‹ Quinze jours a Florence; ouvrage illustre de cent huit gravures et de 16 plansChapitre 10 sur 31 · CI. Brogi · texte numérisé non relu

CI. Brogi

Académie. — I orenzo di Cred Adoration des Bergers.

Cl. Brogi.

Académie. — Pérugin :

Assomption.

/. Bi-o^,

San IMarco. — Fra Angelico : Crucifiement.

3UINZE JOURS A FLORENCE.

Sant' Apolloxia. — Andréa del Castagno : Farixata dei Uj

QUINZE JOURS A FLOREXCE.

ACADEMIE, SAN MARCO

Rome appelé par Sixte IV. Bien prépéiré par ses relations médicéennes, il subit Rome avec ivresse. L'antique subjugue le compagnon des humanistes. 11 revient cependant à Florence, sa tâche terminée, et il se remet au travail avec fureur, sans que le souvenir du meurtre de son meilleur ami et protecteur Julien de Medici semble pouvoir s*effacer de sa mémoire. II ne peut, cependant, se distraire du drame auquel il a assisté, au Dôme, le 26 avril 1478. N'est-ce pas lui que Laurent a chargé de peindre sur les murs du Palais Vieux, les effigies des Pazzi et des Salviati, fauteurs de la conjuration ? Rome Ta un instant arraché à son tourment. Revenu à Florence, il le retrouve. Il travaille pourtant, et peut-être tout souvenir se fût-il effacé dans cette âme née pour la joie, si Savonarole n'étêùt apparu. Eperdument, Sandro se jette aux pieds de celui-ci ; il lecoute, l'accompagne, pleure avec lui. Et c'est la dernière période, celle des dessins d'après Demte ; c'est bientôt la mort, en 1510, dans la détresse, à soixante-sept ans, " infirme et décrépit ", dit Vasari ; misérable aussi.

Voilà les faits.

Et voici les oeuvres expliquées par eux, si nous les introduisons, le moins arbitrairement possible, parmi eux. De la première période, de la période d'avant les Pazzi, seraient les tableaux que le Magni^ ficat et X Adoration des Mages représentent avec éclat. Nous avons vu ceux-ci aux Offices. Et ce qui frappe tout de suite, c'est que rien n'y fait prévoir la mélancolie poignante qui se dégage du Printemps, de la Naissance de Vénus, que nous placerons dès lors après le retour de Rome. Botticelli se sent pleinement heureux de vivre et de peindre. Qu'il soit déjà en possession de son charme, nous le voyons de reste aux beaux enfants qui entourent la Vierge du Magnificat. Jamais personne, jusqu'à ce jour, n'a atteint une telle maîtrise dans le morceau. Le délicat éphèbe penché sur ses compagnons de cantique, la joue légèrement appuyée sur les boucles blondes de l'un d'eux, restera toujours au-dessus de toute glose. Et Y Adoration, par son ordonnance si pure, son exécution si paisible, et la piété tendre de ses portraits, respire l'équilibre et la joie ; il était si heureux de représenter, ce jeune Sandro aussi choyé, l'image de ses amis Medici I Cosme, Julien, Jean fils de Cosme, Tornabuoni nous confient son plaisir et le leur. Nulle trace, dans ces œuvres, de ce qui constitue aujourd'hui un passionnant attrait pour les esthètes et les pèlerins. Nulle tristesse, même souriante, nulle lassitude. Paix du coeur et de l'esprit dans des corps sains et

A. MAUREL. QUINZE JOURS A FLORF.NCJB.

0,VINZE JOURS A FLORENCE

solides. Béatitude et plénitude ! exubérance aussi, dans Y Adoration, de vivre parmi les renaissants.

Ce bonheur, Tépée des Pazzi le fauche brutalement. Tous les dieux de Scindro, Julien surtout, sont transpercés par le poignard de Tarchevêque de Pise, Salviati. Sandro s'effondre en son âme. Et lorsque Sixte IV, le complice du meurtre cependant, l'appelle à Rome, il y vole éperdu. Il veut se ressaisir à tout prix : il n'a pas dit tout ce qu'il avait à dire ; son génie le poursuit, le pourchasse. Il veut laver ses pinceaux salis à représenter les cadavres du Palais Vieux. Rome va l'arracher à son tourment : et c'est la sécurité toute antique de la fresque de Moïse à la Sixtine. L'effort est magnifique : le Magnificat chante une dernière fois. Mais Botticelli ne peut oublier Florence. La besogne achevée, il rentre vite. Et voici le Printemps, étemel à nos subtilités, oeuvre sur laquelle les générations épuiseront leurs rêves, autant qu'elles le feront sur la Joconde de Léonard.

