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église. Il aimait la religion, ses chants et ses cérémonies, il la pratiquait en bon chrétien et se montra fidèle à son épouse et reconnaissant pour la femme de cœur qui lui avait sauvé la vie.
La Grosse-Truie s'était cependant opposée à l’union de Dzan-yu avec le Petit-Castor. Certaines raisons d'un ordre physique s'y opposaient, disait-elle. Mais ces jeunes gens se désiraient absolument. Je ne pus les refuser l’un à l’autre, et bravai pour les marier le ressentiment de la Grosse-Truie, de Tatélioyé et même du commandant du fort.
Les deux premiers lui destinaient une orpheline de père, fille d’un autre chrétien circoncis et modèle des modèles, nommé Kha-yadé, un Danè des Montagnes- Rocheuses. Cette fillette s'appelait Kkoréha, la Fainéante, et il paraît qu'elle justifiait son nom par son apathie naturelle. Mais Dsan-yu n’aimait pas Kkoréha.
« — Jamais de la vie, me dit-il, je n'épouserai une trépassée, un revenant, éwinhé.
« — Un revenant, Kkoréha ? Es-tu fou? Il me semble que cette fille est aussi bien de chair et d'os que toi et moi. De plus, elle est la sœur de ton grand ami, Ttchélé.
« — Je te dis que c’est un revenant, une morte ressuscitée. Demande-le à qui tu voudras. Demande-le lui à elle-même plutôt. Mère veut que je la prenne pour femme, parce que Kkoréha, dit-elle, est sa fille défunte. Eh bien, jamais je ne pourrai m'y résoudre, Ce n’est pas tant parce qu'elle est bègue, sotte, paresseuse, bavarde, indague à faire quoi que ce soit, que parce qu'elle a connu la mort et le tombeau. Je ne veux pas d’une fenme qui sent le sarcophage.
« — J'avoue, mon enfant, que je ne te comprends pas. Si tu ne parles plus clairement, je vais croire que tu as perdu l'esprit. Pour moi, Kkoréha est fille de son père et de sa mère, et non pas d’une femme qui ne lui
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a pas donné le jour. Comment donc la Grosse-Truie peut-elle la revendiquer pour sa fille?
« — Eh bien, alors, que dis-tu d’une fille qui, ayant trois ans de moins que moi, se rappelle néanmoins m'avoir vu naître; qui m'assure avec aplomb m'avoir bercé dans ses bras, m'avoir fabriqué des petits bonnets, cousu des petites layettes? Cela me fait tourner la tête rien que d'y penser.
« — Cela devrait plutôt te faire rire d’elle, mon garçon. Ah! ça, est-ce que vous déraisonnez, ta mère et toi? Ne vois-tu pas qu’elle a farci la tête de Kkoréha
de toutes ces sornettes, et que tu les avales comme elle?
« — Je ne sais si elle est folle ainsi que ma mère, mais je sais bien que la mère de Kkoréha elle-même dit également la même chose : Kkoréha n'est pas ma fille, Kkoréha est sa propre cousine aînée, la fille de la Grosse-Truie, morte il y a seize ans, puis ressuscitée en Kkoréha. »
C'était la première fois que j'entendais parler d'incarpations, de migrations d’âmes, de métempsycose et de métamorphoses, toutes notions asiatiques et égyptiennes. Je devais voir plus tard bien d’autres exemples de cette persuasion antique.
Kkoréha n’épousa pas Dzan-yu. Elle fut recherchée et épousée par un autre jeune homme qui, probablement, apprit trop tard son origine fantastique, la prit en horreur, et la repoussa. La malheureuse mourut d'amour méconnu, de délaissement et de chagrin.
Pauvre Kkoréha, morte deux fois, et chaque fois à la fleur de son âge!
