‹ RabelaesianaChapitre 3 sur 91 · l'infélicité et calamité des Gothz, qui avoyent j · texte numérisé non relu

l'infélicité et calamité des Gothz, qui avoyent j

^''■^- « mis à destruction toute bonne littérature » ; — .!-*>

*■?• quand on a écrit l'admirable lettre de Gar- ^^

*V' gantua à Pantagruel, quand on a stigmatisé les -^1*

*';■'■ Chats Fourrés, fait la description humoristique "^

;^ de l'Isle Sonnante et expliqué pourquoi les '^•^*

,", momes sont vouluntiers en cuisme et defuiz de :■'

.e^ tout le monde, quand on a acquis une gloire ^'

^, dont l'éclat est allé croissant de siècle en J.

^ç,. siècle, une cité, une province, une nation ^)^

4"^. entière s'honorent en élevant des monuments .p^^

•>?" et des statues à un fou doué de tant de sagesse! -^j^

*p^ C'est aussi un honneur pour un artiste, pour t-)^*

^(^' un sculpteur, d'avoir été jugé digne de recher- '"è*

'''I* cher dans l'œuvre de maître François Rabelais sa ''^*

A physionomie pour la traduire et la faire revivre t^*

^e dans le marbre: et ce ne saurait être une :

^ê^, médiocre recompense pour M. Henri Dumaige, ^

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non seulement d'avoir obtenu une me'daille à ^^

l'Exposition des beaux-arts, mais d'avoir mis ^^

sur son nom le reflet d'une illustration aussi .|2^

glorieuse que celle de notre Rabelais, -^^

Donc, saluons de nos applaudissements et le -^^

grand homme dont nous inaugurons la statue et "§*

l'artiste distingué dont le ciseau a animé ce ''^

marbre, — et la République à qui nous devons ^

de fêter la libre-pensée en élevant un monu-

^L ment à Tun de nos plus illustres libres- h^

•9.M. penseurs. J).^

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RABEL^SIANA

LE TOqAST "BE 'KqA'BELqAIS

A l'inauguration'

DE SA STATUP: a CHINON

Le dcnxiesmc jour du moys de Juillet M DCCC LXXXII

Mes Sires,

fu royaulme d'Utopie, de l'isle d'Odes, en laquelle les chemins cheminent, fr^ maistre Rabelais me téléphonisant m'encharge de boyre à ses bons amys chinonois, loudunois, fouaciers de Lerné et aultres bons beuveurs, et à leurs pretieux et gracieux hostes, et de humer le piot en leur soubhaitant joye et santé.

Des estranges pays d'Utopie , où maistre

A^tXs tSj <do çAj ff^Ti «lTj (lT-j t±5 ç±5 fXs «Xs ç±J çtj ç±5 tXs dis çTo çX? tXj»" zX> ç^ e^Jj?)^*

♦'J" 14 RABELyESIANA -^

-fr-^ . . . •8<-

^p), Alcofribas Nasier continue à voyaiger avecques ^^^

*?+ Pantagruel et Panurge, il a tourné les yeulx •^<*

^'t vers la ville qui, pour luy, feut la première du t)***

*^ monde, vers Ghinon en Touraine,et la cave "^j^

^ paincte aussi, où il a beu maintz voyrres de "?

A vm irais; et, sans en estre surpruis, mais .

r: avecques délectation mirincque, a veu que ses J^'.

^{•^ folles ymaginations sont aujourd'huy realitez. l^

^^, Car, de faict, Ghinon, comme l'isle d'Odes .^^

♦p(. en Utopie, a ses chemins qui cheminent. On y -A^

♦^ veoit ceste chose mémorable, des chemins qui -^j^

*^ sont animaulx , chemins passans , chemins ■^><*

^f croisans , chemins traversans , et quand voyai- t*

^'^ giers demandent : Y'*

'f « Où va ce chemin? » "?

,: On leur répond: «A Loudun en Loudunois» '•'

. • ou : « A Tours en Touraine. » j^.

^>^. « Et cestuy-cy ? — A l'Isle-Bouchard, à ^^

^'^ « Avoine, à Beaumont-en-Véron, à Port-Boulet -r-^i

^■^ « et Ghouzé. » •r.^.

