‹ Quittance de minuit (volume 2)Chapitre 29 sur 35 · LE DERNIER JOUR · texte numérisé non relu

LE DERNIER JOUR

Le chien de maître Allan , qui était presque aussi peu civilisé que son maître, tirait sur sa grosse chaîne et hurlait contre les Mac-Diarmid, en ouvrant une gueule énorme.

— La paix, mon petit ami , lui disait le bon Nicholas tout doucement; — ces honnêtes garçons font presque partie de la maison... Ne vous formalisez pas, Morris, je vous prie, ni vous non plus, Mickey, Sam et les autres... Ma foi, mes iils, vous avez là du whisky dont Todeur fait du bien!

Il se pencha sur l'une des cruches, et, s^us prétexte de sentir, il en huma une forte gorgée.

— Que faites vous là, Nirholas? gronda derrière lui la voix redoutable de maître Allan.

Le porte-clefs se releva confus :

— On ne sait pas ce que la malveillance pourrait introduire dans la prison de Galway... balbulia-t-il.

Maître Allan lui imposa silence d'un geste rude, et s'approcha des cruches à son tour. — Il choisit la plus pleine, souleva, et buta sa soif.

— Voilà de passable whisky, dit-il en tendant la cruche à Nicholas; — portez cela chez ma femme, maître Adams... Merci Morris, d'avoir pensé à nous.

Les Mac-Diarmid ne discuteront point cet impôt que le geôlier levait sur leurs provisions. — Celui-ci reprit :

— Il y avait longtemps qu'on n'avait fêté le dernier jour à la prison de Galway... Entrez, mes garçons!... mais soyez retournés au diable avant le coucher du soleil , ou je ferme les portes sur vous. — Que Dieu damne les papistes!

Chacun des cinq frères prit sa part des provisions, et ils se dirigèrent, sous la conduite du porte-clefs Nicholas, vers la cellule du vieux Mill's.

Dans les dortoirs communs qu'ils étaient forcés de traverser, les prisonniers s'agitaient curieusement, et sur leur passage, un murmure confus s'élevait oij dominaient ces mots :

— Le dernier jour ! le dernier jour l

Il est un usage dont les traces se retrouvent dans tous les pays et qui consiste à prendre en pitié les dernières fantaisies du condamné qui va mourir. Ce sentiment de passagère et vaine compassion règne depuis des siècles dans toutes les prisons de l'Europe. — A l'homme bien portant et

dispos dont la loi va trancher la vie dans quelques heures, il est d'usage de ne rien refuser.

En Irlande, celte coutume est, comme bien d'autres, poussée à sa plus extrême expression. Il ne s'agit pins là de satisfaire un caprice isolé, mais bien de passer joyeusement les heures qui précèdent la mort.

Le condamné a le chois entre un confesseur et l'argie. — Il est douteux qu'un geôlier eût le droit de refuser rentrée aux convives du dernierjour{\) ou de mettre arrêt sur les vivres qui vont composer ce repas suprême.

Si le prisonnier est trop pauvre et trop dépourvu d'amis pour s'héberger lui-même, la geôle lui doit un petit morceau de viande, comme au jour de ?îoël , et une ample cruche de whisky.

Telle est la règle. — Les cinq frères ne couraient donc aucun risque d'être arrêtés au début de leur entreprise.

Mcholas ouvrit la porte de la cellule.

— Voilà de la compagnie, vieux Mill's, dit-il gaiement. — Vous allez vous en donner ce soir, mon camarade!... Allons 1 allons! il faut bien que chacun ait ses bons moments dans la vie... Amusez-vous bien, mes chéris. Si vous me gardez un verre de whisky, je viendrai chercher les cinq garçons un quart d'heure avant la fermeture des portes. •

Les cinq jeunes gens étaient seuls avec leur père.

