‹ Quo vadis? (volume 2)Chapitre 29 sur 71 · chapitre: V · texte numérisé non relu

chapitre: V

A partir de ce moment, elle ne fit que de rares apparitions dans la salle commune et ne s'approcha plus guère du malade. Mais elle ne retrouvait pas sa sérénité d'âme. Elle voyait que Vinicius la suivait d'un regard plein de supplications, qu'il attendait une parole d'elle comme une grâce, qu'il souffrait sans oser se plaindre, de peur de la rebuter, et qu'elle seule était pour lui la santé et la joie. Alors son cœur débordait de pitié. Elle ne tarda pas non plus à s'apercevoir que plus elle cherchait à l'éviter, plus elle avait pitié de lui, et que par cela même il faisait naître en elle des sentiments de plus en plus tendres. La tranquillité l'abandonna. Il lui arrivait de se dire que le devoir était justement de rester toujours à ses côtés, d'abord parce que la doctrine divine lui commandait de rendre le bien pour le mal, et ensuite parce qu'en causant avec lui, elle pourrait peut-être l'attirer vers cette doctrine. Mais aussitôt sa conscience lui répondait qu'elle cherchait à se leurrer, et qu'elle était entraînée seulement par lamour.

Par moments, elle se sentait prise dans un filet dont les mailles, à mesure qu'elle faisait des efforts pour le rompre, l'enserraient plus étroitement. Ouand elle s'ap-

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prochail de lui, et ([u'ollc !«; voyait toiil rayonnant à >a vue, clic avait le cceur inondé de joie. Lu jour elle aperçut des traces de larmes dans ses cils, et, pour la première fois, il lui \inl à res[)rit ciu'elh^ pouirail les sécher avec des baisers. Pleine de mépris pour ellemême, elle passa la nuil suivante à pleurer.

Vinicius maiiileiiani inonli'ait beaucoup moins d'orgueil dans ses conversai ions avec (llaucos. Il lui venait souvent ù la pensée ([ue ce pauvre esclave médecin, el la vieille Myriam, el Crispus élaient des êtres humains eux aussi. A la longue, il linit par aimer L rsus.

Nazaire seul ne trouvait pas grâce devant lui, parce ([Il il lui semblait que le jeune garçon avait l'audace d'élre amoureux de Lygie. Longtemps il résista à Tenvie de lui témoigner son aversion. Mais une fois, comme le garçon avait apporté à la jeune fdle deux cailles, achetées d'un argent péniblement gagné, le descendant des quiriles se réveilla en Vinicius, — pour qui un vagabond d'étranger valait moins que le plus misérable ver de terre. Entendant les remerciements de Lygie, il pâlit, et comme Nazaire était allé' chercher de l'eau pour les oiseaux, il dit :

— Lygie, comment peux-tu souffrir qu'il t'offre des présents? Ne sais-tu donc pas que les Grecs appellent les gens de sa nation : ces chiens de Juifs?

— Je ne sais comment les Grecs les appellent, mais je sais que Nazaire est chrétien et qu'il est mon frère.

Puis elle le regarda avec tristesse et étonnement, car elle n'était plus habituée à voir chez lui de semblables accès de violence. Lui, serra les dents afin de ne pas crier qu'un tel frère, il le ferait mourir sous le bâton, ou bien l'enverrait piocher la terre, fers aux pieds, dans ses vignobles de Sicile... Il se contint, étouffa sa colère ft dit :

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— Pardonnc-niui, Lygic ; pour moi lu es une lillc Je roi eirenfantadoplive des Plautius.

El il parvint si bien à se contenir que, lorsque Nazaire reparut dans la chambre, il lui promit de lui faire cadeau d'une paire de paons ou de flamants , les jardins de sa villa on étaient pleins.