Et d'abord, ce Printemps est une date. Botticelli est le premier qui ait été franchement païen, qui ose peindre des hommes autour des saints, composer des allégories d'où le sentiment religieux est absent. Celte antiquité grecque et romaine dont la cour de Laurent, oïl Botticelli vivait, se nourrit, la voici qui passe dans la peinture enfin. Au milieu des ruines romaines les vicissitudes ont jeté Sandro qui en rapporte à ses amis ce qu'il a reçu d'eux, le paganisme. Mais un paganisme, un humanisme découronnés : le glaive des Pazzi en a coupé la joyeuse tige. Rome a arraché Sandro à son désespoir. Rien que pour un instant. A Florence il le retrouve. Et le voilà qui essaie de concilier la tristesse irrémédiable de son âme avec l'émerveillement de ses yeux. Il se rue sur Vénus pour oublier. En vain ! Aujourd'hui encore on dispute sur cette œuvre que l'on appelle, faute de mieux, le Printemps. Eut-il lui-même, Botticelli, une conception nette ? Pas d'autre que son inquiétude. Il ne cherche qu'à délivrer son âme du poids qui l'oppresse et à retrouver sa gaîté. Il ne la retrouvera jamais. Les belles filles du Printemps, à leur joie d'être belles mêlent l'amertume de la mort prochaine. Mais nous, pleurerons-nous avec lui ? Lamentons-nous, si nous le pouvons, sur le pauvre Sandro si naïf et si frappé ; mais nous avons droit, en tant que postérité, à l'égoïsme ; quelle que soit notre pitié, nous ne pourrons jamais regretter les larmes auxquelles nous devons le Printemps. Belle fête païenne à laquelle Botticelli ne peut plus croire, s'il s'y réfugie avec frénésie ! Les trois

ACADEMIE, SAN MARCO

grâces, dont l'une, celle qui se montre de dos, a recueilli les baisers de tous les hommes épris de beauté, disent, sans doute, que Sandro poursuivait toujours celle-ci. Et je ne crois pas que, s'il n'avait pas encore vu Rome, il eût pu jamais assouplir ces épaules et camper ces reins. Mais Vénus proclame sa tristesse de naître parmi des splendeurs qui se faneront vite. Les trois grâces gardent un visage insensible. Seule la Primavera, la figure du printemps, couverte des fleurs qui pleuvent de son sein, sourit encore; mais ses lèvres brillent au milieu d'un visage déjà ravagé. Le printemps est las de sa sempiternelle renaissance. Il a vu, ce printemps, le meurtre des Pazzi, il a fleuri pour Sixte IV assassin ; et les fleurs des ruines romaines ont ouvert quand même leurs calices ! La Primavera sourit encore, mais de pitié à sentir sur son bras la main de la jeune fille implorant secours au moment où elle s'arrache au triste hiver dont elle est née. Oui, joie du printemps, mais amère joie, puisque la vie n'est que misère et lâcheté. A quoi bon renaître, pourquoi la beauté, pourquoi l'amour dans Florence ingrate et haïssante ! Et le jeune homme nu, si indifférent aux merveilles de volupté qui l'entourent, c'est Sar.dro lui-même se détournant des plaisirs trompeurs qui l'ont tant abusé.

Savonarole alors souffle sur Florence la peste de sa frénésie. Botticelli est bien préparé pour son dégoût. Il a vu ce qu'il estimait le plus au monde, son Julien, méconnu, sacrifié à la haine. Il a vu Rome triomphante, dansant sur son crime. Il ne peut plus croire à la fidélité ni à l'amour. L'antique l'a sauvé un instant, Savonarole le rejette à son angoisse. Qu'il se fixe à celle-ci dans le Printemps, dans la Naissance de Vénus et dans les autres œuvres païennes, nous venons de le voir. Savonarole exploite ce qui couve en Botticefli de morbide, d'inquiet. Botticelli voit son désenchantement réalisé sous les traits hystériques du funeste moine. Eperdument, il fait offrande à Savonarole de ses rêves désabusés, et il se précipite dans les bras de Dante dont l'âme répond si bien à son cœur ulcéré. Le coup des Pazzi avait été trop fort, décidément, et Savonarole en réveille la contusion sur le pauvre joyeux enfant dont le portrait par lui-même, dans la fresque de la Sixtine, accuse si clairement la candeur et la bonté. Il s'exile dans sa propre patrie, au milieu d'un temps qu'il ne comprend plus. Le petit oiseau au chant harmonieux sent sa cervelle fondre. Et c'est à Dante qu'il demande de le délivrer encore une fois. Plus de Medici dans Florence. Une république austère et cahotée que mène le rude et subtil Machiavel. Le temps

est à Michel Ange ; il n'est plus aux grâces du Printemps, Combien plus lointcùne encore la sérénité du Magnificat ! Sandro était naturellement insouciant ; son désintéressement s'accentue. Il meurt, en 1510, misérable, désespéré. La veille encore, il se promenait dans Florence, appuyé sur deux béquilles symboliques qui le portaient mal, cherchant toujours un passé joyeux dont l'âme du petit souriant Sandro ne pourra jamais comprendre la disparition.