— Soyez les bienvenus, enfants, dit le vieil-

(I) Le mol est dernier temps [latil tiine).

lard , qui mil un baiser au front de chacun d'eux;

— je vous remercie de la joie que vous apportez à mon dernier repas.

— Père, nous vous avons obéi, répliqua Morris;

— puisque vous n'avez pas voulu être sauvé, nous venons vmis demander votre bénédiction et vous dire radieu.

Sam et Owen arrachèrent les draps de lit et les étendirent par terre. — Sur celle nappe ils rangèrent les pains d'avoine et les pommes de terre chaudes. — Au milieu ils placèrent la poitrine de porc.

Les yeux du vieillard étaient devenus pensifs.

— Dieu aura pitié de moi , murmura-l-il, — et me recevra en sa miséricorde... Celle mort que je subis n'est pas le fait de ma volonté... Ne rae dites point cela, enfants, car je suis bien vieux, et j'ai besoin de tout ce qui me reste de courage... J'obéis à la loi, suivant ce que nous l'ordomienl nos prêtres et noire père O'Connell.

— Votre volonté sera faite, répliqua Morris, et nous ne prononcerons plus une parole qui ait trait à ce sujet... Prenez place, Mac-Diarmid; mes frères, asseyez-vous.

On avait jelé à terre la paillasse du lit. Le vieillard, Morris et Mickey se placèrent sur ce siège; les. trois autres fières s'assirent sur le soL

\vant de toucher aux mets, Mill's compta du regard ses enfants qui l'entouraient, et le calme austère de son visage se voila de tristesse.

— J'avais espéré voir tous ceux que j'aime réunis à ce dernier repas, dit-il. — Mais il y a bien

des absents!... La noble VMcn a-t-elle oublié son vieux père?

A celle question personne ne répondit.

MiU's allendil ((uelqnes instants, puis il reprit :

— Elle a craint peut-être les tristesses de la séparation... Je prie Dieu qu'il protège la fille de la race sainte des rois... Je suis sûr de l'avoir aimée et respectée comme je le devais durant ma vie... Quand je serai auprès de Dieu , je lui parlerai d'elle. Oij sonlNalty, Dan et Jermyn?

— Natty est malade, répondit Morris.

— Où sont Dan et Jermyn? répéta le vieillard.

Les cinq frères baissèrent les yeux et se turent.

— Un silence suivit. — Puis le vieux Mill's prononça les paroles latines du Benedicite, et l'on ne parla plus des absents.

Le repas commença. — Il régnait dans l'air, à ce moment, quoique chose de solennel et de lugubre. — Les cinq frères trouvaient à peine la force de porter les morceaux à leur bouche. — Le vieillard seul mangeait comme aux jours écoulés, où l'heure du soir rassemblait toute la famille autour de la table commune.

La fenêtre était ouverte. Le soleil jouait dans le grêle feuillage des petits arbres qui plantaient la cour. — Au delà de ces arbres, on voyait la maison neuve où la courtoisie du juge Mac-Foote avait logé Daws et sa famille.

A l'une des fenêtres de cttle maison, un blanc rideau de mousseline, collé contre les carreaux, s'agitait parfois douccmenl. — Parfois il se soûle-

vail à demi, et l'on aurait pu voir, à l'ombre de ses plis diaphanes, une charmante figure de jeune fille, dont l'œil bleu se fixait avec mélancolie sur la croisée étroite de la prisos»...

Les verres s'emplirent de whisky et d'eau pour la première fois.

— A la santé de noire père O'Connell ! dit le vieux Mill's.

Tout le monde bnt. — Les jeunes gens restèrent froids, mais un peu de sang monta au visage du vieillard.

— Il y avait bien longtemps que la liqueur de nos montagnes n'avait touché mes lèvres, reprit-il. — Enfants, faites-moi raison encore... je porte la sarilé de ma chère fille Ellen?

Les verres s'emplirent de whisky pur et se vidèrent.

