‹ Quinze ans de séjour à Java et dans les principales îles de l'archipel de laChapitre 20 sur 24 · QUINZE ANS DE SEJOUR A JAVA H · texte numérisé non relu

QUINZE ANS DE SEJOUR A JAVA H

Nous attendîmes que les déphonls fussent près de nous, et alors nous ouvrîmes un feu de mousquetcrie bien nourri.

rêtassent le cerf, on avait éloigné quelque peu les prahous des bords du lac; plusieurs fuyards, croyant déjà se sentir dans les côtes les dents des éléphants^ s'étaient approchés des bords et voulaient se jeter à la nage pour se précipiter dans les prahous. Malheureusement le lac est plein de caïmans \ aussi quelques koolies de crier à tuetête : c< Bouajal bouajal caïman I caïman I » Ils ne savaient où se sauver; de tous côtés ils se voyaient entourés de monstres affreux. Plusieurs indigènes avaient grimpé aux arbres; d'autres qui s'enfuyaient du lac revenaient de notre côté, et nous suppliaient à grands cris de chercher comme eux notre salut dans la fuite; mais nous avions repris courage, et nous restions avec le plus grand sang -froid à notre poste, résolus à braver tous les dangers; seulement deux ou trois chefs indigènes, qui s'étaient familiarisés avec la chasse aux éléphants , se joignirent à nous.

« Au même instant , une trentaine d'éléphants s'avancèrent majestueusement en colonnes serrées. Nous attendîmes qu'ils fussent près de nous, et, lorsqu'ils ue se trouvèrent plus qu'à une distance de quatre à cinq pas, un feu de mousqueterie bien nomTi fut ouvert; les monstres, saisis d'ef-

froiy regagnèrent en toute hâte la forêt. Mais, de l'autre côté , les cris des Indiens et les aboiements des chiens les forcèrent encore de venir chercher un passage. Leur nombre s'était accru jusqu'à soixante ; une grande partie de ces animaux n'étant pas sortis du bois lors de la première attaque. Pendant ce temps nous avions rechargé nos carabines et nos fusils , et, plus rassurés, nous reçûmes l'ennemi d'une manière bien plus vive que la première fois. Toute la troupe passa au galop et fut saluée par nous d'une grêle de balles. C'était un spectacle imposant que de voir dans leur liberté naturelle ces animaux , que je n'avais jamais vus qu'apprivoisés , et dont quelques-uns avaient trois à quatre mètres de hauteur. Plusieurs étaient frappés , d'autres ne marchaient qu'en chancelant et soutenus par leurs compagnons. Un jeune éléphant qui avait reçu de graves blessures devait rester en arrière, mais la mère veillait près de lui. Nous allâmes à la rencontre de nos fuyards, qui, entendant le feu continuer, reprû*ent enfin courage ; ils n'étaient pas maintenant les moins braves à poursuivre l'ennemi et à se réunir à nous pour faire grand fracas de coups de fusil. Le jeune éléphant dont je viens de parler tomba bientôt

soiis ce feu incessant; la mère resta néanmoins; elle poussa des hurlements affreux et voulut encore défendre le corps de son enfant; mais nombre de balles bien ajustées la firent tomber également victime de notre fureur guerrière et de son amour maternel. De tous les côtés les cris d'allégresse retentirent alors dans le bois. On avait remporté une victoire signalée sur l'habitant terrible des forêts; ceux qui n'avaient point osé attendre la première attaque se pressèrent surtout autour des deux cadavres, des deux trophées. Nous avions laissé échapper le daim et le cerf pour combattre ensemble les éléphants; la joie, l'enivrement du bonheur se peignait sur tous les visages; les demandes et les réponses se croisaient, sans avoir souvent entre elles le moindre rapport; c'était à qui avait le mieux ajusté, à qui ferait observer les blessures mortelles que chacun prétendait avoir portées. On ordonna d'emporter les mâchoires de ces deux éléphants comme souvenirs mémorables de cette joyeuse journée. »

Ainsi nous avions vaincu sans beaucoup de peine, mais non sans une certaine anxiété, les plus redoutables habitants de ces contrées sauvages. Tout cela n'est rien cependant, comparativement

aux fatigues et aux dangers de ceux qui font la chasse aux éléphants dans le but de s'emparer de leurs dents pour les vendre aux marchands d'ivoire. J'ai voulu accompagner quelques chasseurs lampoungs dans une expédition de ce genre, et je pense que mes lecteurs ne seront pas fâchés d'en connaître quelques particularités.

