‹ RabagasChapitre 338 sur 358 · Cornélius, Tricamp, Gudule, Balthazar · texte numérisé non relu

Cornélius, Tricamp, Gudule, Balthazar

GUDULE

Mais je ne suis pas sortie, monsieur.

TRIGAMP.

Du tout? du tout?...

GUDULE

Non monsieur, parce que je sentais venir l'orage ; et à cause de mon âge, voyez-vous, ces jours-là, je n'ai plus de jambes.

BALTHAZAR

Alors tu étais dans ta chambre ?

GUDULE

Non, monsieur, je n'étais pas dans ma chambre... je n'aurais pas pu monter; — je suis restée toute l'après-dînée dans la grande pièce, à tricoter près du feu, et je n'ai pas bougé.

TRIGAMP.

Avez-vous bonne vue, la femme?

GUDULE, qui n'entend pas.

Monsieur dit?

TRIGAMP, plus haut.

Je demande si vous avez de bons veux ?

GUDULE

Ohl pour cela oui! monsieur! l'oreille pas! c'est un peu duri — Mais les yeux, c'est encore bon, comme la mémoire.

TRIGAMP.

Ah! la mémoire est bonne! Eh bien, quelles personnes sont venues dans l'après-midi ?

GUDULE

Il est venu le facteur, monsieur! Et puis une voisine, pour emprunter un rouleau de pâtisserie... que Ghristiane lui a donné... et puis Pétersen.

TRIGAMP.

Ah! Pétersen ! — Qu'est-ce que c'est que Pétersen?...

GUDULE

C'est un voisin, monsieur, un garde de nuit... monsieur le connaît bien.

Oui, c'est un pauvre diable qui a perdu sa femme, il y a un mois, et ses deux petits enfants sont malades f un brave homme auquel on rend ici quelques services.

TRIO AMP, à Gudule.

Et ce Pétersen est donc entré?...

GUDULE

Non, monsieur I il a seulement parlé à Cbristiane... par la fenêtre.

TRIGAMP.

Pour lui dire?..

GUDULE

Je n'ai pas entendu, monsieur.

TRIGAMP9 à Cornélius, en montrant son oreille, et bas.

Abl oui, l'oreille!... (Haut.) Et après lui personne? (cuduie n'.n.

tend pas.)

BALTHAZAR

Monsieur demande s'il n'est pas venu d'autre personne?...

GUDULE

Non, monsieur.

TRIGAMP.

Et Cbristiane, où était-elle pendant que vous tricotiez ?

GUDULE

Eh bien I monsieur, elle allait et venait, comme toujours, cette enfant; elle veillait à la cuisine pour moi, puisque je ne pouvais pasi... elle est si complaisante I

TRIGAMP.

Mais enfin, elle n*était pas toujours à la cuisine?...

GUDULE

Non, monsieur, elle est aussi entrée dans sa hambre.

TRIGAMP, Tirement.

Ah! elle est entrée ici, n'est-ce pas?...

GUDULE

Oui, monsieur. Pour faire sa. toilette à cause du souper.

TRICAMP.

El... est-elle demeurée longtemps dans cette pièce?

GUDULE

Une heure, monsieur.

TRICAMP.

Ah! elle est restée ici une heure?

GUDULE

Oui, monsieur, une bonne heure.

TRICAMP.

Et vous n'avez rien entendu, pendant ce temps-là? — par exemple, comme des coups de marteau sur du bois?

GUDULE

Noii, monsieur.

TRICAMP, à Balthazar.

Oui !... Toreille toujours I (a Guduie.) Et puis Torage grondait déjà, n'est-ce pas?...

GUDULE

Oh, oui, monsieur, j'entendais bien le tonnerre.

TRICAMP.

Elle a confondu les deux bruits. — Et enfin, ma bonne Guduie?...

- GUDULE

Et enfin, monsieur, l'orage éclatait... monsieur ne rentrait pas. J'ai eu bien peur I Je me suis mise à genoux et j'ai dit mes prières!... Et c'est alors que Ghristiane est sortie de sa chambre, toute tremblante, toute pâle!... et le tonnerre a éclaté d'une force ! \

TRICAMP, triomphant.

Ah ! vous avez remarqué qu'elle était pâle et tremblante !

GUDULE

- Dame! comme moi, monsieur! cet orage, ça nous cassait bras et jambes... je ne pouvais plus me relever, moi ! et c'est là-dessus que Monsieur a commencé à frapper à la porte, et Ghristiane a ouvert, et voilà (pleurant) tout ce que je sais... monsieur... aussi vrai que je suis chrétienne et honnête femme.

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