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vants (1), pleins de pisasphalte pâteux, rompent l’uniformité de l’Ontoié nendjig de la même manière que le laid broche sur l’horrible et se fait trouver acceptable en vertu du contraste. Les lichens à renne (2) et le thé du Labrador (3), que les Peaux-de-Lièvre appellent herbe à l’urine de chien (4), croissent de partout, teignant en rouge l’eau des marais. Grâce à ces végétaux, l'abondance se répand annuellement dans les camps épars des Dindijié.
La pêche du corégone ou poisson-blanc est la seconde providence de ces Indiens après le renne des déserts. Fort heureusement que la peuplade vers laquelié je me dirigeais en était bien pourvue. Qu'en aurait-il été si la famine eût régné chez elle conjointement à l'épidémie ?
Nous passâmes la première nuit dans la yourte de Zjié-kké-tchia, sur les bords du lac des Ecluses du Petit- Traîneau. Tout auprès, je vis plusieurs tertres funéraires tout récents ; je fis dans ce camp onze baptêmes et deux mariages. J'y remarquai trois personnes louches et d’autres dont les yeux étaient très rapprochés de la racine du nez. Par le fait, le strabisme semble être le défaut physique congénital des Dindjié, comme le bégayementest l’infirmité des Flancs -de-Chien, et la calvitie ainsi que la cécité celles des Tchippewayans.
Ce fut chez ces Indiens également que je vis les premiers Peaux-Rouges bossus, madornes, contrefaits et souffrant des dents.
Le lendemain, nous parcourûmes une contrée plus accidentée encore, quoique tout aussi triste. Nous traversâmes plusieurs lacs; puis, laissant à gauche le lac Kæœchech-tgen-kpen d'où sort la rivière Vendié-ich6-tlen,
1) Vita.
2) Cetraria et Cornicularia.
3) Ledum palustre.
4) Tlin-llésé tointton.
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un affluent de l’Anderson, nous franchîmes la hauteur des terres qui divise les eaux tributaires de ce fleuve d'avec celles qui le sont du Mackenzie.
Noustraversâämes encore trois lacs pour aller camper chez Dzjen, le Rat musqué, dans le voisinage du lac du Milieu (1) qui occupe le sommet de la ligne de faîte.
Ce camp ne se composait que de quatre grandes loges. Tout auprès, on voyait plusieurs tertres récents, surmontés chacun d’une croix. J'y fus reçu avec les mêmes marques de joie et de confiance, la même déférence respectueuse, que dans les camps précédents. On m'y donna la place d'honneur, on m'y nourrit gratuitement des meilleurs morceaux; mes Chiens eux-mêmes reçurent leur prêt pour rien.
On ne saurait appeler de telles gens des sauvages, et J'en veux réellement aux Canadiens de n’avoir pas su trouver d'autre expression pour caractériser les sylvicoles. Je préfère de beaucoup l’épithète anglaise d’'Indiens, quelque impropre qu’elle soit.
Les yourtes dindjié, nivia, sont demi-sphériques, vastes, fermées par une portière suspendue, et composées de deux enveloppes en peau de renne, poil.en dedans, ce qui les rend beaucoup plus chaudes que les loges dènè. Leur forme est celle de l’iglu-oyark esquimaude, c’est-à-dire celle d’un four. L’âtre en est formé de pierres calcaires réunies en un monceau plus élevé que le plancher en terre battue de la loge. Celuici, outre les inévitables branches de sapin, est couvert de peaux de renne avec poil, soigneusement étendues et proprement tenues.
Aussitôt entrés chez eux, les Dindjié dépouillent leur costume de voyage ou de gala pour revêtir des vêtements d'intérieur plus communs ou plus usés. Leur chaussure est cousue au pantalon de manière à
(1) Ekkidatpag tehion.
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intercepter l'introduction du froid et de l'air. Les femmes portent le pantalon comme:les hommes. Leurs chlamydes de peaux, munies de queues par devant et par derrière, sont seulement un peu plus longues que celles de leurs maris. En été, ce vêtement est en peau de renne passée en basane. En hiver, il est en lanières de peau de lièvre blanc tricotées en maillot, pour l’intérieur ou pour la chasse, et en peau d’élan pour l’apparat.
