‹ Quinze ans du regne de Louis XIVChapitre 25 sur 99 · II · texte numérisé non relu

II

messes Le vénérable Tillemont, dont h modtêMte va juisqu'à la catideur S s'enfuit de Beauvâis pour éviter Tordinatioa que Tévêque voulait lui imposer, après lui avoir fait prendre la tonsure. « M* de Beauvais, écrit-iU le considère trop> et il craint que pour lui les suites n'en soient dangereuses. » Tillenlont ne voulut jamais être prêtre avant quaralite ans^^ et il fallut pour le décider les fermes et persuasives pa»rôles de Sacy» Malgré les jprièrea de ses supérieurs, Lancelot ne dépassa jamais le soas^diacouat. Le trop célèbre diacre Paris mourut simple diacre. Charités Diiohemint l'un des solitaires, est un exemple plus remarquable encore : ordonné prêtre en Picardie, il resta trente-^sept ans au)[ Granges, càehé sous les habits d'un valet de ferme^ sans dire une seule fois la me&se ; son titre de prêtre n'était connu que de de Sacy» et il ne fut divulgué qu'après sa mort\

En haine de la morale relâchée des Jésuites, les Jansénistes reviennent à Taustérilé deâ plus sévèrdè réformateurs. Ils excluent les pécheurs des oflBces, comme dans les premiers temps de l'Eglise \ Us prêchent une vie de privations et diâ sacrifices, proscrisvent le théâtre ^ et la poésie, les tableaux et les sta^

* tilUmont èiaîl l*an des hommes les plus savants de Tépoque. Détruis rftge du quaiorse an», il ti*avait rieo la tii rlmi étûifié ^ni n'eût rapport à son histoire. Il refusa, à cinquante-trois ans, de lir« un article du Journal des Saifântèf où il était parlé avec éloges de son livre, d(Mai qu'il n'avait pus besoin de nourrir soU ^gUfil dU détail de s» louan;i;es.

* Mémoires de Du fossé, p. 503.

î Mëin^res de Dâfoisé,

^ 89 proposition de Quesnel.

» Nicole^ dans Les Yisionnaîrtn, ftilâ Jusque tHllêr les iK>6tél dra*

tues^ ju!»qu'&uï tâpi^i^erieR représentant les scènes de la fable. Ils suppriment les riches ornements des églises, les parfums, les fleurs, le linge damassé, déchirant les nappes des autels pour les donner aux malheureuï'. Ils condamnent Tamitié et Tamour^les chastes tendresses du frère et de la sœur^ de la mère et de Tenfant, et ne permettent que l'amour de Dieu. A la fréquentation des sacrements» si préconisée par les lésuites, ils substituent Tassistance aux offices, la lecture de TËvangile* et le chant des psaumes. Ils ne proscrivent pas tous les saints> mais qaelque&^una comme supposés ou comme indignes» et la Madeleine, par exemple» comme impure^. Ils ne défendent pas la confession^ mais ils en diminuent Timportance, en mettant à de longs intertalles la communion^ Malgré Topposition du clergé et les défenses des papes, ils

mîitiqiiftii ^mpiiionneurt pAkiki. On sati qâe h^tÀM bl«s«é tif>dia par deux lettres, oà il montra toute la susceptibilité de son caractère et plus dVsprit que de reconnaissance envers un homme qui avait été iOu tttèllleur mattr«.

1 Saint>Cyraa loua publiquement la mère Angélique de ce qu*elle avait plusieurs fois déchiré les nappes de P&utel pour les donner aux pauvrftik unedm, t. îi, p. ^itt.

s « Refuser l'écriture^ dit éloquemment Quesnel (84« et 85« proposi^ tion), c>àt interdire l*ù&age de la lumière aux ewktiV^ (te la lumière^ c'eit itormer aux cb^^ens 4a boioht d« JésQs^krM. •

3 Lettres d$ madame de Maintenon, Edition Auger, t. III, p. 13.-^ Le dôcleûr gallican et senii-]anséniste de Lannoy (1603-1078) était le plvs terrible adversaire des faux saints reconnus et fêtés dans la liturgie romaine. On rappelait le Dérûcfiêur de smnts. Le curé de Saiut-fiustacbe le saluait jusqu'à terre chaque fols qu'il le rencontrait, en disant: «Tai tant peur qu'il ne m'ôte mon' saint Eustache qui ne tient à rien. » BUh graphk universeUe, art. Laumot. — L'illustre MabiUon atuque lui aussi les fausses reliques dans sa lettre sur le culte des saints ioconnus.

publient la première version catholique de la Bible ^ en langue vulgaire^ et les traductions du . missel et du bréviaire*. L'un des plus hardis, l'oratorien Quesnel^ réclame la substitution de la langue nationale à l'idiome romain ' ; tous, comme les réformateurs du xvi' siècle, l'élection des prêtres par les fidèles. A l'égard de la cour de Rome, ils adoptent la grande maxime des Gallicans, que les conciles sont supérieurs aux pontifes. Sans porter directement lamaiu sur le saint-siége, ils proclament l'indépendance et la souveraineté des évèques, en leur enlevant toutefois le titre fastueux de Monseigneur. Ici encore ils s'arrêtent au milieu de la route : c Tous les évèques sont papes » disait Saint-Cyran ; Luther avait dit : « Tous les chrétiens sont prêtres. ]>

Le jansénisme n'était, comme on le voit, qu'un protestantisme gallican, une réformation catholique. Au lieu de rajeunir les idées du xvi* siècle ou de devancer la grande croisade du xvm% les Jansénistes bâtissaient une Eglise entre Loyola et Calvin. Mais il y a des transactions impossibles ; il faut accepter ou nier l'Eglise, et ils devaient succomber à la tâche. Par leurs scrupules et leurs subtilités théologiques, Jansénius et Saint-Gyran restaient les apôtres d'une re-^ ligîon de docteurs, renfermée dans les écoles et dans

1 La Bible dite de Sacy, si pure et si fidèle.

* Le nonce fit mettre à Vindet à Rome V Année chrétienne du prédicateur janséniste Le Tourneux, et artéler son impression à Paris, parce quMl y avait mis l*ordinaire de la messe en français. Mémotret de Fon- i taine, t. II, p. 431. ,

' C'est notamment l*opinion ck QuesneL 86* proposition. ,

les cloîtres. Leur voix n'arrivait pas jusqu'à la foule, et pour convaincre, il faut porter son drapeau sur le forum.

Les réformateurs du xvi'' siècle l'avaient compris ; ils ont fondé. Il n'y a pas aujourd'hui vingt mille Jansénistes^ ; il y a soixante millions de protestants^.

^ Il y a en Hollande plusieurs milliers de Jansénistes dont le siège principal est à Utrecht. Ils sont gouvernés par un évéque élu par eux. A sa nomination, cet évêque fait connaître son avènement au pape, qui lui répond chaque fois par une excommunication. On trouvera des détails sur cette petite communauté janséniste dans le récent travail de M. Esquirossur la Hollande. Revue des Deux-Mondes. !«' mai 1856.

s Ce chapitre a été lu par Tauteur à TAcadémie des sciences morales et politiques dans la séance du 29 août 1857.

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