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On m'introduisit dans leurs maisons proprement dites, Kgunhi (1), ainsi qu’ils qualifiaient leurs huttes en gaules placées en cercle côte à côte, jointes par le sommet et couvertes de mousse, de terre et de rsige. On gelait dans ces boucanières dont les habitants avaient la couleur mordorée et luisante du hareng-saur.
Heureusement, l'abondance y régnait autant que sous des lambris dorés. La chasse au renne avait été fructueuse, de gros sarcophages pleins outre-bords l’attestaient. Les chiens du camp n’y touchaient même pas, repus.
Dans la yourte où j'entrai, un énorme chaudron russe, en fer forgé, semblable à celui de la sorcière de Mac-Beth, était suspendu au-dessus du feu. Il y dansait un mélange carabinique de têtes, de pisds et d’entrailles de renne sans aucun apprêt culinaire, sans lavase préalable, tel que venant du charnier, souillé d ww, de fiente et de lamelles de sapins. Tout autour, les enfants, barbouillés, hirsutes et vêtus de loques, dansui et se pourléchaient de désirs, comme font les bêtes qui attencent la pâtée.
Je ne comptai que 68 âmes dans ce camp. C'était alors à peu près toute la clientèle pe iu-de-lièvre d’Anderson. Que c’est peu de choses pour d’aussi vastes contrées ! Et dire que cet étonnement se répète dans tous et chacun des forts de traite |
Ce même soir, je délivrai un + rmon improvisé, en langue peau-de-lièvre, sur © paroles du Sauveur:
Evangelizare pauperibus misit me. A lasuite,confession spontanée detoutela population, néophytesouinfidèles. Le lendemain, je fis onze baptèmes d'enfants, de vieillards et de malades, parmi ces circoncis devenus chrétiens de leur propre mouvement toujours, sans
(1) Koun en dindjié, kunhè en tchippewayan, kung en chinois, kunô en danè koyukon, una en dindjié tanana, kué en dahoméen, Æud en mordvine, kânek en persan. E. P,
pression, instances ni controverse aucunes. Je dus même me montrer sévère et renvoyer au printemps la régénération spirituelle de tous les adultes des deux sexes ‘qui étaient en bonne santé.
J’appris des Gens du Bout-du-Monde qu’il se trouvait d’autres Indiens de leur tribu à trois ou quatre jours de marche &.s l’intérieur, sur les bords du Grand-Lac (1). Je trouvai même dans le camp un jeune homme de seize ans, nommé le Loup-céleste, Ya-1inpélé, dont la famille devait se trouver dans ces lointains parages, et qui aurait été bien heureux, me dit-il, que je l’aidasse à l'aller rejoindre. IL s’offrait à me servir gratuitement de guide, à condition que je le nourrirais pendant le voyage; car il n'avait point de fusil.
Cette proposition était alléchante, parce qu’elle me donnait le moyen de faire encore plus de bien à ces sauvages, tout en complétant l'entière reconnaissance d’un pays où les Blancs n'avaient point pénétré, et où il était plus que probable qu’il n’en pénétrerait jamais plus, si le fort Anderson était abandonné. Le Canadien Maillard auquel je parlai de ce plan, dans l'ignorance où j'étais s’il recevrait la sanction de l'officier en charge dudit fort, auquel appartenaient mes chiens et mon traîneau, me dit aussitôt :
« — N'en doutez pas. Vous pouvez vous y rendre, si bon vous semble ; car j'ai omis de vous dire, de la part de M. Mac-Farlane, que vous pouvez pousser vos courses jusques et y compris le Grand-Lac, pourvu que vous retourniez à Anderson de nouveau. »
Comme je ne prévoyais pas alors que je pusse être empêché d'y revenir, je promis, et laissai repartir Maillard sans moi.
(1) Tou-tchô ou L'ughé-nawuttonné toué,.
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Les Vieux de la-mer furent heureux de ma détermination et me manifestèrent leur satisfaction par des louanges peu ménagées. Mais, quand arriva pour eux le quart d'heure de Rabelais, à savoir le momen: de me fournir des provisions pour ce voyage, leurs figires s'allongèrent et ils se retirèrent l’un après l’autre. Kha-pœ-tayé, la Viande de lièvre, un des plus jeunes Vieux de la mer, murmura :
« — Ces Français n’ont pas l’esprit de prévoyance des Anglais. Ceux-ci sont toujours munis de tabac, de thé, de rassades, de poudre de chasse et artres marchandises au moyen desquelles ils nous payent généreusement ce que nous leur donnons. Les Français, eux, sont pénibles à nourrir, car ils n’ont jamais rien à nous donner en échange de nos victuailles. On lui fournirait bien de la viande, s’il avait de quoi. En vérité, les Priants n’ont pas d'esprit pour les choses de la terre. »
Ma foi, il disait vrai. Je n'avais pas pensé que je pusse être dans le cas d’avoir des trocs à faire ou un guide à payer.
