‹ Quinze ans du règne de Louis XIV 17001715Chapitre 15 sur 37 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Ëtat des finances. — Moyens extraordinaires. — Quels sont-ils? — Réformes de Golbért. — Honnêteté et sévérité de son administration.— Soit horreur des emprunts. — Anecdote à ce sujet. — Nombreux impôts établis par les successeurs de Colbert.— Énormes créations de charges. —Loteries.— Ventes de titres de noblesse, — de croix de Saint-Louis. Etablissement et chute des papiers royaux. — Conséquences économiques de la révocation de l'édit de Nantes. — Tarif de 1699. — Funestes décrets de Chamillart sur l'industrie. — Taxes innombrables ei ruineuses sur les objets de consommation. — Augmentation des aides. — Nattlre et iniquité de cet impôt. — Augmentation des droits de traite ou des douanes intérieures.— Effroyables effets de ces douanes. — La douane de Valence. — Élévation de la gabelle. — Contrebande du sel faite à main armée. — Impôt sur les naissances, les mariages et les sépultures — Révolte des paysans do Quercy.

Après avoir étudié les hommes et les opinions de la cour, il faut maintenant sortir de Versailles, promener ses regards sur Paris et les provinces, parcourir les diverses branches de l'administration, les revenus > les champs et les ateliers de la vieille Avance, dresser l'inventaire d'une société qui n'est plus, et considérer de près les rouages de ce gouvernement dont on a vu au loin les efforts. Cet examen malheureusement trop rapide aura du moins quelques enseignements, les abus d'une centralisation effrénée, les vices des réglementations appliquées à l'industrie , le danger de ces mesures qui grèvent

l'avenir pour dégager le présent, l'impérieuse urgence des réformes invoquées par le duc de Bourgogne, la misère des populations sous le grand roi. Ces temps si éloignés de nous par les révolutions semblent aujourd'hui reculés de plusieurs siècles, et Ton peut parler de ces institutions surannées sans prévention ni merci . Et d'abord il faut examiner les Dnances, bases de tout gouvernement, remonter un instant jusqu'à l'administration du grand Colbert, et dire en quelques mots quelle fut sa tâche.

11 y avait avant Colbert toute une Iradition d'emprunts usuraires , flétris, par ceux-mêmes qui les employaient, du nom de moyens extraordinaires» Le premier et le plus légitime, s'il eût été fait à un taux modéré, était la création des rentes sur l'hôtel de ville, où le prévôt des marchands et leséchevins 1 les achetaient en gros pour les revendre en détail. Les rentes étaient constituées, non sur les revenus delà ville, mais sur ceux de l'Etat-. Celui-ci malheureusement les concédait presque toujours à vil prix, puis, le besoin passé, réduisait leur intérêt en supprimant franchement le capital. C'était, on le voit, comme une banqueroute périodique 2 .

« Aujourd'hui les maires el les adjoints. Ces rentes vendues à l'hôtel de ville étaient de véritables rentes sur l'État, et non ce que nous appellerions aujourd'hui des obligations de la ville de Paris. V. à ce sujet le Mémoire concernant le contrôle des rentes, où il est parlé de l'origine et des progrès des différentes natures des rentes. Paris, 1717, in-8°.

* « Une partie considérable des citoyens a toute sa subsistance assignée sur une maison qui n'a rien ; et cent personnes ont acheté, cha-

Un autre moyen non moins onéreux, non moins répréhensible, était la création de charges nouvelles, charges de cour, charges de justice, charges de finances, auxquelles on attachait des trailements considérables et disproportionnés avec leur prix d'achat. On créait, par exemple, mille charges rapportant par an vingt mille livres, et on les vendait chacune deux cent mille livres. Outre le traitement, ces offices donnaient droit à des avantages à la fois pécuniaires et honorifiques. Ils exemptaient de la taille, qui était l'impôt foncier, alors réputé indigne, et égalaient le traitant au gentilhomme. En achetant une charge, le financier plaçait son argent à gros intérêts, il affranchissait ses terres^et il avait la satisfaction de s'entendre nommer M. le secrétaire ou M. le conseiller du roi. L'Etat imposait ainsi la vanité nationale à des sommes immenses 1 . On comptait à cette

cune cent mille écus, le droit de recevoir et de payer l'argent dû à ces citoyens sur cet hôtel imaginaire; droit dont ils n'usent jamais, ignorant profondément ce qui est censé passer par leurs mains. Quelquefois on entend crier par les rues une proposition faite à quiconque a un peu d'or dans sa cassette, de s'en dessaisir pour acquérir un carré de papier admirable, qui vous fera passer sans aucun soin une vie douce et commode. Le lendemain on vous crie un ordre qui vous force à changer ce papier contre un autre qui sera bien meilleur. Le surlendemain on vous étourdit d'un nouveau papier qui annulle les deux premiers. Vous êtes ruiné; mais de bonnes têtes vous consolent, en vous assurant que dans quinze jours les colporteurs de la ville vous crieront une proposition plus engageante. » V. Voltaire, édition Beuchot, t. XXX, p. 100,

au mot GOUVERNEMENT.