•>^7 Et voyaigiers et habitans du pays, se guindans •■■!)*

*([+ au chemin opportun, sans aultrement se poiner v*

^'f ou fatiguer, se trouvent au lieu destiné. 7*

*'f Aussi les chemins de son isle d'Odes , dont ; *

f il feut l'inventeur, ne vouldroyt-il comparer à V

^r" ces beaux chemins mouvans dont les alleures '■ ,

^ ont transmue son bon pays chmonois. J,^

♦9" LK TOAST DE RABELAIS l5 t)*

^v. En mesme temps, l'honneur que luy faictes .r;.^

<.;,. de placer son ymaige sur la rive de la Vienne +,*

•>*■;• luy espanouit la rate et esjouit le cueur, pour 'Ki^

*;** ce que ce luy est preuve que Ghinon, comme *;**

*^'*" aultres bonnes villes de la Respublicque fran- ^^

■^f çoise, a bien proufficté des impressions qui ont 1'

^f esté inventées de son eaee, par inspiration :'

; divine, comme, à contrefil, l'artillerie, par sug- j^

"^ gestion diabolicque; que toute la France est i'^

^l pleine de gens sçavans , de précepteurs très- .;<.

4,^. doctes, d'excellens instituteurs, ny fredons, ny t|<.

^v. fredondilles, et de librairies très-amples; que la ■'.<'

*:;- paix tant désirée est et sera consommée et "V*

*.• parfaicte , a fin que les anciens veoient leur "^

■*;■" anticquité chenue refleurir en la jeunesse, et T*

*^" ne se reputenr totalement mourir, ains passer ^'

': d'ung lieu à ung aultre , attendu qu'en icelle •'

:^ jeunesse et par elle ilz demeurent en leurs .;'^

^\ ymaiges et souvenirs, visibles en ce monde, .;,<.

^:V vivant et conversant entre gens d'honneur et t>

^.v amys, comme ilz souloyent. +;,<•

^y^ La veue de son ymaige d'airain au mitant de •*,.<•

*:?• ses compatriotes et amys luy prouve aussi v*

*;■ qu'encouraigés à proufficter de bien en mieulx, 'y*

'*''^ ilz se sont tirés des temps ténébreux et sentant ":'

\: l'infélicité et calamité des gotz , magotz , :'

X escargotz , hypocrites et botineurs ; et que , J^

♦gj'T^ 'x^ 'T^ rîTs rîT^ <~|r* r|rî rfr* rfr^ <y^ «^ «^ «^ rp> rj^î rf* rfr^ rjfi r^ r^ r^ *ï^»?S^

^e^ 1 6 RABEL/ESIANA O^

f sans faire fy du vin pineau et de la dive bou- J^

.e teille, ilz ont progressé grandement vers la J^

^. dive lumière. ^^

^p,, Hz se sont débarrassez de chatz fourrez et ^^

^ chatz fourrillons, de fredons et aultres bestes ^-^

♦^' malfaisantes, et iceulx fuyant, abhorrissant et •^«C*

*?*• hayssant autant que faisoyt Rabelais, s'en trou- ■^<»

^^ vent bien et sont devenus bons Pantagruelistes, '^'^

^ vivant en paix, joye et santé, faisant toujours "^

t bonne chière et ne se fiant jamais en ceulx qui ^

,1 se sont déguisez ou masquez pour tromper le ^

jj- monde et qui regardent par ung pertuys. ^.

^^ Adoncques, beuveurs infatiguables, mais dont l,^

V^ les registres du cerveau ne sont jamais brouillez .,^<.

•^ par la purée de septembre, de par maistre ^^^

<'9" Rabelais, duquel l'esperit vit et converse icy ^'^

^t avec ses bons amys pantagruelistes, je hume ^

*^" le piot et je vuyde mon voyrre en soubhaitant "^^

^ joye et santé à ses chiers Chinonois, Loudu- "^

T? nois, fouaciers de Lerné et aultres telles bonnes ..

^ gens, à leurs pretieux et gracieux hostes, à la '^,

^e,. paix consommée et parfaicte et au bon Gou- ,%^

<.&. vernement de la Respublicque. .^<.

