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teux, doux au regard. Un ciel de lumière et de brume, qui rappelle plulôt la Bretagne que la Méditerranée, confond les mille petits murs qui séparent les terrasses dans la même pâleur argentée. De loin en loin s'élèvent, sur ce désert de neige, les dernières branches d'un laurier surgi du mystère d'une cour ; une épaisse ombre noire encadrée par deux colonnes et une ogive ajourée; un feston de tuiles vertes que supporte un linteau de bois; les tours rougeâtres des mosquées où lïotte le drapeau de la prière presque invisible à cette heure; et çà et là, d'énormes cubes blancs posés sur ces blancheurs comme de nouvelles maisons entassées sur les autres, et qui donnent, j'imagine, une assez juste idée de ces riches demeures de Tyr ou de Sidon, sur lesquelles on montait, le soir, faire l'invocation à la lune.
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Pas une femme sur ce désert aérien. Si, pourtant. Pas très loin de moi, glisse une légère ombre rosée. Elle escalade un mur avec l'agilité d'un chat. Une autre robe la rejoint, toute verte celle-là, et se met à sa poursuite. Pendant quelques minutes, je ne vois que ces deux couleurs qui tournoient, s'emmêlent, paraissent et disparaissent derrière les petits murs, sans que je puisse arriver à reconnaître si elles sont laides ou jolies, — jeunes assurément toutes deux, les pieds nus, de longues tresses entrelacées de laine noire sautant sur leurs robes passées, et des bras si bruns, si chauds, au milieu de ces blancheurs mortes ! Jeu gracieux de formes légères, de mousseline, de soie fanées. Charmant intermède de clowns dans un cirque lunaire.
Au bord de ces choses de rêve inconsistantes et ouatées, la masse puissante, inat-
tendue, de la Kasbah des Oudayas, avec sa porte géante, semble retenir sous son arc en forme de fer à cheval, toute l'ombre de la nuit qui vient. La mer n'est plus qu'un sentiment, un bruit, une fraîcheur qu'on sent sur son visage, une ligne plus foncée du ciel, un peu d'écume qui miroite, s'éteint et se ravive sur la grève du cimetière de Salé. Et là-bas dans les terres, au delà de la Tour Hassan, immatérielle dans le ciel parmi les vapeurs du fleuve, déjà s'est installée la grande solitude du crépuscule angoissant. Peu à peu, au fond des patio, quelques bougies s'allument. Une autre et puis une autre. Chaque maison devient une grande lanterne, qui projette au-dessus d'elle le rayonnement de sa clarté. Sous la brume (jui s'épaissit de minute en minute, toutes les terrasses prennent l'aspect d'on ne sait quel vague jardin fantôme, illuminé par des
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parterres de lumière. Du milieu d<3 ces choses éteintes et de ces lueurs encore pâles dans ce qui reste de jour, montent des chants, des musiques, un vacarme où la flûte arabe entraîne dans sa frénésie l'archet des aigres violons, le battement des mains en cadence et le tam-tam des tambourins à cymbales. D'éclatants sons de trompette tombent du haut des minarets et déchirent le crépuscule d'une longue note cuivrée, prolongée jusqu'à bout de souffle. C'est le mois du Ramadan. La journée de jeune est finie et, avec la nuit, commencent la musique et le plaisir.
En Algérie, en Tunisie, c'est la rageuse rhaïta, qui par ces nuits de fête invite les cœurs à la joie avec sa ritournelle monotone et passionnée. Mais ici les Maures andalous ont apporté d'Espagne cette longue trompette dont la sonorité guerrière éveille plutôt ie