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par l'obtention de l’emploi élevé qu'il avait convoité, Il fut créé facteur en chef et reçut la direction du district d'Athabasca, où je le saluai en juillet 1862.
Cet homme si actif et si entreprenant était d’une original : :‘t‘ême. À Athabasca, il se baigrait tous les jours, : : durant l’hiver. A coups de hache et de scie on lui «coupait une baignoire dans la glace du lac, en face du fort. Puis, chaque matin, au sortir du lit, vous eussiez vu le rude montagnard se darder comme une flèche hors de sa maison de bois, dans le costume que saint Jean portait lorsqu'il échappa à ses compatriotes, après la cène.
Pour lors, rejetant son blanc linceul de laine, Campbell piquait une tête dans la mare, toute fumante sous la pression d’une température de --40° de froid, en sortait rapide comme la pensée, et se réintégrait dans sa chambre, chauffée à +-30°. Voilà ce que des témoins oculaires m'ont assuré.
Ce fait paraîtra invraisemblable à des Français. Des Russes l’admettront sans peine, eux qui se roulent dans la neige au sortir des étuves.
À la suite de cette gymnastique hydrothérapique, M. Campbell ne gagna jamais ni pleurésie, ni fluxion de poitrine, ni courbature, ni même d’onglée. Un autre se fût gelé à mort, ou tué dans un courant d’air entre deux portes.
: À un homme de cette trempe, — je veux dire de c tte sauce, — il fallait une femme à l'épreuve des vapeurs. Il la trouva dans sa Galatée des Highlands.
Un beau matin de la fin de juillet, comme les barges arrivaient du portage la Loche, une belle et grande jeune femme, aux joues rubicondes et à la lèvre de corail, bondissait sur l’étroit rivage du fort Chippewayan et sautait au cou de maître Campbell stupéfait.
C'était sa pastoureile, devenue grande dame, comme lui, pauvre pâtre, était devenu grand seigneur.
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Pendant quinze ans elle lui était restée fidèle, et avait enfin franchi 2,600 lieues de mer et de continents
pour lui apporter l'hommage de son cœur, On croirait rêver.
« O fortunati mercatores !... »
Cependant il n’y a rien de romantique dans cet épisode si romanesque. C’est de la vérité vraie qui ressemble à une nouvelle.
Naturellement, ce qui précède ne me fut point raconté par Jérôme Saint-Georges. J'arrive maintenant au windikouk blanc ou mangeur d'hommes.
L'établissement de M. Campbell au fort Francis ne réussit point, ai-je dit. Ce poste était trop éloigné du chef-lieu pour en être ravitaillé. La chaîne des Pics opposait une formidable barrière aux pérégrinations des malheureux voyageurs canadiens, qu étaient les pourvoyeurs de ce poste. Très pen fréquenté, mal approvisionné par les sauvages barbares et cruels de cette région, le fort Francis éprouvait chaque année les horreurs de la famine ; et l’on tenait bon.
M. Campbell se vit donc obligé de bâtir, entre ce poste et le fort Halkett, un petit fort supplémentaire d’approvisionnements qui est demeuré connu sous le nom vaguc de Fort de l’aut’bord de la Montagne,
Il fut confié au Métis Poker, alors post-master, bien qu’on l’eût soupçonné d'ores et déjà du meurtre d’un autre Métis d’origine écossaise nommé Leith, qu’il n’aimait pas. Cet événement s'était passé, je crois, un an auparavant.
Désigné par son chef pour porter le courrier au fort Halkett, en compagnie de Leith, Poker déclina la société de son collègue sous prétexte qu’il ne pourrait s'entendre avec lui. Forcé de l’accepter parce qu'il n’y avait pas d'autre homme disponible, Poker partit
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avec le malheureux Leith, qui n’arriva jamais à destination.
