les rechas portent une épée attachée au côté droit d'une large ceinture au milieu du corps, la seule partie qui soit vêtue; ils ont la bouche ouverte et fort grande. Leur main droite tient une massue octogone, la gauche un serpent roulé; de petits serpents sont entrelacés autour des manches, sur lesquelles la tête et la queue se réunissent en forme de nœuds. Ces statues sont semblables à celles du temple de Béna-« rès, la Rome et F Athènes de l'Inde, et leur exé« cution est de la plus grande beauté. Il est probable qu'en faisant des fouilles on trouverait les statues des divinités de ce temple. La porte a un mètre cinquante centimètres de large sur quatre de hauteur; elle conduit à un appartement de six mètres vingt-cinq centimètres ciurrés, dont le sol est cou-« vert de décombres; sa hauteur actuelle est da sept mètres. Le toit est une pyramide quadrangulaire de quatre mètres vingt -cinq centimètres à
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sa base. La pierre dont le temple et les statues ont été taillés est d'un grain commun.
Non loin de là est un beau bas-relief de cinquante centimètres sur quatorze, représentant un éléphant caparaçonné, ainsi qu'ils sont dans THindoustan. On reconnaît dans les figures assises la posture des Hindous pendant la prière appelée toitptcha, adressée à la principale divinité du culte brahmanique.
Le tchandi ou temple de Loro-Djongrang, au nord du village de Brambanan, se composait jadis de vingt petits édifices, dont douze temples : ce n'est plus aujourd'hui qu'une énorme masse de pierres. Le principal temple a trente mètres de hauteur. En entrant, en face de la porte ^ on voit une statue de la déesse Loro-Djongrang, avec les attributs du Kouviran, et de la hauteur de deux mètres huit centimètres. Le premier de ses huit bras tient une queue de buffle, le second une épée appelée kourg , le troisième le bouddha, le quatrième le choukour, le cinquième la lune, le sixième l'écu, le septième l'étendard, et le huitième les cheveux de Mahikassour, qui est le vice personnifié. Il est enlevé avec violence par la déesse, parce qu'il a voulu tuer le taureau
nandhi. Cette déesse , quelquefois, tient un sabre dons sa main. Les ouvrages sanskrits lui donnent plusieurs noms, tek que ceux de Bhawani, Devi, Mahamia, etc., et plus généralement celui de Dourga.
Les autres parties du temple renferment une belle statue de Bitara-Gana ou Ganesa (dieu de la sagesse), ainsi que celle de Siva ou Cbiva et autres divinités hindoues. Toutes ces immenses constructions sont en pierre de taille, sans mortier ni ciment; et les plantes qui ont poussé au milieu de leurs débris, en les environnant de ver» dure, les couvrent de leur ombrage, et leur prêtent des beautés pittoresques qui ajoutent à leur air vénérable.
A huit cent quarante mètres au nord du temple de Loro-Djongrang, on aperçoit les Tchandi- Siwou (mille temples). Jamais je n*ai vu un plus grand nombre de colonnes, de statues, de bas- -• reliefs entassés dans un même lieu; tout est terminé et poli avec un goût pur et très -exercé. Les statues des gardiens ou portiers du temple (rechas) ont trois mètres de hauteur quoique agenouillées, et ofifrcnt, au reste, une ressemblance frappante avec celles du grand temple de
Brambanan. Leurs grosses faces offrent une ex« pression de gaieté qu'on ne retrouve dans aucun des monuments épars sur le sol de l'ile, ni dans ceux de THindoustan. Tous ces temples renferment une statue de Bouddha, et ont la forme d'un parallélogramme de la longueur d'environ cent quatre-vingts mètres, sur une largeur de cent soixante* dix: ils sont à peu près tous construits sur le même plan, et le style de Farchitecture , les costumes et les emblèmes des statues et des bas -reliefs qui les ornent, sont exactement semblables à ceux des temples hindous ; ils ont chacun quatre entrées placées aux quatre points cardinaux. Leurs plus grands côtés font face à l'orient et à l'occident. On remarque dans le grand côté une figure de la trimourti (triple forme) ou triade hindoue, différente de la triade égyptienne. La distribution intérieure , ainsi que celle des temples de Loro-Djongrang, est en forme de croix, et la plus grande de toutes les salles est placée au centre.
