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barques, vinrent à notre rencontre en pirogue dé. corce. C’étaient les pêcheurs du fort et le neveu de Jacques Tatékoyé, jeune garçon de quinze ans à la figure douce et intelligente.
La toilette de mes six voyageurs exigea beaucoup de temps. Ils essayaient tous les vêtements qu'ils avaient reçus en payement, sans pouvoir s'arrêter à aucun. Naturellement, les nouveaux venus furent pris pour juges du plus ou moins de figure que chacun ferait dans son accoutrement. Ce fut cet arbitrage qui les détermina dans leur choix.
La toilette achevée, nous nous abandonnâmes au Rapide, les trois nouveaux nous précédant dans leurs légères pirogues. Nos esquifs volaient avec vélocité sur ces flots qui fuyaient. Ils franchirent une forte barre qui, à l’eau basse, est une chute ; puis allèrent pirouetter sur eux-mêmes dans un remous. Ce manège fut répété trois fois. Par trois fois, nos embarcations furent lancées dans les tourbillons où elles perdirent leur vitesse acquise, au milieu de girations centrifuges. L'élévation du fleuve au-dessus de l’étiage ordi- .naire nous permit seule ce procédé qui nous évita un portage fastidieux.
La navigation dans les Remparts ressemble à un des itinéraires achéroniens du Dante. Pendant près de treize kilomètres, une double ligne de rochers-remparts, variant de 80 à 150 pieds de haut, borde et resserre le Mackenzie, en formant une véritable citadelle avec ses angles, ses créneaux, ses bastions, sa contrescarpe. Il ne manque que du canon pour faire de ces rochers un inexpugnable Gibraltar.
On dit que cent mètres de ligne de sonde n’ont pu atteindre le fond, dans ces rochers. Sur toute la ligne des Remparts, on ne trouve que deux points accessibles, deux ravins raides et étroits de la rive droite. Des cheminées, des tourelles, des obélisques se profi-
lent à leur sommet, au milieu des verts sapins. Plu- : sieurs parties surplombent leur masse, projetant dans le vide d'immenses tables calcaires toujours prêtes à
“ s’'engloutir dans les flots.
7 À Quant au sommet de cette citadelle naturelle, il res-
Lt semble à un beau varc.
ré ] Notre entrée dans ce couloir humide et sonore fut
s accueillie par des hourras inattendus et des détona-
it tions d'armes à eu. Une portion de la population
8 peau-de-lièvre était car1pée au sommet, éplané avec À impatience l’arrivée des barques. Ce fut là que sir
Fm Alexander Mackenzie rencontra pour la première fois,
Fe | . en 1789, les Indiens danites sur lesquels il rapporte |
Le avoir constaté les marques de la circoncision (1). Ceci |
L est une preuve qu’à cette époque et pendant l'été, ces 4
x Indiens imitaient leurs voisins, les Esquimaux, et sa- À
pe vaient se passer d'inexcprimables. à
=. En 1825, Franklin les trouva superbement vêtus de
. peaux ornementées de verroteries et de broderies (2).
al Aujourd’hui, ce petit peuple, baptisé quoique cir- Ÿ concis, est bien changé dans ses mœurs et dans son , costume. Tous jprtent le pantalon à l’européenne,
jé voire même les femmes; mais le pittoresque de leur
de accoutrement a entièrement disparu.
de Cet automne fut le dernier qui vit les Peaux-de-
à Lièvre camper en masse au sommet des Remparts.
A9 heures du soir, j’abordaï enfin sous les falaises
Île peu élevées du fort Bonne-Espérance.
£s (1) A. Mackenzie, À journey from Montreal to the Arctic sea.
e ® J, Franklin. Narrative, page 24 : « They were all neatl
« clothed in new leathern dresses, highly ornamented with
pu « beäds and porcupine quills. » $
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