Tous ces cas de réincarnation sont plus burlesques les uns que les autres. Je me rappelle, entre autres, la réincarnation du grand chef l’Echo, mort l'année qui suivit mon arrivée à Good-Hope, et mort, disait-on,
en trois jours par les maléfices d'un sorcier dont ilavait ravi la femme.
| La fille aînée de ce chef était entrée au service de Mr° Gaudet après la mort de son père et de sa mère. 1 | C'était un laideron, mais une fille sage, que j'avais | instruite et à laquelle j'avais fait faire sa première communion.
| Yatpapé, Viande céleste, était son nom, quelque ‘ chose de matériellement spirituel ou de spirituelle- | ment matériel, comme l'on voudra.
| Un jour, un petit bonhomme de douze ans, un Kha- | tchô Gottiné entre chez M" Ga det, la salue avec l beaucoup d’aplomb et lui demande à voir sa fille. « — Sé ghen, ma belle-sœur, je viens voir ma fille. « — Tu viens voir ta fille? Et qui peut être ta fille, mon petit? Tu n'es qu'un bambin, comment peux-tu | avoir une fille ? £ ee « — C’est pourtant vrai que j'ai unefille,puisque c’est | A | ta servante, Yatpapé.
À « — Quoi! la fille du défunt l’Echo, ta fille? Tu perds t la tête, mon petit bonhomme. Y. atpapé a aujourd'hui ! seize ans. Tu n'étais pas né qu’elle courait de partout. (4 « — Cependant c’est ma fille, puisque je suis moi- \ même le chef l’Echo ressuscité. Je me rappelle fort bien mes actes. C'était du temps de ma le vie, etc., etc.
Et le petit gosse se mit à raconter quelques-unes des actions de ce chef demeuré célèbre dans les fastes de Bonne-Espérance. Tel Pythagore, qui prétendait avoir régné en Phrygie sous le nom de Midas, s'écriait :
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Ipse ego memini, Trojani tempore belli, Pantoïdes Euphorbus eram, etc., etc.
Qui aurait pu en douter, puisque le grave philosophe
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reconnaissait à Argos, dans le temple de Junon, le bouclier qu'il avait porté au siège de Troie (1)!
M'° Gaudet et sa servante, qui était accourue, en rirent jusqu'aux larmes; mais non pas le petit garçon, qui se retira indigné de ce qu'on lui déniait son identité
antésépulcrale.
Ne se croirait-on pas au Thibet parmi des Bouddhas vivants ?
Le Zohar pourtant admet, lui aussi, la métempsycose et les migrations d’âmes : mais seulement pour celles des damnés. Elles montent et descendent pendant une année, comme l’éphémère ou mâne pendant un jour, peuvent souffrir et souvent même sous forme de bêtes, suivant la gravité de leurs fautes.
Je me convainquis par la suite que la généralité des Danites, au grand lac des Ours, au lac Froid et ailleurs, partagent sur ce point les théories pythagoriciennes des Peaux-de-Lièvre leurs frères.
Je reviens à Dzan-yu. Le grand-père de ce jeune homme parvint à un âge si avancé, que tout son corps en était parcheminé. Il était si cassé de vieillesse qu’il ne pouvait plus se mouvoir, même pour subvenir aux moindres besoins. On savait, à Good-Hope, que l’on avait confié sa dépouille mortelle au tronc d’un arbre creux, à l'instar de certains nègres sorciers du Sénégal, que l’on ensevelit debout dans des baobabs (2). L'arbre était planté sur les remparts du Rapide, mais on ne le distinguait plus des autres, PUR chasseur en fit la découverte en 1872.
La momie, enchevêtrée de ses nerfs et tendons, vacque, raccornie et sonore comme un tambour, était debout sur ses jambes en échasses, les ongles vrillés, la peau du ventre tabide, availée et moisie, les hanches
(1) Cornelius à Lajide, (1) Meyne Raid.
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en têtes de villebrequin, les joues creuses comme deux sabots, les orbites en entonnoir, pleins de perplexité vaine, et sa grande bouche ricanant un dernier et long sourire.
Ennakpay, celui qui découvrit la chose, pensa en mourir de saisissement lorsqu'elle lui tomba sur le nez en sapant son arbre. Aussitôt il abandonna sa chasse et s'en vint courant à la mission pour me faire part de sa lugubre trouvaille. En route, il s'était remémoré ces saints d'antan que respecta le sépulcre, que les vers ne rongèrent point, qui ne furent pas souillés par la pourriture du tombeau. |
Après m'avoir décrit l’état de la momie :
« — À qui penses-tu qu'appartienne celui-ci? me demanda-t:il ; à Dieu ou à... la Compagnie d'Hudson? »
Je ne m'attendais pas à voir figurer l’Honorable Compagnie en matière de sainteté. Je compris,à l’hésitation du brave homme, qu'il aurait voulu y substituer les mots chamanisme ou Pied-fourchu. Il n’avait point osé, par respect pour sa foi. Aux yeux de ce simple néophyte, il y avait là matière à canonisation. Il s’agissait seulement de savoir et de décider cathédralement si le vieillard momifié était un saint de par Dieu, ou de par le diable.