Le meilleur de la peuplade, le vieux Yellé, ajouta d'n air câlin et honnête :
. — Voilà ce que nous allons faire : nous te donnerois gratuitement des provisions pour tes chiens. Ils appartiennent au bourgeois anglais. IL serait fâché contre nous si ses chiens souffraient par notre faute. Or, nous avons intérêt à ne point l'irriter. Il est le maître.
« Quant à toi, tu es un vrai sauvage, nous le voyons bien ; tu n’en es pas à ton premier voyage ni à ton premier jeûne. Tu arracheras toujours bien ta vie jusqu'à ce que tu arrives dans un autre camp. Là, tu trouveras à manger. »
Cette vénalité et cette étroitesse de cœur serrèrent le mien. Je les comparais, naturellement, avec la gra-
avec le dévouement de ma
vie. Quoil pas même assez d'affection pour me fournir de quoi manger? Pas même assez de finesse pour me
déguiser le servile mobile d'un calcul intéressé : cette w'ils s'étaient
crainte d’offenser Je maître blanc q donné? Me préférer des chiens et oser me l'avouer
en face!
Aussitôt je pris un air indigné :
__ « Suis-je donc un gueux pour que vous me traitiez de la sorte? Est-ce pour vous demander une bouchée que j'ai parcouru tant de pays? N'y a-t-il plus chez moi de butin (L) pour vous payer votre viande? Allons donc, je n'aurais jamais Cru que vous eussiez Si peu
d'esprit. »
Je tirai un crayon et du papier :
« — Que ceux qui veulent me donner des provisions m'en apportent. Je vais tout noter SOUS leurs noms, et tout leur sera fidèlement payé à leur choix. »
Aussitôt, J'eus autant de vivres que je voulus en rendre pour moi et mes chiens. jis me donnèrent
ensuite la liste des lacs que j'avais à traverser jusqu'au
Grand-Lac.
«— Et prends bi
tuité de mes démarches,
en garde au compte que nous t'en faisons, me disaient-ils naivement; car le Loup-céleste n'a passé dans Ces déserts qu'une seule fois, à l'age de huit ans. Il y à longtemps de cela, nous doutons qu'il se gouvienne de la route. Nous avons plus de confiance dans ta sagacité. »
guide? Fiez-vous ensuite aux
Étais-je bien monté en nomades | jJls me demandèrent mo? crayon et
feuille de papier, Pour ÿ dessiner la ca itinéraire, la position, la forme et l'oriente
une grande rte de mon tion de tous
(1) Butin, yu, mot canadien qui désigne les marchandisesvent aux échanges en nature, chez les Indiens.
monnaie qui ser
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aitiez uchée ; chez Allons si peu
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ous t'en -céleste , à l’âge doutons s plus de
suite aux e grande
de mon n de tous
rchandisesles Indiens.
les lacs, de toutes les montagnes que j'avais à traverser pendant ces quatre jours.
Toutes ces gens-là sont géographes; même les .
fommes.
Yauinpélé, mécontent de se voir méprisé par les Vieux, et craignant que leur déclaration ne me décourageât, protestait énergiquement contre leur dire, m'assurant qu'il se rappelait aussi exactement cette route que s’il y eût passé la veille.
Nous avions à traverser les lacs des Rennes mâles, du Steppe blanc, des Hameçons dans l’eau de roche, des Dryades, du Plat en racines tressées, des Écluses de pêche d’Essé, des Poissons mous, des Poissons gelés, de la Baie, et des Poissons pâles. Nous devions trouver les autres Vieux de la mer sur les bords du Grand-Lac ou lac Colville.
Nous partimes de ce camp le 27 novembre, jour où j'eus encore la satisfaction de voir le soleil du haut des collines granitiques qu’il nous fallut traverser. Ce fut sa dernière visite de l’hiver.
Nous arrivâmes, de nuit, à une loge solitaire où nous eni:âmes pour camper. Elle s'élevait au bord d'un petit lac que l’on me dit être très profond et poissonneux. C'était l'habitation du vieux Täh-chyé, un jongleur de renom dont les apparitions nocturnes et les communications intimes avec le Pied-brüûlé, Ekhé-ttsélé (1), faisaient alors grand bruit dans le pays. C'était pour ce motif qu'il se tenait à l'écart.
Chaque nuit, Täh-chyé se battait avec la Pattepelue, se démenant, soufflant, suant, poussant des cris affreux. En pays civilisé, on eût enfermé le pauvre homme dans un cabanon. Chez les sylvicoles, Täh-chyé n'était pas plus hallebrené que les autres chamans, ses confrères en diableries. Il jouissait même d’une plus
(1) Nom du malin Esprit, dans la langue de ces Indiens.
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