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grande réputation, parce que ses accès étaient bien réels, et non pas simulés.
Lui-même me dit : ;
« — Pourquoi viens-tu? Je suis la mort : « Ewié él'i! » Ne sais-tu pas que j'inspire de l’effroi à tout le monde? Il est difficile que je change de cœur pour embrasser ta bonne parole. Je voudrais bien me faire baptiser afin de voir Dieu; mais je crains que ton eau ne soit pas assez efficace pour guérir une âme biscariée par les péchés d’une longue vie. Mon ventre est plein de Dzjidzjin (1), et ma pensée éprouve un obstacle: : « sé kotié onttè ». Je doute que tu puisses me bonifier et chasser le Petit vieux noir qui me tarabuste toutes les nuits. Mais voici mes deux filles, qui sont encore des enfants belles, gentes et innocentes du vice impur. Baptise-les et rends-les tout à fait bonnes. J’y consens ».
Je baptisai ses deux filles. Le Vieux de la mer avait aussi un fils de dix-huit ans nommé Dettchoghé, les Andouillers de renne, que je baptisai également, et qui fut le chrétien le plus candide, le plus aimable et le plus vertueux que le désert ait jamais produit. Pauvre Camille ! il se noya dans le Grand-Lac en visitant ses filets, plusieurs années après et sur le point d’être père.
Le printemps suivant, Tâh-chyé lui-même ainsi que sa vieille finirent par me demander le baptême. Je donnai à ce patriarche le nom d'Abraham et à sa moitié celui de Sarah.
Dans la circonstance présente, Tâh-chyé me traita avec une hospitalité antique. Il me fit faire un repas de chef avec de la viande de renne, du poisson-blanc, du pémican, des perdrix et des langues. Que Dieu récompense ce pauvre toqué de sa foi et de sa charité.
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Cependant le baptême ne put le guérir de ses hallucinations, disons mieux, de ses obsessions. Il y a des positions irrémédiables, sur la terre. Pour cette pauvre cervelle courbaturée de chaman, c'était une question de routine. Le pli était pris, l'habitude de voir le diable contractée, l'imagination atrophiée, l’araignée ancrée au plafond, l'édifice hanté, envoûté, irréformable. C’est une pitié, mais le fait psychologique se conçoit. Il est tellement lié et dépendant de la lésion cervicale que, sans la guérison de celle-ci, il n’y a aucun espoir de modifier celui-là. Mais Dieu aura eu égard.
Vers le milieu de la seconde journée, Yayinpélé perdit la carte, comme nous atteignions le. point culminant de ces barren-grounds. Il m’apprit que nous n'avions passuivi l'itinéraire fourni par les Vieux, quoiqu’il fût très sûr ; parce qu'il l'avait trouvé trop long ; mais que nous l’avions laissé à gauche. De temps à autre, seulement, nous obtenions des points de vue sur plusieurs des lacs qui m'avaient été désignés par avance.
La route que nous suivions — si l’on peut appeler route une marche à l'aventure dans le désert — avait été indiquée au Loup-céleste par le vieux Täh-chyé. Elle nous fit traverser successivement les beaux lacs des Mamelles, des Inconnus, des Écluses du Cygne, des Lignes de pêche de l’Oie blanche, de la Cache à viande puante, du Rocher noir, le Grand-Lac, celui des Caches alignées, et enfin le lac du Bois-pourri.
Malgré l’imbécillité du Loup-céleste, ce fut un grand bonheur que nous eussions pris cette voie raccourcie. La route ordinaire nous eût conduits dans une contrée tout à fait déserte d'habitants et où nous serions immanquablement morts de faim.
Toutes ces traversées de lacs ne s’effectuèrent pas sans anxiété ni aussi facilement que j'en parle ici. Il
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