Nous avions une coursé des plus rudes à faire; je me trouvais dans un petit prahou, attendu qu'il était devenu impossible, à cause du peu de profondeur de l'eau, de me servir du grand prahou avec lequel j'étais parti de Palembang. J'atteignis enfin un lieu appelé Poulou-Groungang, où se trouvait une espèce d'habitation construite tant bien que mal de grandes feuilles et d'écorces d'arbres. C'est le refuge accidentel des coupeurs de bois et de rotin de Palembang; cette hutte était alors habitée par quelques individus occupés à scier des planches et à faire des sacs de rotin appelés sacs'kapas. J'y établis mon quartier. Mes Lampoungs avaient déjà remonté quelque peu la rivière, et pénétré dans l'intérieur du pays. A vingt- quatre kilomètres de là, à Ladang-Krekîl, village assez peuplé, ils avaient appris que, depuis quelque temps, un éléphant seul, à défenses

énonnes, comme on se plaisait à le raconter, faisait la nuit ses visites et ravageait sans beaucoup de façon les rizières; cette nouvelle me donna Tespoir de voir se réaliser notre projet. Mais il fallait attendre des avis ultérieurs, gêné que j'étais dans mon embarcation, qui^ quoique petite, était encore trop grande pour remonter une rivière pleine de bas -fonds.

En général la contrée est très -basse; aussi dans la mousson d'ouest est • elle submergée. Partout on voit la canne, et Ton ne remarque que bien rarement quelques accidents de terrain couvert de bois et à'alang-alang. Le Bahatan (c'est le nom de la petite rivière sur laquelle je naviguais) serpente à travers ces marais, qui, dans la mousson d'est, se transforment en autant de champs d'àlang-alang; la rivière tombe à six heures en deçà de Poulou-Groungang dans le Mesoudji, qui se jette dans la mer, au nord de l'île de Boom ou Poulou-Mesoun.

Cette contrée me parut extrêmement fertile; mais elle est non moins féconde en histoires ou en contes sinistres qui épouvantent les indigènes; toutefois il n'y a pas lieu de s'en étonner, puisque, pendant le peu de jours que je me suis arrêté à

Poulou-GrouDgangy quatre hommes furent dévorés par les tigres à Krekil et un individu arraché de son prahou par un caïman sur le Mesoudji. Ma troupe revenait aussi, tout effrayée et désorganisée, après avoir cherché vainement pendant trois jours les traces du grand éléphant de Ladang- Krekil, les tigres ayant rendu la chasse impossible pendant la nuit.

Dans la soirée du 7 avril, je m'embarquai dans un petit prahou que je fis avancer tout doucement à la rame, afin de surprendre, à la faveur de la lune, quoique un peu obscurcie, quelque gibier pour notre propre consommation; car nous en étions réduits au riz sec pour toute nourriture et à l'eau pour toute boisson. Vers dix heures du soir nous entendîmes quelques cris d'éléphants, et nous nous empressâmes de suivre la direction d'oii partaient ces hurlements. Mais vers minuit il fiit impossible de poursuivre notre route sur l'eau à cause des bas -fonds; et, comme les éléphants paraissaient être encore h une grande distance, nous résolûmes de prendre du repos sur nos prahous.

