‹ Quittance de minuitChapitre 31 sur 32 · nriTT. pk mim u · texte numérisé non relu

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— Nous sommes bien montés, dit-il en observant la petite Su, — et bien armés... Il ne faut pas que ces malheurt u.v puissent croire qu'ils nous font peur... Messieurs, nous prendrons le chemin des lacs.

Personne ne répondit parmi les officiers; le major poussa son cheval ; — mais Su et son frère s'attachèrent à la bride en poussant des cris lamentables.

— Oh! Vos Honneurs ! disaient-ils, — oh ! Vos pauvres Honneurs!... vous allez tons mourir! tous jusqu'au dernier!... mon bon lord! s écriaient-ils en s'adressant a Mortimer. — Si vous saviez que de plomb et que de fer ils ont mis dans leurs mousquets !... si vous saviez comme ils ont aiguisé leurs haches et leurs faux!... si vous les aviez entendus quand ils disaient : Voilà vingtquatre heures déjà que le Saxon maudit a reçu en pleine poitrine la promesse de Molly-Maguire... il faut qu'avant le milieu du jour le Saxon dorme sous l'eau du lac!...

Cette allusion à ce qui s'était passé la veille dans le parloir du Roi-Makolm fit impression sur le major, et prêta pour lui aux paroles des enfans une physionomie de vérité.

Il serra le mors et prit la main de Su qu'il attira jusqu'à lui pour l'asseoir sur sa selle.

Il la regarda bien en face et longtemps.

La petite fille soutint ce regard perçant et sévère sans sourciller; ses yeux ne se baissèrent point; elle se mit à sourire tout doucement.

— Cette enfant ne ment pas, murmurèrent les officiers d'un ton de conviction profonde.

— Comment se nomme votre père? demanda le major.

— Nous n'avons plus de père, répondit Su sans hésiter; — notre mère est la vieille Meg de Knockderry, de l'autre côté du lac.

— Et vous connaissez le lieu précis où se tient cette embuscade?

— Je m'y rendrais les yeux bandés, répliqua le petit Paddy , jaloux de l'attention qui se concentrait sur sa sœur.

— Voulez-vous nous y conduire? demanda encore Mortimer.

Paddy ouvrit la bouche avec empressement; puis sa joue devint pourpre.

11 ne répondit rien.

La petite fille n'éprouva pas un seul instant d'embarras.

— Oh! mes chers lords, dit-elle, — ce sont nos cousins et nos oncles qui sont là-bas le long du lac... Si vous saviez où ils sont, peut-être seriez-vous les plus forts... et nous ne voulons pas vous aider à les tuer, Vos Honneurs!

— Si nous vous dounions de l'argent, murmura le major à son oreille.

La petite fille baissa les yeux et secoua son énorme chevelure.

— Beaucoup d'argent! reprit le major.

Su fit semblant d'hésiter.

— Non ! oh ! non ! s'écria-l-elle après un court silence, — j'aime mieux avoir faim.,, mon petit frère aussi... Laissez-nous, mon bon lord, et suivez la route que vous voudrez.

Mortimer lit glisser la petite fille jusqu'à terre

et mit une poignée d'argent dans son tablier.

Les deux enfants poussèrent un long cri de joie.

— En avant! dit le major qui tourna la tête de son cheval dans la direction du bog de Clare- Gahvay.

Toute la troupe, qui était composée de cinquante à soixante cavaliers, marcha en bon ordre sur les traces de Percy Morlimer.

Su et Paddy dansaient sur le pavé de la rue...

Une fois hors de la vil'e, les dragons prirent le grand trot et s'engagèrent bientôt dans le marais qui commence à deux milles de Tuam.

Les enfants les suivaient de loin et leur envoyaient de bruyantes bénédictions.

Ils couraient, les petits sauvages, avec leurs jambes nues et grêles, presque aussi vite que les chevaux.

Et tout en criant : Dieu vous bénisse, — mes bons lords! — ils ne se faisaient point faute de causer tous les deux bel et bien.

— Ma sœur Su , demandait Paddy, — combien vous a-t-il donné d'argent?