Que Botticelli, qui pleurait les Medici, se ralliât à Savonarole qui accusait Laurent d'avoir livré Florence à la corruption païenne, c'est une contradiction. Le cœur de l'homme en est un abîme. Et cela prouve, une fois de plus, que les hommes se décident bien plus par sentiment que par raison. Botticelli se raccrocha aux haines de Savonarole sans regarder à la bouée ; quand on se noie, on n'a pas le choix du sauveteur. Florence entière avait l'âme de son peintre. Songez que Machiavel lui-même se laissa prendre, un instant, aux vaticinations du prophète ! Après avoir demandé la réforme de l'Eglise, après avoir failli n'être qu'un Luther, Savonarole réclcime la réforme de la société, devient un Rienzi. Que l'Eglise eût besoin d'une réforme, il suffit de lire l'histoire d'Alexandre VL mieux encore il suffit, pour le comprendre, délire ce qu'écrivait Boccace, cent ans et plus auparavant, dans la septième nouvelle de la troisième journée du Décaméron. Mais la société ? Savonarole ne vit pas ce qu'il y avait, au contraire, de jeunesse réconfortante dans le mouvement humaniste. Le monde renaissait à la pensée. Et c'est cela qu'il ne peut supporter. Réformer l'Eglise, c'est bien ; mais à quoi bon si le monde s'en détourne ? Il entrevoit son œuvre rendue stérile par le développement des mœurs, par l'esprit de la Renaissance. Et il écume de rage, poursuivant farouche tout ce qui va gêner l'épanouissement de son étroit souci ecclésiastique, de sa petite affaire personnelle. Rarement s'est présentée dans l'histoire révolution aussi mesquine, aussi dépourvue de conséquences possibles raisonnables. Savonarole communique son hystérie à Florence entière. Le danger des barbares, les Français, serre autour de lui la phalange de la peur. Florence devient un couvent. On y jeûne un jour sur deux. Les rues ne retentissent que de cantiques. Les femmes sont vêtues de bure, et les banquiers restituent ! Se forment des confréries de quêteurs, de justiciers, de délateurs aussi. Sur la place du Palais Vieux s'élève une p5Tamide d'objets d'art volés ou sacrifiés bénévolement, et que le feu dévore bientôt. Mais la prière et le sacrifice personnel n'ont pas

ACADÉMIE, SAN MARCO

SUÉE à protéger Florence des barbares. Et Pierre de Medicî tourne autour de la ville. Que fait Savonarole ? A la lettre il ' ' gueule " ; il ne sait faire autre chose. La lamentable scène de Masaniello écumant au Carminé de Naples d'où on l'emporte épileptique, Savonarole la renouvelle chaque jour. Il pleure, hurle ; Florence hurle, pleure. C'est peu. Et SaVonarole, ne sachant plus qu'inventer, finit par deinser sur la place San Marco. Il ne lui restait, pour sauver la face, qu'à devenir martyr. On lui fit la charité de le brûler vif. La crise hystérique était passée. Florence reprit sa destinée. Comment, tandis que nous traversons la place qui sépare l'Académie, où trônent les deux plus feuneux disciples de Savonarole, du couvent de San Marco d'où le prophète bavant partit pour affoler Florence, comment n'aurions-nous pas songé à l'odieux fanatique, au sinistre dément que je n'ai jamais pu, en dépit de ses historiens, regarder agir sans révolte, et qui, s'il me communiquait sa rage, ne réussirait qu'à la retourner en moi contre lui }

Plus incompréhensible encore apparaît ce cauchemar de Florence lorsqu'on voit San Marco, lorsqu'on pénètre dans ce lieu si calme, parfumé d'innocence, respirant la tendresse et la paix. Les cloîtres fleuris, les salles ombreuses, les cellules endormies, tout ici murmure aux oreilles l'indulgence et la bonté. Les lèvres ne peuvent s'ouvrir que pour sourire parmi tant de sérénité, de détachement. Et les J2U-dins, lorsque Savonarole y promenait ses rêves incendiaires, fleurissaient de marbres antiques autant que de fleurs. Laurent y avait réuni ses récoltes de Grèce et de Rome, qui nourrirent la jeunesse de Michel Ange. Cosme avait acheté le couvent aux moines de Saint-Sylvestre pour le donner aux studieux dominicains de Fiesoîe. Angelico descendit de la colline avec eux et couvrit les murs du couvent de ses suavités. Au temps de Savonarole, les galeries des cloîtres brillaient des merveilles de l'antiquité retrouvée, les cellules s'illuminaient des lampes laborieuses éclairant la charité de Dieu. Et on se demande comment, dans la petite cellule où se voit encore son image bilieuse, Savonarole pouvait délirer ainsi. C'est sous un mûrier du jardin qu'il commença de divaguer tout haut ! Nulle âme n'est plus opposée au génie florentin que celle-là. Quittons-la, décidément. Et demandons à Angelico de nous apaiser.