^^ cJkî c^ ç^ çXs ç^ çXs ïXs ç^ «jts çXj çjLj dL? çXs çJLs çJL? çXs eJLj ç^ ci; çXj ;^ tXs î>?^

t-Jï {^ oji r^f; c|:^ rp rp «~p '"^p riTî rp r^ «Y- '^■^ *T^ T* *^ *T* *+*'

Lq^ mUSELIÈliE Œ>E VX.OBLESSE

NG mien compatriote Tourangeau, plus illustre et plus noble d'esperit, bien qu'il feut nay de roture, que gentilzhommes, roys et empereurs de France et de tout l'univers, le très docte et très pretieux maistre François Rabelais, de la Gave Paincte es cité de Caynon ou de Chinon, dans son livre de haulte gresse tout farcy de science, de sapience et de Sophie, relate, parmy nombre de sçavans ou folâtres ouvraiges qu'il avoit leus ou inventés à plaisir, ung d'eux qu'il appelle la Muselière de Noblesse; duquel ouvraige, amy

^^.«^ ^ c|, c^ -^ ç^ î^ c^. c^ c|, c^ «^ c^ ^ c^ î^. c^ c|î î^ :^ c^ e^.jjH

^oâ'T*' *T* ^■^' '+*' '"ï-"* 'T* '+^ 'T^ *T^ ' + *' *+^ 'T* 'Y*' 'T^ ^i^ T^ *4^ '"^ '^ *T^ *T^ *^^i>*

•>'^' l8 RABEL.^SIANA "^^

«>Pi< . . -^

V^ lecteur, vous trouverrez au long le tiltre au .;:^

«9' chap. vu, liv. II de son Pantagruel a cousté de ^<.

♦9" la Pantofla decretorum, du Moutardier de -k,*

*(i*' Pénitence, des Po>^5 aw /d^r^/ cz/;?? commento, •*^<*

**^' des Entraves de religion, des Fanfares de "^v**

'' Romnie, des Hanicrochenients des confesseurs , "^'^

^ du Masche-fain des Advocat^, de la Galiniafrée P

>,^ <ie5 Bigot:(, de la Marmite des Qiiatre-tenips, du ^'

^jr. Mortier de viepoliticque, et de maintz aultres non .^'^

^p,. moins legiers au prochaz et hardiz à la rencontre. .;.^

+p. Oncques n'ayant peu, maugré mon désir, ^<.

*'^" mettre main sur l'ouvraige cy- dessus cité, -^-î.

^i^ lequel peult-estre n'a esté imprimé ny en +;?,<•

■^Ç' la noble ville de Tubinge ny en aulcune ''p*

*?" aultre, néantmoins ay-je voulu chercher, en ''f^

■^ prenant mon maistre Rabelais pour guide, les "V'

3 choses absconses es silène, c'est-à-dire petite ^

^ boyte pharmaceuticque, soubz cestuy tiltre : ^.

^'^ La Muselière de Noblesse. L^.

^y^ Or, congnoissant, pour les avoir souventesfoys ^^

«^}- leues et practicquées, les pensées libères et •!-;,<.

*9" honnestes de celuy qui feut l'inventeur et le "■:,<•

*(^" fondateur de l'abbaye de Thélème, je me suis v&

*^ dict que dedans son Livre je trouverroys, ''S*

t plus aisément qu'agueille dans une charretée '?

^,' de foin, la signification de ceste Muselière de :'

..''. Noblesse. '-.

A-t^îJj! îZ-; C.TJ çlj îJo (lLî îJj '!;];.i <i,1o é-i et,'» îJ"-,; î7o c Zj o.^ tX'. <ii^ fjj.3 tlî là^ do i^lîîy*

*Siî^ •'T^ rp «^ '"ifï rr« vfi rf' «~îr- «^tf" >r^ ^^ qp rjrs «y^ f^ f^ r^ rj:^ ^p f^^ ^"j}^^ ■^^ LA MUSELIÈRE DE NOBLESSE I9 •*^*

wÇ'.

*9' Noblesse, ou plustot disoyt ung vieil poète >^<.

•^S^ latin, Juvénal, nobilité, ne feut jamais e'galité •-;;♦

*^ ne liberté, comme en pays et respublicque de •'o'^

^^' Thélème ; mais bien au contraire orgueil et ''^

f mepriz de roturiers, gens de négoce, gens de 'V***

e^ travail et paysans; si que ceulx-cy estoyent par ^

.^ nobles considérez comme gens de peu, voyre ,:'

\^fi. mesme gens de rien. ,^]^

4^ Pour quoy Rabelais, en maintz endroictz les ';,^

*^ daube avecquesgrand'raison ces gentilzhommes .;<<.

•>(f grands ou petits, de hault ou de bas relief, -rV»

*(r qu'il appelle des Janspillhommes, d'ung mot a ••;;<•

'^''•1 luy, lequel n'est pas de difficile et obscur 't*

T entendement. "1-'*

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