Poker prétendit qu’il ignorait le sort de cet homme, parce qu'ils s'étaient séparés en route, mécontents l’un de l’autre. Mais ceux qui les connaissaient ne doutèrent pas que Leith n'eût été poussé ou traîné dans un des nombreux soupiraux naturels de la rivière Courant-Fort: On m'a parlé de traces au bord d’une mare, de piétinements de la neige; toutefois, j'avoue qu'il serait difficile de prouver le fait par ces seuls indices. On s'approche si souvent de ces mares pour y boire ou y puiser de l’eau!
Le seul témoignage de la voix publique ne suffit donc pas pour entrainer la condamnation de Poker devant un jury de bonne foi; le roman seul peut s'emparér de ces indict.3 futiles et les convertir en certitude. Les preuves de fait manquaient ainsi que les témoins. On
n'avait contre Poker que des préventions fondées sur la haine qu'il entretenait contre l'Ecossais. D'ailleurs l'affaire ne fut jamais examinée.
Au Petit fort de l’aut’ bord, Poker n’eut pour serviteurs que deux Canadiens français, Baptiste Dubois et Joseph Frobisher; mais il y avait aux abords du poste cinqIndiens Esclaves amenés du fort des Liards comme chasseurs-pourvoyeurs du nouveau poste. Les noms des deux principaux étaient la Pie et le Gaucher. Jignore ceux des autres. Ils avaient avec eux leurs familles, et il y avait là aussi une vieille femme impotente.
Pendant l'automne de 1848, les animaux de venaison furent si rares que, lorsque l'hiver arriva avecson cortège de glaces et de frimas, pour huit mois, le Petit Fort était déjà en proie à une famine cruelle.
Au lieu de se renüre de suite avec ses gens au fort Halkett ou au fort Francis, M. Poker, semblable en tout à l’Irlandais Flint, s’obstina à demeurer à son
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Les cordes de boyau, les peaux, la babiche devinrent successivement la pâture des habitants du Petit Fort. Cependant Poker tenait bonet ne voulait pas seulement permettre à ses chasseurs d'aller tenter la fortune ailleurs.
La principale raison de cette conduite insensée était une passion violente que le post-master ressentait pour les malheureuses femmes de ses emnloyés danites. IL prélérait exposer à une mort certaine tous ses subordonnés et ces infortunées elles-mêmes, plutôt que de maîtriser ses désirs effrénés et renvoyer ces malheureux dans les bois. Tant il est vrai que la cruauté ést fille du libertinage. Les peuples chastes sont humains. ci
Un certain jour, l'engagé Dubois disparut du fort
comme avait disparu Leith, sans que l’on sût comment. :
Le chef de poste, manifestant une grande inquiétude et une profonde douleur, se livra à d’actives recherches autour du fort. Il interrogea surtout la mare d’eau vive de la petite Rivière Noire qui coulait devant le fort.
€ — Il se sera noyé là dedans, disait-il à ses gens.
Re C’est impossible, lui répondaient les Indiens. Il n’y a pas plus de deux pieds d’eau sous la glace, en ce moment. »
Malgré les recherches, Dubois ne reparut point, et — ce qui sembla plus étrange — on ne découvrit nulle part l'empreinte de ses pas.
Il y avait donc un mystère là-dessous. Le Gaucher
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le découvrit bientôt sans le vouloir. Quelques jours après la disparition du Canadien, l’Indien se rendit chez son maître pour lui demander une autre peau de eastor dont il püût faire sa pâture. Il le surprit un couteau à scalper à la main, l'œil inquiet et hagard d’un famélique. Les yeux lui sortaient de la tête, comme on le dit vulgairement.
Il y avait du sang sur sa table, du sang vermeil, ainsi que sur la lame de son couteau.
Un horrible soupçon traversa l'esprit du Gaucher. Il demeura un moment stupéfait, comme cloué sur place, le corps parcouru d’un frisson d'horreur et sans pouvoir articuler un mot.