» C'est à quoi fait allusion Montesquieu, lorsqu'il dit dans sa XXXIVe Lettre persane : « Le roi de France est le plus puissant prince de l'Europe. Il n'a point de mines d'or comme le roi d'Espagne son voisin, mais il a plus de richesses que lui, parce qu'il les tire de la vanité de ses sujets, plus inépuisable que les mines. On lui a vu entreprendre etsou-

époque plus de cenl mille emplois de cette nature, créés sur le pied de vingt, de quarante, et même de quatre-vingts pour cent. Il y en avait même, suivant Boisguillebert, dont le revenu a presque égalé le prix d'achat dès la première année 1 , c'est-à-dire que vendus, par exemple, cent mille livres, ils rapportaient, à peu de chose près, cent mille livres. Quarante mille offices nouveaux et inutiles furent ainsi créés durant le règne de Louis XIV, qui empruntait de la sorte à cent pour cent*, c II se trouve que pour dix mille écus que le roi reçoit d'une nouvelle charge, il amène trois articles: les droits de la nouvelle charge à prendre sur le peuple, la décharge des nouveaux officiers , qui retombe encore sur le peuple à cause des privilèges attachés aux officiers créés, et le tort enfin que cela fait aux anciennes charges, dont la valeur diminue d'autant*.»

Un autre moyen était l'établissement de nouveaux impôts, le plus souvent sur des objets de consommation. Ici l'imagination des financiers se donnait libre carrière. Dès qu'ils entrevoyaient un nouveau droit, ils couraient chez le ministre les mains pleines d'argent, lui comptaient d'avance le revenu de l'impôt,

tenir de grandes guerres, n'ayant d'autres fonds que des titres d'honneur à vendre. »

1 Boisguillebert. Détail de la France, p. 325. Collection des Économiste?, t. 1«, édition Guillaumin, 1843.

* Il y avait alors quarante-cinq mille offices dontForbonnais estime le capital à huit cents millions. V. Recherches sur les finances. T. I e ', p. 328.

3 V. Détail de Boisguillebert, p. 240. « Pour une pistole que le roi reçoit, il en coûte dix-neuf en pure perle au peuple. V. Ibid., p. 257.

puis, munis de la patente royale, allaient s'abattre sur les provinces. Us en rapportaient des fortunes immenses, semblables à ces préteurs romains qui revenaient à Rome chargés de l'exécration et des dépouilles de l'Asie ou de l'Afrique.

Venaient ensuite d'autres moyens non moins misérables et non moius ruineux , les altérations des monnaies, les émissions de papiers royaux, les loteries, les ventes de décorations et de titres de noblesse. Les agents de toutes ces affaires étaient des hommes spéciaux, durs et rapaces, stigmatisés plus lard dans le Turcaret 1 ; on les appelait maltôtiersou traitants*. Le besoin passé, le roi les livrait à des chambres de justice qui leur faisaient rendre gorge par l'appareil des supplices et les menaces de confiscation et de mort. On leur enlevait quelquefois leur liberté, quelquefois leur vie; c'était la barbarie financière du moyen âge.

Colbert réforma tous ces abus. Il supprima les loteries, les ventes de noblesse, les papiers royaux,

•Joué en 1709.

* Sully les déclarait les plus dangereux ennemis de l'État: il ne les employa pas une seule fois durant son long ministère. « Ce qui étoit la même chose à l'arrivée de M. de Sully au ministère, lequel disoit au roi Henri IV que les traitants, qui sont la ruine d'un Etat, n'avoient élé inventés par les ministres que pour prévariquer, leur étant impossible de rien prendre dans les tributs réglés passant droit des mains des peuples tons celles du prince, comme il se pratique dans tous les pays du monde; au lieu que par les partisans ils sont les maîtres absolus des biens de tout le monde et ne sont privés pour leur particulier de recevoir quelques sommes que ce puisse être, qu'autant qu'ils les veulent refuser, n'y ayant d'autres bornes que celles que l'on peut attendre de leur modération. • V. Boisguillebert. Détail de la France, p. 204.

les altérations des monnaies, réduisit, mais conserva les rentes achetées à vil prix pendant la Fronde, arracha cent dix millions aux traitants enrichis sous le facile Mazarin. Il revint aux véritables principes de Sully, Thonnêteté et l'économie; régla le royaume comme une maison de banque, et à force d'ordre et de travail, il arriva à ce magnifique résultat de diminuer Timpôt et d'augmenter les revenus. Il réduisit les aides de trente pour cent, la taille de vingt millions porta le revenu de quatre-vingt-quatre à cent douze millions, et ramena la dette d'un milliard à cent soixante millions. Colbert préférait l'impôt qui gêne le présent à l'emprunt qui engage l'avenir. Il avait une telle répulsion contre les emprunts, qu'il fit, dit-on, rendre un décret portant peine de mort contre ceux qui prêteraient au roi*. La tradition nous a conservé à ce sujet une anecdote caractéristique. Au sortir d'un conseil où M. de Lamoignon 3 venait de faire voter un emprunt, Colbert l'apostropha avec colère : « Vous triomphez, monsieur, lui dit-il, mais vous n'avez pas fait Pactiond'un homme de bien!

