‹ Quinze ans sous le cercle polaire [microforme]Chapitre 63 sur 81 · RER · texte numérisé non relu

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J: bourgeois de ton fort, j'ai perdu le droit de commander à mes jeunes gens. Je ne suis plus chef ici quand un Blanc s’y trouve. C’est toi qui l’es, Père; toi seul es maître. Parle, tous mes hommes vont t’obéir. » ;

Cette tirade sardonique fut suivie d’un mutisme complet touchant mon retour à Bonne-Espéranca.

Je lui dis que je ne tenais pas du tout à m'en retourner chez moi; que M. Mac-Farlane m'avait prêté ses chiens dans l'espérance que je lui reviendrais encore, en compagnie des Indiens. J’ajoutai, pour le tenter, que j'avais ouvert un sentier depuis le fort Anderson, qu’il serait bien reçu dans ce poste et obtiendrait ce qu'il voudrait de l'officier en charge.

Il goûta encore moins mesraisons que pour l’autre alternative. C’étaittrop loin; lerenne pullulaitautour desa tente, tandis qu'il n’y enavait point à Anderson. Il avait été violenté d’un côté comme de l’autre. Bref, il finit par me faire comprendre que, si j'avais eu de quoi le payer sur l'heure, J'aurais obtenu ce que j'aurais voulu, même dans son camp ; mais que, chez lui comme ailleurs, pas d'argent, pas de Suisses.

Il ne m'était jamais venu à l’idée de faire travailler ces gens-là pour rien ; mais ils voulaient voir et palper la monnaie avant d'ajouter foi à ma parole. Mon Dieu, nos paysans sont-ils plus désintéressés, plus confiants ?

Je fus relancé par les subordonnés du Carcajou comme je l'avais été par le chef lui-même. Celui-ci affecta d’être attristé du refus de ses gens :

« — Enédji! voyez donc! s’écriait-il d’un ton lymphatique. Dire qu’ils ne veulent pas reconduire notre Père chez lui, notre Père qui est venu nous secourir et nous administrer quand nous étions malades. Et cependant, notre Père c’est tout comme le bon Dieu ; n'est-il pas vrai? Oh! non, cela n’est pas bon. Eyi kotsintèé ! »

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Et avec un soupir, il s’allongea mollement dans ses chaudes couvertures de renne, avec la volupté mal déguisée d’un enfant qui, de son édredon, voit la neige tourbillonner dans l’air et le givre grésiller contre les vitres, alors qu'il lui faut se lever pour aller en classe.

Après un instant de réflexion, il reprit :

« — Je t’accompagnerais bien moi-même si je pouvais sans déshonneur me représenter devant le commis du fort Good-Hope. Mais cela est incompatible avec ma dignité méconnue. Cet homme m'a maltraité, il a voulu me rendre misérable en me refusant le nécessaire.

«Misérable!.. répéta-t-il en s’animant. Vois, Père, si je le suis. Eh bien! tu le lui rapporteras. Tu lui diras que j'ai de la viande en quantité, et que tu n'avais en ; que j'ai d'excellents poissons, des lièvres, des faisans, et que c’est nous qui t’avons nourri gratuitement, alors que lui-même m'a chassé de son fort somme un chien. Les lièvres ! nous les laissons suspendus aux brimballes, nous crachons dessus. Et cette abondance, nous l’avons obtenue sans brûler une amorce, sans tirer une balle, sans consumer une mesure de poudre. Nous n'avions rien de tout cela. Il nous avait tout refusé. Il avait cru niaisement que je ne sais plus tendre un filet sous la glace, un collet sur des palissades de chasse, pour les rennes, ou sur les sapins, pour les lièvres qui pullulent dans nos bois. Non, je n'irai point au fort de tout l'hiver, M. G. a voulu me rendre misérable; eh bien! c’est lui qui le sera. Il n'aura rien de nous, dussions-nous gaspiller nos provisions sans aucun profit. »

Pauvre Carcajou! il était bien heureux et bien reconnaissant, quinze jours plus tard, lorsque ce commis du fort Bonne-Espérance, un bon cœur et un excellent chrétien aprèstout, malgré ses moments d’effervescence humaine, le faisait chaleureusement remercier des

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services qu’il m'avait rendus, et lui envoyait gratuitement du tabac et des munitions üe chasse, tout en le dispensant de venir au fort pour le moment; parce que, lui mandait-il, son hangarregorgeait de provisions.

le lendemain, les huit hommes-faits qui composaient ce petit hameau-volant se réunirent en conseil pour décider avec leur chef ce qu’il conviendrait de faire en ma faveur. Mais je vis, dès les premiers mots, que leur décision était prise d'avance et qu’elle m'était contraire.

