CHAPITRE IV
Aulus pensait bien qu’on ne le laisserait pas pénétrer jusqu’à Néron. On lui répondit, en effet, que César était occupé à chanter avec le joueur de luth Terpnos, et que, d’ailleurs, il ne recevait que les personnes convoquées.
En revanche, Sénèque, quoique souffrant de la fièvre, reçut le vieux chef.
« Je ne puis te rendre qu’un service, généreux Plautius, dit-il avec un sourire amer : c’est de ne jamais laisser voir à César que mon cœur compatit à ta douleur. »
/ Le chef l’interrompit:
«Généreux Annæus, dit-il, celui qui a fait enlever notre enfant, c’est Pétrone. Dismoi les moyens à employer, les influences auxquelles il serait sensible: enfin, utilise toi-même auprès de lui l’éloquence que ta vieille amitié pour moi saura t'inspirer.
— Lui et moi, répondit Sénèque, sommes dans deux camps opposés. Il se peut que Pétrone vaille mieux que les coquins dont Néron s’entoure. Mais vouloir lui prouver qu’il a commis une mauvaise action, c’est perdre son temps ; il n’a plus la notion du bien et du mal. Prouve-lui que son procédé est antiesthétique, il aura honte. Quand je le verrai, je lui dirai: « Ta conduite est digne, d’un affranchi. » Si cela ne réussit pas, rien ne réussira.
— Merci quand même, répondit le chef. »
Puis il se fit porter chez Vicinius qu’il trouva faisant des armes avec son laniste. Dès qu’ils furent seuls, la colère d’Aulus jaillit en un torrent de reproches et d’invectives. Mais Vinicius pâlit de façon si affreuse à la nouvelle de l’attentat, que tout soupçon s’envola de l’esprit d’Aulus. Le front du jeune homme s’était couvert de gouttes de sueur; ses yeux fulguraient ; ses lèvres proféraient des questions incohérentes. La jalousie et la rage le bouleversaient tour à tour. Il lui semblait que Lygie, une fois franchi le seuil de la maison de César, était définitivement perdue pour lui. Mais quand Aulus prononça le nom de Pétrone, un soupçon traversa comme un éclair l’esprit du jeune soldat... Pétrone s’était moqué de lui.
. La violence était héréditaire dans la famille de Vinicius.
« Chef, dit-il, d’une voix entrecoupée, sache bien que Pétrone, quand il serait «'ni père, me rendra compte de l’outrage fait à Lygie. Rentre chez toi et attends-moi. Ni
QUO VAD/S ?
Pétrone ni César ne l’auront. Je la tuerai plutôt, et moi avec elle ! »
Et il courut chez Pétrone.
Aulus rentra chez lui avec un peu d’espoir. Il rassura Pomponia, et tous deux attendirent des nouvelles de Vinicius. Des heures passèrent.
Le soir seulement on entendit le marteau heurter la porte. ✓
Un esclave entra, qui remit une lettre à Aulus.
Elle disait ceci:
(( Marcus. Vinicius a Aulus Plautius. — Salut. Ce qui est arrivé est arrivé par la volonté de César, devant laquelle vous devez vous incliner, comme nous faisons, Pétrone et moi. »