1 II affranchit de la taille les ouvriers qui n'avaient que leur bras pour vivre.

* Mémoires de Gourville.

3 Guillaume de Lamoignon, né en 1617, mort en 1677. Conseillerai! parlement de Paris en 1635, maître des requêtes en 16ii, il fut nommé premier président en 1658. C'est à lui que Louis XIV adressa ces paroles remarquables, qui contiennent tout l'éloge que l'on en peut faire: « Si j'avais connu un plus homme de bien et un plus dignt- sujet, je l'aurais choisi. » C'est à son fils Chrestien-François (président à mortier en 1690) que la sixième épître de Boileau est adressée. Le trop fameux Nicolas Lamoignon de Bâville était son cinquième (ils.

Croyiez-vous que je ne susse pas comme vous qu'où pouvait trouver de l'argent k emprunter? Je le savais, mais connaissez-vous comme moi, ajouta-t-il, en faisant allusion à Louis XIV , l'homme auquel nous avons affaire, sa passion pour la représentation, pour les grandes entreprises, pour tout genre de dépenses? Voilà maintenant la carrière ouverte aux emprunts et aux impôts illimités! Vous en répondrez, monsieur, à la nation et à la postérité f ! » Que l'on se représente, en lisant ces paroles, Colbert tel que le peignent les contemporains, avec ses sourcils épais 2 , son œil dur, sa voix rauque, ses brusques abords, l'homme de marbre enfin 3 , si redouté des solliciteurs, si impitoyable pour les traitants, et l'on comprendra quel dut être l'effet d'un tel discours.

Les faibles successeurs de Colbert, Poutchartrain, Lepelletier et Chamillart, n'eurent ni le courage, ni l'habileté, ni la force de se maintenir dans cette route étroite. Avec eux, le merveilleux ordre introduit dans les finances disparaît : ils reviennent aux déplorables expédients de Mazarin. Us vendent à des taux ruineux des rentes de toute nature, viagères ou

1 M. Pierre Clément. Histoire de la vie et de Vathninixtration de Colbert.

* V. la belle gravure de Nanteuil et le busle de Girardon à Versailles.

1 C'est le nom que lui donne Guy-Patin. On sait que madame de Sévigné l'appelait le Nord, et qu'elle tremblait comme les courtisans à la pensée de lui demander une audience. Ce même homme, si avare de l'argent de la France, fut surpris un jour à pleurer en regardant à Sceaux les campagnes, et en songeant au bien qu'il ne pourrait faire. y > D'Aubigny, Vie des homme* illuttres de la France, t. V, p. 576, et Henri Martin, édition de 1848, t. XV, p. MO.

perpétuelles, puis des charges vexatoires ou ridicules , pour des sommes incalculables. Ils créent des conseillers du roi inspecteurs des veaux et des cochons, des volailles et des perruques 1 . Ils instituent à la fois plusieurs dignitaires d'une même charge, qui exercent celui-ci une année, celui-là une autre, sous le plaisant nom d'officiers alternatifs, tous deux ayant les privilèges, tous deux le titre, tous deux l'argent. En huit années, le seul contrôleur général Pontchartrain vendit pour cent cinquante millions d'offices. Ainsi se vérifiait ce mot d'un des ministres de Louis XIV : « Sire, dès que Votre Majesté crée une charge , Dieu crée un sot pour Tacheter. » Tous ces offices furent supprimés sous la Régence. « Ils font rire aujourd'hui, s'écrie Voltaire, alors ils faisaient pleurer. »

Les successeurs de Colbert créaient en même temps de nouveaux impôts : la capitation, taxe personnelle, qui frappa tous les Français d'après leur revenu présumé, depuis les princes jusqu'aux mendiants*, et le contrôle, sorte de droit d'enregistré-

1 V. dans Voltaire la longue et curieuse nomenclature des charges et dignités instituées pour la plupart sous le ministère de Pontchartrain. T. XXXI, Dictionnaire philosophique, art. Pourquoi (les), p. 49.1, édition Beucliot.