Plus se répétaient ces victoires de Vinicius sur luimême, plus elles'attachaitàlui. Pourtant, soumetlre sa violence à la discipline chrétienne, le jeune tribun le pouvait faire sans efforts excessifs. Incliner son esprit à sympathiser avec la doctrine même était autrement ardu. Il n'osait pas mettre en doute l'origine surnaturelle du Christ, ni sa résurrection, ni tous les autres miracles. Mais la nouvelle doctrine détruirait tout ordre, toute suprématie et ferait disparaître toutes les différqpces sociales. Ou"adviendrait-il alors de la domination et de la puissance romaines? Les Romains pouvaient-ils renoncer à l'empire du monde, reconnaître comme leurs égaux tout ce troupeau de peuples vaincus? Non, cela ne pouvait entrer dans la tête d'un patricien.

Lygie voyait ce qui se passait en lui. Elle voyait et ses efforts, et la répulsion de sa nature pour cette doctrine, et elle en était mortellement attristée. Mais le respect tacite qu'il montrait pour le Christ éveillait sa compassion, sa pitié et sa reconnaissance, et l'attirait vers le jeune homme. Elle se rappelait Pomponia Graecina et Aulus. La pensée qu'au delà de la tombe elle ne retrouverait plus Aulus était pour Pomponia une cause incessante de tristesse. Maintenant, Lygie comprenait mieux cette amertume et cette douleur. Elle aussi avait rencontré un être cher ; et la séparation éternelle les menaçait. Quelquefois cependant elle s'illusionnait de l'espoirque l'âme de Vinicius s'ouvrirait aux vérités chré-

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licniu^s. Ces illusions (Haionl brèves. Vinicius elirélien 1 res deux mots se pouvaient-ils concilier?

Lygic reconnut avec elTroi que la condamnai ion suspendue sur Vinicius provoquaiten elle non pas de l'aversion, mais une pitié qui le lui rendait plus cher encore.

Vn jour, ([u'assise près de lui, elle disait que, hors delà doctrine chrétienne, la vie n'existait point, lui, qui commenç^ait à reprendre ses forces, se souleva sur son bras valide, puis brusquement posa sa tète sur les genoux de la jeune fille :

— La vie, c'est toi ! dit-il.

Alors la respiration s'arrêta dans la poitrine de Lygie, la raison l'abandonna, et une sorte de tressaillement de plaisir l'agita des pieds à la tète. De ses mains elle le prit aux tempes, s'eflorça de le soulever, mais dans cet elVort elle se pencha vers lui, au point que ses lèvres touchèrent les cheveux de Vinicius. Un moment ils luttèrent avec ivresse contre eux-mêmes et contre un amour qui les poussait dans les bras l'un de l'autre. Elnfin Lygie se releva et s'enfuit.

Vinicius ne se doutait pas de quel prix il lui faudrait payer ce moment de bonheur... Lygie avait compris qu'elle-même, à présent, avait besoin de secours. La nuit qui suivit, elle la passa dans l'insomnie, dans les larmes et dans la prière, avec le sentiment qu'elle était indigne de s'adresser à Dieu et qu'elle ne pouvait être exaucée. Le lendemain, elle sortit de bonne heure du cubicule, appela Crispus au jardin, et, sous la tonnelle recouvertede lierre et de liserons desséchés, lui ouvrit toute son âme et le pria de permettre qu'elle quittât la maison de Myriam : car elle n'avait plus confiance en elle-même et ne pouvait plus dans son cœur vaincre son amour pour Vinicius.

Crispus approuva le projet de départ, mais n'eut point

un mot (le pardon pour cet amour dans lequel il ne voyait (jue péché. Son cœur déborda d'indignation à la seule pensée que cette Lygie, cette fugitive qu'il avait prise sous sa protection, qu'il aimait, qu'il avait affermie dans la foi ot qu'il avait jusqu'alors regardée commeun lis immaculé poussé sur le sol de la doctrine chétienne, piit trouver dans son âme de la place pour un autre amour que l'amour divin. Sa déception le remplissait de stupéfaction et d'amertume.