Le jour suivant tout resta tranquille; mais comme je savais que ces animaux sortent des bois dans

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Taprès-midi pour descendre dans les marais , et qu'ils se trahissent alors par le bruit de leur marche, j'envoyai quelques indigènes en reconnaissance dans la direction de Test, dans laquelle je croyais avoir entendu leurs cris rauques et gutturaux. En même temps je me rendais à la rame vers cette direction, en suivant une autre voie. Au miUeu d'une forte pluie qui nous mouilla jusqu'aux os et humecta nos^ fusils, à quatre heures de l'après-midi, les éléphants commencèrent enfin à se faire entendre ; mais ce ne fut cependant que • deux heures plus tard que nous aperçûmes dans une pièce d'eau parsemée de hautes cannes (poeron) la troupe, partie dévorant le feuillage, partie se jouant dans l'eau. Nous grimpâmes sur les quelques arbres qui se trouvaient près de là, et de ce siège élevé nous aperçûmes une cinquantaine d'éléphants, tant jeunes que- vieux, tout près de nous; ils arrachaient, au moyen de leurs trompes, la canne, dont ils formaient des bottes si épaisses, qu'on n'eût pu les étreindre des deux bras; ils les tournaient en battant l'air, et en faisaient jaillh*, comme d'une fontaine, l'eau qui retombait sur leurs corps énormes; puis ils portaient la canne à la bouche, et d'un coup ils tranchaient la partie

blanche inférieure. Apparemment ils tournaient et battaient ainsi ces roseaux pour en faire sortir la bourbe et le sable , ou pour s'en humecter le corps et se protéger contre les innombrables moustiques.

Lorsqu'ils se trouvent ainsi réunis en troupes nombreuses (ce que les Malais appellent gadjq,-kawa), ils ne sont pas aussi méchants que quand ils sont isolés ou par petits groupes [gadjortongal) ; c'est dans ce dernier cas surtout qu'on doit être sur ses gardes.

Il parmt que les troupes d'éléphants ne sont formées presque que de femelles; car l'on n'y remarque pas d'éléphants armés de longues défenses , sinon quelques petits que les mères prennent au milieu d'elles à l'approche des dangers, pour les défendre à outrance.

Les troupes sont appelées gadja-kaman quand elles ne se composent que de femelles , et sebanger s'il s'y trouve réunis de grands et de petits éléphants ; la nôtre était donc de la dernière espèce.

On ne peut que former des conjectures sur ce fait que les mâles se tiennent éloignés ; les Indiens disent qu'ils se séparent des troupes aussitôt qu'ils se sentent assez forts et assez hardis pour vivre

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seuls et pour braver sans appiii tous les dangers. Mais il faut y en général, se défier des renseignements que peuvent donner les Indiens sur tout ce qui se rapporte à l'histoire naturelle, dont ils ne possèdent que des données confuses, empreintes de leurs erreurs populaires. Et, d'un autre côté, ce qu'ils rapportent des éléphants porte le cachet du ridicule; ils attribuent à ces animaux non -seulement la raison humaine, mais aussi des qualités surnaturelles.

Ils disent, par exemple, que la foudre est produite par le claquement des oreilles des éléphants, et ils la désignent sous le nom de kilapgadja. Aussi un chasseur d'éléphants observe -t- il avec soin ce bruit, et un de mes Lampoungs m'assura naïvement qu'il avait toujours suivi la ligne dans laquelle la foudre décrivait ses sillons, et que de cette façon il ne s'était jamais encore trompé sur le lieu où se tenaient les éléphants; mais ajoutons, pour l'intelligence de ce fait, que ce n'é-^ tait quelquefois qu'après avoir couru sept ou huit jours dans cette direction; or, dans un pays où ces animaux sont si nombreux, on doit finir à la longue par en rencontrer quelques-uns. Toujours faut -il rendre à ces chasseurs la justice de re-