* La capitation, établie en 1093, comprenait vingt-deux classes de contribuables. La première, où étaient les princes, payait deux mille livres; la dernière vingt sous. Elle rapporta vingt-cinq millions. Cet impôt manquait d'une base certaine d'évaluation, et on avait eu le tort en l'établissant de confondre la parité de position avec la parité de fortune. Supprimée après la paix de Ryswick, sur les réclamations des classes élevées, la capitation fut rétablie en 1701, et Gnit insensiblement par se confondre avec la taille.

ment, trop élevé pour les petites affaires et que les contribuables évitèrent en contractant sous seing • privé 1 . En huit ans, Chamillart altéra cinq fois les monnaies 2 . Il établit d'interminables séries de loteries à vingt francs et à vingt sous le billet. Il vendit des titres de noblesse, jusqu'à cette croix de Saint- Louis, que Louis XIV venait de créer. On Tachetait cent cinquante livres dans les bureaux du ministère de la guerre. Il épuisa enfin le papier monnaie, dernière ressource des gouvernements aux abois.

Dans la refonte de 470!, comme l'État manquait d'argent pour avoir des lingots, Chamillart les acheta à crédit et donna en échange des billets à terme, dits de monnaie, payables au porteur et produisant sept pour cent. Ces billets, d'abord soigneusement acquittés, furent reçus avec une grande faveur. Encouragé par le succès, Chamillart créa une caisse d'emprunt*, donna aux dépositaires huit pour cent, et émit une seconde série de billets, sous le nom de billets de la Caisse d'emprunt 4 . Mais ce papier, qui devait conjurer la crise , il le donna et le refusa en payement; il ne sut point surveiller son émission, maintenir son crédit, assurer surtout son remboursement. Les billets de caisse tombèrent les premiers.

1 Foisonnais, Considérations sur les finances. * En 170p, 1701, 1704, 1705 et 1700.

3 Les particuliers venaient déposer leur argent dans celte caisse d'emprunt ou de dépôt, qui leur donnait cinq pour cent, et d'où ils retiraient leurs fonds à vojqnté.

Un décret du 17 septembre 1704 ajourna leur paye- . nient au l ,r avril 1705, et, ce terme «arrivé, Chamillart ne put tenir sa parole. Il essaya de sauver ces billets en élevant leur intérêt à dix pour cent ; mais les porteurs demandèrent des espèces. Le ministre paya une moitié en écus et Fautre en billets de monnaie, dont le crédit s'était maintenu jusque-là, remboursant ainsi du papier avec du papier. Malgré l'ignorance économique de l'époque, les porteurs s'alarmèrent et les billets de caisse et de monnaie tombèrent ensemble de vingt-cinq pour cent. Chamillart s'efforça vainement de les relever par des décrets. Il prescrivit de les couper en fractions de deux cents livres; il ordonna de fournir daus tous les payements au moins un quart en billets; il défendit à peine de carcan, de bannissement et de trois mille livres d'amende de percevoir plus de six pour cent en changeant ces billets contre espèces; leur chute continua en raison même de ces mesures. Indépendamment de ces bons royaux, Chamillart autorisait les principaux fonctionnaires à payer en papier. Sur tous les points du royaume, les fermiers et les administrateurs de l'Etat émettaient sans contrôle des billets, qui, sous les noms les plus bizarres, billets des trésoriers généraux , des sous-fermiers , des subsistances, de l'ustensile, de l'extraordinaire des guerres, couvrirent en quelques années la France. L'agiotage le plus effréné s'établit sur tous ces papiers, dont le gouvernement ne payait plus ni capital, ni revenu. Bientôt la même dépréciation les enve-

loppa tous: ils perdirent quatre-vingts pour cent l .

Le commerce et l'industrie dépérissaient comme les finances dans les mains incapables de Chamillart.

La révocation de l'édit de Nantes, survenue deux ans après la mort deColbert, avait porté le premier coup à Tinduslrie que le grand ministre avait toujours protégée. Ce coup frappait à la fois les banquiers et les capitaux, les fabricants et les ouvriers. Sur les côtes de la Manche et de l'Océan, les armateurs et les marins, nos meilleurs matelots les Normands et les Rochelois, la plupart réformés, s'enfuirent sur leurs vaisseaux. La Normandie et le Dauphiné, la Touraine et les Pyrénées perdirent le quart et jusqu'au tiers de leur population. De cinquante mille âmes, Troyes descendit à vingt mille. Lyon, qui comptait cent mille habitants et dix-huit mille métiers, se trouva réduite à soixante mille âmes et à quatre mille métiers. Tours, sa rivale en population, en industrie, et en richesses sous Colbert, perdit cinquante mille habitants ; des rues restèrent désertes; elle ne s'est pas relevée depuis cette époque. Un faubourg entier de Londres se peupla d'ouvriers français, qui allaient porter en Angleterre, en Hollande, en Prusse, en Danemark et jusqu'en Russie, les dessins et les secrets de nos manufactures. Dans le Midi, les paysans du Languedoc vont prendre les armes et commencer une guerre où cent

mille hommes doivent périr. Il faudrait un livre pour énumérer tous ces désastres 1 . Quatre guerres civiles n'auraient pas causé dans le royaume une si grande ruine et un si terrible ébranlement 2 .