Bien étonné fut-il lorsque je lui appris que certains arbres, certains lieux privilégiés jouissent de la sin. gulière propriété de conserver ainsi les cadavres, sans que les mérites du sujet y contribuent en quoi que ce soit.
A l’occasion des fêtes de Noël de 1864, je délivrai mes premiers discours en langue peau-de-lièvre, à la grande joie des bons Indiens. .
J'avais donné à la fête tout l’éclat possible : arc de
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triomphe de verdure, peintures, illuminations, chœur de musique en parties que j'avais formé moi-même depuis deux mois, psaumes en faux-bourdon, etc. Au-
tant de motifs de stupéfaction pour ces néophytes si neufs encore.
La renommée de ce que je préparais ayant devancé la fête, elle attira bon nombre de sylvicoles à la messe de minuit. Il en vint de dix jours de marches traînant après eux femmes et enfants, et chassant en route pour pourvoir à leur subsistance.
Dès lors cette vogue ne cessa plus. Périodiquement, pour Pâques et pour Noël, elle nous amenait ces pauvres gens par centaines, sans que j’eusse besoin de les y convoquer. Le peuple est naturellement religieux ; il aime tout ce qui le porte vers Dieu, tout ce qui console son cœur, tout ce quiest comme un avantgoût des joies célestes, tant qu’il n’a pas été gâté par
les fêtes mondaines, perverti par les divertissements licencieux.
Quelques vieillards me récompensèrent aussitôt de mes efforts pour les instruire et les réjouir, en me narrant une de leurs traditions qui, disaient-ils, se trouvait cadrer en tous points avec un des récits évangéliques : celui de l’apparition de l'étoile de Jacob ou plutôt de Balaam aux trois mages, et de la venue de ces savants à Jérusalem, puis à Bethléem où ils adorèrent l’Enfant-Dieu, le Messie promis. Je ne puis résister au dési' de la transcrire ici. Elle ne saurait venir plus à propos.
« — Tu viens de nous parler du Très-Haut et de son Fils descendu sur terre pour nous racheter de l’esclavage du démon, me dit l’ancienne chamanne la Grosse: Truie. As-tu jamais entendu parler d’Inkfu'in-Wétay, Celui qui est assis au zénith?
« — Certainement non. Cependant sen nom corres-
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pond bien à celui du Dieu des chrétiens, le Très- Haut.
« — C’est ce que nous pensons. Inkfwin-Wétay demeure au Pied-du-ciel, Ya-kkè-tchiné. Il est triple, le père, la mère et leur fils unique. Leurs vêtements sont très beaux et de fourrures choisies. Par leurs rêves et la vertu de leur ombre (Inkponhé), ils créent toutes choses. Ils se couchent, dorment, rêvent, et tout arrive à leur gré.
« — C’est commode.
« — Le mari s'appelle Ya-nna-tchon-édentoini, Celui qui, couché,atteint d’une extrémité du ciel à l’autre (1). Sa femme n’a pas de nom. Cependant nous l’appelons d'ordinaire E-tpinta yénnéné,la Femme qui ne sort pas, la femme invisible.
« Le mari réside au zénith, la femme au nadir. Quant à leur fils unique, il va de l’un à l’autre en parcourant le ciel (2).
« Un jour, dans ses promenades transolympiennes, le fils duTrès-Haut aperçut tout en bas,sous ses pieds, perdue dans l’espace commeune île lointaine au milieu de l'Océan, la terre que nous habitons. Il demeura longtemps à examiner ce qui s’y faisait, à écouter ce qui s’y disait ; puis, retournant vers son père, il lui
dit :
«— Sé lpa tayintay, mon père assis en haut, yèhta odéyinkkoon, allume la verge céleste (3); tédi ndu uzé kkè, sur cette petite île, échaékhé khétpèdatti lonnié, nos néveux sont si misérables donc, lkanéuntpa, vois-le
(1) Litt. ya, ciel; nonnà, d'un côté à l’autre; tchon en dorgant ni sur le ventre; édé, de lui-même, entoi il s’étire, s'étend.
