‹ Quittance de minuit (volume 2)Chapitre 2 sur 35 · QIITI. DK MINUIT · texte numérisé non relu

QIITI. DK MINUIT

lord George, obéissant, s'élail courbé à ses moindres caprices.

» Si bien que mos revenus et Ic^-siens, formant ensemble une des maisoîis les plus opulentes des trois royaumes, n'ont pu suffire aux caprices insensés de cette créature, et que lord George a dû faire des emprunts considérables...

)) Jamais je n'avais osé l'iniei roger. (iC jour enfin, mon épouvante fut plus forte que ma timidité; je rassemblai mon cour.ige el j'exigeai une explication. )>

— Eh bien?... dit Francès.

— Lord George, fut longtemps avant de me répondre. Sa physionomie froide, mais bienveillante d'ordinaire, s'assombrissait à mesure qu'il réfléchissait.

« — Milady, répliqua-t-il enfin, — je vous ai dit déjà que cetie femme était une pauvre folle... c'est tout ce que je puis vous apprendre et je vous prie de ne plus m'interroger à l'avenir.

)) Ces derniers mots furent prononcés d'un ton impérieux et dur que milord n'avait jamais pris avec moi...

» La traversée se fit. En arrivant à Galway, nous passâmes du paquebot sur un sloop côtier, afin d'entrer sans danger dans le port.

» Les matelots du sloop firent grande fête à un homme à longs cheveux qui avait été notre compagnon de traversée. Us lui serraient la main tour à tour, et leurs yeux devenaient menaçants lorsqu'ils se tournaient vers lord George.

» J'entendis deux matelots qui se disaient :

» — Voici Mickey revenu, Jessy est morte.

» — Il Ta luéeï

ï> — Il l'y tuée pour épouser la fille d'un homme riche. »

Georgina se lui, accablée. — Francès ne trouvait point de paroles pour combattre des soupçons qui élaieul presque une certitude.

Tout s'accordait pour confirmer les craintes de la jeune femme, et Francès elle-même essayait en vain de conserver des doutes.

Il y avait là un crime, et la vie de Georgina était peut-èire menacée.

— Je re-lerai, Gtorgy, dit Francès; — je ne vous quitterai plus... Je ne suis qu'une pauvre fille; mais s'il y a du danger, nous le partagerons ensemble.

— Oh! merci, chère! murmura lady Montralh ranimée; — je serai forte auprès de vous... Si vous saviez quelle nuit j'ai passée et comme on souffre quand on est seule! Jusqu'au jour il y a eu de la lumière chez milord... Ces bois, qui sont déserts et silencieux mainienant, animaient leur solitude. Aux rayons de la lune j'y ai vu des formes indécises qui se glissaient, rapides, entre les troncs d'arbres...

Lady Montralh se leva et se pencha en dehors de la fenêtre.

— Celte masse sombre, reprit-elle à voix basse, en montrant du doigt le châieau de Diarmid, — ce n'est point une illusion, Francès!... A Theure de minuit, j'ai vu des lueurs rougeàtres serpenter le long des tours noires et monter jusqu'au faite des ruines... C'était comme le rcffei d'un mystérieux incendie... Oh ! j'ai pensé devenir folle 1 cl,

si je restais seule ici, Francès, milord n'aurait pas la peine de me tuer!...

La jeune femme appuyait sa tête pâlie sur l'épaule de sa compagne, qui, plus forte, n'écoutait pas pourtant sans effroi ce récit extraordinaire.

Elles demeurèrent toutes les deux, durant quelques minutes, silencieuses et perdues dans leurs réflexions.

Les branches du massif voisin s'agitèrent. Georgina serra le bras de Francès. Un homme parut entre les branches, et souleva sa casquette de chasse pour adresser aux dames un gracieux salut.

— C'est lui! murmura Georgina; — c'est milord!

Francès ouvrit de grands yeux , et considéra cet homme sous l'impression du récit qu'elle venait d'entendre. Elle cherchait dans ses traits immobiles quelque chose de sanguinaire et de cruel.

Mais c'était en vain : la physionomie de lord George lui apparaissait épaisse, lourde et débonnaire. — Ses doutes lui revinrent, lady Montraih avait pris ses frayeurs tout au fond de son imagination malade.

11 n'y avait rien, rien absolument en cet homme qui pût cadrer avec le portrait de Barbe- Bleue que Georgina venait de tracer.

Celle-ci pourtant se repliait sur elle-même, comme un oiseau effrayé.

Lord George s'avança jusqu'au-dessous de la fenêtre. Il présenta son hommage à miss Roberts Qt poursuivit :

— Je présume que la fatigue du voyage vous

aura procuré une bonne nuit, milady... Quant à moi, je n'ai fait qu'un sonifne, je vous jure.

— Il a veillé jusqu'au jour! murmura Georgina , de manière à n'être entendue que de Francès.

— Voici une belle matinée, reprit lord George. — Ne vous plairait-il point, milady, de venir visiter vos domaines?...

— Je suis à vos ordres, milord, répondit Georgina qui se mit à trembler.

Pais elle ajouta en s'adressant à Francès :

— Fanny, ne me quittez pas, au nom de Dieu!...

Page 1