Le ministère atteignit encore l'industrie en touchant d'une main maladroite aux règlements de Colbert. En faveur de notre industrie naissante, Colbert avait établi le tarif protecteur de 1664, puis celui plus rigoureux encore de 1667 ; Chamillart y substitua le tarif de 1699, qui tenait le milieu eutte les deux précédents et ouvrait le royaume aux salaisons et aux produits des manufactures étrangères. Pour protéger notre marine marchande, qui construisait à grands frais, Colbert avait maintenu avec la dernière énergie le droit de cinquante sous par tonneau, établi par Fouquet 8 , sur tous les navires étrangers qui entraient en France. Chaiîiillart à la paix de Ryswick 4 sacrifia ce droit à la Hollande et à l'Angleterre. C'était réduire au cabotage nos marins, qùi île pouvaient soutenir au delà des mers la concurrence des puissances maritimes. De tous les ports s'élevèrent des cris de détresse 5 . I

Par l'intervention tracassière, brutale et ignorante de l'État, Chamillart acheva les funestes effets du

i Ce livre existe. Nous ne saurions mieux faire que de renvoyer les lecteurs au récent ouvrage de M. Charles Weiss : Histoire des réfugiés protestants. Paris, 1853. Charpentier, 2 vol. in-12. * Claude. Plaintes des Protestants, p. 87.

in km. I

nais, i. II, p. ISU.-Bailly, t. H. — M Charles Gouraud. 1. I",

tarif de 1699, et pour n'en citer que deux faits, en réglementant mal à propos la fabrication des bas au métier et des fils de lin et de chanvre. La France possédait alors des quantités considérables de bas grossiers qu'elle écoulait à l'étranger et principalement en Amérique. Chamillart régla la qualité delà laine et le nombre de fils, de manière à permettre la seule fabrication des bas de luxe ! . Eu dépit de ses décrets, les manufacturiers continuèrent à faire de gros bas et à les vendre ; mais les agents du fisc entravaient de mille façons leur travail par des saisies et des procès. Cette guerre brutale se prolongea . jusque sous la Régence, époque k laquelle le duc d'Orléans rapporta l'inepte décret de Chamillart.

Par un autre règlement, non moins absurde, mais d'une portée bien plus grave, le ministre ruiua toute une province. La Bretagne produisait alors beaucoup de lins et de chanvres, qui alimentaient ses manufactures de câbles et de toile, et elle exportait des quantités considérables de fils écrus ou blanchis; Chainillart défendit tout à coup cette exportation. Les habitants, qui ne pouvaient plus écouler leurs • denrées, abandonnèrent la culture du lin et du chanvre. Bientôt la Bretagne ne récolta plus assez de fils pour ses manufactures, et ses fabricants achetèrent à l'étranger les matières textiles qui abondaient autrefois dans leur pays. Ses marins allèrent chercher

1 Mars 1700. Forbonnais, t. Il, p. 101).

en Hollande les voiles et les câbles de leurs vaisseaux 1 .

Le ministère ruinait en même temps le commerce de détail en créant de nouveaux impôts de consommation sur le poisson et la viande, les cuirs et les œufs, les bois et les draps. Il vendit aux traitants les monopoles du tabac, du thé, du café, du chocolat, de la vanille, des cartes à jouer, jusqu'au monopole de la glace qui se consommait dans Paris. 11 augmenta enfin les trois grands fléaux de l'époque : les aides, la traite et la taille.

Les aides, qui correspondent à notre taxe moderne des boissons, étaient le plus impopulaire des impôts. Elles méritaient cette réprobation par les vexations et les injustices qu'elles entraînaient à leur suite. Les aides étaient affermées à des traitants, qui les sous-affermaient à des agents subalternes, lesquels, servis par sept mille commis, rançonnaient le contribuable sans pudeur et sans quartier. Comme cet impôt variait de province à province et même de ville à ville, les agents taxaient suivant leur caprice les tonneaux de cidre et de bière comme le vin, sans aucune déduction pour la lie. Ils imposaient la boisson sur les pressoirs, aux portes des villes , et la poursuivaient sur les chemins et les rivières, dans la cave du cultivateur et sur la table de l'ouvrier. Sous le moindre prétexte, à toutes les heures, quelquefois

1 Forbonnais, l. 11. Lu Bretagne fournissait alors à elle seule presque le tiers de nos matelots ; dix-sept mille sur soixante mille.

trois et quatre fois par jour, ils fouillaient les maisons et les caves, infligeaient des amendes et faisaient des procès 1 . L'énormité des droits plaçant les hôteliers dans l'alternative ou de frauder le fisc, ou de cesser leur commerce, ils ruinaient ceux qui leur déplaisaieut, ceux qui refusaient de leur acheter en gros des liqueurs, ceux qui se trouvaient dans des endroits écartés dont la surveillance était trop difficile, de sorte que si on quittait les grandes routes, on faisait quelquefois sept ou huit lieues sans trouver un cabaret 2 .

