ACTE PREMIER
BVA.
Je l'ai perdu à Naples, où les médecins de Paris Favaient envoyé, en désespoir de cause!... Et si loin des nôtres!...
LE PRINCE
Je n^ai pas besoin de vous dire quelle part je prends à ce fatal événement!
EVA
Glissons sur celte part-là I — Pour moi, mariée très-jeune à un homme beaucoup plus âgé que moi, j'ai trouvé en lui le plus dévoué, le meilleur des maris; je lui dois huit années de l'existence la plus heureuse, et je ne saurais trop m^acquitter envers son souvenir, par la reconnaissance de toute ma vie.
Si vous pensiez autrement, madame, vous ne seriez pas * vous, c'est-à-dire celle à qui j*ai voué une estimç qui n*a d'égale que mon amour...
EVA
Très-malheureuse de cette triste fin et de mon isolement, j'ai passé deux hivers à Naples, sans pouvoir me résoudre à quitter cette ville, où je laissais derrière moi tout mon passé ;... mais enfin, la vie a ses exigences, et, seule avec une femma de chambre, j'ai dû reprendre le chemin de Paris, par Florence, Gênes...
LE PRINCE
Et Monaco, où vous restez!... On ne traverse pas mes États comme cela !
• £VA
Je les trouve délicieux, mais!...
^ LB PRINCE
i\Ioi, je les trouve odieux!... Aussi ne me priverai-je pas de la seule présence qui puisse m'en adoucir Tennui !
evaT
L'ennui?
S6 RAfiÂGAS.
LE PRINCE
Mortel I
Eh! mon Dieu! que me dites-vous là?
LE PRINCE
Tout de bon, madame, pensez-vous qu'un homme qui a passé, comme moi, les plus belles années de sa jeunesse à Paris; qu'un homme qui, permettez-moi de le dire, a le goût de toutes les élégances, et Te prouve bien, en vous admirant,... passionné pour tous les arts, enragé de nrusFque et fanatique de peinture .. qu'un homme, «nfin. Français... et. pour mieux dire, Parisien dans Tâme, se résigne, sans combats, à s'ensevelir ici dans une vie de province qw n'a pas les attraits d'une sotis-pséfectuire de second ordre?... L», vdyoA»?.». ^
EVA
Mais, raisonnons!... D'abord, vous êtes père... d'un* fifë ..
LE PRINCE
Au collège, à Paris!....
EVA
..Jiais- aussi d'une fiUe qui est ici! £t chacmanter m'a-t-on ditL..
LE PRINCE
Oh! adorable!.. Vou& la verrez. — Sans elle, le spleen m'eiU déjà tué !
EVA
Eh bien, mais alors?
LE PRINCE
Eh bien l». mais ma fille ne me suffit pasl — Quand celte enfant m'a joué deux fois, au piano^ la partition nouve]ie; cela ne m'empêche pas de rêver Italiens, Opéra, et.*, ambassade d'Angleterre !
Mais VOUS êtes très-malade!*..