‹ Quinze ans sous le cercle polaire [microforme]Chapitre 42 sur 81 · LEE · texte numérisé non relu

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scintillent d'u: ‘clat à nul autre pareil; par les corruscations de la lumière polaire qui étend ses brillantes courtines autour du pôle magnétique.

Oui, la physionomie de ces contrées est bien la nuit, mais une nüit rutilante de mille feux, traversée par des météores,transformée en jour par une arcade ou une colonne de feu. C’est la nuit du désert de Sin. On dirait que l’archange nous y conduit comme autrefois Israël « in nube diei, et totà nocte in illuminatione ignis (1) ».

Dieu, cause première, agit par le moyen des causes secondes, dit Thomas d'Aquin ; il y avait des aurores boréales dans les déserts de l’Arabie, du temps de Moïse. Pourquoi ce phénomène lumineux s'est-il concentré, de nos jours, si près du pôle ?

Avec le mois de décembre et l'apparition des rennes et de la viande fraîche, disparut le poisson. On comprend ce que cela veut dire.

« — C’est bén tchirrible ! Mais que le poisson sent le caribou su’ la glace, pst ! 1 s'en va. Faut crére que ces deux bêtes-là se haïssent mutuellement. »

Tout ce qu'il faut crére, c'est que les pêcheurs ont faim de viande et de graisse fondue, et qu'ils sont tannés de manger du poisson.Aussi, dès qu'ils apprennent qu'il y a de la viande au fort,pst! ils abandonnent la pêche et s’en viennent.

Nos pêcheurs ne furent pas plus vertueux que ceux du fort.Ils nous procurèrent toutefois 1,106 corégones de deux kilogs pièce ; et cette quantité assez minime fut prise en trois pêcheries différentes, au Rapide des remparts, au lac des Gelinottes et au lac à Manuel.

La venaison nous fut fournie, cet hiver, par le fort même à raison de 0 fr. 30 la livre anglaise; ce qui nous

(1) « Dans la nuée, pendant le jour, et dans une illumination de feux, durant la nuit. »

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faisait 30 francs pour un renne et 90 francs pour un élan. C'était à bon marché relativement aux prix d’'Europe ; mais trop cher pour notre bourse de résidents arctiques. Nous primes donc un et même deux chasseurs attitrés qui nous procurèrent de la viande à 5 francs pour un renne entier et {0 francs pour un orignal. Pauvres sauvages ! mais c’est le tarif de par l’Honorable Compagnie. Y’ a pas d'erreur.

Pendant le courant de novembre, le thermomètre centigrade ne s’éleva pas au-dessus de —- 26° de froid sous zéro ; par compensation, il ne descendit pas audessous de—42°, Mais la nuit de Noël, il accusa—47° par une atmosphère claire et limpide comme de l’eau de roche. En dépit d’un poêle toujours rouge, des doubles portes et doubles fenêtres, l’eau se congela dans notre demeure, et les carreaux des vitres se revêtirent d’une carapace de glace de trois centimètres d'épaisseur qui y intercepta tout à fait la lumière du jour.

Par cesfroidsintenses l’haleine bruisse en s'exhalant. Ce phénomène se produit au-dessous de — 40° centigrades, mais jamais au-dessus. La respiration, l’haleine, sort de la bouche et ües narines comme trois jets de vapeur blanche qui s’échapperaient des tuyaux d’une machine à vapeur. Elle produit un pétillement de champagne qui est causé par la cristallisation immédiate de la vapeur humaine dans l'air densifié.

C’est très probablement ce crépitement de l’haleine que certains voyageurs auront attribué aux aurores boréales, lesquelles ne bruissent point du tout.

Avec les pêcheurs nous arriva l’intéressante famille des Cochons. Pardonnez-moi ce mot, amis lecteurs et lectrices vénérées ; il ne s’agit point ici d’une tribu de cyniques norrins ou de ces sybarites gorets à l'air malheureux et goguelu à la fois ; mais d’une progéniture humaine de bons Danites Peaux-de-Lièvre qui, jugeant que lard et jambon sont bien la meilleure et

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