Malgré l'impopularité avérée de cet impôt, Chamillart augmenta les aides dans des proportions insensées. Elles s'élevèrent peu à peu du quart au tiers, puis à la presque totalité du prix de la marchandise vendue en détail 8 . Dans quelques provinces même, le droit de sortie sur le muid de vin de la dernière qualité qui valait vingt francs , monta jusqu'à vingt-cinq francs. Dans plusieurs villes, il y eut cinq, six et jusqu'à onze droits sur la même boisson, onze bureaux, onze brigades de commis. Ces bureaux n'ouvraient qu'à certains jours et à certaines heures, et s il arrivait que l'un d'eux fût fermé

1 Boisguillebert, Détail de la France, p. 199. 1 ld., ibid., p. 194.

3 Le droit variait d'abord du douzième au quart du prix de la vente en détail des liqueurs, puis avec les droits nouveaux il s'éleva au tiers; mais à ces droits il fallait ajouter les taxes municipales, celle des hospices et autres, de sorte que l'impôt excédait le prix de la marchandise en gros dans certaines années, ce qui ruinait la consommation. V. Boisguillebert. Détail delà France, p. 194.

au moment du passage du contribuable, et que ce dernier, voulant éviter les frais de séjour, négligeât d'acquitter les droits, aussitôt les agents confisquaient à leur profit les voitures et les marchandises 1 . Le débiteur contestait vainement la contravention : par une redoutable fiction de la loi, la parole des commis faisait foi coutre lui. Comme ceux-ci percevaient k leur profit le tiers des amendes et des confiscations prononcées par suite de leurs procèsverbaux, ils avaient de la sorte danà leurs mains la fortune et la liberté des citoyens. Quand la marchandise ne suffisait pas pour acquitter la taxe, ils saisissaient au milieu de la route les chevaux et les voitures, comme des voleurs de grand ehemifi 2 .

Les effets d'une semblable législation se firent bientôt sentir : la consommation baissa de moitié; les traitants eux-mêmes se plaignirent, et leur rapace ignorance réclama de nouveaux droits. Dans l'impossibilité de vendre leurs récoltes , les propriétaires laissaient leurs vignes en friche ; l'Etat, qui ne pouvait imposer un terrain vague comme une terre cultivée, diminuait la taille, et cette diminution générale dans le royaume causait de3 perles énormes au Trésor. Un savant économiste du xvm e siècle, estime que les aides, qui rapportaient trente millions, coûtaient soixante millions de frais et causaient au pays quatre-vingts millions de préjudice; en d'autres

1 Boisguillebert, Détail de la France, |>. 236-237. 2 Id., ibid. y p. 194 et 236-237.

ternies, l'Etat perdait cent quarante millions pour en gagner trente. Dans la moitié des provinces les vignes étaient arrachées, et, disait l'écrivain du temps, si l'on en demandait le motif, il n'y avait pas d'enfant à la mamelle qui ne bégayât que ce ne fût l'œuvre des traitants 1 .

Avec les aides, Chamillart augmentait un impôt plus absurde et plus barbare encore, celui de la traite ou des douanes intérieures. Outre les douanes nationales situées à la frontière, il y avait alors au cœur du royaume, de département à département, nous pourrions dire d'arrondissement à arrondissement, un nombre infini de douanes appartenant à l'Etat, aux provinces ou aux seigneurs. Les ponts et les gués, les fleuves et les routes semblaient chargés de barrières. Pour passer en Artois et en Bretagne, en Saintonge, en Périgord, en Auvergne, en Dauphiné, en Languedoc* en Provence, en Franche-Comté, il fallait séjourner et payer. Ces provinces conservaient leurs douanes comme avant leur réunion à la France ;

1 Boisguillebert {Factum de la France, p. 273) compte dix millions île perte pour le Trésor dans la seule élection de Mantes. Le résultat le plus caractéristique de la misère des temps, suivant le même auteur, c'est la diminution des procès dans la province de Normandie : « à tel point, s'écrie-t-il, (Joe bien qu'en Normandie le naturel du pays rende la plaidoirie la dernière chose susceptible des efiels de la misère, cependant, aux lieux dont la principale richesse consistait en vins et èn boissons, toutes les charges de judicature et leurs dépendances ne sont pas a la sixième partie de ce qu'elles étaient autrefois, ce qui diminuant la part que le roi prend dans ces sortes de fonctions, comme le papier timbré, les amendes et les contrats d'exploits, amène à dire qu'il rachète au triple l'augmentation qu'on a cru lui procurer dans celle des droits d'aides, qui sont presque la seule causé de la ruine générait. » V. Mail de la France, p. 195.