A l’exception des queues, le costume en peaux de lièvre tressées est le même depuis le grand lac des Esclaves jusqu’à la mer de Béring,en Amérique;et, en Asie, depuis les Orochys du Saghalien-Oulla jusques et y compris les Samoïèdes.
Je fis six baptêmes et un mariage parmi ces Dindjié, qui sont presque tons circoncis et appartiennent au camp des Nattséin-kpet ou des Noirs, le camp des Hommes de la gauche (1). A la négligence seule il faut attribuer l’incirconcision de certains enfants. A la vérité, plusieurs d’entre eux pensent, sans doute avec raison, que le baptême supplée à cette cérémonie abrahamique; toutelois, comme ils en ont oublié l’origine sacrée et que je ne leur en parlai point alors, pas plus que je ne leur défendis la circoncision, puisque c’est une coutume nationale chez eux, excellente au point de vue hygiénique chez des gens qui n’usent
(1) Les Dindjé se divisent en Hommes-Blancs ou gens de la Daoiïte, Etchyan-kpet; et en Hommes-Noirs ou gens de la Gauche, Natiséin-hoet. Il existe aussi un camp médian : les gens du juste milieu ou Tpendjidheytitset..pet. Cette coutume se retrouve parmi les Siamois ou Thaïs qui sont partagés en gens de la main 1roite et en gens de la main gauche (M. de la Loubère). Les Khirghiz comme les Kalmouks se divisent aussi en os blancs ou nobles, et en os noirs ou peuple (M"° Carlo Serena). Enfin les Arabes de la Syrie prennent le titre d'hommes de la droite et ceux de l’'Hyémen celui de gens de la gauche (Dict. d'ethnogr. de Migne). La Bible parle souvent des « Fils de la Droite »,
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jamais du bain, on ne peut m'attribuer cette négligence ni me féliciter de ce changement. Je ne suis pas systématique. Rien n’empêchait que ces néophytes fussent circoncis et chrétiens tout à la fois, tels que le sont les Juifs convertis, les Cophtes, les Abyssins, les Tagals et autres Orientaux, fils ou non d'Abraham. Ce n’est que lorsqu'on attache à la circoncision une valeur antichrétienne qu’elle n’a point par elle-même,
puisque Jésus-Christ et les Apôtres étaient circoncis, .
et qu’elle fut le sceau de l’alliance de Jéhovah avec la famille d'Abraham; c’est lorsqu'on lui attribue une nécessité de précepte pour le salut éternel, même depuis la venue du Messie-Christ, que cette cérémonie ethnique ou cette pratique chirurgicale cesse d’être indifférente et revêt un caractère hostile à la religion chrétienne. Elle ne comporte absolument rien de semblable chez les Danites.
Il existe d’ailleurs beaucoup d’autres peuples qui pratiquent la circoncision, indépendamment des fils d'Israël, d'Ismaël ou de Moab reconnus comme tels : les Hindous Tchandalas, les Javanais, à l’âge de 8 ans, les nègres Brahmas du Loango, les habitants des Seychelles, à l’âge de 7 ans, les noirs de la Guinée, à 6 mois, les Anzikos du Congo, les Cafres, entre 10 et 12 ans et sous le secret, les anciens Mexicains, les Tagals des Philippines, les Kanaks de la Mélanésie, etc.
Perdus au bout du monde, éloignés des forts de traite, sans avoir que très peu de rapports avec les Blancs, sinon ceux d'Anderson, ne connaissant encore des prêtres que le nom, de la religion qu’une renommée éphémère, concevez-vous comment ces Indiens soient plus civilisés que ceux qui avoisinent les anciens établissements commerciaux, ceux qu’évangélisent deux fois par an les missionnaires? Comprenez-vous qu'ils soient plus humains, plus doux, plus chastes, plus honnêtes que les Peaux-Rouges du sud que la
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civilisation chrétienne a envahis et visités depuis près de trois siècles ?
Eh bien! c’est le fait. Ce sont de belles et bonnes âmes qui ont couru au-devant de l'Évangile, sans avoir plus besoin d’exhortations que l’eunuque de la reine Candace, qui en ont accepté le joug avec amour et se sont parés de ses livrées avec reconnaissance.
