‹ Quittance de minuitChapitre 16 sur 32 · QHTT. DI M1*TTIT · texte numérisé non relu

QHTT. DI M1*TTIT

touchaient du coude n'eurent point le ttmps de remarquer son trouble.

Elle fit le signe de la croix sous le capuce de sa mante, et jeta vers Dieu le cri de son âme de vierge.

Puis elle écouta, parce que la bouche du géant se rouvrait.

— Voilà qui est bien parler, mon jeune maître! dit ce dernier en s'adressant à l'homme qui portait la mante rouge de Molly-Maguire; — du diable s'il peut y avoir une dette entre un bon chrétien comme vous et un scélérat de Saxon!... Mais enfin la dette est payée; que Dieu vous bénisse et que le diable prenne soin de lui!... Écoulez^ moi, vous autres!

Il tourna le dos à l'estrade et fit volte-face vers cette partie de rassemblée dont les rangs pressés se perdaient dans la nuit.

— Vous êtes de braves garçons tous tant que vous êtes, reprit-il, — mais le major vous fait peur... Ne dites pas non, mes chéris!... vous avez peur de l'Anglais et de ses coquins de dragons... Bien, bien! roi Lew, j'entends votre grognement et je sais que vous êtes des intrépides, vos matelots et vous !... Mais laissez-moi parler, ou je vous donnerai le soin d'en finir avec Mortimer la prochaine fois qu'il descendra le Claddagh.

— C'est un beau soldat, dit le roi Lew; — mais il ne m'a rien fait.

Le géant haussa les épaules.

— S'il arrivait à l'entrée de la grotte à l'heure où nous sommes, murmura-t-il, — vous verriez bien ce qu'il vous ferait, roi Lew!... Quant à être

un beau soldat, je ne dis pas; il a du drap blanc, du drap rouge et de l'or valant plus de scbellings

qu'il n'en faudrait pour vèlir une douzaine d'honnêtes gêna... Mais de quoi parlons-nous? Il s'agit de tuer un homme! ..

— Oui, oui... parlez, Brûleur, parlez!

— Il s'agit de tuer vingt hommes, poursuivit ce dernier dont la grosse voix s'enfla tout à coup; — cent hommes!

Quelques exclamations contenues montèrent audessus de la fouie qui demeurait immobile et attentive.

Tous les cous se tendaient; toutes les bouches s'ouvraient béantes; tous les yeux s'attachaient, fîtes et avides, sur les lèvres du Brûleur.

— Cent hommes! répéta-t-il en frappant ses mains l'une contre l'autre. — Écoutez !...|Mortimer est parti ce soir de Galway, à six heures, pour se rendre à Tuam, où les gens d'O'Conneli font trop de bruit.

— C'est vrai ! murmurèrent quelques voix sur l'estrade.

— C'est vrai! répéta l'Heiress au fond de son ■ cœur.

— Il a cent dragons avec lui, — cent beaux soldats, roi Lew; insolents, pillards et damnés! — Us vont passer la nuit à Tuam... Demain, il faut qu'ils soient revenus à Galway pour protéger l'élection de James Sullivan... Le poil s'ouvre à midi..., vers dix heures les dragons traverseront le bog entre la Moyne et Clare-Galway.

— On l'a déjà attaqué en cet endroit, interrom-

pit Mac-Duff; — c'était la nuit, et il s'est tiré d'affaire !...

— Tais-toi, Patrick!... S'il se tire d'affaire cette fois, je dirai que ion bâton est aussi vaillant que la langue!. .. Ils arriveront vers dix. heures et demie à la chaussée de planches...

Mahony le Brûleur s'arrêta.

— Kh bien?. . dit la foule.

— Veux-tu attaquer les dragons en plein midi dans le bog?...

— J'en suis! s'écria le roi Lew; — ça me va mieux que de frapper la nuit par derrière!

Le géant secoua sa tête chevelue.

— Musha! grommela -t-il; nos bons garçons ne sont pas de ton avis, roi Lew!... Oh! que non pas, mes fils! reprit-il tout haut, — j'ai mieux que cela!... Ce que je vais vous dire, ce n'est pas moi qui l'ai trouvé. Il n'y a pas assez d'esprit dans ma grosse tête pour dénicher de pareilles idées...; mais j'ai passé la matinée avec un jeune gars que vous connaissez bien tous tant que vous êtes, et que le major Morlimer empêche de dormir...

Le nom de Jermyn, prononcé tout bas, courut de bouche en bouche. — Ellen attendait.

— C'est peut-être bien celui que vous dites, poursuivit le géant. — S'il est ici , je ne l'empêche pas de se nommer lui-même... Sinon, la paix!... C'est un malin garçon... La chaussée de planches a plus d'un mille de longueur... On a choisi des madriers larges et longs pour qu'ils trouvassent des appuis sur la terre mouvante. Pensezmes bijoux, que la chaussée fût aussi sûre, cun des madriers était moins long de moitié'

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