‹ Quinze ans sous le cercle polaire [microforme]Chapitre 51 sur 81 · FT · texte numérisé non relu

FT

à 74 15 f LS " $ ; À ; j ‘ ; : x Hp | ‘ki MENU l 1 Se 4 F4 à ! Û } à : + :

x 1 ‘3 Ë a E À j E ! Fe À | - rl i #4 F: L MRRCIE.

, RE 1 : { ri e 4 14 b H i 0 ; \ l + s k Î j | t k IR À ê Ds : } ê à F j ' k di | | h } ; 0 ; { | H | 4 1 | | | ù ;

étaient étendus côte à côte sur le plancher disjoint de

‘ la cabane, entièrement nus, serrés les uns contre les

autres sous leurs robes de renne ou de morse, insuffisantes à les protéger du froid. Parmi eux était le chef Kranaktark, le Renard noir, homme doux et honnête, dont on me dit beaucoup de bien. Le petit garçon qui venait de mourir était à lui, ainsi que la jeune femme, qui se nommait Aoularéna, la petite Aiguille.

J'aurais volontiers ri de ce faible des Esquimaux pour les aiguilles, si la terrible position de ces cinq malheureux me l’eût permis. La porte, qui ne fermait pas, laissait entrer dans la pauvre case un courant d'air glacé. En dépit du feu que l'interprète avait la charité d’y entretenir, j'éprouvai des frissons en y entrant. L'eau y gelait à côté de la haute cheminée en boue et en pierres. Dieu! que c'était triste! Mais combien plus attristé ne devait pas être l'esprit de ces pauvres hères, qui voient des esprits malins dans toutes les maladies et qui se sentaient dénués de tout secours médical.

Ces Esquimaux ne m’avaient jamais vu. Ils avaient seulement entendu parler de moi chez leur grand chef, Nullumallok. Dès qu’ils m'aperçurent, ils manifestèrent de la joie :

« — Merci! merci! répétaient-ils avec reconnaissance; et leur grosse bouche lippue, à la langue épaisse de perroquet, ébauchait un triste sourire. « Kéata/! Dépêche-toi de nous guérir, afin que nous repartions vite. »

Je leur distribuai les mêmes globules homéopathiques qu'aux malades peaux-de-lièvre, leurs prescrivant de se tenir d'autant plus chaudement qu’ils éprouveraient plus vivement les ardeurs de la fièvre. Mais ils ne se montrèrent pas plus sages que les malades que j'avais déjà visités. Leur œil allangui prit une expression de méfiance qui me dit mieux que des paroles qu'ils ne me croyaient point. Jamais, d’ailleurs,

int de re les insuftait le t honjarçon jeune guille.

limaux >s cinq fermait ourant avait la n y enen boue ombien pauvres utes les secours

avaient nd chef, festèrent

hissance; baisse de a! Dépês vite. »

oméopas prescriils éproure. Mais malades prit une e des paailleurs,

imédication homéopathique ne sera en vogue chez des sauvages.

Deux jours après, malgré mes injonctions formelles, le chef venait me voir pour me supplier de l’empêcher de mourir.

« — Situ me guéris, me dit-il, je te donnerai ces deux magnifiques renards noirs que voici. »

La paire valait encore, à cette époque, 80 livres

{sterling, plus de 1,900 francs.

Je refusai son offre gracieuse et l’assurai de sa guérison s’il voulait se conformer à mes prescriptions. | Mais il me fut impossible de parvenir à les lui faire garder. Il se traînait de case en case toute la journée,

à suppliant un chacun de l’empêcher de mourir. Le

malheureux suffoquait et pressentait son trépas. Il mourut comme son enfant, mais il fut baptisé, prémices de cette peuplade esquimaude.