— Va et demande à Dieu le pardon de tes fautes, lui dit-il d'un air morne, sauve-toi, avant que l'esprit malin, qui t'a ensorcelée, te conduise à une chute complète et avant que tu renies le Sauveur. Dieu est mort sur la croix afin de racheter ton Ame avec son sang, et tu as préféré le fils des ténèbres qui a voulu faire de toi sa concubine. Et qui est-il, cet homme? L'ami et le serviteur de l'Antéchrist, son compagnon de débauches et de crimes. Où te conduira-t-il, sinon dans ce gouffre et dans cette Sodome où il vit et que Dieu détruira de la flamme de sa colère? Plût au Ciel que tu fusses morte, plût au ciel que les murs de cette maison se fussent écroulés sur ta tète avant que ce serpent s'introduisît dans ta poitrine et y bavât le venin de son iniquité I

Lygie aurait cru que le vieux prêtre, qui depuis la fuite du Palatin s'était montré pour elle si paternel, lui témoignerait un peu de pitié, qu'il la consolerait, lai rendrait force et courage. Mais il s'exaltait de plus en plus.

— J'offre à Dieu ma déception et ma douleur, continuait-il ; mais toi, tu as déçu le Sauveur lui-même, parce que tu es descendue dans un cloaque dont les émanations t'ont empoisonné l'âme. Tu pouvais l'offrir au Christ, cette âme, comme un vase précieux, et Lui dire : « Seigneur, remplis-le de ta grâce ! » et tu as pré-

\'i\vô rollVirau scivilnir «lii Malin. Ouc-niculc j).'ir(loiiiic, «ju'il ail pilic de loi, parri; que moi, iani, (juc lu n'auras pas rejelé co sorponl... moi, qui to regardais r-ommo nno <'liie...

Il s'arrêta brusquement, s'apcrccvant qu'ils n'étaient [)as seuls.

A travers les lisei-ons d<'sséeljés el le lierre viride, il vil (l<Hix hommes, dont l'un (Hait l'Apotre l^ierre. Une put tout d'abord reeonnaître le second, dont la figure était en partie cachée par un manteau, et il crut un moment que c'était le (Irec.

Aux éclats de voix de Crispus, ils étaient entrés sous le berceau et s'étaient assis sur un banc. Quand le compagnon de l'Apôtre laissa voir sa figure ascétique el son crâne dénu, — dans cette tète aux paupières rouges et au nez courbe, laide, mais inspirée, Crispus reconnut Paul de Tarse.

Lygie s'était jetée à genoux el cachait sa petite tête éplorée dans les plis du manteau de l'Apôtre, silencieuse.

Et Pierre dit :

— Paix à vos Ames I

11 posa sa main ridée sur la tète de Lygie, puis, levant les yeux sur le vieux prêtre :

— Crispus, n'as-tu pas entendu dire que notre Divin Maître, aux noces de Cana, avait béni l'amour de lépouse et de l'époux ? Crispus, penses-tu que le Christ, qui permit à Marie de Magdala de se prosterner à ses pieds el qui pardonna à la pécheresse, détournerait sa face de cette enfant, pure comme un lis des champs ? Toi, Lygie, tant que les yeux de celui que tu chéris ne s'ouvriront pas à la lumière de la vérité, évite-le, pour qu'il ne t'induise pas en péché, mais prie pour lui et sache que ton amour n'est pas coupable. Et comme tu veux fuir la tentation, ce mérite te sera compté. Ne te cha-

grine pas el ne pleure pas, car, je le le dis, la grâce du Sauveur ne t'a pas abandonnée, les prières seronl exaucées el après raCniclion comrnenceronl les jours d'allégresse.

Il posa ses deux mains sur les cheveux de Lygie el il lui donna sa bénédiclion. Son visage rayonnail dune bonlé célesle.

— J'ai péché contre la miséricorde, dil alors Crispus, mais je pensais qu'en laissant pénétrer dans son ccçur un amour terrestre, elle avait renié le Christ...

Pierre répondit :

— .Je l'ai renié par trois fois, et cependant il m'a pardonné et m'a commandé d'être le pasteur de son troupeau.

— Et puis, termina Crispus, Vinicius est un augustan. . .

— Le Christ a attendri des cœurs plus endurcis, répliqua Pierre.