connaître qu'ils sont entreprenants, infatigables et intrépides : ils s'approchent de l'éléphant qu'ils se sont désigné, d'un arbre à l'autre, et ne tirent qu'à quelques pas de distance; ils visent à atteindre l'animal soit derrière les oreilles, soit au cœur; parfois ils grimpent sur un arbre, et tâchent d'atteindre le petit creux au-dessus de la tête de l'éléphant, où la boîte osseuse qui recouvre la cervelle est moins épaisse. Le bruit des coups de fusil ne paraît pas effrayer les éléphants, et, de plus, les chasseurs prétendent qu'ils sont myopes; c'est par suite de cette circonstance, disent- ils, que l'on peut frapper parfois quelques-uns de la troupe sans que les autres en soient alarmés. Si la victime ne tombe pas roide morte, il arrive bien rarement que l'animal blessé pousse des cris et fixe l'attention de ses camarades; ce n'est que quand ils découvrent le chasseur, qu'à un signal qu'ils se donnent entre eux, ou ils l'attaquent, ou bien la troupe se met à fuir, après avoir cherché à sauver les blessés, fiit-ce au péril de leur propre vie.

Si un éléphant est frappé mortellement et qu'il tombe, les chasseurs, n'ayant plus de motif pour se masquer, se jettent sur lui et lui coupent im-

médiatement la trompe au moyen de leurs couteaux à gremdes lames. Pourtant il arrive souvent que les éléphants ne sont qu*étourdis, et malheur au chasseur imprudent qui se hc^arde trop près; car ces colosses mouvants se redressent avec une rapidité inconcevable.

On raconte, et même je l'ai lu imprimé, que la pesanteur de l'éléphant le gêne toujours, et qu'il a la plus grande peine du monde, une fois assis ou couché , à se relever. Cette assertion n'est pas exacte; j'ai vu maintes fois se redresser des éléphants aussi facilement que d'autres animaux. Si l'éléphant est blessé et qu'il se mette à fuir, le chasseur indien le poursuit sans relâche, jusqu'à ce que son premier coup de feu ou de nouvelles balles l'en rendent mdtre; il se munit pour cette chasse de longue haleine d'une provision de riz pour quelques jours, il passe la nuit sous le feuillage ou sur un arbre, et pendant le jour il suit les traces du blessé, sur lesquelles il ne peut guère se tromper; car, si l'éléphant va de son pas traînant et pesant au milieu de l'alang-alang, il ouvre ainsi une espèce d'allée de soixante- six centimètres environ de largeur, où pas le plus petit brin d'herbe ne reste debout; si le colosse prend

son chemin au travers du bois, le chasseur a la même facilité pour suivre ses traces; car tout se brise et se rompt sous son poids énorme et par la force de son corps : des arbres de la grosseur du bras, il les casse comme une canne; aussi les broussailles ne l'arrêtent pas.-

On se sert ordinairement pour la chasse aux éléphants de balles d'étain ou de cuivre jaune, le plomb s'aplatissant sur la*peau si dure de l'animal et ne la perçant pas assez profondément. Le chasseur indien n'aime pas les carabines; il dit que la balle sortie d'une telle arme a bien une grande force, mais qu'elle va trop en ligne directe; les indigènes préfèrent de beaucoup un grand fusil ordinaire. Mon bonhomme lampoung, celui qui prétendait trouver les éléphants sur l'indication de la foudre, m'assurait que la balle de son vieux fusil de la compagnie anglaise allait en zigzag, de sorte que, au moyen d'une seule balle, il faisait souvent trois ou quatre blessures.

Je ne voulais pas paraître incrédule en présence d'une conviction si profonde et des assurances les plus solennelles de la vérité de ce qu'il avançait. Et il ajouta encore : « Que de fois il m'est arrivé de me heurter contre une troupe d'éléphants

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parmi lesquels je n'en avais observé aucun armé de dents; tout à coup j'en vois un qui a Fivoire sortant de la bouche d'une demi -brasse; et soudain , au moment où je veux faire feu^ ses dents ont disparu!^

En écoutant ces contes ^ les indigènes font un mouvement significatif de la tète ; ils disent ordinairement : « Gadja banjack silouman, les éléphants aiment à se jouer de nous, en vrais loupsgarons. » Ils prétendent encore que, dans les terrains de cette île, il y a un certain lieu où ces quadrupèdes monstrueux^ devenus âgés et maladifs, se rendent pour mourir; là, les ossements et l'ivoire se trouvent amoncelés haut comme des maisons ; l'homme ne peut s'approcher de ce lieu , car il est bientôt ensorcelé, et deux ou trois éléphants d'une grandeur démesurée défendent l'entrée de cet ossuaire; en outre, ces Cerbères d'une nouvelle espèce sont invulnérables, et des milliers de balles ont été déjà tirées sur eux sans qu'ils aient été blessés.

