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«— Allons, Rakoé (1) l’a dit : ey dindjié, il faut le f..... à l’eau, le chien kkétintchô. Notre Père, le Révérend M..., n’est pas loin d'ici. Ey bettaoderha illè. Allons, vous autres, djugu, c'est le moment. Anl'a nipaä (2). » : : Fe.
Ce disant, l’énergumène se lève, les Loucheux avec lui, et ils s’approchent de moi, qui étais absolument sans défense. Je jetai vivement les yeux autour de moi pour voir si je n’apercevrais pas une hache, un fusil. Si J'avais été armé, ilest très probable que Peter aurait reçu un mauvais coup; je le confesse. Mais tout à coup Saint-Pol se dressa sur ses jambes d’échassier, l'air menaçant et ennuyé.
« — Qui parle de nipaä, ici? Qui vous a commandé de tuer quelqu'un ? Si vous bougez, gare à vous! vous entendez? Tout ce que j'ai dit l’a été par pure plaisanterie. Je voulais savoir à qui j'avais affaire. Personne nipaû ici. »
Il dit et se reglissa dans ses couvertures à côté de son horizontale. Quelle comédie ! Cela valait pourtant rnieux qu’un drame dont j'aurais fait les frais. |
Cependant je compris que je devais le revirement subit des desseins d1 Métis à une rodomontade de sa Galatée perforée, et je la bénis d’avoir été reconnaissante.
et même de cris. Il ’a pas cours dans le Mackenzie, où règne le jargon esclave. Celui-ci n’est composé que des éléments français, cris et dènè esclave. Enfin, un troisième jargon, le chinouk, est parlé dans la Colombie britannique et l'Orégon.
(1) Le mot chef, sakocé, dans le dialecte dindjié du Bas-Mackenzie, devient kakgsey dans celui du Youkon; na-kaskpè en dana-atnan (Alaska); kaskayu en kenaïtze ; et signifie grandhomme. Rapprochez-le de Æaïssar, kassère, keissare, roi, homme-seigneur et leurs analogues. E. P.
(\ Allons, le chef l’a dit : cet homme, il faut le jeter à l’eau, c’est un chien. Notre Père, le révérend M... n’est pas loin. Celui-ci n’est pas nécessaire. Allons, vous autres, maintenant, c’est le moment. Tuons-le tous ensemble.
Les langues se turent. Ces pauvres bêtes d’Indiens, que Saint-Pol et Pelly n’avaient cessé de pousser au meurtre, se regardèrent les uns les autres avec-effarement, se demandant pour quelle raison on les avait aussi indignement mystifiés, aussi ridiculement comprorais à mes yeux, en leur inspirant cette haine du Français et du prêtre catholique. Pourquoi leur patron s'était amusé si cruellement à mes dépens au lieu de me refuser le passage, ce qui aurait été si simple. Ils murmurèrent. Je crois qu’en ce moment il n’aurait pas fallu grand'chose pour qu'ils fissent subir au Métis cynique le sort qu'il nous destinait.
Quand nous gagnâmes l’étroit rivage pour y prendre notre repas de midi, je m'aperçus que Vitedh n'était plus dans la barque. Edzaré me dit qu’on l'avait forcé d’'embarquer dans un vieux canot d’écorce vermoulu et percé, et qu’on l'avait laissé sur la rivière. Je ne m'étais aperçu de rien.
« — Ils voulaient m'obliger d’y entrer moi-même, me dit Edzaré; mais je n'ai pas voulu y consentir. Je crois qu’il n’ont pas de bons desseins à notre égard. »
C'était donc la seule présence d’Edzaré dans la barque qui avait fait avorter le guet-apens de Pelly. Ceux que Dieu garde sont bien gardés.
Comme nous reprenions la drosse pour dîner, Vitedh apparut dans son canot, trempé jusqu'aux os. Il se hâta de rentrer dans la barge après avoir repoussé sa vieille pirogue d'un coup de pied.Cette baignoire coulait bas tous les quarts d'heure et l'obligeait chaque fois d’accoster, pour mettre pied à terre et vider l’embarcation sens dessus dessous. Le pauvre garçon, qui avait eu une venette épouvantable, grelottait autant de peur que de froid ; car il se demandait, lui aussi, auquel des deux on en voulait, de lui ou de moi, et pour quelle raison.
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pauvre garçon perdit tout à fait la carte et s’écria en dindjié :
« — Oh! vous pouvez bien le jeter à l’eau, allez, je ne vous trahirai pas. Je vous le jure. Je le renie, cet étranger, ce Yankee.