— Je ne sais pas, répondit la petite fille; — qui pourrait compter tout cela?... Il y a des pièces blanches, larges comme des pence..., d'autres qui sont toutes petites et jolies; oh! regardez plutôt, Paddy! mais qui pourrait dire combien tout cela fait de farthings?...

Et les deux enfants s'arrêtaient essoufflés; ils s'asseyaient un instant dans le gazon mouillé pour contempler et compter leur trésor.

Puis ils s'élançaient de nouveau sur les traces

des dragons, et faisaient éclater de mille manières leur joie enfantine.

Ces hommes qui étaient devant eux et qui leur donnaient cette joie marchaient à la mort.

Mais Su et Paddy n'avaient garde de songer à cela; ils cabriolaient dans les joncs, ils bondissaient d'une langue de terre à l'autre, et secouaient en courant les longues mèches de leurs cheveux.

Les dragons, qui les avaient perdus de vue durant quelques minutes , les voyaient reparaître tout à coup, riant et sautant.

Cette allégresse naïve leur était toute défiance, et ils allaient sans autre préoccupation que de guider leurs pesants chevaux sur le terrain glissant.

Leur trot ne se ralentissait point.

Au bout d'une heure environ , ils atteignirent l'extrémité de la chaussée de planches.

C'était bien loin encore de l'endroit où nous avons vu les gens de Molly-Maguire à la besogne; il y avait un grand mille du bout septentrional de la chaussée au cours fangeux du Doon.

Celte partie de la route était aisée comparativement à celle que les soldats venaient de franchir. Le trot des chevaux devint plus régulier et plus rapide; la troupe, rangée sur deux files, emplissait tome la largeur de la chaussée.

Le major marchait le dernier.

Durant quelques minutes encore, on put voir les deux enfants sautiller par-dessus les flaques d'eau de plus en plus larges, comme des esprits follets.

Puis tout à coup ils disparurent pour ne plus se remontrer.

Les dragons étaient alors bien près du cours du Doon.

Le soleil avait achevé Je pomper le brouillard , et la surface plane des bogs s'allongeait en tous 9ens à perle de vue.

Le major consulta sa montre et murmura une exclamation chagrine.

— Commandez un temps de galop, monsieur, dit-il au cornette Brown; — nous arriverons en relard.

Les chevaux sentirent l'éperon, et leur pas lourd retentit plus pressé sur les madriers qui remuèrent.

La colonne se précipitait impétueusement vers l'endroit fatal.

Le bog présentait, aussi loin que la vue pouvait s'étendre, un aspect de morne solitude; pas tin être vivant ne se montrait sur le vaste tapis de verdure. — Seulement, du côté du lac Corrib, bien loin, bien loin, un point presque imperceptible et de couleur rougeâtre semblait se mouvoir.

Les dragons l'aperçurent peut-être , mais il était impossible d'en distinguer la forme et la nature.

Durant deux minutes encore, le galop des chevaux résonna sur le bois solide.

Puis les deux premiers chevaux bronchèrent à la fois.

Les éperons de leurs cavaliers leur donnèrent un élan nouveau; ils se précipitèrent en avant,

bronchant encore, jusqu'à ce que le sol vint à manquer sous leurs pieds.

Les cavaliers qui venaient ensuite éprouvèrent lé même sori, et, connue les premiers, par l'effet de l'impulsion donnée, avaient franchi un assez large espace depuis le premier madrier scié, tous les dragons, sans exception, se trouvèrent engagés dans le piège.

Les chevaux avaient de la fange jusqu'à la sangle, et s'agitaient en souillant au milieu de l'océan de boue.

Ils s'enfonçaient lentement, et leurs efforts mêmes hâtaient leur perte.

Durant une ou deux secondes, ce fut une scène de tumulte affreux ; les cris et les plaintes se croisaient, mêlés à d'impuissants blasphèmes.

La plupart des dragons étaient tombés en dehors de la chaussée, qui, du reste, présentait maintenant une série de trous assez larges pour engloutir hommes et chevaux.