A Kalibening, village peu éloigné de Brambanan, se trouvent les débris d'un temple pareil à ceux de Tchandi-Siwou et de Loro-Djongrang, mais ses ornements annoncent plus d'art et d'habileté dans l'exécution.
Près du temple de Kalibening se trouvent les ruines d'une salle d'audience; il y a deux statues colossales de rechas, d'une exécution admirable; derrière ces statues est une masse confuse de briques, formant vraisemblablement les restes de cette salle, qui était entourée de quatorze piliers. Au dehors, une varanda ou galerie, qui régnait tout autour de cette salle, était soutenue par vingt-deux piliers. Le bâtiment s'étend de l'est à l'ouest. L'appartement intérieiu? est de seize mètres, y compris les piliers; sa largeur était de neuf mètres, et celle de la varanda était de quatre.
Près de Brambanan sont les ruines du palais de Kalassan. Les ruines de Dinangan, sur la route de Branbanan à Djokjokarta, consistaient en des statues dont une est gigantesque, mais d'une exécu* tion médiocre.
Dans les limites de la résidence de Kadoo ou Kadou, non loin de Magouelan, et près de la frontière des États du sultan de Djokjokarta, se trouvent les ruines célèbres de Boro-Bodo. On y voit les débris d'un temple qui couronnait une petite colline conique; selon sir Stamford-Ruffles , gouverneur de Java pendant la domination anglaise (de 1812 à 1816), et archéologue célèbre, la
construction de cet édifice remonterait au commencement du VI* ou, tout au plus, du vni* siècle de Tère javanaise. Ce temple a la forme d'un carré long; il est entouré de sept rangs de murs, qui décroissent à mesure que Ton gravit la colline y et surmonté d*un côme qui recouvre son sommet.
Ce dôme a environ seize mètres soixante-six centimètres de diamètre; chaque côté du carré extérieur est d'environ deux cent six mètres cinquante centimètres, et un triple rang de tours, au nombre de soixante -douze, accompagne les murs de cette dernière enceinte. Dans les parois de ces murs et de ces tours, existent des niches où sont placées des figures sculptées plus grandes que nature; elles représentent des personnes assises avec les jambes croisées; il y en a près de quatre cents. On a trouvé dans ces ruines une statue mutilée que Ton croit être celle de Bouddha. La hauteur du temple de Boro-Bodo est d'environ trente -trois mètres. Quoique l'alignement de cet édifice paraisse droit lorsqu'il est vu de loin, il est tronqué réellement, parce qu'on a voulu le mettre en harmonie avec la coupe irrégulière du sommet de la colline. La même forme a été observée à chaque terrasse.
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Sur un plateau du célèbre Gounong-Dieug (mont des dieux) ou Gounong-Prahou, parce qu'il a la forme d'une barque [prahou)^ au nordouest du mont Sindoro, à une hauteur de deux cents mètres au-dessus des plaines environnantes, et de trois cent trente -trois mètres au-dessus de la surface de la mer, on voit les restes de plusieurs temples, des statues de la déesse Dourga, et d'autres sculptures fort remarquables et peu maltraitées. On gravit sur ce plateau à l'aide de marches en pierres entièrement bouleversées et presque ensevelies sous les amas de laves, de scories, qui ravagèrent ces lieux, longtemps après que ces monuments eurent été bâtis. Au centre de cette plaine élevée, on trouve encore quatre temples mieux conservés que les autres, et d'une architecture élégante. Plus tard, on y a découvert les ruines de quatre cents temples, disposés d'une manière admirable, et formant entre eux de grandes rues régulières.
Toute la contrée située entre Gounong-Dieng et Brambanan est couverte de ruines d'édifices sacrés. Plusieurs villages entre Bledran et Jetis, sur la route de Banioumas, à travers le Kadou, en offrent également : on rencontre à chaque
instant des débris de murs, de corniches, de basreliefs et de statues.
Selon les traditions, on suppose que cette contrée avait été la résidence des dieux et des demi* dieux de Tantiquité javanaise.
