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toute l’acception du mot, du moins dans le sens danite.
Sa vie avait été un handicap étourdissant et irréfléchi. Entre le clocher pointu de Sainte-Thérèse, où il avait vu le jour, et cette lourde barque à poissons que je lui avais vu traîner, au fort Bonne-Espérance, avec des essoufflements de cheval fourbu, Saint-Georges avait fait une fouie d'étapes et de stages dans sa vie insigne de coureur-de-bois.
Il avait d’abord tiré le soufflet de la forge de son père, qui, quoique issu de sang noble, — si noble sang il y a sur la terre — n’était plus qu’un humble Vulcain de village, cumulant honnêtement les fonctions de serrurier, d’armurier et de maréchal ferrant. Il était même vitrier à l’occasion, et Jérôme m'’assura qu'une fois il suppléa à l'absence d'un dentiste pour le soulagement d’une mâchoire cariée.
Jérôme ne manifesta aucune vocation pour le travail et le marteau. Il ne fit jamais qu'un massacreur de serrures, un gaspilleur de fer, un estropieur de chevaux. Ce fut au point que, un beau jour, son vieux saint Éloi de père, congédia cet Oculi en lui colloquant la pointe du pied quelque part, ce qui l’envoya rouler dans la rue.
Laporte y prit le goût du pavé. Il s’en alla à Morale (1), ce Paris des Canayens, s'y enrôla dans une compagnie de fiacres de louage, et devint ce que l’on nomme là-bas bien simplement un chartier, c’est-à-dire un conducteur d’un char quelconque, quelles que soient la forme, les dimensions ou la destination du véhicule. Tous chartiers, les cochers en Canada; et certes le mot, pour être vieux, ne me seinbie pas moins le mieux approprié; car enfin un fiacr> n’est pas un coche, tandis que l’un et l’autre sont des chars.
Le Canada ne possédait pas alors ces voitures splen-
(1) Montréal, prononciation du bas peuple canadien,
dides, toutes rutilantes de laque, relevées de dorures ou d’ornements nickelés, et pourvues de glaces peintes ou de couleur : fiacres magnifiques comme nous en aurons peut-être lorsqu'ils seront démodés de l’autre côté de l'Atlantique. Car,règle générale, il faut un
laps de vingt ans avant qu’uneinvention ou un perfec- ’
tionnement américains soient connus, appréciés et adoptés en France. Cela s’est déjà vu.
Les voitures de place de Montréal étaient donc alors de sordides cabriolets, des coucous, de ténébreuses vinaigrettes, une sorte de tapissières courtes, mal suspendues, sans accotoirs, et au fond desquelles le voyageur faisait parfois certaines rencontres qui lui procuraient le voyage de Cythère.
Les récriminations des honnêtes gens étaient toujours accueillies par lesdits chartiers avec un air d’innocence et d’inconscience parfaitement joué.
On ne s’y trompait pas cependant, et, lorsque l’aventure déplaisait trop au citadin, et qu’il appelait la police à son aide, les coups du bâton noir et autoritaire pleuvaient drus comme mouches sur le dos de ces cochers peu délicats et souteneurs.
Pour être garni d'argent et manœuvré à la manière
d’un sceptre, au nom de sa Gracieuse Majesté the Queen, un bâton n’en est pas moins un bâton, surtout
quand il est emmanché d’une pesante main irlandaise, et que c’est l’échine d’un Canadien qui lui sert de tambour.
On connaît la haine inconcevable et insensée de Pat pour Baptiste. Elle dérive de l’antique rivalité qui divisa les Celtes et les Wallonsou Gallos. Cette jalousie éxiste en Basse-Bretagne, en pays welche, en Ecosse, en Canada, partout où les deux races se sont trouvées én contact. Le sang irish que Jérôme avait reçu de sa mère, ne le rendit que plus acharné contre les policemen, précisément parce que, étant à demi irlandais
teens .
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