Alors, Paul do Tarse, qui jusque-là avait gardé le silence :

— .le suis celui qui persécutait et vouait à la mort les serviteurs du Christ. C'est moi qui, pendant qu'on lapidait Etienne, gardais les vêtements de ses bourreaux. Je voulais effacer la Vérité de la surface de la terre, et cependant le Seigneur m'a destinée la prêcher par toute la terre. Je l'ai prêchée en Judée, en Grèce, dans les Iles, et dans cette Ville impie, quand j'y séjournai une première fois, prisonnier. Et maintenant que mon supérieur, Pierre, m'a appelé près de lui, je viens encore jeter le bon grain dans ce terrain pierreux que le Seigneur fertilisera et qui produira une récolte abondante.

• Il se leva, et ce yjetit homme voûté parut en ce moment, à Crispus, ce qu'il était en réalité, un géant qui remuerait le monde sur ses fondements M qui se rendrait maître des hommes et des terres.

CHAIMTHK V(

r*i':TnoNE A \'iM(:iLS,

« I)e grAce, très cher, n'imite dans les lettres ni les Laeédémoniens ni Jules César. Si au moins tu avais pu, comme lui, écrire; Veni, vidi, l'/c// je comprendrais ta concision. Mais ta lettre ne signifie que : Veni, vidiy/'ugif et, comme enfin des choses extraordinaires le sont arrivées, elle veut des éclaircissements. Je n'en ai pu croire mes yeux quand j'ai lu que ce Lygien avait étouffé Croton aussi facilement qu'un chien calédonien étrangle un loup dans les gorges de l'Hibernie. Cet homme vaut son pesant d'or, et il ne tiendrait qu'à lui de devenir le favori de César. A mon retour dans Rome, il faudra que je lie plus ample connaissance avec. lui ; je le ferai couler en bronze. Barbe-d'Airain crèvera de curiosité quand je lui dirai que c'est une statue d'après nature.

u Les beaux corps d'athlètes sont de plus en plus rares en Italie et en Grèce. Inutile de parler de l'Orient. Quant aux Germains, leurs muscles disparaissent dans des fourreaux de graisse, et chez eux il y a plus de masse que de force. Tâche de savoir si ce Lygien est une exception, ou si dans son pays il se trouve d'autres

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liommes de celle sorle. Suppose que loi ou moi soyons chargés d'organiser des jeux : il serait bon de savoir où chercher les meilleurs athlètes. "^

« Tu es sorti sauf de ses lourdes mains. Grâces en soient rendues aux dieux de TOrient et de l'Occident ! Mais que tu sois patricien et personnage consulaire ne t'aura, sans doute, pas été inutile... Toutes ces aventures dont tu es le héros me stupéfient fort : ce cimetière où tu t'es trouvé parmi des chrétiens, ces chrétiens mêmes, leur manière d'agir à ton égard, la nouvelle fuite de Lygie, enfin cette tristesse et cette inquiétude qui s'exhalent de ta courte lettre. Donnemoi des explications, car il y a une foule de choses que je ne comprends pas, et, si lu veux la vérité, sache que je ne comprends ni les chrétiens, ni toi, ni Lygie. Ne sois pas étonné que moi, qui ne m'intéresse guère à rien, sinon à ma propre personne, je t'interroge si avidement. J'ai contribué à ce qui est arrivé et, jusqu'à un certain point, cela me regarde. Ecris bien vite, car je ne saurais prévoir exactement quand nous nous reverrons. Les projets se succèdent dans la tête de Barbe-d'Airain comme les vents au printemps. Il séjourne à Bénévent, d'où il a l'intention de partir pour la Grèce sans revoir Rome. Tigellin cependant lui conseille d'y rentrer, pour un certain temps au moins, car le peuple, regrettant par trop sa personne (Hs : les jeux et le pain), pourrait se rebeller. Or je ne sais ce qu'on décidera. Si c'est l'Achaïe qui a le dessus, peut-être aurons-nous envie d'aller en Egypte. J'insisterais volontiers pour que tu viennes nous rejoindre, car je pense que, dans ton état d'esprit, le voyage et nos distractions seraient un remède excellent; mais tu pourrais bien ne plus nous trouver ici. (Juoi qu'il en soit, tu ferais plus sagement daller prendre du repos dans tes propriétés de Sicile,