« — Ne t'irrite pas de notre refus, me dit le Petit- Cygne, un de ses conseillers municipaux ; nous ne nous défendons pas de te guider vers le fort Bonne-Espérance, nous refusons seulement de nous mettre en marche au solstice d'hiver. IL y a de l’insanité à voyager à pareille époque. IL faut être des crèvemisère comme le sont les Blancs pour s’y hasarder. Il n'y a pas de jour, on gèle en marchant, on se couche peut-être pour ne plus se réveiller, on peut être attaqué par des loups au milieu de la nuit en revenant tout seul de si loin. C’est dangereux, trop dangereux; y pensestu? Et cet hiver la neige est si épaisse ! et pas plus de chemin quesurle dos de ma main. N’ycompte-doncpas.

« Attends quelques jours avec nous. Tu nous instruiras, tu nous feras prier ; puisque nous n’avons rien à faire qu’à manger et à dormir. Nous somuñes si contents det’avoir!...Plus tard, quandlesjours seront pluslongs, que le soleil reparaîtra, nous irons tous au fort avec des provisions boucanées, et tu viendras avec nous. »

Je me rendis à leur avis, faisant de nécessité vertr..

Huit jours après, un matin que j'étais encore dans mes couvertures, enjouissant le moelleux du sol glacé couvertd’une unique peau de renne, j'entendis Nonpa(1) qui disait à ses compagnons de loge :

(1) Nom indien du glouton ou carcajou.

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« — Cet homme m'ennuie. Il est insatiable. Je n'ai jamais vu d’appétit pareil. Il mange comme un loup maigre, sans plus parler de payement que s’il était chez lui. Pour peu que ce train-là dure je serai à court de provisions. Vous devriez le nourrir chacun votre tour.

« D'ailleurs, on ne peut rien dire en sa présence. Il a l'esprit trop ouvert. Il faut voiler ses paroles, il faut se cacher de ses oreilles, se cacher de ses regards. Cela est fatigant. »

La Tête-tombée, qui venait de perdre sa femme, la grosse Marie, une excelleñte et compatissante créature, lui répliqua :

« — Aussi, faut-il être idiot pour s’aventurer dans un pays étranger, sans guide, sans serviteur ni provisions aucunes! Et pourquoi? Pour visiter des gens que l'on ignore être malades et qui se soucient autant de vous que de ce qui se fait dans la lune. En vérité, ces Priants français agissent comme des enfants. Ils sont bons, ils ont compassion de nous, ils ont même de l'esprit, mais rien que pour le ciel. Sur cette terre, bêtes comme des gelines. Nous leur sommes, en vérité, bien supérieurs. Nous avons au moins de quoi manger et nous n'avons nul besoin de nous sacrifier pour des étrangers.

« — S'il avait du tabac, du thé, de la verroterie, dit la femme du chef, tout cela s’arrangerait. (On lui trouverait bien de l'esprit. Mais rien, absolument rien. Pauvre comme un orphelin. Hier, je le voyais repriser sa soutane avec du fil blanc. Enédjil! Il nous faisait pitié à toutes. Il est en loques, tout bobeliné. Cependant pas une d’entre nous ne s’est sentie de le raccommoder, ni moi non plus. Comment voulez-vous ? IL n’a rien à

nous donner en retour. On ne peut pas travailler pour rien, en ce monde, »

J'en avais assez entendu. Je fis semblant de m'éveiller. Tout en déjeunant comme un ogre avec du

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saumon blanc, une chair laiteuse et ferme à plaisir, je dis au chef ;

«— Tente donc un dernier assaut sur tes jeunes gens. Craindraient ils que je ne puisse les payer ? Je ne suis pas un gueux. Que celui qui veut me conduire me demande un payement quelconque. Je te donne ma parole qu’il l'aura à notre arrivée à Bonne-Espérance. Si je ne vous ai point proposé de rétribution, c’est que je ne pensais pas que cela fût nécessaire. Cela va de soi. Avonsnous l'habitude de faire travailler le monde pour rien ? »

Il sortit. Lorsqu'il fut rentré :

« — C’est inutile, dit-il sans me regarder et d’un ton bourru. Iis savent bien qu'ils seront payés, mais ils refusent. »

« — Il va donc falloir que je m’en aille seul, ajoutaije, de l’air le plus indifférent du monde, et j'espère y réussir. N’ai-je pas ma boussole et mes chiens ? »

Et je fis mon paquet très sérieusement.

Le camp fut aussitôt en émoi. Chacun se récria, les femmes surtout. Elles me conjurèrent, les larmes aux yeux, de ne point partir, parce que ce serait chercher la mort, et quelle mort!

Je me mis à rire et à plaisanter de leurs craintes.

Aussitôt un homme encore jeune, Kkapa-èponné, le Tueur-de-perdrix, vulgairement appelé la Perdrix, se dévoua moyennant un payement de trente-six francs en marchandises, que je lui garantis. Ce n'était pas cher.