« — Toi, me disait-on dans ce camp, tu n'es pas de notre nation, nous ne t’avons jamais vu, tu pries même pour nos ennemis d'autrefois, les Hatchen du Sud (1) et les Anakoën (2) du Nord; eh bien! peu nous importe. Nous avons confiance en toi et en ta parole ; nous avons la conviction que nous ne serons pas trompés. Père Petitot, nous te pensons notre père malgré ta jeunesse ; nous nous donnons entièrement à toi et à la religion que tu prêches. Tu es déjà un Dénè-yaltypii (3) de réputation, sois aussi un Dindjié pagenyi (4) »
Quoi de plus large et de plus catholique? Quoi de plus consolant pour un pasteur que cette charité ample et sans restriction? Quel bien ces Dindyjié firent à mon âme! J’en avais les larmes aux yeux, et je pensais malgré moi à cette amoureuse prophétie de Moïse :
« — Quand même tu serais dispersé jusqu'aux pôles, je t'en rctirerai, te dit le Seigneur (5). »
J'avais peut-être tort de penser à Israël au milieu de ces chrétiens nouveaux. J’ai peut-être tort encore d’en évoquer derechef l’image et le souvenir, bien qu'ils ne
(1) Les Danites dènè.
(2) Les Esquimaux.
(3) Prêtre dèénè.
(4) Prêtre dindhjié.
(5) Si ad cardines cœ REV Jueris, inde te retrahet
Dominus Deus tuus. Deut X,v4
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soient plus de nature à attrister, blesser, ni offenser personne; mais tout m’y portait, tout m'y conviait : le type, les coutumes, le caractère, l'énergie, l’urbanité. Je ne pouvais me soustraire à cette pensée, que je n'ai présentement que de la joie à ramentevoir.
D'ailleurs, je n'ai jamais communiqué de telles réflexions aux Danites, qu'ils fussent Dènè ou Dindjié. Pourquoi me les suggérèrent-ils eux-mêmes ?
«— Mais ces Israëlites dont tu nous parles, ces Israëlites perdus, disséminés loin de leur patrie, ne serait-ce pas nous-mêmes? C’est bien notre histoire que tu nous racontes, ce sont bien nos prescriptions, nos pratiques que tu donnes comme juives : la circoncision, la pâque, cet agneau dont il ne faut pas rompre les os, ce Moïse qui opère des merveilles à l’aide de sa baguette, cette mer que l’on traverse à pied sec, ce Samson, ce David vainqueur des géants, mais tout cela est à nous. Pourquoi nous mettre en scène dans tes instructions? »
Que voulez-vous que je leur répondisse? Je me rappelle encore un Peau-de-lièvre chrétien de Good- Hope (1) qui, à la suite d’un sermon du Vendredi-Saint, s'écria au milieu de l’assemblée :
« — Notre Père nous insulte par trop ; il nous donne assez à comprendre que c’est nous ou plutôt nos ancêtres qui ont sacrifié Jésus-Christ. Eh bien! faisonslui en autant à lui-même, pour lui apprendre à nous ménager davantage. »
Il fallut le bon sens des hommes faits et des vieillards pour calmer la colère de ce jeune homme :
« — Pourquoi prendre cela pour nous seuls, lui dit le même philosophe Sida Béni-hay, que j'ai déjà cité. Notre Père nous a dit que tous les hommes sont coupables de la mort de Jésus-Christ, puisqu'il est mort pour les péchés de tous. Il en est donc le meurtrier
(1) Jérémie Yikonèé, dr |
aussi bien que toi et moi, puisqu'il est homme comme nous ; et nous aurions mauvaise grâce d'assumer nous seuls une responsabilité qui pèse sur toute l’humanité. »
Voilà ce que j'appelle avoir de la raison. O sauvages, nos maîtres en charité !
Le troisième jour, j'atteignis le lac du Milieu sur les bords duquel se trouvait un troisième camp dindjié. Il se composait de cinq familles. J'y vis un jongleur nommé Chapo que la scarlatine venait de rendre veuf. Un autre Indien avait perdu deux de ses enfants ; une jeune femme, son mari et son père; une jeune mariée, son époux. Mais tous les survivants étaient en pleine convalescence et hors de tout danger. Le froid était venu à propos pour les préserver de la contagion.
Je fis, dans ce camp, quatre baptêmes; mais je me refusai à faire au chaman Chaco l'honneur de passer la nuit sous sa tente.