— Allons! de la joie, fils de Diarmid! s'écria le vieillard dont l'œil s'animait peu à peu; — pourquoi restez-vous tristes et mornes devant moi?... ÎSos pères mouraient au combat, et je fais comme nos pères, puisque je succombe en celle lutte de l'Irlande opprimée contre l'infàrae Angleterre!... Buvez, Morris! buvez, Mickey! et vous tous, mes aimés!... Il faut vous réjouir, car c'est une belle mort que celle de votre père!

— rsotre père a raison, dit Morris, dont la voix démentait les paroles; — soyons joyeux et apprenons de lui à mourir pour l'Irlande.

Les autres frères voulurent parlera leur tour, mais les mots s'étouffaient dans leur gorge oppressée.

— Demain reprit le vieillard , quand vous re-

verrez la iiobleHeiress, dites-lui que j'aurais voulu baiser sa main chère avant de m'en aller de ce monde... dites-lui que je vous ai légué mon dévouement et mon amour... dites-lui qu'elle sera heureuse et grande et vénérée tant qu'un fils de Diarmid restera vivant! Quanta >i'ally, à Dan et à Jeroiyn, dites-leur que j'ai pardonné leur absence... Natly et Dan sont de vaillants garçons... mon beau Jermyn sera un homme, j'espère... Oh ! que j'étais un heureux vieillard et que Dieu m'avait donné de dignes fils!

Sa voix trembla légèrement sur ces paroles, et cette émotion combattue alla remuer le cœur des jeunes gens.

Mill's passa le revers de sa main sur son front.

— Vous souvient-il, Morris, repril-il, d'un soir où Gib Roe vint à notre maison des Mamlurks?... Nous étions bien pauvres en ce moment; la récolte avait manqué; il n'y avait plus de bestiaux derrière la corde... mais le pauvre Gib pleurait, parce que ses deux petits enfants mouraient de faim dans les bogs...

— Vous lui donnâtes tout ce qui vous restait, mon père, interrompit Morris.

— Vous lui donnâtes, ajouta Mickey, — du pain pour nourrir ses enfants et des vêlements pour les couvrir...

— Et c'est lui qui vous a tué! dit Owen. Mill's leva les yeux au ciel.

La colère était peinte sur les visages des jeunes ~^ns, qui murmuraient des paroles de vengeance. Morris seul restait comme son père.

— Comme il a dû soutfrir, reprit le vieillard, —

avant de se déterminer à ce crime!... Comme ses pauvres enfanis ont dû avoir faim souvent et longtemps! Avez-vous vu dans la salle du tribunal îa pcàleur de Gib et les petits visages amaigris des enfants?... Oh! la misère! la misère! qui lue notre belle Irlande ei qui la déshonore!

ï-e front de MilTs se courba; un instant il demeura muet.

Quand il reprit la parole, ce fut pour exiger d'un ton d'autorité le pardon du coupeur de tourbe et de ses deux enfanis.

— Mes fils, dit-il ensuite en redressant sa belle tète de patriarche, — vous êtes tous des hommes à présent et vous n'avez plus besein de moi pour guider votre marche dans la vie... Je sais que vous êtes de dignes chrétiens et de braves cœurs... En mourant, je n'ai qu'une recommandation à vous faire : Aimez l'Irlande comme une mère chérie; donnez- lui la force de votre corps et les élans de votre cœur... Vivez pour elle; mourez pour elle!

Il repoussa le mets qui était devant lui , et joignit ses mains blanchies par la longue oisiveté de la prison.

