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CHAPITRE III

Vinicius ne pouvait se rendre compte non plus de ce qui s’était passé. <1 Pourquoi, se demandait-il, n’ont-ils pas tué le Grec?

« Pourquoi l’Apôtre enseigne-t-il que, si quelqu’un a été sept fois coupable, on doit lui pardonner sept fois ? et pourquoi Glaucos a-t-il dit à Chilon: « Que Dieu te pardonne comme je te pardonne ! »

Aussi, outre la stupéfaction, il y avait de la pitié et une nuance de mépris dans ce qu’il pensait des chrétiens. Il voyait en eux des brebis destinées tôt ou tard à être en pâture aux loups, et son caractère romain n’admettait pas qu’on se laissât dévorer.

Mais Lygie lui ayant présenté de nouveau une boisson rafraîchissante, il lui retint un instant la main et murmura:

« Alors, toi aussi tu m’ds pardonné?

— Nous sommes chrétiens, il nous est défendu de conserver de la rancune dans nos cœurs.

— Lygie, fit alors Vinicius, quel que soit ton Dieu, je lui offrirai cent bœufs en sacrifice, pour cela seul qu’il est ton Dieu. »

Elle répliqua:

(i Tu l’honoreras en ton cœur, lorsque tu auras appris à l’aimer.

— Cyniquement parce qu'il est ton Dieu, » répéta Vinicius d'une voix étouffée.

Il ferma ies yeux, une faiblesse l’ayant pris encore une fois.

Lygie sortit, mais revint bientôt; elle s’approcha pour s’assurer qu’il dormait. La sentant près de lui, Vinicius ouvrit les yeux et sourit ; elle lui baissa légèrement les paupières de sa main, comme si elle eût voulu l'obliger à dormir. Il se sentit alors envahi par une grande douceur, en même temps que sa faiblesse augmentait. La nuit, déjà complètement tombée, amenait avec elle une fièvre plus intense.

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