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et, d'ores et déjà, ne s’occupa plus que des Dindjié ou Loucheux, dont il commença à étudier la langue.
Le 7 juin 1862, veille de mon départ de Saint-Boniface (Manitoba), l’évêque, Ms Taché, me prit à part et me dit : —« Voici votre destination, mon cher enfant. Vous allez remplacer M. Grollier au fort Bonne-Espérance, sous le Cercle arctique. Vous m'avez demandé à aller aussi loin que faire se pourrait; point en chemin; jusqu’au bout. Eh! bien, vos désirs vont être satisfaits. Vous ne pourrez aller plus loin, pour le moment, que la mission où je vais vous envoyer, puisqu'elle est la plus éloignée du continent américain. Son premier apôtre y est dangereusement et irrémédiablement malade de l'asthme. Le- mal est héréditaire dans sa famille. Il sait qu’il y succombera, et je le rappelle pour essayer de prolonger ses jours sous ce climat plus doux. Il a assez souffert. A d’autres maintenant. Vous irez donc prendre sa place au fort Good-Hope. Maintenant, faites vos derniers préparatifs, et que Dieu bénisse votre ministère ! >
Je me dirigeai donc vers Notre-Dame de Bonne- Espérance, lorsque je fus retenu à la tête du Mackenzie, le 11 août 1862, par l'administrateur provisoire de ce nouveau vicariat apostolique. Il jugea plus à propos d'envoyer à ma place un prêtre canadien qui ne put s’y plaire et qui quitta Good-Hope après un an de séjow. Alors seulement je fus envoyé au poste que l’obéissance m'avait assigné de prime abord.
Quand M. Grollier rendit son âme à Dieu, le 4 juin 1864, la mission de Bonne-Espérance comptait déjà 246 néophytes, sur une population de 541 âmes. Sur ce nombre, 28 étaient mariés à l’église et 9 avaient fait leur première communion.
Par la mort de leur apôtre, les Peaux-de-Lièvre se trouvaient privés de pasteur, car M. Seguin ne parlait ni ne comprenait encore aucun dialecte dènè.
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De l'établissement de Good-Hope dépendaient bien d’autres postes. C’étaient : 1° le fort Norman, à 96 lieues dans le sud ; population, 240 âmes; 2° le grand lac des Ours avec son nouveau fort Franklin, à 110 lieues à l’est-sud-est de Good-Hope; population, 300 âmes ; 3° le fort Anderson ou des Esquimaux, à 80 lieues au moins dans le nord, sur le fleuve des Inconnus; population, 500 âmes; 4° le fort Mac-Pherson, sur le fleuve Peel ou rivière Plumée, à 130 lieues dans le nord-ouest; population, 400 âmes ; 5° le fort Lapierre’s House, au sein des Montagnes-Rocheuses, à 40 lieues plus loin à l’ouest que le fort Mac-Pherson; population, 30 âmes; 6° enfin le fort .Youkon, dans l'Amérique russe et sur le fleuve Kwikpak ou Youkon, à 260 lieues de Good-Hope ; population, 1,000 âmes.
C'était donc un total de 2,500 âmes environ, éparses sur une superficie de 72,000 lieues carrées ; ce qui donne un habitant par 20 lieues carrées. C'était plus qu'un évêché quant à l’étendue. Nos pouvoirs étaient papals.
«— Voilà votre lot, voilà qui vous regarde, m'avait dit mon compagnon dès mon arrivée. Impotent depuis l'été, irrémédiablement blessé en soulevant des fardeaux qui excédaient mes forces, je me suis mis dans l'impossibilité de voyager. Mon seul apanage désormais est la case et le coin du feu. Pendant l'été seulement je pourrai aller visiter mes Loucheux, en canot d’écorce. C’est tout ce que je puis me permettre et me promettre. »
Certes, j'étais trop heureux de la large part qui m'était échue, pour la récuser. Nous montâmes ensemble nos batteries de campagne, et, après avoir consulté l’aimable M. Mac-Farlane, il fut décidé que j'irais visiter les Esquimaux de la baïe Liverpool, au mois de mars 1865, et que j'accompagnerais ce gentleman à la baie Franklin, au mois de mai suivant.
Un voyage subséquent devait me conduire au grand lac des Ours. Jamais missionnaire ni même Français n'avait visité ces parages. C'était un honneur qui m'était dévolu.
Le 25 septembre vit tomber la première neige de la
saison ; mais elle fondit. C'était encore l’automne. Le 29, il en tomba de nouveau un bon pied par — 10° centigrades sous zéro, et elle ne fondit lus jusqu’à la fin de mai 1865. C'était le fondement de l'hiver; un hiver de huit mois sans aucun dégel. Deux cent quarante jours sous le lourd, et blanc, r+ glacial linceul des frimas! Près des deux tiers de l’année. C’est donc bien de cette contrée que le poète a dit:
« Phébus six mois entiers y laisse régner l'ombre, Et six mois n’y répand qu’un jour livide et sombre. Toujours des vents glacés, toujours d’âpres frimas, L’étang solide et dur retentit sous les pas... »
Cette épreuve est la plus rude que puisse éprouver un Européen, sous le Cercle. Mais, pour un méridional, ce long et effrayant hiver comporte en plus quelque chose de fatal. Il produit sur l’imagination une dépression morbide, dans le caractère une mélancolie qui a son contre-coup sur le tempérament. De sanguin, par exemple, celui-ci devient nerveux, impressionnable. De joviale, l'humeur tourne morose, hargneuse. On peut facilement tomber dans l’hypocondrie et le marasme. J’en ai connu qui passaient des semaines entières sans prononcer un seul mot. Malheur alors au missionnaire isolé, sans appui. Malheur à qui ne chérit point l'étude des langues, à
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qui n’est doué d'aucun goût pour les sciences naturelles, pour les travaux d'art, ou tout au moins pour un labeur manuel quelconque. Malheur surtout à celui qui n'a pas une vocation à toute épreuve. Il comptera et regrettera bientôt les jours où il a été vertueux.
Ces kuit longs mois d'hiver ne sont pas également froids, uniformément rigoureux. Il y a en eux de la gradation. La première neige est molle, adhérente. Elle tombe par gros flocons. C’est la neige de France ou neige folle — sans allusion méchante toutefois. — Sa durée ne dépasse jamais la première quinzaine de septembre.
Tombée, elle gèle à terre et se transforme en poussière ténue, sèche, aride, qui prend le nom de tfssi. Elle perd alors tout caractère de débonnaireté. Elle brûle comme le feu, arrête et décompose le sang, soulève l’épiderme en cloches pleines d’eau, ou tout au moins vous cause une onglée longue et douloureuse.
S'il neige par une température sèche et froide, cette neige est cristallisée et géométrique. Ses cristaux hexagonaux reproduisent des formes gothiques. La plus ordinaire se compose de deux triangles compénétrés en sens inverse. Les Dènè appellent cette neige pullulement de poils, épawi; petites miettes, ékhkwèli, sous-entendu du repas des dieux. Mais ils la nomment aussi nüëkkaw, redoublement de froid ; parce que ce météore est le pronostic d’une accentuation sévère de la température.
Nous ne nous servions pas de thermomètre à mercure. Nos thermomètres étaient à l’esprit-de-vin. En 1876, j'en rapportai plusieurs de Paris que je disposai à différentes hauteurs et jusque sur le fleuve, au niveau de la glace. En 1877, il y descendit à — 52° sous zéro; tandis qu'un second thermomètre, fixé au nord et à