Cosme était le créateur de San Marco. Nous avons vu les commencements de la famille Medici lorsque nous visitions le Strozzi et le Davanzati. C*est deux ans après sa main mise définitive sur Florence que Cosme donne le couvent aux dominicains de Fiesole. Depuis 1434, après avoir souffert l'exil et la prison, il est le maître. Les Strozzi sont exilés, d'autres avec eux. OIi ! un maître prudent et modeste. Il se cache sous des formes démocratiques irréprochables. Au Palais Vieux trône toujours le gonfalonier de justice au manteau brodé d'or, aux chausses écarlates. Huit prieurs portent tci:~ jours l'écusson d'azur avec le mot Libertas en lettres d'or. Les collèges restent composés de buoni uomini et de seize gonfaloniers des corporations. Le capitaine du peuple, à la zimarra de velours noir, est le juge criminel. Les conseils délibèrent et votent sur les affaires intérieures. Les dix de la paix et de la guerre décident des affaires extérieures. Mais tout cela dépend de Cosme par la balie, ou commission chargée de remplir les bourses d'où sont extraits les noms de tous ces administrateurs de la république. La balie ne met dans les bourses que les noms des amis de Cosme, et, au besoin, n'en extrait que ceux-là. Détenant aussi, par une créature, le Bargello, ou Préfecture de police, il est le maître.

Il n'abuse point. Au contraire. Toute sa vie il s'applique à dissimuler sa puissance, ce qui en atténue toujours l'exercice, et lorsqu'il la montrait c'était pour le bien général. Déjà riche par son père Giovanni, nous le savons, il ne fit qu'étendre ses affaires au profit de Florence. Sa bourse bien garnie était toujours ouverte. 11 acceptait les billets de tout le monde, et disait : ' Je voudrais Dieu pour débiteur ; lui seul manque sur mes livres ". Ce petit homme laid, au teint olivâtre, passait dans Florence sans autre escorte que ses obligés, et le miracle est que ceux-ci ne lui en voulaient pas. Il n'est à Florence entreprise généreuse ou artistique qu'il ne favorise, et, pour lui-même, il se montre modeste et désintéressé : il refuse pour son palais le pleui trop magnifique de Brunellesco, tandis que, en un an, il dépense à Sein Marco cinquante mille florins d'or (250 000 francs). Secret, il déteste les histrions, taille sa vigne, joue aux échecs et lit Platon. Niccolo Niccoli, ce marchand éperdu d'humanisme, se trouvant dans le besoin, il lui achète ses huit cents manuscrits et les lui donne le lendemain. A la mort de Niccolo, il les achète encore une fois et les offre à San Marco. " Hier, écrit-il à Marsile Ficin, j'arrivai à Careggi, désirant, bien plus que de cultiver mon bien, me culti-

ACADEMIE, SAN MARCO

ver moi-même. Venez me retrouver bientôt, cher Marsile ; venez avec le livre du divin Platon sur le souverain bien. Tous mes efforts tendent à découvrir le bonheur véritable. Venez ! et apportez avec vous la lyre d'Orphée ! " Ce livre sur le souverain bien et tous les autres dont Florence se grisait, c'est lui, il ne le disait pas, qui les fait venir de tous les couvents d'Europe où ils sont dispersés. Il meurt à Careggi sur un bon mot, qui est aussi un beau mot de stoïcien. Comme il fermait les yeux tandis que Marsile, à son chevet, lui lisait Platon, le lecteur lui demanda pourquoi ses paupières étaient baissées : " Pour les habituer " dit-il. Et il mourut. S'il eût pu deviner que de ce San Marco de sa prédilection devait un jour sortir un moine ne rêvant que la destruction des livres réunis par ses soins et des œuvres d'art exécutées grâce à sa libéralité, qui peut dire s'il ne se fût pas, ce jour-là, dépcirti de ses bonnes grâces et de ses sourires ? Au Beato, au divin Angelico, fut épargnée aussi la tristesse de tant d'horreur. Son âme, moins fine que celle de son protecteur, ne comprenait Dieu que sous les apparences du Christ des petits enfants et du pardon. Nous ne pouvons cependant le situer dans Florence, tout de même moins simple que lui, que si nous ne savons pas qu'il y passa seulement. Lorsqu'il arrive à Florence, il est tout formé ; l'exemple d'un Filippo Lippi, dont les frasques faisaient rire Cosme aux larmes, ne pouvait plus le corrompre. Quoi donc, d'ailleurs, l'eût corrompu ? Il est trop innocent et trop naturellement heureux pour voir le mal et se l'expliquer. 11 vit dans un rêve éternel, absent du monde qu'il se refuse à connaître, tout à son art et, par son art, à Dieu. Il est né près de Florence, dans le Mugello, et non pas à Fiesole comme on l 'a cru longtemps. Sur son enfance, que ion croit écoulée chez un père aisé, aucun renseignement n'est parvenu. Sur ses premiers travaux non plus. Son maître supposé est un miniaturiste, c'est tout ce qu'on peut dire. On sait seulement qu'il se présenta, à vingt ans, au couvent des dominicains de Fiesole, en 1407. Cette année est la première où se rencontre son nom cité dans les chartes. On le gcude quelque temps à Fiesole, pour l'éprouver sans doute. Lorsqu'on est sur de sa vocation religieuse et peut-être aussi de sa vocation artistique, qui permettciit d'utiliser cet esprit innocent dans cet ordre savant où il apportait la mentalité d'un frcuiciscain, on l'envoie au noviciat de Cortona où il reste un an. Mais à peine est-il de retour à Fiesole qu'il doit repartir. Le schisme d'Avignon met en querelle le supérieur génércJ des dominicains et le supérieur de Fiesole.