— L'Irlande ! répéta-t-il avec un accent qui peignait toute sa passionnée tendresse; — l'Irlande! la terre sacrée que Dieu chàlie aujourd'hui dans sa justice, mais qu'il relèvera demain !... Vous vivrez assez, enfants heureux, pour voir la jeune splendeur de la patrie!... Car nous vaincrons, je vous le dis, je vous le dis! et Dieu donne la vérité aux paroles <le ceux qui vont mor.rir... De Lon^^onderry à Cork et de Dublin à rembotichiire du Shannon, il v aura des Irlandais libres et riches... La sainte

religion catholique sera reine, et l'hérésie vaincue ira cacher sa honte au delà de la mer... Les lois ne nous viendront plus de Londres, la cité criminelle et corrompue; c'est à Dublin que siégeront nos parlements reconquis. L'Irlande, redevenue une nation, aura son drapeau antique et son vieux cri de guerre... Oh! bien heureux! bien heureux ceux qui verront la noble Érin s'éveiller de son long sommeil et chasser le Saxon maudit qui souille les murs illustres des manoirs de nos pères!... Travaillez, travaillez, enfants! soyez patients et forts! le salut de la patrie est aux mains de ses tils !

Les traits de Mill's rayonnaient d'un enthousiasme inspiré. Sa voix vibrait, sonore et puissante. — Les cinq frères écoutaient, dominés et saisis d'une sorte de crédulité superstitieuse.

Cette voix de leur père, incliné au bord de sa tombe, était pour eux comme la voix d'un prophète.

Le vieillard se tourna vers le portrait de Daniel O'Connell, collé aux pierres de la muraille.

— Toutes ces choses arriveront, reprit-il; — je le crois, je le sais, puisque Dieu nous a envoyé, dans sa pitié souveraine, ce grand et pacifique sauveur... Les temps d'épreuves sont accomplis, et ce dur esclavage où les pères ont vécu , les fils délivrés refuseront d'y croire... Que de gloire, enfants! que de force, que de bonheur dans l'avenir!...

Il leva son verre jusqu'à ses lèvres, et but en s'inclinanl silencieusement devant l'image d'O'Connell.

Puis il repoussa de la main son verre vide.

— Mes lèvres ne toucheroni plus une gouite de celle liqueur, dil-il. — J'ai bu ma dernière sanlé... maintenant, mes fils, nous allons nous séparer... S'il est vrai que les magistrats aient avancé l'in^ slant de ma mort , je veux donner les heures qui me restent au salut de mon âme.

Aux premières paroles du vieillard, Morris avait tressailli vivement, comme un homme surpris au milieu de sa rêverie par l'heure qui sonne et qui lui rappelle lout à coup un devoir omis.

Ses frères el lui échangèrent des regards inquiets. — Le soleil baissait à l'horizon et glissait ses rayons obliques jusque dans Tinlérieur de la cellule.

Au dehors on entendait les voix murmurantes des prisonniers, répandus dans les cours et dans les préaux, pour la récréation du soir.

La figure de jeune fille était toujours derrière le rideau, à la croisée de la maison de Daws. — Elle regardait, pensive et surprise, cet étrange festin qui se poursuivait sous ses yeux.

Parmi les convives de ce repas funèbre, il y en avait un surtout qu'elle ne perdait point de vue. Les heures s'étaient écoulées sans qu'elle s'aperçût de leur passage, et ses grands yeux bleus restaient fixés obstinément sur la figure pâlie de Morris Mac-Diarmid.

Pauvre Francès! elle aussi était bien pâle! A la place de ces riants et beaux espoirs qui lui donnaieiit naguère à rêver si doucement, il n'y avait plus en son cœur que tristesse.

Tout à coup son œil distrait devint plus aiten-

tif. Elle frotta du doigt la vitre, obscurcie par son haleine.

Morrisvenait de porter précipilammenl la main à son sein et d'en retirer un objet dont Francès ne pouvait point distinguer la nature.

Jl semblait à la jeune fille que Morris épiait les mouvements de son père. — Et, en effet, ce dernier s'étant tourné vers la fenêtre pour reconnaître rheiire à la hauteur du soleil, Morris saisit vivement un verre , y déposa quelque chose et le remit sur la table.

— Mes fils, disait en ce moment le vieillard, — il est temps de vous retirer.