Les districts de Jayaraya, Chéribon, Bawa, Kalangbret, Trengali, Pranaraga et Magetan, sont couverts de ruines dispersées et solitaires. On distingue généralement par le nom de kotah-heddh les restes de villes, de forts et autres édifices.
Les environs de Tancienne Madjapahit sont fort remarquables sous plusieurs rapports. A l'ouest on voyait, à Madion, quatre monuments en pierre, revêtus d'inscriptions lisibles; on y trouve encore des restes de rechas et d'autres débris de sculpture. On a découvert dans des fouilles, à Toumoung-Goung, les restes d'un bain qui recevait Teau par l'intermédiaire de six conduits. Les fontaines sont couvertes d'inscriptions, et les sculptures sont assez bien exécutées.
A l'est de la rivière de Solo, gisent çà et là une foule de ruines monumentales, particulièrement dans les districts de Madion, Kirtasana, Kediri et Streng'at, qui renferment les antiquités les plus intéressantes de cette contrée*
Au pied de la colline de Klotock^ qui est une prolongation du mont Willis^ à un peu plus de deux kilomètres à l'ouest de Kediri^ est la cave de Sala-Mangleng. Elle consiste en quatre petites chambres contiguës et semblables, carrées , un peu oblongues et creusées dans le roc. La plus grande est longue d'à peu près six mètres cinquante centimètres. Les deux murs des deux prin-* cipaux appartements sont ornés de sculptures et de bas -reliefs; la construction semble indiquer un lieu consacré à la pénitence ou à des exercices religieux. Sur le chemin de cette crypte se trouvent plusieurs rechas artistement sculptés. Sur la porte extérieure, du coté nord, est gravée une iuscription à demi effacée et devenue illisible.
Au milieu des immenses forêts de tecks qui s'élèvent le long du Kediri^ était située la célèbre ville de Madjapahit^ antique capitale de l'empire javanais dans ses temps les plus florissants^ Ses ruines couvrent un espace de plusieurs milles. On trouve encore debout plusieurs temples en briques et des débris de portes. Depuis le Heu où s'élevait cette ville fameuse jusqu'à Pabalingo, vers l'est, on rencontre à chaque pas d'anciennes constructions en briques. Il est bien di£Bicile dû
déterminer Tétendue de Madjapahit, parce que son emplacement est aujourd'hui recouvert de tecks d'une hauteur prodigieuse; mais on voit encore les murs d'un étang : ils sont faits de briques cuites, et ont trente -trois mètres de long sur quatre de hauteur.
A Sentoul, à Test de Kediri^ on voit, au milieu d'une antique forôt, un petit édifice construit avec une élégance remarquable; les entablements des murs qui l'entourent sont ornés, dans l'intérieur, de sculptures parfaitement finies. A son sommet on voit encore un tank ou réservoir d'eau, d'une assez grande dimension, et sous ses fondations ou a creusé une chapelle souterraine. Cet édifice paraît avoir été un tombeau. Aux environs de Gidah, village peu éloigné de celui de Bitar, est un temple en briques dont les ornements sont en pierres; la construction et les sculptures sont exécutées avec une étonnante habileté. En s'avançant vers le nord« est, on aperçoit les antiquités de Pcnataran, rangées parmi les plus considérables et les plus eurieuses de Java. Le plan de ces édifices semble indiquer qu'ils ont été destinés à des usages reli- ^eux. Ils occupent un espace de forme oblongue qui se trouvait partagé en trois parties distinctes^
et environné d'un mur extérieur; Fentrée principale est gardée par deux statues colossales. Une statue de recha, ou gardien agenouillé, et dont la figure à quatre visages semble annoncer le dieu Brahma, est placée dans un petit temple, dont la beauté l'emporte peut-être sur tous ceux que nous avons déjà décrits.