Dans le premier moment, le danger ne leur apparaissait point sous sa véritable face; ils se croyaient cmhourb s tout au plus, et redoutaient seulement une attaque plus ou moins éloignée dans celle position défavorable.

Mais bientôt ils s'aperçurent que leurs chevaux enfonçaient de plus en plus; la fange délayée arrivait à la selle.

Les cris cessèrent; il se fit un silence morne.

— Aeerochez-vous aux troncs d'arbres! cria Percy Mortimer, qu'un écart de son cheval avait jeté loin des débris de la chaussée.

Il n'avait point quitté la selle, et. au milieu de

ce terrible danger, son pâte visage restait toujours froid et calme.

— Accrochez-vous aux troncs d'arbres! répétèrent cent voix railleuses qui semblaient partir des buissons voisins.

Puis ce fut un long éclat de rire; — puis le silence encore.

Les chevaux enfonçaient; les selles disparaissaient presque, et les dragons s'étaient mis à genoux sur le dos de leurs montures...

Au loin , du côté des lacs, le point rouge grandissait, grandissait et s'avançait rapidement.

Les dragons écrièrent au secours! — Les voix moqueuses répétèrent ai secours! et chaque fois qu'une plainte s'exhalait au milieu de cette scène de désolation, une plainte pareille sortait des buissons voisins.

C'était comme un écho impitoyablement railleur.

Aux plaintes succédèrent les menaces.

Lf> dragons armèrent leurs pistolets.

— Feu ! crièrent les buissons.

Les soldats, exaspérés, lâchèrent en effet la détente. — Ce fut un peu de bruit; les amorces mouillées ne purent s'enflammer.

Et les rires invisibles redoublèrent. — Et les railleurs, désormais bien assurés que l'agonie des dragons de la reine était impuissante, montrèrent leurs têtes derrière le feuillage.

Il y en avait! il y en avait ! — chaque buisson cachait un groupe.

C'étaient des hommes, des femmes et jusqu'à des enfants.

Patrick Mae-Duff, le bon garçon, s'en donnait tant qu'il pouvait avec sa femme Madge, — une douce âme qui le battait; — Pat ne se possédait pas de joie, et Gib répétait en extase :

— Ce sont pourtant les petits qui ont fait cela, les chérubins!

Le géant Maliony montrait son torse tout entier au-dessus des buissons. Il était appuyé sur sa grande hache et regardait le drame assez tranquillement.

Non loin de lui, derrière la touffe voisine, Jermyn Mac-Diarmid se cachait, honteux et brisé par l'émotion. — Il voulait ne point regarder et fuir ce tableau qui l'accusait horriblement; mais ses jambes restaient clouées au sol et ses regards fascinés ne pouvaient point se détacher du pâle et hautain visage de Percy Mortimer.

La petite Su et son frère Paddy, qui avaient rejoint leur père à l'aide d'un détour, étaient là pour assister à la fête; — et comme ils s'amusaient, les chers innocents!

D'où ils étaient et pour des enfants comme eux, le côté grotesque de la scène l'emportait vraiment sur le côté terrible.

Ils ne voyaient que ces hommes rouges, couverts d'or, qui barbotaient dans la fange.

Mais ces hommes enfonçaient sans cesse, et leur agonie faisait des progrès sûrs.

Les chevaux ne pouvaient nager dans ce liquide épais et gras , — ils enfonçaient, ils enfonçaient...

La boue se rejoignait maintenant au-dessus de la selle, et l'on ne voyait plus les pieds des dragons qui se tenaient debout.

Quelques-uns avaient réussi à s'accrocher lui troues d'arbres; ceux-là étaient momentanément a l'abri.

Mais, pour les autres, tout effort demeurait inutile et n'eût servi qu'a hâter l'instant fatal.

Il fallait attendre la mort.

Le major, qui était le plus éloigné de la chaussée, était en même temps le plus près d'une des langues de terre environnait, > ; 90b cheval avait trouvé pied sans doute au fond du lac de boue, car il cessait de s'enfoncer, et ses efforts l'amenaient, par un mouvement imperceptible, vers le sol ferme.