- (2) On croirait à une reproduction de la peinture de Job: Nubes latibulum ejus, et circà cardines cœli perambulat. Les nuées lui servent de retraite, et il se promène d’un pôle à l’autre, du zénith au nadir.
(3) La Grande Ourse.
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donc. Ekhu : sépa ninondja, sé pa, Alors : accours vers moi, mon père, nendi dènè estpunettinen, te dit l’homme malheureux. »
« Telles sont les paroles que le fils de Dieu dit à son père. »
Cette longue tirade me fut débitée par la vieille femme sur le ton monotone d’une chanson enfantine, assez semblable à celles que j'ai entendu proférer par des enfants chinois chrétiens, récitant leurs prières.
Ce me fut une preuve que la chanson peau-delièvre a une grande antiquité et que les paroles en sont stéréotypées par une longue et constante tradition.
La narratrice continua :
«— C’est pourquoi, avant l’arrivée des Huropéens, nos vieillards nous disaient: Ah! jadis on découvrit dans le ciel une étoile flamboyante qui brûlait, fwenlléré kollé. C'était un feu qui s'élevait comme une queue (1) et qui apparut dans le sud-ouest. Quelques Dènè allèrent à à sa découverte, se dirigeant de ce côté. Nous n’en entendimes plus parler.
« C’est depuis cette époque que Tchippewayans et Loucheux font bande à part; car, avant l'apparition de la comète, toutes nos tribus ne formaient qu’un seul et même peuple n'ayant qu’une seule et même langue.
« Et maintenant, juge de notre joie en t’entendant nous parler de cette même étoile qui parut dans l’occident et vers laquelle trois sages se dirigèrent, ce qui les amena à la découverte du fils de Dieu incarné! Comme cela corrobore bien notre histoire! Vous êtes évidemment de race tchippewayane et les descendants de ceux des nôtres qui marchèrent au-devant de
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l'étoile. Vous êtes de nos parents.Cela est clair comme le jour, puisque nous possédons les uns et les autres la même histoire. »
Tel fut, par le fait, le discours stupéfiant que j'ouis de la bouche de la Grosse-Truie, et que me confirmèrent les personnes présentes à notre entretien, J'étais encore plus étonné que mes interlocuteurs ; parce que, plus qu'eux, j'étais capable d'apprécier la force et la constance de la tradition à travers les âges, les longues pérégrinations, lesimmigrations incessantes et les rivalités de tribu à tribu.
À la vérité, il ne serait pas improbable que cette connaissance de la prophétie madianite, relative à l'étoile de Jacob, fût parvenue aux Danè par l’intermédiaire des Danes ou Danois, qui,en l’an 982,allèrent s'établir au Groënland, sous la conduite d’Eric Rauda, et, en l’an 1000, sous celle du chef Leïf Ericson, bien que l’histoire n'en fasse pas mention.
D'un autre côté, il n’est pas impossible que depuis l'an 1406, époque à laquelle les glaces coupèrent toute communication entre le Groënland et l’Europe, les peuplades peaux-rouges que les Danois auraient pu christianiser sur le continent américain n’eussent oublié en partie leur foi, à l'exception de quelques lambeaux de traditions judaïco-chrétiennes.
Toutefois on conçoit que, dans ce cas, les Dènè assigneraient l’orient comme le point du ciel où leur apparut la comète ; puisque les Danois leur auraient apporté la vérité de ce côté et qu'ils savaient que l'étoile avait apparu aux mages dans l'Orient.
Tout au contraire,les Dènè désignent l’ouest, tahan, comme le point de l’espace où se montra ce brillant météore et vers lequelsedirigèrent quelques-unsd’entre eux. C’est donc qu’ils ont apporté cette tradition de l’ouest, c’est-à-dire de l'Asie, et que c’est là qu'il faut chercher leur berceau.
