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prends,répondis-je en riant. Est-ce que jene comprends pas tous les Dènè depuis le pays des Enna jusqu'ici ?
«— Tèh!/sèh ! sèh! sèh ! sé déjyékhe / par mes ancêtres ! il nous comprend. Marci, sé tou, marci !
Aussitôt de tous côtés s’élevèrent des cris de oie :
— Il nous comprend, il nous comprend. Marci, sé tpa ! (1) »
Une espèce de philosophe au profil syriaque, au grand nez aquilin, Francis Sida Béni-haï, déjà chrétien, prit gravement la parole :
« — Ce n'était que justice, arèkhé, mes amis, éné, que le grand priant du Sud nous envoyât un père kouyon (2). N'est-ce pas nous qui possédons le plus grand et le plus beau fort de tout le Naife':-Kotchô ; nous qui sommes les meilleurs voyageurs du district? »
« — Assurément, assurément. »
Tels étaient les lambeaux de conversation qui se croisaient autour de moi et qui firent éruption comme autant de fusées, de toutes les bouches, au milieu du tohu-bohu général. Ces réflexions se faisaient non à demi-voix, mais à tue-tête, afin de me donner à entendre que c'était bel et bien des compliments de bienvenue et des félicitations, que l’on m’adressait.
Aimable peuple, auquel mon cœur s’attacha aussitôt comme l’âme de David à celle de Jonathas, et qu’il se
rappellera toujours avec amour et regrets! Eh! mon femm Dieu, c'était la part de mon héritage sacerdotal, le lot irlanc qui m'avait été destiné dès le début et après lequel ‘Norb j'avaistantsoupiré;le peupleau milieu duquel j’espérais mulâ reur-
(1) Merci, mon père. Vas franc (2) Intelligent. Voici la conjugaison de ce verbe : Kouhchon, les de j'ai de l’esprit, je suis intelligent, Kounéyon, ?* pers.; Kouyon, totun 3° pers.; Kouïyon, l'° pers. plur.; Kouâchon, 2° pers. plur.; n Khékouyon, 3° pers. plur. une 1
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mourir un jour, comme Henri Grollier, après l'avoir aimé et réconcilié avec le ciel. Comment ne m'y serais- | je point attaché?
Les Français alors présents au fort Good-Hope étant survenus sur ces entrefaites pour me saluer, la foule fit silence et se rangea respectueusement pour les laisser entrer.
Ils n'étaient cependant que trois: M"° Marie Gaudet,
Francis Sida-Bénihai, Dènè kha-tpa-gottiné.
femme du commis en charge, une Métisse francoirlando-castor, réputée française comme pas une;
Norbert Lebeau, dit Carreau, cuisinier du commis,
mulâtre français né au Canada ; etenfin le vieux coureur-de-bois Jérôme Saint-Georges de Laporte, un franco-irlando-canadien de vieille roche, illettré comme les deux autres, grand pêcheur devant l'Eternel, fac-
totum du fort Bonne-Espérance, et drôle, Log e comme
une invention ratée.
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En tout trois Français ou descendants de Français,
seuls, sans armes, à 96 lieues de tout autre Français ou Européen, au milieu de cinq cents Dènè qui es aimaient et les respectaient comme leurs proches. Et on appelle les Dènè des sauvages! Allons donc! ce serait une plaisanterie et une mystification, si ce n’était en mêrne temps une injure grossière et imméritée.
Ces Dènè ne sont inférieurs à aucune populatica agricole, pour l'intelligence, l’honnêteté et les qualités du cœur. Je trouve même qu'ils lui sont supérieurs et je ne désespère pas de voir mes lecteurs partager bientôt mon sentiment à leur égard.
Le fort Good-Hope (Bonne-Espérance) est situé par 66° 20 de latitude N. et 130° 51" de longitude O. de Paris, veviation 44° 12" 3" E, IL est à (0°,5 du Cercle polaire. 5a distance de la mer Glaciale est de 363 kiloinètres et demi, soit 121 lieues françaises. 240 milles, soit 386 k® 160, ou 96 lieues le séparent du fort Norman (1). ILest à 511 milles ou 205 lieues et demi du fort Simpson; à 849 milles ou 341 lieues et demi du iort Résolution; 945 milles ou 380 lieues du fort Tchippewajan; 1,04! milles ou 418 lieues du Portage la Loche; 2,238 milles ou 900 lieues et trois quarts, de Manitoba; 5,277 milles ou 2,122 Jieues et trois quarts, de Montréal; 9,506 milles ou 3,824 lieues, de Marseille, ville d’où j'étais parti, en 1862, pour gagner le Cercle polaireet la mer Glaciale.
(1) C'est l'évaluation de Richardson. Franklin ne compte que 228 milles. Mais, sous le rapport des distances, ïl n’y a pas deux explorateurs qui soient d'accord. Le mille anglais esi de 1,609 mètres,
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La différence horaire entre Bonne -Espérance et Londres est de 7 heures en retard. Lorsqu'il est midi à Londres, il n’est que 5 heures du matin au fort Good- Hope; ce qui fait 3 28" par degré de longitude, à cette haute latitude. On conçoit donc que, dans mes voyages et à l’aide du compas et d’une bonne montre, j'aie pu évaluer, à peu de chose près, les distances en milles, en me basant sur cette proportion, lorsque ces distances étaient placées sur le même parallèle (1).
Primitivement, le fort Good-Hope se trouvait situé 152 milles plus bas, sur la rive gauche du Mackenzie, au lieu dit Yékfwè ou le Renard, par 67° 28' 21" de latitude N., et 133° 11° 38" de longitude O. de Paris; variation 47° 28' 41" E. Emporté par une crue extraordinaire du fleuve, on le rebâtit en 1836, sur celle des îles Manitou qui fait face au poste actuel. Trois ans plus tard, une nouvelle inondation obligea la Compagnie de la Baie d'Hudson de l’établir au lieu qu’il occupe de nos jours.
Le fort Good-Hope, connu des Peaux-de-Lièvre $ous le nom de Klazin tchô kounhé, maison de la Grand’- Baie, et de Dékkèwi kounhé, maison des Loucheux, est placé sur une étroite falaise que forme l’affluent du lac aux Brochets avec le Mackenzie. Son altitude audessus de ces deux cours d'eaux n'étant que d’une trentaine de pieds, ce poste sera tôt ou tard victime d’une nouvelle inondation. Le sinistre faillit avoir lieu sous mes yeux, en 1872.
Eu égard à la douceur et aux mœurs privées des Peaux-de-Lièvre et des Loucheux, le fort Bonne- Espérance est dépourvu, depuis de longues années, de défenses quelconques. C’est une simple habitation de maître, accompagnée de cases pour les serviteurs, de
(1) Voir mon mémoire sur la géographie de l’Athabasca-
Mackenzie, dans le Bulletin de la Société de Géographie. Paris, 1875.
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