Mortimer ne semblait poin! s'apercevoir de cette chance de salut. — Le deuil qui l'entourait avait yaincu son froid courage.

Ses bras étaient croisés sur sa poitrine; son front hautain se courbait; il s'apitoyait, non point sur son propre sort, mais sur celui de ses soldats qui allaient mourir, et qu'il ne pouvait point défendre.

Une fois le sang monta subitement à sa joue et mit un rouge vif à la place de sa pâleur habituelle. — Ses yeux s'étaient baissés en même temps, et l'on eût pu voir sur sa physionomie, animée subitement, le reflet d'une émotion poignante.

Peut-être était-ce la pensée d'Ellen qui venait de visiter son cœur; peut-être était-ce le dernier adieu prononcé du fond de l'âme à l'heure suprême...

Cela dura un instant, — puis le? regards du

major se tournèrent de nouveau vers sa petite ariiM a L'agonie. — Son front redevint pâle.

Sur ce visage dont la beauté dominait, héroïque, la scène de désola'ion, les regards de Jerinvn restaient invinciblement attachés. — Jermyn souffrait presque autant que les soldais à l'agonie. — Tout ce qu'il y avait en lui de généreux et de noble se révoltait : sa conscience bourrelée était à la torture.

Et. que de haine pourtant parmi ces remords! Comme il épiait, attentif, une marque de frayeur Ou de faiblesse ! Comme il attendait avec d'ardentes impatiences un soupir , un cri , une plainte...

Rien. — Une statue de marbre en face du marteau qui va la briser.

Jermyn haïssait, mais il admirait. — Il eût donné sa vie pour la mort de cet homme.

Il se sentait vaincu , même au moment de tuer. Son âme bouleversée jalousait les minutes de calme que son rival allait vivre encore.

Et il songeait à le sauver pour redevenir un instant son égal. Il voulait lui tendre la main pour remonter jusqu'à lui.

11 le vo. liait ; — mais c'était comme un rêve. — Il ne bougeait pas.

Ses deux mains s'appuyaient sur le canon de son mousquet.

Il restait là, muet et sombre, et stupéfait de ne trouver qu'amertume au fond de la coupe de vengeance...

Les dragODI avaient maintenant de la lnoie jusqu'aux genoux. — Quelques-uns récitaient des

prières; les antres se répandaient en menaces vaines; d'antres enfin criaient encore an -«■

Aux prières, aux menaces ei am cria de désespoir les Molly-Maguires répondaient par d'implacables moqueries.

La ])itié ne venait point.

Ils regardaient cette mort horrible sans que leur vengeance fut assouvie.

Le point rouge cependant avait pris une forme et s'avançait comme un tourbillon , — c'était une femme à cheval qui courait en zigzag dans le bog et qui tenait par la bride une autre monture dont le galop la suivait de près.

Elle avait dans la main droite une houssine, et frappait son poney sans relâche.

— Voilà une bonne femme de Knockderry, se disaient les Molly-Maguires , qui vient pour avoir sa part de la danse. — 11 n'est pas trop lard !

— Hardi, ma belle! cria la grosse voix du géant Mahony; — au train que vous menez, il vous en restera encore un petit peu.

Et Pat et Mac-Dutf et les autres répétèrent en chœur :

— Hardi, ma belle! poussez, oh là! poussez! La mante ronge semblait n'avoir pas besoin de

ces encouragements; les naseaux de ses petits poneys soufflaient une fumée épaisso.

Elle dévorait l'espace...

On ne voyait plus que le torse des malheureux dragon î qui n'avaient pu s'accrocher aux troncs d'arbres; celle mort lente, qui venait par degrés el qu'on ne pouvait point combattre, les affolait ;

ils agitaient leurs bras dans le vide en poussant

des cris insensés.

Quelques-uns, saisis de vertige, s'élançaient à corps perdu dans la fange, et cherchaient à gagner la chaussée à la nage.

Mais la fange les recevait, flasque, inerte, et les engloutissait lentement.

A chaque homme qui disparaissait ainsi, c'étaient derrière les buissons de frénétiques hurras.