Toutes les rigueurs s*abattent sur Fiesole et les frères sont dispersés. Angelico repart pour l'Ombrie, et c'est à Foligno qu'il se réfugie. Il y reste huit ans au cours desquels il peint les nombreux tableaux que l'on trouve encore de lui à Pérouse et aux alentours. A Foligno il connut Gentile dont l'influence sur lui fut si marquée. En 1418 il rentre à Fiesole, et, pendant dix-huit ans, il va tranquillement, béatement, peindre ces cents tableaux divers dispersés un peu partout aujourd'hui, et dont le Couronnement des Offices est l'œuvre principale et la plus célèbre. Si j'écrivais une étude sur Angelico et non pas sur Florence, j'aimerais à comparer le Couronnement du Louvre avec celui des Offices, et la comparaison tournerait à l'avantage de Paris. Pour l'expression des figures, la gravité de la Vierge et la hauteur déférente du Christ, celui de Paris laisse bien loin derrière lui la fadeur, un peu, du Couronnement des OfÊces. Le nôtre vient de Fiesole, celui des Offices de Santa Maria Nttova. Qui sait si Angelico ne mettait pas plus de conscience à peindre pour son couvent que pour les autres ? L'œuvre du Louvre, en tout cas, donne presque un démenti à ceux qui dénient à Angelico toute expression, et souvent non pas sans raison.

De ces dix-huit années de Fiesole le monde s'est partagé le labeur. Fiesole a tout juste gardé deux œuvres, un Christ en croix, une Madone Trônante. Tout le reste est dispersé. Vers Santa Trinita, pour aboutir aux Offices, descendit un jour le triptyque : la Vierge et l'enfant, que ses anges musiciens ont rendu célèbre dans tout l'univers. A ces gracieux tambours et flûtistes arrêtons-nous ui peu, puisque nous ne les retrouverons pas à San Marco, où l'on rencontre Angelico tout entier, sauf sa fraîcheur juvénile. Ils sont vraiment l'œuvre la plus idéale du Beato. Jamais le sentiment religieux n'a été exprimé avec autant de pureté. Giotto et ses élèves cultivaient la réalité. Ils s'appliquaient à représenter la vie. Angelico ne demande aux lignes du corps humain que de susciter le sentiment qui libère de la chair. Des robes, des mains sonnant, des yeux perçants, mais des ailes ! Tout s'envole avec celles-ci. N'exists que la gloire de Dieu. Sous les draperies on devine des formes à peine sensibles, qui aspirent à la fluidité céleste. Les beaux cheveux blonds sont impalpables, les bouches ne s'ouvrent pas, la prière intérieure suffit à l'expression. Aspiration, inspiration, tout remonte au ciel d'où il vient. Lorsque l'ange embouche la trompette et l'applique sur ses lèvres d'un geste délicat, c'est bien plus pour exhaler son âme que pour émettre un son. Mains longues et molles

-^^ ___« ioo '— ■ — ~

ACADEMIE. SAN MARCO

sans labeur qui les marque, et qui se joignent pour se fondre dans l'infini, porter au ciel la prière pacifique, tendre, inhumaine.