Les Mac-Diarmid se levèrent.

Morris prit une cruche de whisky pleine encore, et emplit les verres à la ronde.

— La rosée de nos montagnes est une amie perfide, dit le vieux Mill's qui secoua en souriant sa tête blanchie. — Je ne veux plus boire, mon fils Morris, parce que le prêtre va venir et qu'il me faut toute ma raison pour entendre parler de Dieu.

Un craintif embarras se peignit sur les traits des jeunes gens.

— Un dernier toast ! murmura Mickey.

— Non, répliqua Mill's d'un ion ferme. — Nous ne sommes pas à la maison des Mamturks où le sommeil de la nuit dissipait les fumées du potteen... Je veillerai jusqu'au jour, et je veux toute ma force pour regarder en facema dernière heure... Enfants, retirez-vous.

Les Mac-Diarmid demeuraient immobiles et les

yeux baissés, — Morris avait aux tempes des j^outies de sueur.

Il avait manqué l'occasiou d'agir, et roccasion perdue s'enfuyait; il ne savait plus comment la ressaisir.

— Père , dit-il tout à coup, — vous nous avez raconté souvent la fin héroïque de notre aïeul Patrick Mac-Diarniid , tué par le tyran George lll, et qui, avant de mourir, provoqua ses douze fils à boire au salut de l'Irlande...

— L'œil de Mill's, qui était redevenu calme et grave, s'alluma soudain de nouveau.

Il saisit son verre plein et Téleva au-dessus de sa léte.

— Patrick Mac-Diarmid fit cela, dit-il, — c'est vrai!... et l'usqnebaugli de ce dernier toast ne l'empéclia pas de mourir comme saint, en baissant l'image de Jésus sur un crucifix... A genoux, enfants, à genoux!

Le vieillard se prosterna et mit la main sur son cœur.

— Erin go Braegh! dit-il.

Et il avala son verre d'un trait.

— Erin go Braegh! répétèrent les cinq Mac- Diarmid, dont les traits s'éclairèrent d'une joie subite.

La liqueur que le vieux MiH's venait de boire contenait la poudre achetée par Morris chez l'apothicaire, aux prix de deux shillings et six pences. — Ce fut comme un coup de foudre. Le vieillard eut à peine le temps d'apercevoir la fraude pieuse employée par ses fils pour le sauver.

Il réussit pourtant à se lever sur ses pieds, mais

ce fut pour retomber, vaineu, entre les bras de Morris, qui l'élendit sur le matelas.

— Dépêchons, frères! dit le jeune maître. — Le jour baisse, et luailre iSicholas va venir...

Morris ôta précipilainment son pantalon, sa veste et son carrick. — l^n même temps les autres frères dépouillaient également, au plus vite, le vieillard endormi.

L'échange de vélemenls fut fait en quelques minutes.

Morris, la tête enveloppée du bonnet de son père, s'assit dans un coin obscur el prit la pose habituelle du vieillard.

Celui-ci, dont les cheveux blancs se cachaient sous le collet relevé du carrick, fut pris à bras le corps par Sam et Mickey, qui le soulevèrent.

Le jour baissait, baissait rapidement; il ne régnait plus qu'une douteuse clarté dans la cellule.

On entendit bientôt dans le corridor le pas régulier et discret de maître Nicholas, qui mit sa grosse clef dans la serrure.

— Allons, mes bons amis, dit-il en ouvrant la porte, — je vous ai dorme un quart d'heure de plus que je n'aurais dû, et Dieu sait quelle gamme va chanter maître Allan!...

Mickey lui répondit ])ar un couplet du Lilliburo, et Owen feignit de chanceler comme un homme ivre.

Micholas eut un rire paternel.

— A la bonne heure! à la bonne heure! dit-il. — Les jolis garçons ont fêlé comme il faut le dernier jour... et le vieux Mill's a-t-il bien bu, le digne homme?

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