Et ces cris de sauvages ivres tombaient comme de poignants reproches sur le cœur de Jermyn Mac-Diarmid. — C'était lui qui leur faisait ces féroces allégresses; — c'était lui qui tuait de loin tous ces hommes : l'idée du piège lui appartenait...

Honte! honte! — l'esprit du dernier des Mac- Diarmid s'engourdissait; ses yeux ne voyaient plus qu'à travers un brouillard...

La mante rouge passait en ce moment vis-à-vis des Molly-Maguires , dispersés sur les mamelons de terre ferme.

— Allons, commère! dit Mac-Duff, — vous voici arrivée... venez avec nous !

La mante rouge glissa comme une flèche à quelques pieds de lui, au galop de ses deux poneys, et ne répondit point.

Son capuchon rabattu lui cachait le visage. Elle continua sa roule vers la chaussée.

Le major, rendu à lui-même par les mouvements convoi si fs de son cheval qui sortait peu à peu desa prison de boue, venait de jeter derrière lui un regard qui lui avait montré la terre ferme .1 -i portée.

En ce premier moment l'instinct de conversation , qui est au cœur «le l'homme le plus vaillant, l'emporta sur toute autre pensée.

Le major était debout sur sa selle; il lendit ses jarrets pour prendre son élan.

La mante rouge arrivait à cet instant sur la langue de terre qui lui faisait face. — Elle s'arrêta court.

— Poussez-le, commère! cria Mac-Duff; — il est bien là! empéehez-le d'aborder!

la niant' rouge mit pied à terre lestement , et fit entrer l'un de ses poneys dans la vase. Du geste et de la voix elle appela Mortiiuer.

Celui-ci, quittant la selle de son cheval, sauta sur le dos du poney, qui fit effort, glissa, se reprit, et bondit enfin >ur le sol ferme.

La foule rugissante s'élança hors des buissons, et vint jusque sur le bord du Doon.

Impossible de faire un pas de plus en avant! ..

— Tirez! criait-on de toutes parts; — c'est un homme déguisé! — Tirez! ceux qui ont des fusils!...

Ils gesticulaient comme des forcenés. Une part de leur vengeance leur échappait , et c'était la meilleure.

Quatre ou cinq coups de fusils partirent...

Jermyn seul ne s'était point avancé. Il demeurait immobile sur son tertre.

la toile qui couvrait son visage était mouillée de sueur...

A peine sauvé, le major avait tourné la tète de son poney vers la chaussée, — vers le péril.

La mante rouge était en selle sur l'autre cheval.

— Elle jeta ses deux bras autour de la taille du major, qui n'avait qu'une main pour résister à cette étreinte; — elle l'attira vers i Ile et le pressa contre son cœur.

En même temps sa voix parla doucement aux poneys qui partirent, rapides comme le vent. — Tout cola fut l'affaire d'une seconde.

La foule poussa un long cri de rage.

Les deux fugitifs couraient en zigzag et se tenaient toujours embrassés.

— Tirez! lirez! criait-bn. — Il suffirait d'une balle'pour deux!...

Jermyn était le seul dont le fusil restât chargé.

Il rejeta son masque de toile en arrière. — Vous eussiez dit le visaçe d'un fantôme.

Son arme s'abaissa lentement vers les poneys fugitifs.

— Allez, Jermyn! allez, mon fils!... Ah ! ah!... vous allez voir, vous autres!... Jermyn n'a jamais manqué son coup...

La mante rouge et Mort i mer, embrassés toujours et emportés par la course tortueuse des poneys, se présentèrent un instant de profil.

L'âme de Jermyn était dans ses yeux qui flamboyaient.

La foule trépignait de rage et d'impatience.

— Allons! mon fils, allons!...

Jermyn mit son doigt sur la délente. — La bouche du fusil vomit un cône de fumée, et le coup retentit , faible, dans l'immensité des bous.

Les deux fugitifs "semblèrent chanceler à la fois sur leurs poneys. — Le veut souleva un coin du capuchon de la niante rouge.

L'arme s'échappa des mains de Jermyn qui

tomba sur ses genoux en gémissant le nom d'Lllen...

La fuule hurlait triomphante...

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