Dans le district de Malang se trouvent les célèbres ruines de Sing'a-Sari. On y voit un tchandi ou temple dont la principale entrée, à l'ouest^ a dix mètres de hauteur, et au-dessus de laquelle est sculptée une énorme tête de gorgone; on distingue autour de l'édifice d'autres sculptures qui ont été mutilées. On en a découvert d'intactes en s'avançant dans la forêt voisine : une, entre autres, d'un mètre cinquante centimètres de long, qui représentait le taureau naudhi. On a trouvé aussi, contre un arbre colossal, une magnifique statue à quatre têtes; une autre de Mahaveda, avec son trident, accompagnée d'une inscription en caractères deva-^ nagari; une déesse avec la fleuu de lotus; un char de suria (le soleil), avec ses sept chevaux jaunes, qui ont leurs queues rejetées en arrière et dans l'attitude d'une course rapide. A cent mètres de là, est une superbe statue colossale de Ganeça,
avec sa trompe d'éléphant, ses gros bras et ses jambes énormes. Cette figure paraît avoir été primitivement placée sur une plate* forme ou dans un temple, car tout alentour est amoncelée une quantité considérable de pierres. Enfin, en s'avançant encore un peu plus dans le bois, on trouve deux de ces statues gigantesques qui représentent des rechas, accroupis selon la coutume; ces sta-. tues, taillées dans un seul bloc de pierre, avaient quatre mètres de haut, quoiqu'elles fussent assises. En se dirigeant au sud par Malang, on rencontre les ruines de Soupit-Ourang, connues sous le nom de kotah^bedah ou le fort démoli; c'est là que se retirèrent les habitants de Madjapahît, quand leur ville eut été détruite. Le mur de ce fort est construit en briques, et placé entre deux rivières qui l'entourent aux trois quarts de son circuit et se réunissent. Quoique irrégulier, il est cependant dans une position bien choisie. Il a environ six cent soixante mètres de circonférence, et a depuis dix -sept mètres jusqu'à trente -trois de profondeur. La partie qui n'est point baignée par les deux rivières est large de vingt-cinq mètres environ, et profonde de dix -sept; devant cette partie, on a creusé un fossé communiquant avec
elles. A sept milles au sud -est de Malang sont encore d*autres ruines.
On trouve à Kedal les débris d'un magnifique temple en pierre , situé sur les limites de la forêt; quatre lions sculptés soutiennent la corniche, deux autres soutiennent Feutrée. Les lions des angles, la gorgone de la porte, trois énormes serpents entrelacés sur la tête de la principale statue, qui tient dans une main la tète de Tun d'eux, forment un effet pittoresque d'une grande beauté. Un vase rempli d'eau et la tête d'un serpent qui y est attachée surmontent la tête d'une autre statue.
A Djagou, et dans l'intérieur de la forêt, sont d'autres ruines plus considérables; l'édifice principal est un des plus grands de tous ceux dont j'ai visité les ruines éparses dans cette partie de Tile. On y a découvert la statue d'une divinité hindoue dont la tête avait été enlevée ^ et au dos de la** quelle était une inscription en caractères devanagari. L'édifice a trois étages, et les intervalles de chacun sont ornés de bas*relie& représentant des batailles entremêlées de figures d'oiseaux et d'autres animaux. Un de ces bas -reliefs représente une bataille entre une armée appartenant à un peuple civilisé et une armée de rdkchasas (mot
sanskrit qui signifie mauvais génies ou peuple sauvage). On pense que ces ruines sont les. restes de Fancienne ville de Dgegueland, dont il est souvent fait mention dans les annales de Java.
A environ vingt milles géographiques à Test de Sourakarta^ et non loin du village de Soukou, on voit d'intét*essantes ruines sur une des collines dépendantes du majestueux mont Lavt^ou. Une des constructions principales consiste en une pyramide tronquée, qui s'élève sur le sommet de trois terrasses superposées les unes au-dessus des autres. Près de la pyramide sont àes sculptures , deux obélisques et des tougou ou bornes, et des piliers en partie renversés. Les terrasses ont environ cinr quante-deux mètres de longueur; la première en a vingt -sept de hauteur, la seconde dix, et la terrasse supérieure quarante -trois. La porte d'entrée du monument de Soukou a également la forme d'une pyramide * elle est de deux mètres cinquante centimètres de haut et d'environ un mètre de large. Une tête de gorgone forme la clef de l'architrave.