« Ne suis-je pas dindjié comme vous? Ne suis-je pas de votre nation ? »
Son visage était tellement décomposé par la terreur, que je ne pus m'empêcher d’ex rire tout d’abord.L’Ecossais s’écriait en riant lui-même aux éclats :
« — Oh ! foolish boy ! foolish boy! Néni t'as perdu la cabosse, hein? Néni t'as peur nétcha ? » Et il redoublait ses taquineries : « Allons, jette à l’eau! jette à l’eau ! »
Je n'y pus tenir davantage:
« — Vraiment, monsieur, je ne sais qui est le plus fou, de ce jeune homme ou de vous, lui dis-je avec co- Jère. Ce que vous faites là est un jeu de misérables. Vous abusez de notre position dans un pays perdu au bout du monde. On ne saurait être d’honnêtes gens en se riant ainsi d'étrangers qui sont vos hôtes. Je ne reconnais point en vous un Ecossais. »
Il fit un signe. Ils se levèrent tous simultanément, fusils en main, poussèrent la barque au rivage et s’élancèrent eux-mêmes à terre pour y... purger leur ventre et tirer en l'air.
C'était la ‘sortie des Remparts. Nous arrivions.
Ainsi finit cette comédie dont on avait voulu faire d’abord une tragédie. Méphistophélès ne répondit pas un mot à l’insulte bien méritée que je lui avais décochée.
Un vieux Dindjié arrivait en pirogue d’écorce.
« — Y a-t-il beaucoup de monde au fort? lui demanda Saint-Pol.
« — Dindjié kewa. Il n'y a personne. J'y suis tout seul et pêche pour ton collègue.
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« — YŸ a-t-il au moins beaucoup de viande”?
« — De la viande! répondit l'Indien avec une amère ironie. Pas une bouchée.
« — Voit-on le fort Youkon de bien loin ? demandai-je à mon tour.
« — Le fort ? Eh! mais il me semble que vous le voyez d'ici; il est devant vos yeux, répondit le Métis d’un ton bourru.
« — Le fort Youkon !. devant mes yeux 7... Mais je ne vois que le rivage, monsieur.
« — Eh bien ! c’est ça le fort, by the deuce ! De fort Youkon il n’y en a point, ou plutôt il n’y en a plus, Goddam ! Les Yankees nous:en ont chassés ce printemps. Comprendrez-vous, à la fin ?
« — Mon Dieu, monsieur, que ne me disiez-vous tout cela au fort Lapierre, ou plutôt, que ne m’avezvous refusé le passage! C'était si simple. Je vous aurais gardé le secret et ne vous aurais pas créé ainsi des embarras. »
Il eut assez de pudeur pour ne rien répliquer. Il n’afficha plus ses airs cassants et fanfarons. Il comprit que l’indécente comédie qu'il avait jouée à mes dépens et à ceux de son équipage l'avait coulé dans mon estime et leur considération.
- Tous ses mensonges devenaient patents, manifestes. Il en rougissait jusqu'aux oreilles et se tint coi et penaud comme le renard de la fable pris par une poule.
J'aurais pu alors me venger de son insolence par des sarcasmes bien mérités. J’eus plus de charité que ça. Je rougissais moi-même de son embarras, de sa confusion. Bien plus, je ne racontai jamais à personne la conduite de cet employé, et si je le fais, à dix-huit ans d'intervalle et tout en taisant son nom au public, c’est que je sais bien qu’il n’en sera pas diffamé.
.… D'ailleurs j'ai dit que ce Métis compromettant et compromis fut obligé. presque aussitôt de quitter le
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Youkon et le Mackenzie. Il sortit même de la Compagnie d'Hudson pour commercer pour son propre compte. Il se maria, dans le sud, avec une autre grosse sauvagesse plus âgée que lui, comme la première, mais qui, au moins, n’avait pas le nez perforé. Cette honnête femme lui apporta en dot neuf enfants qu'elle avait eus d’un premier mari. Ce fut toute la fortune du pauvre diable.
Avait-il du goût et de l'esprit, ce Méphistophélès !
Je retourne aux Remparts.
Les Américains avaient réellement chassé la Compagnie de la Baie d'Hudson du fort Youkon; parce que ses commis ne s'étaient pas hâtés de s’exécuter. Ceux-ci étaient venus sur ce nouveau terrain qu'ils déblayaient, à une journée et demie de marche en amont du confluent de la Porc-épic avec la rivière des Iles- Rouges, mère-branche du fleuve Youkon, MM. M... et Saint-Poi n’y avaient, pour le quart d’heure, d’autre demeure que la calotte du firmament, pendant le jour, et une petite tente de toile, durant la nuit.
C'était tout le fort.
Maisils ne purent pas même s’établir en ce lieu. Il me parut qu'ils étaient encore à une quarantaine de lieues ou environ dans l’intérieur des possessions américaines de l'Alaska, et que, partant, les Yankees ne les y souffriraient pas. M. M... abonda dans mon sens après m'avoir fait quelques semblants d’objection.
Les Américains n’entendent pas le badinage en fait de limites territoriales. Ils ne sont pas aussi débonnaires que les Russes. Les Remparts durent leur être cédés et le nouveau fort en herbe transporté au confluent de la rivière du Courrier. Par le fait,
c'est là qu’existe aujourd’hui ce fort, dit des Remparts.
Quant à l'ancien fort Youkon, il est demeuré au pouvoir des Américains.
Pour atteindre le fort... comment le nommerai-je ? depuis Lapierre’s House, nous naviguâmes pendant trois jours et deux nuits consécutifs et à outrance, et après avoir franchi plus de cent lieues anglaises.