Inhumaine, oui, puisque ce sont des anges ! Mais n*en félicitons pas trop le peintre, qui nV est pour rien. J'entends sa délibération, sa volonté réfléchie. Ce qui nous plaît en lui, justement, c'est cette candeur naturelle, expression de son âme enfantine. Bientôt, lorsqu'il descendra à Florence des hauteurs de Fiesole, il regcurdera un peu plus autour de lui, la vie le touchera. Pour le moment, il est tout à sa foi si simple. Les discordes, même, qui l'ont jeté à Foligno et exilé de sa patrie, ne l'ont pas ému. 11 continue à rêver de paradis, malgré le schisme infernal. Revenu à Fiesole, il poursuit la béatitude à laquelle il aspire de tout son cœur de petit frère. Signorelli Ta représenté, notre Beato, dans ses fresques d'Orvieto où il lui succéda. Le grand gaillard de bel homme baisse timidement les yeux et sa bouche sourit intérieurement. Rien ne l'arrache jamais à son saint désir de la spiendeur divine. Le monde s'agite autour de lui, mais il coule sur lui. Jamais âme aussi rassurée n'a traversé les périls de la terre. On a dit qu'il avait réalisé la conception mondaine du Poverello d'Assise. Nous savons, depuis notre voyage d'Ombrie, ce qu'il faut penser de l'indifférence séculière de saint François. Angelico, du moins, représente l'idée que l'on s'est faite de celui-ci. Les petits oiseaux et les roses ont seuls subsisté ; Angelico les symbolise totalement. Son art, tout en profitant des découvertes de Giotto, remonte bien plus haut que celui-ci. Et ce qu'il nous offre c'est la convention, sous une forme aimable, qui présidait aux œuvres des mosaïstes et de Cimabue. Il la traduit plus librement, — Giotto a passé peur là, — mais dans un souci bien plus semblable à celui de Cimabue qu'à celui de Giotto. A ce dernier il doit la liberté du métier, et non pas celle de l'âme. Le champ ouvert est plus vaste matériellement, mais tout aussi restreint spirituellement. Masaccio et Lippi ne lui font rien. A côté du Carminé, San Marco paraît comme un anachronisme où, seules, la suavité et la fraîcheur de cœur apportent un émoi nouveau.

En 1 436 donc, avec ses frères, Angelico descendit à Florence au couvent de San Marco. 11 y resta neuf ans. Son œuvre florentine est devenue l'objet d'un véritable pèlerinage. Plus de quarante cellules distribuées autour d'un cloître portent les vestiges de son amour divin. Toujours détaché de ce monde, Angelico, au milieu de la Florence qui respire autour de lui, l'est bien moins pourtant que sur les hauteurs de Cortona et de Fiesole. Cette liberté d'âme que

loi — -

Giotto ne lui a pas donnée à Fiesole, il semble la pressentir dans Florence. Oh ! à la mesure de son cœur innocent. II la devine tout au moins, s'il n'y £onge pas. Cet instinctif est tourmenté d'un second instinct. Le peintre enfin, dans les cellules de San Marco, l'emporte sur le moine. II résulte de ce conflit une intensité d'émotion qui met les œuvres plus près de nous. Angelico entend Florence gronder autour de lui, aussi célestement qu'il s'absorbe. Il sait qu'il existe un Cosme, une balie, des exilés. Il ne s'en occupe guère, mais ses rapins en parlent. A chaque minute de son labeur, il entend raconter le siècle. Machinalement il y pense, et son pinceau avec lui. Voyez, dans une lunette, saint Dominique et, dans une autre, saint Pierre Martyr. Le premier est quelconque, le second dramatique. Le premier est inaccessible au simple Beato ; et le second, qui a souffert, il le comprend mieux. Et si l'on prend soin, dans ces cellules, de faire deux parts, la part humaine et la part divine, on verra bientôt la dualité qui s'établit enfm chez le Beato. Si y Annonciation, la convention domine ; si la Madeleine, la vie. Le Christ aux outrages reste extatique, la Résurrection frissonne. Le Couronnement de la Vierge flamboie au paradis, la Présentation offre une scène familiale. La Cène enfin et l'admirable Crucifiement font éclater cette opposition aussi dramatique que les sujets mêmes. La première a toute la raideur sainte des premiers primitifs, leur immatérialité séculaire ; le second écrit une page d'ardeur quattrocentiste, de réalité palpitante : la femme à genoux, vue de dos, et qui étend ses bras est l'un de ces morceaux que Raphaël se rappellera lors de son Incendie du Borgo, c'est le peuple même qui pleure et hurle sa douleur.

Si détaché que soit l' Angelico de Fiesole, il ne peut pas, dans Florence, ne pas saisir la chaîne. En dépit de lui-même, Florence agit sur lui. Elle agit en vérité, en réalisme, autant qu'elle peut agir sur un cœur aussi fermé. Que cette lutte entre l'idéal et la vie qui se disputaient les instincts de l' Angelico, ait été vive, il suffit d'y regarder de près. Excusables sommes-nous pourtant de ne pas la voir, excusables d'être uniquement gagnés par le charme, si nous songeons à ce qui frappe tout d'abord : l'apparence. Peut se nommer ainsi l'allure générale de toutes les œuvres tracées par ce pinceau heureux et facile. Si l'âme progresse, le métier, en effet, . n*a pas à progresser, complet dès le début. Angelico peut atteindre, à Florence, un peu plus de rigueur. Il ne trouvera pas une couleur plus plaisante que celle de ses premiers essais. Puisqu'il ne réfléchit