Il n’y avait plus.qu’une seule loge de Bâtards-Loucheux dans le voisinage immédiat du fort Anderson, celle du chasseur Tapa-ksoné ou la Poudre de chasse. Tout le monde y était malade et, de plus, un jeune garçon qu’on s'était hâté de circoncire dès que l’épidémie avait éclaté, parce que, par négligence, on avait différé d'année en année cette cérémonie, souffrait de sa blessure qui n’était point pansée et s'était envenimée par l'effet du froid. Je dus en prendre un soin spécial.

Je fis là six autres baptêmes. Plusieurs jeunes gens de ce camp, surtout parmi les filles, avaient de très jolies figures.

Le 5 novembre, il nous arriva trois Dindjié des

steppes du littoral de la mer Glaciale, et un enfant

bâtard-loucheux nommé le Lac-allongé ou Jean Teu-

kwéyé, et surnommé Captain Ball, parce que, emmi-

toufflé dans ses fourrures de renne, il ressemblait à un petit ballot.

Ces pauvres gens nous donnèrent de leur camp des M nouvelles désolantes. Il comptaient déjà douze morts FE sur une population de cent cinquante ânes seulement,

Jean Tou-Kkwèyè, le Lac-allongé, dit Captain Ball, Indien Nnè-lla-Gottine,

et ils avaient des malades dans chaque famille. Aussi réclamaient-ils à grands cris ma visite, mes médica- ‘ments et surtout le baptême.

C'était là le but de leur visite à Anderson.

A l'exception d’un petit nombre de mots, je n'entendais pas le dindjié, mais Captain Ball venait s’offrir à moi pour m'interpréter cette langue en peau-de- du lièvre des steppes, et m’apprenait, de plus, que tous | les Dindjié de ces parages parlent et comprennent ce dernier dialecte. Je n’hésitai plus, et partis avec eux, le 6 novembre.

Les sauvages de cette peuplade étaient disséminés

amp des ze morts alement,

n Ball,

ille. Aussi es médica-

, je n'en- Lai s'offrir peau-de- , que tous rennent ce s avec eux,

disséminés

entre le fleuve Anderson et le grand lac Esquimau, de Richardson (1). J’allais explorer une contrée où aucun Blanc n'avait encore mis le pied.

Nous gravimes d’abord, par une succession de lacets, les hauts plateaux de 400 pieds qui font face au fort des Esquimaux, et qu’on prendrait, du fleuve, pour des collines riveraines, tant ce cours d’eau est profondément encaissé. Parvenu au sonimet, je me trouvai dans une plaine, l’Ontoié nendjig ou Plancher du bord de l’eau, qui s'étend entre les fleuves Anderson et Mackenzie, le long du canal d’eau s£lée Napoléon IIT, au nord, et la rivière Dniéttiéten, au sud.

Il n’est pas toujours facile de trouver du bois dans cette triste région arctique. Dans les landes (2) comme dans les steppes à rennes (3), toute la ressource des Dindijié est une petite bruyère rampante, résineuse et toujours verte, qui croît à profusion sur le sol granitique de l’extrême nord. Elle jouit de la propriété singulière de brûler quoique verte, où même trempée d'humidité.

C’est l’Andromeda tetragona, que les Loucheux nomment Shinætlya et les Bâtards-Loucheux Tchinentlun, deux mots synonymes, qui dépeignent la forme imbriquée et comme nattée d’un cordon quadrangulaire, qu’affectent les tiges rampantes de l’Andromède.

J'ai trouvé cette éricinée providentielle jusqu’au sommet des Montagnes-Rocheuses, sous le Cercle polaire, et en ei rapporté un brin fleuri du fleuve Youkon, dans l’Alaska, en 1870, que je remis, en 1885, à M. Landrin, conservateur du musée ethnographique du Trocadérc.

Des sauleraies épaisses (4) et des marais mou-

(1) Sitidji vann.

(2) Kwitcha.

(3) Kodhell.

(4) Kokkeay.

EE

sc ue

jan

PE

Page 1