« — À condition que tu me nourriras, ajouta-t-il en riant, pendant l'aller et le retour.

« — Pour le retour c’est facile. Je te fournirai des provisions de voyage. Il le faut bien. Mais pour l'aller où veux-tu que j'en trouve ? Veux-tu que je chasse en route pour te donner à manger ?

Il se mit à rire d’un air finaud.

« — Non, non. Je te les fournirai moi-même.

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« — Ah! je comprends. C'est-à-dire que tu t’engages à consommer tes propres provisions à condition que je te paye pour les manger ?

« — Justement. Ne travaillerai-je pas pour toi ?

« — Eh bien, soit, j'y consens. Rien de plus juste: et tu auras en outre les trente-six francs en marchandises, à ton choix. »

Nous partimes le lendemain pour n’arriver au fort Bonne-Espérance que le 18 décembre, sept jours après. Sept jours de marche forcée à la raquette, sept jours de froidure intense, de souffrances presque intolérables dans la neige, sans chemin, sans soleil et presque sans jour.

Quelle description faire de toute cette contrée que ne foula jamais homme blanc? Je sais qu’on me fera un reproche de ne pas m'étendre davantage sur ce chapitre. Je n’y vis, moi, que du noir sur du blanc, ou du blanc sur du noir, selon que nous traversions de grands lacs parsemés d'îles boisées, ou de vastes forêts de conifères saupoudrées de frimas et diaprées de lagunes.

C’est là toute et la seule physionomie du pays en hiver. Ma carte fournit les noms, les formes et l’orientation des lacs, la direction des cours d’eau. Une description n’ajouterait rien de plus : lacs et sapins, sapins et lacs. |

Sur le lac des Palissades de l’Arête (1), entre les deux chaînes granitiques Chiè-wèlè kodajyé kopa et Bé-chô kukfwè ékorénen, deux noms auxquels je ne comprends goutte, — du vieux langage démodé— (2) je fus témoin d’un météore nouveau au coup de midi et en plein lac : l'extrémité du lac m'offrit l’aspect de

deux colonnes de lumière blanche et rayonnante, qui (1) Epossé-fiwilé toué.

(2) Le second nom semble pourtant signifier qu’en ce lieu on trouva jadis un grand couteau.

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s’élevaient au milieu d’un ciel pur et clair, de chaque côté d’une pyramide sanglante que je savais être la projection du soleil souterrain marquant midi.

Peu à peu les sommets des deux colonnes blanches s’arquèrent l’un vers l’autre et finirent par se réunir et se souder en manière d’une grande porte cintrée et lumineuse, Cette lumière d’abord blanche passa ensuite au jaune et enfin au rouge de la pyramide; sans doute à mesure que la lumière solaire, à peine projetée, s'éteignait.

Le Tueur-de-Perdrix, qui vit comme moi ce phénomène mais sans s’en rendre compte, en fut dans un ravissement tel que je compris qu'il n’était point vulgaire.

« — Ÿ a-til de l’eau, à l'extrémité de ce lac? lui demandai-je pour toute explication.

« — Oui, me dit-il. Il s’y trouve des sources d’eau thermale qui ne gèlent jamais, même par les froids les plus intenses, »

C’étaient donc les vapeurs dégagées par ces eaux qui formaient dans les airs cette arcade lumineuse, dans laquelle se peignaient les tons mourants d’une ombre de soleil.

Le 14 décembre, au campement du soir, toute la viande que la Perdrix m'avait vendue pour devenir nos provisions de route, se trouva épuisée. Je dévorais. Il ne s’y était pas attendu. Il ne restait donc à l’Indien que les vivres boucanés qu’il destinait au chef du poste de Good-Hope. Comment faire ?

« — Nous allons en consommer une partie, lui disje. Je vais en tenir compte et je la payerai au bourgeois, qui te la reconnaîtra.

« — Laisse-moi faire, répliqua-t-il amicalement. J'ai plus d'esprit que toi quand il s'agit de commerce. D'abord, voici encore quatre plats-de-côtes que je te donne. Me les payeras-tu ?

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« — Sans doute. C’est entendu. En voilà pour un pelu (1). Adjugé.

« — Bon! J’en prends deux pour ma part, et je t'aiderai à manger la tienne si tu ne la finis pas avant que j'aie consommé la mienne.

« — Farceur !

« — Ne faut-il Las que tu me nourrisses, voyons ? « — Entendu, entendu. Ensuite, rerard ?...

« — Ensuite, continua le rusé et facétieux Indien,

voici d’autres plats-de-côtes que je destinais au bourgeois. Je vais leur faire subir une petite opération dont il ne s’apercevra seulement pas. De toutes les rognures que j'en enlèverai nous aurons bien encore la valeur de quatre autres plats-côtés sans qu'il y paraisse. Cela ne se pèse pas.