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(luo (le r<'sl<M' à l'omc. pjiilc-moi lonjj^uemcnt de loi dans la lollre. Jo ne renvoie aucun souhait, que celui d'uno bonne santé, car, \y,yv Polluxl je ne sais que te .souhaiter. »

Vinicius n'éprouva d'abord aucune envie de répondre. Une réponse ne servirait à rien ni à personne, n eclaircirait rien et ne déciderait rien. Kl puis, Pétrone ne le comprendrait en aucun <a< : quekpie chose étaii survenu qui les séparait

Le jeune tribun était cucore très fail)le quan<l il avait quitté le Transie vère pour sa délicieuse insula des Carines, et, les premiers jours, il avait éprouvé quelque volupté à se retrouver dans un milieu de bien-être et de luxe. Mais il ne tarda pas à sentir que tout ce qui jusqualors avait constitué Tintérèt de sa vie, ou bien n'existait plus pour lui, ou bien était tombé à des proportions infimes. Il avait aussi le sentiment que les cordes qui jusqu'alors reliaient son ame à la vie avaient été tranchées et qu'on n'en avait pas tendu de nouvelles. L'idée qu'il pourrait partir pour Bénévent, de là pour l'Achaïe, et entasser laborieusement folies sur extravagances, lui parut misérable. « Pourquoi faire? que m'en reviendra-t-il ? » Pour la première fois, il pensa que la conversation de Pétrone, son esprit, sa verve, ses idées précieuses, son souci du bien dire, ne lui procureraient que des joies incertaines.

Mais, d'autre part, la solitude commençait à lui peser. Tous ses amis étaient à Bénévent avec César. Parfois, il s'imaginait que, s'il causait avec quelqu'un des pensées dont il était plein, il les pourrait embrasser mieux, coordonner et comprendre. II répondrait donc à Pétrone, et, sans être encore décidé à lui envoyer cette réponse, il la traça en ces termes :

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« Tu veux que je récrive plus longuement, j"y consens ; mais parviendrai-je à être plus clair ? je n'en sais rien : je sens en moi trop d'énigmes. Je Taij parlé de mon séjour parmi les chrétiens, de leur manière d'agir envers leurs ennemis, au nombre desquels ils avaient le droit de nous compter, moi et Cliilon: enfin de la bonté avec laquelle j'ai été soigné,Çet de la disparition de Lygie. Non, très cher, ce n'est pas parce que je suis le fils d'un personnage consulaire que Ton m'a épargné. Ces considérations n'existent pas pour eux : ils ont pardonné même à Chilon, quoique moimême je les eusse engagés à l'enterrer dans le jardin. (( J'ajouterai que, si j'étais malade dans ma propre maison, entouré de mes gens et même de ma famille, certes j'aurais plus de confort, non pas des soins si dévoués. Lygie, eût-elle été ma sœur ou ma femme, n'eût pu me soigner plus tendrement qu'elle n'a fait. Plus d'une fois je pensai que seul l'amour pouvait inspirer une telle sollicitude. Plus d'une fois je l'ai lu, cet amour, sur son visage et dans ses yeux, et alors, le croiras-tu ? au milieu de ces gens simples, dans cette chambre misérable, à la fois cuisine et triclinium,je me sentis heureux indiciblement.Non ! je ne lui étais pas indifférent. Et pourtant, cette même Lygie a quitté à mon insu la demeure de Myriam. Maintenant je passe des journées entières, la tête dans mes mains, à me demander pourquoi elle a agi ainsi. T'ai-je écrit que je lui avais proposé de la rendre aux Aulus ? Mais ce n'était plus possible : les Aulus étaient partis pour la Sicile ; et ce n'eût pas été prudent : les bavardages des esclaves circulent de maison en maison et finissent par arriver au Palatin. César aurait pu la reprendre. Du moins, elle savait que je ne la persécuterais plus, que je renonçais à la violence, et que, ne

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