Mais en voilà assez sur les contes et les superstitions des Lampoungs au sujet des éléphants ; il est temps de revenir à notre chasse. Après avoir contemplé pendant un certain temps , du haut des

arbres où nous étions grimpés ^ la troupe qui jouait dans le marais , et avoir compté un à un les individus qui la composaient, nous descendîmes de nos arbres, et nous nous assemblâmes pour délibérer si nous attaquerions ou non les éléphants; mais^ comme la nuit commençait à tomber et que nous ne voyions point de mâles parmi la troupe , nous jugeâmes très - imprudent d'aborder ces ennemis dans un lieu où il n'y avait que peu d'eau et de broussailles, et où nos mouvements dans les prohous seraient contrariés, tandis qu'eux pourraient se mouvoir en toute liberté et ne cesseraient pas de nous assaillir une fois qu'ils seraient blessés, si nous ne pouvions nous éloigner aussitôt. Nous résolûmes donc d'attendre jusqu'au jour suivant, d'autant plus que probablement les éléphants s'endormiraient dans notre voisinage, et qu'alors nous pourrions facilement les surprendre.

Depuis quelque temps il nous semblait entendre le roucoulement de la tourterelle , mais éloigné et avec des sons qui nous paraissaient contrefaits. C'était par ce signal que devaient se faire reconnaître le reste de nos chasseurs lampoungs, que nous avions quittés la veille. Nous répondîmes à ce signal

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de la même manière, et soudain nous vîmes s'élancer des broussailles nos chasseurs , les cheveux flottants, tout trempés, le fusil sur l'épaule. Ces braves gens, à cause de l'obscurité, n'avaient pu distinguer nos prahous des éléphants ; ils accouraient partie nageant, partie sortant des marais et du bois. Nous les prîmes dans nos prahous et les transportâmes à leurs embarcations ensevelies à moitié sous l'eau. Nous leur donnâmes rendezvous pour le lendemain.

Ces chasseurs infatigables avaient dû , dans quelques parties du bois , sauter comme des singes ou des écureuils d'un arbre à l'autre; il serait difficile de se faire une idée de leur ardeur, de leur courage et de leur adresse, et je dois reconnmtre que , dans ce genre de chasse , tous les Européens restent beaucoup au-dessous d'eux.

Tout était donc préparé pour le lendemain ; mais que vous dirai -je, souvent les plans les mieux combinés échouent. Le matin du 9 avril, à la pointe du jour, nous nous trouvâmes tous au lieu désigné pour notre réunion, après avoir passé une nuit des plus désagréables par suite d'une forte pluie et de grands coups de vent. Les élé-

phants étaient déjà retournés dans la forêt; nous suivîmes leurs traces dans le koumpeh, jusqu'à ce que nous ne pûmes plus avancer par suite des difficultés du terrain. Nous avions quitté nos prahousy et traversé avec la plus grande peine du monde un marais, lorsque nous nous trouvâmes tout à coup au bord d'un lac qui nous barrait entièrement le passage : impossible de le franchir sans nos bateaux restés en arrière. Quant à les traîner au travers du marais, nul n'y songea, et nous nous estimâmes assez heureux d'y revenir pour nous embarquer et nous reposer de nos fatigues. Je songeai alors au retour. C'est avec peine que je laissais échapper l'occasion de mener à fin notre entreprise ; mais mon absence ne pouvait se prolonger plus longtemps, et je retournai à Palembang , satisfait du moins des renseignements que j'avais recueillis, et laissant à nos intrépides Lampoungs les soucis de la poursuite ultérieure de l'animal à grande trompe.

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