11 y a plusieurs figures sculptées sur la façade. On y voit un homme aux formes gigantesques qui dévore un enfant, et à sa droite un chien, dont
la tète est enlevée; un oiseau, qui paraît être une cigogne, est au pied d'un arbre, sur les branches duquel est un autre oiseau semblable à un pigeon ; sur ce pigeon plane une espèce de faucon ou d'aigle. Au* dessus d'une statue humaine, dont la bouche presse la queue d'un serpent entortillé, on remarque une figure qui se rapproche du sphinx; mais elle- en diffère en ce qu'elle est suspendue en l'air, et qu'elle a les jambes, les bras et la queue étendus. Sa queue est celle d'un lézard; ses griffes ont des espèces de membranes; mais le torse, les membres et la face ont la forme humaine. Audessus serpente un petit reptile semblable à Un ver, ou peut-être à un aspic.
A la face du nord et à celle du sud de la porte, un aigle colossal étend ses ailes et tient dans ses serres un immense serpent replié en trois. La tête est tournée vers l'aigle et ornée d'une couronne. Toutes ces figures sont probablement des allégories, ou bien ont trait à quelques faits relatifs à la mythologie hindoue.
On distingue parmi ces ruines une statue humaine d'une taille gigantesque, ayant des bras ailés comme les chauves- souris; et souvent cette même figure se trouve sculptée dans les bas-relie&
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avec les mêmes formes fantastiques. On rencontre dans d'autres endroits des statues tenant un trident dans chaque main; d'autres ont des masques. Toutes ces sculptures , qui semblent appartenir à une autre époque que celles de Boro-Bodo, de Malang ou de Brambanan, sont exécutées avec moins d'art, moins travaillées, et paraissent être plus anciennes que les dernières.
Non loin de là, du côté sud de l'entrée, sont épars les restes de deux temples. Nous trouvâmes, en visitant l'un d'eux, des cendres d'un feu récemment allumé. Par un reste de leurs anciennes superstitions, quand les naturels du pays veulent se préserver de quelque malheur, ils Ont coutume de faire du feu et de brûler des parfums dans ce temple.
L'autre bâtiment, qui est encore plus au sud, ne paraît avoir conservé des restes de sa forme pyramidale que du côté du sud-est. On y a trouvé deux inscriptions, formées chacune de quatre caractères. On voit en outre, sur la terrasse, un vase de pierre que la tradition assure ne pouvoir jamais être rempli» Sur diverses pierres sont sculptés des éléphants, un chien sur Ses quatre pattes, un singe, l'étendard d'Arjouna, et deux statues
gigantesques qui sont représentées plusieurs fois.
Près du village de Baniou^Kouning (eau jaune ), et à quelque distance d'un cratère volcanique, est situé un tchandi ou temple qui porte le nom du village. 11 est probable qu'il existe dans son voi-^ sinage des antiquités inconnues aux Européens.
Enfin on rencontre dans la province de Baniou-*- Wandgt plusieurs statues appartenant au culte des Hindous, qui est encore dominant dans File de Bali, à peu de distance de cette province.
Tous ces monuments, toutes ces ruines n'at* testent pas cependant une antiquité bien reculée. Les édifices construits en pierres de taille ou en briques (ces derniers matériaux paraissent plus récents que les autres) ne remontraient pas, d'après le savant M. Rafiles, aux premiers siècles de Fère chrétienne; la fondation des plus grands pourrait être placée, selon lui, entre le vi* et le IX* siècle de notre ère. Ainsi, d'après cette évaluation, ils appartiendraient au moyen âge, et auraient été construits par les sectateurs de Bouddha, vers l'époque où les bouddhistes eurent été vaincus et chassés du continent de l'Inde par les brahmanes.
Cependant le grand temple de Soukou, que j'ai décrit plus haut, ne paraît pas appartenir à la
même époque. Cet immense monument, à forme pyramidale, dont le style sévère, simple et grandiose, est moins poli que ceux de Boro-Bodo, de Malang et de Brambanan, ne possède rien qui rappelle le culte brahminique ou bouddhiste. Il est probable qu'il est plus ancien qu'eux et qu'il se rapporte au sabéisme ou culte du soleil et des astres, culte qui a été répandu dans toutes les contrées de* rOrient, et qui existe encore dans plusieurs parties de l'Asie centrale, de l'Océanie, et d'autres contrées où l'islamisme et le christianisme n'ont pas pénétré.