‹ Quinze ans sous le cercle polaire [microforme]Chapitre 22 sur 81 · RE. | ‘4 HAE · texte numérisé non relu

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dans les veines de la terre, à cause de leur perversité. »

C’est une théorie qui en vaut bien une autre. Pas déjà si bêtes, les Dènè. Ils préfèrent damner les rats que les humains. Abominables rats! Dieu les damne, et sauve l’espèce humaine!

Il existe des Boucanes sur la rive droite de la rivière Athabasca, dans des terrains également schisteux et abondants en pétrole. On en trouve aussi sur les bords de la rivière des Boucanes, gros affluent de l’Athabasca supérieur; également, le long du Mackenzie sur deux ou trois points de la rive droite; dito, sur les bords du cañon de la Porc-Epic, branche orientale du fieuve Youkon; et enfin on en voit encore sur

les rivages de la mer Glaciale, le long du cap Ba-

thurst.

Ce même soir, nous atteignimes le dernier des forts Norman abandonnés, le n° 4. Il est situé au confluent du déversoir du grand lac des Ours, la Télini dié, à 271 milles (1) du fort Simpson, 559 milles du fort Résolution, et 240 de celui de Bonne-Espérance (2). Le Mackenzie y atteint plus de 3 kilomètres de large sur une étendue d’au moins 20 lieues. C’est ce que les Canadiens appellent une grand'vue. Ce n'est pas la première du Naotcha.

Les masures du fort Norman étaient encore debout et pouvaient être facilement réparées ou relevées. Elles le furent, en effet, en 1272, et ce poste fut rendu au commerce des pelleteries. C’est l’un des mieux situés du Mackenzie. Une falaise de 30 pieds lui sert de piédestal. On y jouit d'un panorama unique, tant en aval qu'en amont du fleuve. À droite et à gauche s'élèvent les grands remparts naturels des deux Mon-

(1) 436 kilomètres, soit 109 lieues.

(2) 386 kilomètres 160 mètres, soit 96 lieues et demie, Le fort Norman n° 3 était situé 35 milles plus haut.

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tagnes-qui-trempent-à-l'eau. Puis, au fond du tableau, et par delà la vaste expansion du fleuve, se profile sur l’azur la silhouette finement dentelée des Montagnes- Rocheuses, éclatantes de neige, rougissantes sous les derniers regards du soleil couchant.

Comme nous voguions paisiblement sous l'abri de la montagne, ne pouvant rassasier notre vue du spectacle de ceite grande nature et de l’immensité du miroir mouvant qui en reproduisait le décor, un coup de vent subit s’abattit sur nous de l'arrière, nous poussant avec la force de la vapeur, bouleversant le fleuve et y soulevant des vagues longues et hautes comme celles de la mer.

Puis, tout à coup, sans que nous ayons eu le temps de prévoir le grain, l’ouragan sauta en proue et causa un raz de marée qui nous submergea aux trois quarts.

«— Ninttsi pa ! ninttsi pa ! Le vent blanc! le vent blanc! s’écrièrent à la fois mes gens, dans un mouvement de crainte incontrôlable. Vite gagnons le rivage. »

Le vent blanc, la terreur des riverains du Mackenzie, n'est autre qu'une tornada, une cyclone. Il dévalle ordinairement du Nord-Est subitemement, comme un coup de canon; il culbute, déracine, soulève et emporte tout ce qu’il trouve sur son passe ve; passe avec la rapidité de cent chevaux au galt}: taissant derrière lui mort et désastre, suivis d’un calme plat.

Jamais calme ne fut plus trompeur. Se repliant sur lui-même en tournoyant, tordant et secouant les nues qu’il entraîne après lui, soulevant le sable, l’eau et le gravois, le vent blanc revient en sens contraire pour compléter chaos, deuil et ténèbres sur son passage. Il produit tous les effets d’une trombe sans en avoir l’apparence. .

Dès les premières rafales, nous forçâmes des rames

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vers la terre, afin d'échapper à un naufrage imminent. La nuit s'était faite. Nous n’apercevions le rivage que de temps à autre, à la lueur vibrante des éclairs. Nous n'atteignimes le pied de la montagne qu'après une grosse demi-heure d'efforts et de lutte suprême. Mais alors s’offrit un nouveau danger : nul abri contre la . tempête. Les lames déferlaient avec force sur les rochers, mêlant leurs mugissements aux éclats du tonnerre.et aux déchaînements de la cyclone. Impossible de s'entendre, de se concerter, de se voir.

Il n’y avait cependant pas à hésiter. Pour opérer notre débarquement avec sécurité, il fallait que deux hommes par canot se missent à 1u jusqu’à la ceinture, pour maintenir l’un et l’a: %squif; tandis que les deux autres les déchargeraient. Cela fut fait en grande hâte; puis les embarcations furent traînées ou portées loin du choc des roulins, et renversées. Nous nous hâtâmes de chercher par-dessous un refuge contre l'orage. Mais nous étions déjà mouillés comme des grenouilles et grelottant de froid, sans espoir de pouvoir nous ravigoter auprès d’un bon feu.

Nous passâmes en cet état une nuit misérable et toute la journée du lendemain. Ce ne fut qu'à cinq heures du soir que nous pûmes quitter cette plage inhospitalière, si fertile en tourmentes que je n’y ai pas passé ou séjourné une seule fois sans en avoir essuyé.

Pendant toute la nuit suivante ainsi que la journée du lendemain nous voguâmes sur une autre expansion du Nakotsia large de 5 kilomètres, la Grand’ Vue. Le fleuve n’y est plus un cours d’eau. C'est un lac qui marche à raison d'une lieue à l'heure, sauf au printemps après la déhâcle. Une double chaîne des Montagnes-Rocheuses borde cette expansion : à droite, la Békkè dénatchay ou Roches frimassées, auxquelles je donnai, en 1871, le nom de M. Alphonse-L. Pinart; à gauche, les montagnes des Bighorns.

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