Nous l'avons vu chez les Tchippewayans comme chez les Flancs-de-chien, l'esprit religieux outré et mal entendu, lorsqu'il s’unit à la fatuité de l’ignorance, engendre la folie religieuse, la plus dangereuse de toutes les manies. Les chamans ne sont que trop portés à faire les Voyants, à singer les Prophètes.
Il y avait donc aussi de ces illuminés enthousiastes parmi les Dindjié encore catéchumènes, dans la mystique desquels Nan-kwolisen, le Fait-terre chrétien, et Dindjié-tahen, le Tortionnaire des hommes, n'avaient remplacé que d'hier Titpié, le Père des hommes, et Dijin ou Dzidzjin (1), le Démon, d'antan, dont les noms valaient tout autant.
Ces trois Voyants étaient Chago, Dindjiéttaw, l'Homme machuré et Nité, le Marais-mouvant. A cette
(1) Comparez avec Djen, le démon des Arabes, des Turcs,
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les Turcs,
triade de sorciers, il faut joindre une jeune veuve, Kundataktsi.
Nité appartenait au fort Mac-Pherson; un pauvre édenté sur le retour, qui ne m’appelait que « sé Jésusé, mon Jésus »,et qui aurait été tout prêt à me payer des adorations pour peu que j’eusse voulu m'y prêter, Pauvre tête sans malice ni astuce.
Chaspo et Nité étaient des hommes d’une folie douce, point du tout vicieuse. Ils faisaient leur prêtre à merveille,
« — Baptise-moi, medit le premier. Je viens de perdre ma femme, et je veux te prouver que je puis vivre dans la continence, ainsi que toi et les autres prêtres. »
Je ne m'y fiai pas.
Il affectait des extases, des transes de béate, au sortir desquelles il racontait de prétendues visions, répétant les chants angéliques qui, disait-il, lui avaient été révélés. Les monomanes religieux se ressemblent dans tous les pays; ils sont tous Dieu, fils de Dieu ou Prophètes. En pays civilisé, on eût renfermé Chapo aux Petites-Maisons. Libre et en pays dindjié, il était cru et vénéré.
Voici un spécimen de ses chants :
« — Djiva yatpi kkirétpètinticho (bis).
« Væ kéninyi kkèpa tschiétè !
« Tschiétè tpétanttchô kkirétpètinttcho,
« Kwè vann zjié kkaon tpèinha ! »
C'est-à-dire :
« — Celui ci est semblable au prêtre.
Que tout le monde prie avec lui!
Puissiez-vous prendre dans votre sein (sa parole), Afin d'aller au ciel avec et comme lui ! »
Sans avoir les allures sanguinaires de Mahomet, Chapo n'hésitait pas, comme on le voit, à entremettre
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le ciel dans ses petites affaires de jongleur. Après chaque accès, vrai ou simulé, il lui faisait rendré quelque décret en sa faveur.
Sa prière était ainsi conçue :
« — Tpiéhén, tointitcha, midjen kwizjin dzjienté schanño! Père, pendant mon sommeil, tout ce qui est bon ici accorde-le moi. »
C'était toujours cette théorie orientale de la puissance magique du rêve. Chapo admettait que le bien vient en dormant, comme Frédéric le Grand ; mais le bien, pour cet homme simple, matériel et peu ambitieux, c'était de la viande, du poisson, de chaudes fourrures, et une femme rondelette.
Autre prière :
« — Walé, walé ya ! (bis).
« Dzjien Iwizjin W'édyi nétputa/! »
« Que tout ce qui est bon vienne me trouver ici, tout, pendant mon sommeil! »
Quand je dis que Chago n'avait pas d’ambition, je me trompe. Il en avait un petit grain, mais bien légitime pour un aussi grand homme. Il désirait faire époque et transmettre son sacerdoce à la postérité. Dans l'espoir de créer un pontificat dindjié héréditaire, l'Ostrogoth avait nommé son fils Ta teié khkitinttchô, Semblable à son père.
Pas déjà si bête, cet olibrius maniaque.
Nité, avec ses airs de contemplateur obséquieux, avait pourtant de bien plus hautes prétentions. Il visait au rôle de Christ. Il était avant qu’Abraham fût. C'était Adam, ou Noé tout au moins.