De son œil scrutateur et avec sa conscience coupable, M. Poker comprit aussitôt qu'il avait été deviné. Il chercha : a détourner l'attention et les soupçons de son chasseur :
« — Tu t’étonnes de voir ce sang, Gaucher? lui dit-il. Oh! je n’ai pas de viande fraîche, va. Tiens, tu vois, c’est le sang qui a coulé de cette peau de castor que je viens de racler. »
« — Il mentait, me disait l’Indien, ajouta Laporte, il mentait effrontément. Nous savons bien, nous, que la peau de castor, même fraîche, ne répand pas de sang lorsqu'on dépouille l'animal. Il y a trop de maque oléagineuse entre elle et la chair du castor. C’est de la couenne.
« Mais que des peaux séchées au soleil et qui avaient passé une partie de l’hiver dans un hangar pussent rendre encore du sang en en grattant le poil, c’est une chose si absurde que le soutenir devant un Indien est de l'impudence et de l’effronterie. »
. Ce mensonge seul fut pour le Gaucher une preuve que Poker avait tué Dubois, et qu’il venait lui-même de surprendre le meur'rier charcutant un des membres
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L’Indien a trop de sang-froid et de présence d’es- ‘prit pour trahir son émotion en face d’un ennemi inopiné. Il sait se contraindre, dissimuler et s’en tire en habile comédien.
Le Gaucher se remit bien vite de son émoi. Il en imposa si bien à son patron, que celui-ci crut réellement lui avoir donné le change. Il se rendit avec l’Indien dans le store, lui donna une nouvelle peau de castor pour son prêt, et tout en demeura là.
Mais, pendant la nuit, le petit camp esclave tout entier prit son vol vers les Montagnes-Rocheuses et ne revint plus. Il préféra courir la chance de périr de froid, de fringale et de misère que de passer par le râtelier et l'appareil digestif de ce monstre à face humaine.
Il ne demeura au fort que la vieille mère-grand et autres impotents que leur faiblesse empêcha de suivre la bande. Ils disparurent tretous. On n’en entendit plus parler. Il est à croire qu’ils suivirent le pauvre Dubois dans l’alambic humain qui sé l'était assimilé.
« Ce qui précède, continua Saint-Georges, fut le résultat de la déposition du Gaucher lorsqu'il émigra au fort Good-Hope, où il résida ensuite (1). »
Mais longtemps avant cette époque, c’est-à-dire probablement au mois de mars 1849, le courrier d'Europe arriva au Petit Fort de lamontagne, porté par
M. Stewart, commis du fort Simpson (2), et deux Canadiens, dont l’un était Jérôme Saint-Georges.
(1) Cet Indien finit ses jours près des remparts naturels du Détroit, où j'ai vu son tombeau.
(2) M. Stewart fut l’un des explorateurs qui, en compagnie de M. Anderson, allèrent à la recherche de sir John Franklin par le fleuve Back. Il mourut pauvre, en 1881, dans la Saskatchewan, où il avait obtenu une place d’agent des Indiens.
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« De tout le personnel du Petit Fort, me dit ce der. nier, nous ne trouvâmes plus que M. Poker tout. seul. Il était bien portant et ne paraissait pas avoir souffert du jeûne forcé par lequel son poste venait de passer.