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Par le fait, leurs traditions, «1 lieu de se rapprocher des mystères du christianisme, ne sont qu’un souvenir oblitéré des récits génésiaques et mosaïques. Fils de Dan ou de Danaüs, Hébreux ou Grecs, les Danè sont des sémites, quoique non pas sans mélange.
De plus,ces Indiens sont circoncis en majeure partie et ils n’omettent jamais de vous avertir que les faits dont parlent leurs légendes se sont passés sur lerevers de la terre,nnè ttanné, où était située leur patrie primitive, dans un passé éloigné, emtvin.
Ce fait est digne de remarque.
Pourquoi faut-il que, par une inconséquence que l’on a retrouvée chez tous les peuples de l'antiquité payenne, ils aient ensuite localisé dans le pays qu'ils habitent actuellement, et chaque peuplade sur son propre territoire, les scènes ou aventures qu'ils attribuent à leurs héros ?
J'ai lu, en 1882, Gnns un journal canadien, que l'étoile ou comète dite de Bethléem paraît tous les trois cent soixante ans à l'extrémité de la queue de la Grande Ourse, et qu’elle devait s’y montrer bientôt,la dernière période qui la vit briller dans les cieux étant près d'expirer.
Voilà qui corrobore la croyance danite, tout à fait à leur escient et au mien. Il semblerait que les Dènè ont retenu le souvenir de cette particularité, puisqu'ils ont localisé le feu céleste à la queue de la Grande Ourse, dans la prière du fils de Dieu à son Père. En outre, les Peaux-de-Lièvre désignent ordinairement Arcturus comme étant cette merveilleuse étoile qui apparut à leurs pères.
Ils sont évidemment dans l'erreur ; et toutefois leur erreur elle-même confirme leur dire et ce quej'avance, puisque Arcturus brille lui-même à l'extrémité de la Grande Ourse.
Maintenant, si nous épluchons la substance de cette
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140 QUINZE ANS SOUS LE CZaCLE POLAIRE | tradition danite, nous y trouvons, en fait de doctrine : , 1° la foi en un Dieu trine, aont une personne serait du Rep) sexe féminin ; ainsi qu'était la Trinité chez les Hébreux, dieu les Phéniciens, les Tgyptiens, les Chaldéens et les Li Hindous. Cette doctrine est identique à l’ancienne long erreur des Marianites ; 2 la connaissance parfaitement bi définie d'un Dieu réparateur et sonsolateur du genre réap humain déchu et malheureux ; 3° la connaissance de | les c la prophétie de Balaam le Moabite (1) ; 4° la puissance | la J0 de la prière, ya-tgié, ou attraction du ciel (2). FRA Enin cette tradition nous apprend, — et c'est là un | — indice ethnique précieux —- que, venu de l’ouest, le dd peuple danite se démembra en Amérique raème. Peut: LL être les Toltèques en firent-ils partie, eux qui se D: disaient issus d’un peuple appelé Dan, que l’on a cru ie longtemps, mais à turt, être Le peupie danois (3). | À à de le NE anim Hi es Fe . del Le 13 janvier, j'eus le, satisfaction de voir de nou- D: veau poindre le soleil sur les hautes berges de la rive tent gauche. du fleuve. Mais il ne s’éleva au-dessus du pla- dbal teau Æwi-kka, qui nous dominait, que le 17 du même pour ét " endc Avarc de chaleur et de lumière pendant de longs Le, jours, ne jetaut sur la terre arctique que des regards tête obliques de méfiance, on dirait une marmotte qui she rentre dans son clapier situt qu'elle a pris l'air, de Le crainte de se geler le nez. Mais, l'équinoxe du prin- sèlie temps franchi, il marche à pas de géant, fait fuir le Jin crépuscule sous ses regards, et embrase les quatre rible: points cardinaux de ses feux, de manière à n'y laisser das (1) Nombres, chap. XXII, v. 5. | dans (8) De ya, yas, yop, ciel, et estoi, j'attire; j'attire le ciel sur | la terre.
(3) Baron de Lbrotonne. | k { +
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là un t, le Peutui se à cru
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ni ombre ni nuit pendant cinq longs mois. C'est un dieu vraiment ressuscité.