ACADEMIE, SAN MARCO

guère, il ne peut puiser dans d'autres pots qu'habituels. De là cette peinture, au sens matériel du mot, unifoimément pareille. Florence modifie son âme, mais il n'en sait rien. Et, s'il ne le sait pas, comment ordonnerait-il à ses élèves, à Benozzo, de lui broyer des couleurs plus sombres pour une humanité qu'il traduit sans la concevoir ? Et nous alors, d'être gagnés par ces bleus tendres, par ces roses mourants, ces chairs impalpables, jusque ces bruns qui sont jaunes. Un bain de lumière suave vous caresse; on s'y plonge amoureusement. Lui seul vous enveloppe. On est gagné par sa fraîcheur, et les ors eux-mêmes ont des reflets d'argent. Angelico a ignoré le mal et les passions. De là la fraîcheur de sa palette qui réjouira toujours, parce qu'elle éveillera en nous les sentiments, non certes pas les plus virils et les plus hauts, mais les plus doux et les plus suaves. Il nous représente ce qu'il y a en nous d'innocence primitive, ce qui subsiste du premier homme et de la première femme dans le paradis. En le voyant, nous nous voyons à l'heure où le crime, moins encore le péché, n'avait pas habité la terre. Il nous fait souvenir non pas même de notre enfance, mais de notre vie de larve, alors que le ventre de notre mère nous porte encore. Il symbolise l'état inconscient que les misères de ce monde nous font regretter chaque jour. N'être pas ! On le voudrait souvent. Angelico donne une forme à ce désir du néant. Il est le seul artiste qui puisse nous arracher totalement du monde. Et c'est bien là son miracle qu'une âme aussi inhumaine ait pu habiter un corps humain. Il est vrai qu'elle n'y habita qu'une fois, la sienne. > Angelico n'y inscrirait-il pas le drame obscur de son génie spécial et limité, que nous devrions encore nous perdre durant de longues heures dans le silence de San Marco. Les couloirs des cellules, celles-ci blanches et mystérieuses, la salle du chapitre, le réfectoire, les longues galeries et les jardins rayonnants, je ne connais rien, sauf le couvent de San Lazaro dans la lagune de Venise, qui procure à l'âme une paix aussi absolue. Le parti pris céleste du Beato semble avoir réagi sur ces murs. Comme ses anges, on a des ailes. On parle bas, on marche sur la pointe des pieds, afin de ne pas se réveiller de ses rêves d'extase. Et que Savonaroîe, qui passait chaque fois devant ces portes ouvertes par lesquelles il pouvait voir les scènes angéiiques des murailles, ne leur ait jamais pris leur indifférence des choses de ce monde, voila qui nous laisse ébaubis. Cosme venait souvent se retirer à San Marco. Lorsqu'il en sortait, il souriait même à chaque créan-

. — ^ . io3 — ' —

cier. Et Dieu savait combien il en comptait ! Nos dettes à nous sont nombreuses envers le divin. A San Marco nous les payons avec intérêt. Nous allons de jardin en jardin, ouatant nos pas, immatériels comme les anges du Beato. Sous les arceaux du cloître, nous nous promenons à la façon d'Angelico. Florence, encore plus différente aujourd'hui, nous atteint encore moins qu'elle ne le frappait. Et je songe que la retraite au couvent devait être moins profonde en ce temps-là qu'elle ne le serait au nôtre, qui n'y peut plus guère aspirer. Avec un soupir nous sortons de San Marco, désespérés d'avoir manqué une vie que nous sentons impossible à nous.

De telles abstractions du monde sont-elles salutaires ? A condition de ne s'y pas attarder. Craignons de finir sur elles notre journée. Nous nous coucherions dans un lit où nous visiteraient le désespoir, le dégoût de vivre. Avant de rentrer chez nous, promenons-nous donc encore quelques instants dans Florence active. Ejitrons au Scalzo dont les fresques nous prépareront à la visite de l'Annunziata où règne Andréa del Sarto. Et, évitant un Ricciardi et un San Lorenzo qui ne nous jetteraient peut-être pas assez brutalement dans les contingences, allons à Sant'Apollonia où Castagno nous fera voir, contemporain d'Angelico, l'autre face du monde, la face rude et fière, les beaux vices bien humains !

Vraiment, Angelico est fade. Après lui, Castagno réconforte. Avec celui-ci, nul péril de se noyer. Tout de suite il réveille nos viriles passions, la force, le courage, la haine même qui, au temps de Farinata qu'a représenté Castagno, était noble. Longtemps, ces peintures de Castagno restèrent perdues. On savait qu'il les avait exécutées pour la villa Pandolfini. Cette villa avait été transformée en ferme : les moutons et les bœufs devaient avoir léché les héros. Un peintre, qui ne croyait à rien sur parole, gratta les murs, et, sous le badigeon, il découvrit Farinata, Accimoli, Dante, Pétrarque, Boccace. Et il faillit avoir peur. Transportées à Florence, ces effigies effraient moins. Elles sont toujours terribles. Jamais le sauvage n'a atteint une telle intensité d'expression. Auprès d'Angelico, Castagno ne peut être qu'un démon. Les anges du Beato manquent de muscles ; les hommes d'Andréa del Castagno en ont presque trop. La couleur d'Angelico fut broyée sur une palette azurée, celle de Castagno dans son poing. Le dessin le plus rude dans la violence et la crudité. Ah ! ils sont construits en chair et en os, ceux-là ! Trop d'os même. Dante nous plaît par sa terreur ; il revient de l'enfer. Mais Pétrarque était trop optimiste pour mériter tant