« Toutefois, il avait l’air affreusement hagard. Ses regards avaient quelque chose dé pongitif comme ceux du tigre qui a goûté du sang. Personne ne scuvait en supporter l’ardeur. »
J'avoue ici que Laporte se méprenait sur la valeur de ce regard poignant. L'isolement absolu, la faimvalle, l’'égarement et de longues souffrances morales et physiques le font naître également, sans qu'il soit besoin d’avoir commis aucun meurtre ni acte d’anthropophagie. J'ai connu deux pauvres Peaux-de-Lièvre qui, en s’en revenant du fort Simpson à Good-Hope, en canot d’écorce, pendant l'automne de 1868, virent leur embarcation emportée par le courant avec leurs provisions, leurs armes, couvertures, chaussures de rechange, ainsi que le packet dont ils étaient chargés. Les malheureux furent contraints de franchir à pied une centaine de lieues au moins, sur un rivage caillouteux ou détrempé, sans avoir autre chose à manger que des racines et des gratte-culs qu’ils cueillaient en marchant. Ils franchirent nombre de larges affluents du Mackenzie sur des radeaux qu’ils durent construire chaque fois avec des branches de saule,
Quand ils arrivèrent au fort Bonne-Espérance, ils ressemblaient à des fantômes sortis de leur sépulcre. Leur regard hypnotisé était effrayant de fixité et de désespérance. Ils avaient perdu presque toute intelligence, ne répondaient que par monosyllabes, et, bien
que repus enfin et réconfortés, ils paraissaient prêts à nous assassiner pour nous dévorer.
C'était l'effet des longues angoisses et de la faim cruelle qu’ils avaient si longtemps endurées.
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Je retourne à Saint-Georges :
« — Que s'est-il donc passé ? demanda M. Stewart à M. Poker, dit le coureur-de-bois. Que sont devenus Dubois et Frobisher ?
« — Dubois, répondit le Métis, fut frappé de folie. Il se sauva dans les bois et nous ne pûmes le retrouver. Frobisher est mort d’inanition, et je l’ai enterré là-bas sous ce sapin que vous voyez d'ici. »
«a Ce fut toute et la seule réponse qu’il nous fit alors.
« Nous allâmes vérifier le fait à l’insu du post-master, M. Stewart, mon camarade et moi. Nous ne trouvâmes sous le sapin, cachés par un tas de branches sèches, que les vêtements et la couverture sordide de Frobisher. Ils étaient littéralement grouillants de vermine, tels que le sont les hardes et la peau des faméliques. Mais son cadavre n’y était point. Si M. Poker l’'eût enterré, comment ses vêtements seuls se seraient-ils trouvés sous le sapin? Car, en supposant que
les loups eussent enlevé le cadavre, ce qui est admissible, ils l’auraient trainé dans les hois avec ses hardes.
« Nous cherchâmes alors dans les cases des serviteurs du Petit Fort; nous soulevâmes les nadriers du plancher de la case qu'habitaient les deux Canadiens. Horreur! Que trouvâmes-nous ? Des ossements humains qui avaient été bouillis, déchiquetés ou à demi grillés!
« Huit personnes avaient disparu de ce poste pendant le séjour qu'y avait fait Poker, sans parler du malheureux Leith.
« Aussitôt, l'abandon des forts Francis et de la Montagne fut résolu. M. Stewart emmena Poker avec nous au fort Halkett, après que nous l’eûmes restauré et réconforté. Peu après son arrivée au fort Simpson,
on lui fit quitter le Mackenzie. Maintenant j'ignore ce qu'il est devenu. »
Tel fut le récit du vieux trappeur Saint-Georges de Laporte.
La briève et laconique réponse que M. Poker avait faite à ses sauveurs eût suffi pour cacher entièrement ses crimes, si elle n’eût été en désaccord avec le témoignage du Gaucher et des autres Indiens, mais surtout avec un rapport fait par le post-master luimême, à son arrivée au fort Simpson, et qui fut publié par le lieutenant Hooper, explorateur arctique, qui, cette même année 1849, quitta le Mackenzie pour s’en retourner en Angleterre.
Voici, en substance, le récit de Poker. Le début est d'accord avec celui de Laporte, sauf quant à l’ave de la passion criminelle du chef de poste pour les femmes légitimes de ses chasseurs, cause première et formelle de tout le mal.