« — S'enda l'édh-nœn atsiya ! chantait-il. Yatéghæ nugutié taéha !» — « Mes yeux ont vu créer cette terre de boue! Mes yeux ont contemplé notre Père descieux ! » Et les crédules adeptes de tomber dans le ravissement
en entendant d’aussi hautes révélations.
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Pa aurai latior voulr
indig; plus j sons |
Ma gieus
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La femme Kundataktsi, elle aussi, avait inventé une mélopée qu’elle disait angélique :
« — Tpiéhén, schiépé ninisizjié nidè, marci oyi !
« Tpiéhén, schiet kéninyi W'édji, ttséhyin toéill'a 3j. »
«— O Père céleste, si tu t'approchais de moi, je t'en serais reconnaissante! O Père, si tu daignais converser avec moi, je serais bien heureuse! »
Pas trop modeste, cette jeune veuve bébête. Elle aurait volontiers consenti à certaines « rataconniculations » rien moins que séraphiques, si l'Éternel avait voulu s’y prêter. Quelque chose comme la Reine du ciel du panthéon chinois, sans ombre de pucelage.
On conçoit quel beau rôle une telle créature, qui d’ailleurs n’était pas sans charmes, aurait offert à tout prêtre peu délicat qui n'aurait pas reculé à jouer indignement le rôle du bon Dieu. J’en ai vu d’autres, plus jeunes encore, qui ne se contentaient pas de chansons pour me porter à remplir ces fonctions divines.
Mais passons. Ces traits de folie ou d’'hystérie religieuse n’empêchèrent pas cette tribu dindjié de se donner à Dieu sincèrement. Et cette pauvre femme la suivit dans son mouvement.
Quant à leur nature, ces chants burlesques étaient doux, cadencés, harmonieux même. Ce n’est point à tort que les Dindjié ont la réputation d’être les meilleurs chanteurs d’entre les Danites.
Dans cette petite peuplade, je ne vis pas un seul homme qui eût conservé l'antique mode, encore en vogue du temps de Richardson, de porter la chevelure pendante en arrière et rassemblée en un gros catogan rejeté sur le dos, dans lequel trois plumes d’aigle étaient plantées. Mais, si mon aimable lecteur veut avoir du costume dindjié une idée parfaitement adéquate, il n’a qu’à aller voir, au musée ethnographique du Trocadéro, le guerrier Xumatilla de la Californie ; car il porte exactement le même costume et possède à
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peu près le même type. D'ailleurs, le mot Xumatilla étant espagnol, je ne serais nullement étonné que le vrai nom de cette peuplade californienne fût Danè ou Dindjié.
Le lac du Milieu communique avec le lac Edzjinétlyé par un petit cours d’eau qui prend sa source dans le lac Tchill-vann. Nous traversâmes seuls ce bassin, Ball et moi, sur le soir et par un froid si intense que, si je ne m'étais dépouillé de mes mitasses de gros drap, pour en revêtir ce garçon, et si nous n’avions trouvé avant longtemps la yourte de Vinizjié, le malheureux Captain se serait gelé à mort avant d'arriver. Nous atteignimes ce camp à une heure avancée de la nuit.
Il ne se composait que de deux yourtes profondément ensevelies dans la terre et la neige. Elles contenaient cinq familles dont plusieurs membres étaient dangereusement attaqués de la scarlatine. Je fis sept baptêmes et bénis un mariage avant d’accepter l’hospitalité qui m'y fut gracieusement offerte.
En ce lieu, également, j'aperçus plusieurs tertres funèbres surmontés de croix et de pavillons. La neige de la veille recouvrait le tout de son blanc linceul. C'était navrant. Mais ce qui l'était encore davantage, c'était de voir l'indifférence cruelle que ces bonnes, pieuses et bénignes gens témoignaient à leurs vieux parents moribonds ou gravement malades. Tout entiers à leur deuil et à leurs propres souffrances, ils étaient sourds et aveugles pour celles des autres. Quand le malheur frappe toute une communauté, on ne s’affecte plus de l’infortune d’autrui ; on n’est préoccupé que de sa propre souffrance,
La nuit que je passai dans ce campement fut très froide. Le thermomètre centigrade descendit à — 52° sous zéro; une température plus que sibérienne, polaire. Vous figurez-vous un o:togénaire et sa fille âgée
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DZJI-NÉTLYÉ (page 202