ACADEMIE, SAN MARCO

d'affliction. Le Fsirinata de Castagno eût fait semer du sel. Quant à Boccace, le joyeux Boccace non pas même du Décaméron qui n'est que littérature, je le veux, mais celui tout au moins de la Fiammetta, celui qui se plaisait à Naples et à Baia, comment croire qu'il pût jamais éprouver un tel chagrin ? Aussi, autant chez Angelico que chez Castagno et tous les autres, ne cherchons jamais d'autre personnage que le peintre dans son œuvre. Voilà deux hommes vivant au même temps : ils semblent séparés par des milliers d'années. Le monde de l'un n a aucun rapport avec celui de l'autre, et c'est le même pourtant qui les entoure. Si Angelico se représentait Dante comme saint Pierre Martyr au plus, Castagno le voyait en diable. Après cela, serons-nous encore tentés de généraliser sur le milieu et la terre maternelle ?

Nous connaissons la vie si calme et indifférente au monde d' Angelico. Trois ans après lui, Castagno naît, aussi, dans le Mugello. Orphelin bientôt, il garde les moutons comme Giotto, et, tout comme Giotto, il rencontre son Cimabue. Un peintre se réfugie dans sa cabane, un jour d'orage. Le petit Andréa voit le peintre dessiner. Alors il dessine sur le crépi de sa chaumière avec un bout de charbon, pour imiter le peintre. Le seigneur du village voit ces grafitti, il s'intéresse à l'enfant et l'envoie à Masaccio qui en fait un peintre. Regrette-t-il ses moutons, ce peintre ? Tandis qu' Angelico n'éprouve de son exil à Foligno aucun regret sensible, Castagno ne dérage pas dans Florence hospitalière à son labeur. Il grogne tout le long du jour, se lamente de la vie difficile, cache ses écus comme un bon paysan qu'il est resté. Qu'un Angelico puisse trouver la vie facile, cela lui échappera toujours. L'envie le dévore, et, un beau jour, il assassine.

Mais a-t-il assassiné ? Voici l'histoire. Le couvent de Santa Maria Nuova l'avait chargé de peindre une chapelle concurremment avec Baldovinetti et Domenico Veneziano. Celui-ci était venu de Venise à Florence afin d'y exploiter le procédé de la peinture à l'huile que lui avait appris Antonello. Quelle concurrence ! Et quelle supériorité, dont ceux qui ignorent le secret vont souffrir ! Castagno conçoit pour Veneziano une haine farouche, mais il la dissimule. Il se fait le courtisan de son compagnon de travail. Il ne le quitte plus, le sert dans ses amours, tant et si bien que Veneziano lui livre son procédé nouveau. Castagno sera d'autant plus implacable qu'il aura reçu un bienfait et qu'il aura volé. Un soir, Veneziano sort de Nuova pour courir chez sa méiîtresse. Castagno le

jo5 —

£uit, armé d une massue, et le tue. Puis il court chez Im, se met à dessiner, et quand on vient lui apprendre le crime, il pleure toutes les larmes du désespoir. Ce ne fut qu'à son lit de mort, en 1457, qu'il avoua.

A ce récit de Vasari, on répond qu'Antonello n*a pu apprendre la peinture à l'huile à Veneziano, puisque celui-ci habitait Florence bien avant 1445, année du voyage d'Antonello à Venise. Mais ne savons-nous pas que l'on dispute encore sur l'invention de l'huile et sur la date du voyage d'Antonello ? D'autre part, dit-on, la seule peinture authentique de Veneziano est à la détrempe. La raison est faible; on sait la freigilité de l'huile, la Cène et la Bataille d*Anghiari de Léonard en sont la preuve. Castagne, de plus, ne peignit, dit-on, jamsiis à l'huile après la mort de Veneziano. Peut-être eut-il peur qu'on le soupçonnât d'avoir tué pour voler ? Il était si bête ! Enfin, et c'est plus grave, Veneziano serait mort trois ans après Castagno. Mais alors Castéigno a pu rater son coup ! On crut Veneziano mort, alors qu'il n'était qu'étourdi, et cela expliqueréiit, aussi, que Castagno n'ait pas osé peindre à l'huile après l'attentat. Gardons donc à Castagno son crime qui lui va comme un gant. A Sânt'Apollonia nous le voyons assas.sin, sans hésitation possible. Et cela nous est Scilutaire, au sortir de San Marco. Il nous faut une brute au moins qui nous replonge dans le monde austère dont le suave Beato nous a détournés. Du soave austero florentin Angelico ne connaît que le premier terme. En tempérant Angelico de Castagno, nous rétablirons l'équilibre. Puisque nous ne pouvons prétendre à tant de paradis, résignonsnous à rester des hommes.

io6

Page 1