la loi les réputait étrangères ! Il y avait douze cents lieues de ces douanes intérieures, qui, suivant l'expression d'un député de Lyon aux états du Dauphiné , rompaient les veines et les artères de la France 1 . Une armée entière, cinquante mille hommes dans la force de l'âge, y veillaient jour et nuit, arrêtant le travail à main armée. Sur la Loire, de Saint-Rambert * jusqu'à Nantes, on comptait vingt-huit bureaux. De toutes ces douanes, celle de Valence, établie par Lesdiguières de sa propre autorité, durant les guerres religieuses, et maintenue depuis lors, était la plus redoutée. Les marchands des provinces voisines faisaient de longs détours pour fuir ce coupe-gorge. Les commis les y retenaient des semaines entières, et leur extorquaient chaque fois des valeurs ou de l'argent. On a peine à comprendre aujourd'hui un tel mépris de la fortune et de la liberté des citoyens, et la douane de Valence a duré jusqu'en 1789 !

Comme on se l'imagine aisément, ces péages intérieurs suspendaient les transactions, quintuplaient le prix des denrées et ruinaient les marchands et les producteurs. Pour n'en citer que quelques traits, en Normandie, dans les années abondantes, les cidres se perdaient faute d'acheteurs. Les propriétaires jetaient la moitié de leurs récoltes, et, pendant ce temps, les laboureurs de la Picardie et de la Bretagne

1 Forbonnais. Recherches sur les finances.

J En Forez, aujourd'hui dans le département de la Loire.

buvaient de l'eau. Les vins de TAujou et de l'Orléanais, qui se vendaient un sou la mesure dans le pays, valaient vingt-quatre sous dans les provinces les plus rapprochées. 11 en était de même en Bourgogne: ses vins, qui sont « sa manne nourricière*,» restaient arrêtés sur ses frontières par l'exagération des droits. En Provence, les fermiers laissaient leurs raisins, leur figues ou leurs olives sur les arbres, ou les jetaient le plus souvent au rebut 2 . Ils les auraient vendus facilement à Paris, mais pour les conduire, il fallait franchir tant de lignes de douanes, que les frais du voyage dévoraient le profit du marchand et jusqu'à la valeur de la denrée. Il fallait trois mois et demi, suivant Boisguillebert, pour se rendre de Paris à Marseille 3 . Les marchandises du Japon, venues de quatre mille lieues, à travers les mers el les tempêtes, coûtaient quatre fois seulement leur valeur, et les marchandises de France, portées d'une province à l'autre, coûtaient vingt fois leur valeur 4 . La terre semblait frappée de stérilité par la main de l'Etat. Elle se couvrait en vain de pampres et de fruits, le fisc dévorait tout. Chaque contrée végétait de la sorte faute de pouvoir échanger ses produits contre ceux des contrées limitrophes, et la France était misérable au milieu même de l'abondance 5 .

1 Boisguillebert, Factum delà France, p. 328.

1 ld., ibid.,, p. 343.

J Id., Détail de la France, p. 233.

* ld., Factum de la France, p. 312.

1 M., Détail de la France, p. 207.

Comme les aides, les douanes provinciales étaient affermées à des traitants qui les sous-affermaient à des financiers, qui, pour gagner sur leur marché, pressuraient jusqu'au sang les provinces. Un écrivain du temps nous raconte à ce sujet un trait bien caractéristique : « En 1677, année d'abondance, des marchands ayant voituré des vins par une rivière à une grande foire, et la quantité excédant la consommation , ces marchands ne trouvant pas à beaucoup près le prix de l'impôt qu'il avait fallu garantir par avance voulurent laisser aux traitants leurs denrées, ne demandant qu'à s'en retourner libres de toute obligation; mais ceux-ci déclarèrent que ce marché leur serait trop préjudiciable, et que tout ce qu'ils pouvaient faire était de retenir en gage les bateaux, en relâchant les personnes *. »

Tous ces hommes, traitants ou sous-fermiers, fermaient les yeux sur les exactions de leurs commis et partageaient ensuite avec eux. La confusion des règlements assurait leurs brigandages. Les droits de la traite étaient si compliqués, qu'à peine deux hommes par génération pouvaient les saisir et les posséder complètement 3 . La loi investissait tous ces agenls de pouvoirs draconiens. Ils avaient des recors et des juges, des soldats et des bourreaux. En lisant de telles choses, on ne sait en vérité si Y on dpit s'éton-

1 Boisguillebert, Factum de la France, p. 311-313.

* Necker, Administration des finances. USA. T. II, p. 173.

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ner le plus ou de la tyrannie des gouvernants ou de la patience de nos pères !