« — Juif, va, Juda-gottine.

« — Ah! s’écria-t-il avec une grimace, voilà que je viens de faire un coup de maladroit : ehttsen défiwittah, j'ai coupé en deux mon plat-de-côtes. As-tu du fil sur toi et une aiguille ? Je vas le recoudre. Bon ! le commis ne s’en apercevra pas, et il me sera payé comme les autres. Le voilà encore tout neuf. »

La réparation faite, il continua :

« — Notre viande est bien maigre. Le renne fatigue énormément, cet hiver, à piocher son lichen; il y atant de neige! L'animal pâtit et n’engraisse pas; c’est pénible à dire; mais il nous faut du suif pour arroser ce bardeau, sans quoi il nous étranglerait. Attends, je vas te montrer un autre truc des Dènè proprement dits. Tu ne les connais pas encore tous. C’est terrible ce que les Dènè ont de l'esprit, va. »

Prenant un gros pain de graisse, il en présenta le fond à la flamme, recevant dans une assiette le suif fondu qui en suintait. Quand l'assiette fut pleine :

(1) à fr. 50.

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« — Tu vois, me dit-il, si javais détaché cette graisse avec mon couteau, on s’en serait aperçu. En la faisant fondre, il n’y paraît pas, et ce pain ne me sera pas payé un sou moins cher qu'auparavant. Nous allons faire un bon repas aux frais de l'officier du fort Good- Hope, et il en restera encore pour les jours suivants. »

La veille de notre arrivée à Bonne-Espérance, nous tombâmes enfin sur le lac des Gelinottes, où nous retrouvâmes le sentier de l'automne poudré à blanc mais reconnaissable au tâter. Hélas! alors que mes pauvres chiens, qui avaient tant souffert, allaient avoir plus de cœur et moins de mal, Ned, mon chien conducteur; Ned, qui m'avait sauvé la vie sur le lac Noir, lorsque . Y'ayinpélé perdait la tête et allait à

m'égarer : Ned, que je soignais comme mes yeux, tant hs

il m'était précieux, que je recouvrais soigneusement, la nuit, d'un pan de ma couverture; Ned, mon ami, épuisé par la rigueur du froid et une fatigue extrême, tomba sur la glace pour ne plus se relever !

Comment n’eus-je pas l’idée de déposer son pauvre $ corps émacié, dans mon traineau allégé de provisions ? Comment ne pensai-je pas à le charrier ainsi jusqu’au bivouac ? Il s’y serait réchauffé, réconforté et reposé. Il aurait reçu sa portion de poisson cuit, et aurait pu nous suivre jusqu'à Good-Hope. .

Hélas ! je fis ces réflexions trop tard et alors qu’il n'était plus temps. Je ne le croyais pas si bas. Je mel disais : il nous suivra de loin. Il va se reposer un ins-| tant sur la glace, puis il viendra au petit pas par derrière et nous le reverrons ce soir ou dans la nuit, auË campement. Mais il ne nous suivit point. Mon cœur sck serra d'angoisse, le soir, quand je ne revis pas Nelf à mon côté. Jene pus dormir de la nuit. Il me semblait toujours l'entendre plaindre et siffler de douleurk Assoupi, je voyais venir chancelsnt, grelottant à se}

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Ned n'était qu’un chien, mais quel chien! Depuis un mois et demi il me servait, il me traînait, il transportait mes provisions, mes couvertures et mes ustensiles de voyage. Il était si intelligent à suivre le sentier, à retrouver un chemin perdu, si doux, si obéissant ! Pauvre Ned, il sera mort avec l4 douleur de se voir méprisé, abandonné cruellement par celui qu’il avait

, uué et servi avec fidélité, mort victime de son devoir,

sous la dent du loup, peut-être, ou par les morsures non moins meurtrières du froid.

J'ai été ingrat une fois en ma vie. Je me le repro-

| cherai longtemps.

La Perdrix fut bien accueilli au fort conune à la mission de Bonne-Espérance. Il reçut de moi les trentesix francs dont nous étions convenus; un peu moins de six francs par jour. Ce n’était, certainement, pas trop cher. Mais l'excellent M. G:.udet, commandant du fort,

A doubla la somme de ses propres deniers à titre de re-

merciements votés par la Compagnie d'Hudson à cet Indien, pour s'être montré humain et compatissant

envers un Blanc isolé dans le désert.

Voilà ce que j'appelle un chrétien et un vrai compatriote.

Pendant ce voyage, qui dura deux mois révolus, je

gardai les raquettes aux pieds plus de six semaines. J'avais traversé trois cent trente-six lacs, dont soixante

huit par deux fois, et effectué trois cent quatre-vingts

lieues à pied. Enfin je conférai soixante-sept baptêmes act célébrai neuf mariages de nécphyte :.

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