Le retour de l’astre bienfaisant, la continuité de ce long jour de cent cinquante jo::s, opèrent sur les esprits l'effet de la guérison sur des inoribonds. A sa réapparition, tout est gourde, mort, pétrilié dans les cerveaux comme dans la nature. Le soleil y répand la joie, la clarté et la vie. L'Indien sort de sa torpeur comme l'ours et le hérisson de leurs bauges. Il retrouve ses chants, ses danses et ses jeux. Pendant !es longs jours du solstice d'été, il ne sait même plus ce que c’est que le sommeil,
Dans la nature matérielle,la résurrection qui s'opère transporte l'imagination au quatrième jour de la création genésiaque, alors qu'apparut, sortant du chaos, l'œil de la nature, moteur de la lumière éthérée, auteur de la cireulation de la vie végétale, couveur de la vie animale et cœur de l’univers, sous la main puissante de l'Eternel.
Des brumes épaisses se dégagent des glaces, montent des neiges, mouvent en se roulant comme des avalanches. Elles s'amoncellent autour dusoleil comme pour s'opposer à sa marche triomphale. Les vents endormis se réveillent, les nuées qui coiffaient le sommet glacé de la terre se déplacent et en découvrent la tête chauve, penchée et caduque. L’azur des cieux, absconce, reparaît avec les rayons dorés de Phébus. La parhélie suspend dans l’espace ses décorations radieuses, ses multiples fantômes d’astres, orbes de lumière rutilante ayant quatre faces comme les terribles visions d’Ezéchiel (1); roues gigantesques des chars célestes et invisibles, semblables à une roue dans une roue, les points équipolés de leurs rayons
(1) Apparuit rota una super terram... habens quatuor facies, Ezech., cap. 1, v. 15.
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devenant les moyeux éclatants d'autant de roues nou- fé ,
velles (1). Dans ces immenses anneaux, les uns concen- “A triques, les autres tangents, un rideau de gaze dorée que s'étend, pailleté de cristaux qui tombent. conti C’est une apothéose, après la résurrection de l’astre 1 % qui s’entoure de cette gloire. s. = e pr.
Ma T's cette viren
Pendant l'hiver, j'avais reçu de M. Mac-Farlane,
fondateur et facteur du fort des Esquimaux ou Ander- ASE
son, une lettre très aimable que j'ai conservée pieuse- E vures, ment comme le souvenir d'une noble amitié. Ce gentleman m'y donnait des nouvelles de la température, de l'état de son fort et des Esquimaux qui l'avaient visité.
«a — J'ai parlé à deux de leurs chefs, m'y disait-il, de la visite que vous vous proposez de leur faire dans le courant de l'hiver ; et cette information m'a paru leur causer de la satisfaction:
« Nos Indiens chasseurs et voyageurs, Loucheux ou Bâtards-Loucheux, m'ont aussi exprimé le désir de voir bientôt un missionnaire catholique venir parmi eux. »
En même temps que cette lettre amicale, on me remit, ce la part de cetofficier, une magnifique robe de caribou d'été, et une superbe paire de moufles en peau de morse, velues et grosses comme des kolbacks de hussard, à cette différence près qu'elles étaient blanches et soyeuses au lieu d’être noires et hirsutes.
Pour lors, au mois de mars, lorsque la terre eut repris son feu, je chaussai mes raquettes de voyage
(1) Et aspectus earum et opera, « quasi sit rota in medio rotæ, » Ibid, V, 16,
rlane, \nderieuseé. Ce npéra- X qui
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on me e robe fles en olbacks étaient irsutes.
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et partis pour le fort Anderson, accompagné de M. Gaudet, facteur du fort Good-Hope, qui profita de cette occasion pour visiter ce poste, le plus reculé du continent américain et qu'ii ne connaissait pas encore.
J’allais évangéliser les Innoït Tchiglit ou Esquimaux de la mer Glaciale.Je devais en être le premier apôtre, le premier explorateur français.
Mais d’autres pages et un autre volume raconteront cette lointaine excursion, ainsi que celles qui la suivirent chez ce meme peuple (1).
(1) Les Grands . Esquimauæ. Paris, 1887, chez E. Plon, Nourrit et Cie, éditeurs, 10, rue Garancitre; avec carte et gravures, d'après mes dessins.
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