Chamillart augmenta encore un nouvel impôt, non moins haïssable que les précédents et qui soulevait des résistances continuelles et sanglanles.Nous voulons parler de la gabelle

Gomme tous les impôts de cette époque, la gabelle n'était pas également répartie sur toutes les provinces de France. Sans parler des privilèges en vertu desquels la noblesse, le clergé et un grand nombre de couvents et de cours de justice en étaient exempts, on distinguait alors les pays de franc salé, où le sel était à bas prix, et ceux de grande gabelle, où il se vendait au poids de l'or. Cette différence, qui devait son origine à la division de la France en pays d'états et en pays d'élection, avait donné lieu à une contrebande des plus actives et des plus populaires. Des hommes intrépides, le plus souvent d'anciens déserteurs, connus sous le nom de faux sauniers, nom bien oublié de nos jours mais bien connu au xvii* siècle, se réunissaient par bandes de deux ou trois cents et transportaient des provinces de franc salé dans celles de grande gabelle le sel que parfois ils avaient pillé dans les greniers royaux et qu'ils vendaient publiquement aux paysans. Malgré la protection que leur assuraient ces derniers 2 , ils avaient souvent des luttes terribles a soutenir contre les (Jouaniers qui

1 ï>u vivant de Colbert, l'impôt du sel rapportait trente millions à l'Etat.

' Le gouvernement vendait le sel douze fois sa valeur.

voulaient s'opposer à leur coupable industrie, et, quand il leur fallait céder à la force, ils recouraient a la ruse et confiaient à d'énormes chiens dressés à l'avance les marchandises qu'ils ne pouvaient introduire par les voitures ou par les chevaux. Le gouvernement essaya à plusieurs reprises d'obvier à ces désordres en portant des peines très-sévères contre ceux qui s'en rendraient coupables. En mai 1680 parut uue ordonnance punissant de trois cents livres d'amende les faux sauniers qui seraient pris sans armes; une déclaration du 18 mai 1706 ajoutait à cette pénalité trois ans de galères et la peine de mort contre ceux qui seraient armés et en troupes. Ces rigueurs furent inutiles; la contrebande continua, et, en 1707, un an après cette déclaration, il fallut envoyer des soldats pour soumettre les délinquants *.

Pressé par une détresse toujours croissante, Chamillart descendit jusqu'à la plus basse simonie. 11 établit un impôt sur les baptêmes , les mariages et les sépultures. Cette nouvelle taxe souleva les'populations : écrasés par tant de charges, les paysans se marièrent sans prêtres, ensevelirent leurs morts et baptisèrent eux-mêmes leurs enfants. Ils les emportaient au fond des bois, et là, au milieu des assistants

i Saint-Simon, t. VI, p. 52. Suivant M. Eugène Daire, auquel nous empruntons la plupart de ces détails, on arrêtait chaque année deux mille hommes, dix-huit cents femmes, six mille enfants, mille chevaux, et environ cinquante voilures qui faisaient la contrebande du sel. Les tribunaux envoyaient en moyenne trois cents hommes par an aux galères.

découverts, le plus âgé, comme s'il eût été consacré par sa vieillesse, versait Feau sur la tête du nouveauné. Les traitants dénoncèrent ces baptêmes clandestins; le gouvernement arrêta les coupables, mais alors éclatèrent des séditions. Dans le Périgord et le Quercy, contrées monlueuses et pauvres, les paysans se levèrent en armes, forçant les gentilshommes à marcher à leur tête, et pillèrent les bureaux des collecteurs. Ils déclaraient qu'ils étaient bons sujets du roi, qu'ils payaient la taille, la capitation, la dîme k leurs seigneurs et à leurs curés, mais qu'ils ne payeraient pas davantage \ Une de leurs bandes enleva Cahors, malgré deux bataillons qui l'occupaient % et resta maîtresse de la ville pendant plusieurs jours. Chamillart y envoya des troupes qui se rendaient en Espagne, ce qui retardateur départ de huit jours 3 . Elles reprirent la ville, mais le sang coula 4 .

Ainsi s'est écroulé peu à peu l'édifice deColberl. En vingt années les courtisans ont dissipé son héritage. 11 faut ici citer des chiffres, ils tiendront lieu de toutes réflexions. La France de Colbert rapporte cent douze millions, dépense cent dix-neuf millions, doit cent soixante millions ; la France de Chamillart rapporte cinquante millions, dépense deux cent vingt millions, doit quinze cents millions. Chamillart a dévoré d'avance les revenus de cinq ans, de 1708 à

1 Saint-Simon, t. V, p. 282.

1 Lemontey. Essai sur la monarchie de Louis XIV, p. 432.

5 Avril 1707. Sainl-Siroon, t. V, p. 320.

* Dangeau. Article inédit cité par Lemontey, p. 182-184.

1712, et vingt millions seulement restent libres sur l'année 1708 qui va s'ouvrir. Quatre cents millions de billets discrédités couvrent la France. La source impure des moyens extraordinaires elle-même est tarie, et les traitants désertent un ministère qui n'a plus d'impôts à vendre. Telle est la situation du royaume , que les ennemis comptent plus sur sa misère que sur le succès de leurs armes. Ils calculent que l'heure est proche où la France ne pourra plus nourrir ses habitants, ni payer ses soldats i .

» C'est Vauban lui-même qui l'atteste dans sa Dtme Royale.

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