oi ITT. Dl. MINUIT
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— l'endroit où peut être le sabot du cheval de Morlimer toucherai! la fange mortelle pour la première fois.
Ce vide qui restait entre les deux fragments du madrier fascinait son œil; son regard ne s'en pouvait point détacher, el sa prunelle s'allumait sous ses sourcils froncés convulsivement.
C'est que la nuit était bien près encore, cette nuit d'angoisses où Jermyn avait si cruellement souffert!
Tout revenait à son souvenir, et les images évoquées vivaient devant sa vu<\
Oh ! cette nuit avait mis une cuirasse autour du cœur de l'enfant! lui aussi était maintenant impitoyable!
C'était un cœur doux et timide que l'amour jetait violemment hors de sa voie; — et ceux-là sont les plus terribles.
Il avait aimé dans le silence, avec respect, avec idolâtrie, comme on adore Dieu.
Depuis cette heure où finit l'enfance, et où l'âme, s'essayant à sentir, balbutie ses premières impressions, Jermyn aimait ainsi, exclusivement et passionnément. Il ne se souvenait point de n'avoir pas aimé. C'était sa vie entière dans le passé, son seul espoir dans l'avenir.
Bien des fois, Jermyn avait remercié Dieu de ne lui avoir point donné pour rival un de ses frères...
Mais son rival était un Anglais, un Saxon détesté d'avance, un protestant, un ennemi.
Ce" matin , quand Ellen était rentrée de son excursion nocturne, Jermyn n'avait point levé sur
elle son regard ; il savait point bougé, tant il était absorbé dans sa haine, qui était une portion de son amour.
Le Brûleur avait dû parler cette nuit, le sort de sa vengeance était décidé désormais...
Il était resté là des heures entières, courbé sous le poids de sa penser.
Jermvn était brave; s'il attaquait ainsi son ennemi ce n'était point par lâcheté; bien souvent il avait tressailli d'envie en songeant à la possibilité de se trouver face à face avec le major et l'épée à la mnin.
Mais quelque chose lui disait que le meurtrier de Percy Mortimer serait pour Ellen un éternel objet d'horreur; il n'osait pas tuer, parce qu'il espérait toujours être aimé.
Il saisit un des mousquets suspendus au-dessus de la cheminée, et suivit le Brûleur qui se dirigeait, une hache à la main, vers la chaussée de planches.
Depuis le premier coup de hache, il avait assisté , immobile et muet, à l'œuvre de destruction.
Maintenant tout était dit, et, pour la première fois, sa conscience se faisait entendre.
Mais à sa voix étouffée répondait la grande voix de la haine. — Jermvn parvint à regarder sans frémir l'endroit où la première planche basculait sur le tronc d'arbre, — l'endroit où le major Percy Mortimer allait disparaître bientôt dans sa tombe de fange.
Il laissa retomber son masque de toile, mit son fusil sur son épaule, et dit d'un Ion froid :
— C'est bien ; éloignons-nous.
L'instant d'après, un silence profond régnait au lieu d'où s'élevait naguère l'assourdissant fracas des haches et des scies.
De loin, la chaussée de planches présentait son aspect ordinaire, et rien n'annonçait un piège.
Le bog avait repris sa physionomie solitaire; aussi loin que pouvait s'étendre la vue, on n'apercevait rien.
Seulement, de temps à autre, les branches rabougries de quelques buissons de bog-pine s'agitaient tout à coup, bien que nul vent ne soufflât sur le marais. — Un murmure indistinct se faisait. — Ça et là , derrière les rameaux d'un vert roussàtre, s'étouffait un éclat de rire...