La famine, la nécessité de dévorer le cuir, la babiche et les vieux os triturés, y sont rapportées fidèlement. M. Poker entre en scène à la disparition du malheureux Dubois, pour établir l'invention suivante :
« J’arrivai un jour de la chasse, raconte-t-il, après avoir inutilement battu l’estrade à poursuivre les pies, les corbeaux et les écureuils. À mon insu, mes chasseurs s'étaient enfui, m’abandonnant à mon triste sort.
« J'étais exténué de fatigue et de faim. Mon premier soin fut d'aller voir Frobisher. Je le trouvai occupé à cacher quelque chose sous le plancher de sa case, avec un empressement qui m'inspira des soupçons.
« — Qu'est-ce que vous me dérobez là? lui dis-je. Faites-moi donc voir cela.
« — Oh! m’sieu, me répondit-il, c’est des vieux os d’ariyal que j'ai trouvés et que Je vais piler pour en faire de la bouillie. »
« J’examinai ces os. C’étaient des ossements humains. Je m'aperçus alors qu'il y avait un chaudron
suspendu dans la cheminée et quelque chose qui y cuisait. Je le décrochai et en retirai un foie et d’autres morceaux de viande fraiche.
«— Ah! misérable, m'écriai-je, c’est donc toi qui as tué le pauvre Dubois, et qui es occupé à en dévorer les restes, en cachant les os sous le plancher!
« Alors, tremblant de crainte et transporté d’horreur, je saisis mon fusil et je... m'élançai dehors, bien décidé à ne plus rentrer chez moi, de crainte d'être tué et dévoré par cette bête féroce.
« Lorsque je revins, huit jours après, continue Poker, Frobisher avait achevé son compagnon et était mort lui-même d'inanition. Je ne trouvai que son cadavre, que j'ensevelis pieusement dans les bois, sous un sapin.
« Quant à moi, j'ai pu conserver ma vie jusqu’au jour de la venue de mes libérateurs, en tuant accidentellement quelque écureuil, quelque pie, quelque corbeau, que je dévorais comme si c’eût été d'excellente viande. »
Voilà, en substance, le récit de Poker tel qu'on peut le lire dans la relation de voyage du lieutenant de vaisseau Hooper. Il serait de nature à déterminer un jury à proclamer l'innocence du chef de poste, sans les contradictions que j'ai déjà signalées dans ce récit.
Dieu ne voulut punir, autrement que par la honte et le déshonneur, les forfaits de cet homme. On sait, d’ailleurs, que la faim est mauvaise conseillère. Sans doute ce malheureux, poussé par cetie horrible souffrance, était tombé dans un état voisin de la démence, ou tout au moins de l’aberration mentale.
Des Indiens m'ont assuré que lorsque la faim atteint son paroxysme, la fièvre et le délire leur font voir des animaux dans tous leurs semblables. J’ai constaté ce phénomène chez d’autres fiévreux et chez des agonisants. Ils voyaient des chiens, des chevaux, des
cerfs ou même des démons dans les personnes qui les entouraient. Cette dépravation maladive de la vue doit avoir sa cause dans la faiblesse du cerveau et l’extrême désir de rencontrer et de tuer quelque ani-al — ceci pour les faméliques. — L’imagination hantée ne voit pas autre chose que ce que le cœur souhaite ou redoute.
Si ces phénomènes physiologiques, ignorés des magistrats bien portants et repus, excusent. jusqu’à un certain point le misérable Poker, ïis ne sauraient pallier les contradictions de ses propres récits. Cet homme eut le tort de rejeter sur ses victimes les crimes dont il s'était rendu lui-même coupable dans son délire.
Quoi qu’il en soit, M. Poker, après avoir quitté le pays, se maria et devint père d’une nombreuse famille, gens trop honnêtes pour que leur nom soit voué à l’exécration de l’humanité. L'auteur de ces forfaits est d’ailleurs devant Dieu, qui l’a jugé. Paix à ses cendres.
Mais il était nécessaire que Dubois et Frobisher fussent réhabilités.