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de plus que leur rival, le salmo scoulerii, qui atteint jusqu'à 4 pieds de long et pèse de 30 à 60 livres anglaises, et le dhikki ou poisson-chandelle qui n’a que six pouces de long, mais qui est tellement huileux que, séché au soleil ou boucané comme le hareng, il peut brûler comme une torche et sert même de flambeau aux Danè-Ingalit. Je suppose seulement que ce luminaire économique ne doit pas être plus aromatique que le lard de baleine que les Esquimaux emploient pour la même fin, et que, comme lui, il requiert des nerfs olfactifs à l'épreuve des odeurs abominables (1).
Les Dindjié et les Danè-Ingalit sont les plus septentrionaux des peuples tchippwa-wéyan ou à chlamydes de peaux pointues, à habits à queues par devant et par derrière. Ce costume pittoresque et si décent, qui ressemble au poncho chilien et qui fut porté jadis par tous les Indiens de race danite, a presque totalement disparu de nos jours. Au fort Anderson, en 1865, je ne vis que deux ou trois Dindjié qui en eussent encore. En 1862, les Kuchà et les Toanan Kuttchin le portaient. Aujourd’hui on n’en trouverait par un seul spécimen.
Ce vêtement élégant et original futremplacé d’abord par la blouse de chasse en peau boucanée, courte, coupée en rond un peu plus bas que la ceinture et assez semblable au bourgeron de nos ouvriers. Puis ensuite par le veston ou la jaquette des Européens. Dire que la . civilisation anglaise se fait sentir jusqu’à cette contrée éloignée, que son influence s'étend jusqu’à la coupe d’une chemise!
En 1850, M. Murray, cité plus haut, portait l'entière population de l’Alaska anglais à 6,000 âmes, dont
(1) C'est évidemment le minoga ou lamproie dont les Cosaques du Volga se servent en guise de chandelle. (M®° Carla Serena.)
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LE YOUKON 311
1,200 chasseurs ou guerriers. Je puis affirmer que ce dernier chiffre peut convenir maintenant à tout le territoire et que les Danites ne s'élèvent pas à plus de 2,000 âmes. Le nombre des incirconcis est très petit parmi eux, m'a-t-on assuré. Ils pratiquent cette opération, comme les Dènè Peaux-de-lièvre, à l’aide d’un silex tranchant. Des Dindjié m'ont affirmé qu’un adulte, qui n'aurait pas été circoncis après sa naissance, devrait acco:nplir lui-même cette opération sans
! la recevoir d’un tiers; ce que je considère comme une
épreuve bien rude et bien cruelle.
Si j'ajoute à la nomenclature des tribus dindjié dont j'ai cité les noms dans ces pages celui des Intsidindjich ou Hommes du fer, qui chassent au confluent de la rivière des Rennes, et les Tsæs-tsiég, Ceux qui battent le poisson, appelés aussi L’én-tsell, les Petits chiens, nous aurons l’énumération complète des peuplades dindjié de l'Alaska.
Je pourrais aussi parler ici des différentes peuplades danè appelées Koyoukons et Ingalits, ne serait-ce que pour relever et corriger les erreurs qu'ont commises certains voyageurs appartenant aux langues allemande et anglaise; mais, comme je me suis fait un devoir de ne raconter que ce que j'ai vu ou entendu de source certaine, je m’abstiens de ce tra-
vail.
Cependant je ne saurais omettre la curieuse division de la, nation dindjié en trois camps, indépendants de la noblesse ou tchill-hè, et que l’on pourrait appeler des castes si ?lles n'avaient un but tout à fait contraire à celui des castes de l’Inde. Ces camps sont les Etchiankpét ou gens de la Droite, ou Blancs; les Natséinkpét ou gens de la Gauche, ou Noirs ; les Trendjidheyttsetpkét ou gens du Milieu, ou Bruns. Il est absolument défendu à tout Dindjié de se marier dans le camp auquel il appartient par sa mère. Il doit chuisir son conjoint
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ou sa conjointe dans un des autres camps, à savoir les Dextriers chez les Senestriers, et vice versä, et les gens du Milieu chez les uns ou les autres. Les enfants appartiennent tous, de droit, au camp de la mère. C’est « le matriarcat ».
Quand je quittai le Mackenzie, en 1878, il ne s'y trouvait plus un seul Nattsein. Les Dindjié y étaient tous réputés Blancs ou Bruns.
Cette coutume se retrouve à Siam, en Tartarie et dans l’Arabie.
Les 26 et27 juin, plusieurs Dindjié vinrent me voir sans que je leur eusse fait aucune avance. J'étais misérablement campé, n’ayant pas mêmede tente pour m'abriter contre la pluie. J'avais fait un appentis entre deux saules, à l’aide de mon prélart, et là je trônais sur mes couvertures repliées, devant un petit feu où je chauffais mes pieds toujours humectés par la mousse et le lichen qui couvraient l’esplanade.
Ces Indiens me demandèrent à prier, et je leur fis répéter les prières en langue dindjié. D’autres, sans aller jusque-là, vinrent faire sur leur pasteur anglican — qui d’ailleurs n’a pas seulement de demeure fixe depuis huit ans qu'il est à Youkon, mais promène ses grâces un peu partout — des révélations rien moins que flatteuses et que je ne leur demandais point. Ce rapport était accompagné d’une nomenclature de titres sonores et ronflants à l'adresse dudit ministre, titres qui ne ressemblaient pas tout à fait à une litanie de saint.
« — Quoi, s’écriait l’orateur dindjié avec colère et indignation, voilà huit ans que nous nous sommes donnés à cet homme ; eh bien! qu’y avons nous gagné? Où est la maison de prière qu'il avait promis de nous construire? Où sont les médicaments qu’il devait