‹ RabelaesianaChapitre 66 sur 91 · TT · texte numérisé non relu

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4^. l'apéritif RABELAIS ^

^4 Le père Rabelais le docte fut médecin de .^^

^i. monsieur le cardinal du Bellay. Ce cardinal, .,2^

^|. étant au lit malade d'une humeur hypocon- ^^

<r^^ driaque, fit assembler les médecins pour mS-c.

•^S' consulter un remède à son mal. Il fut avisé ■^'^

'^C par la docte conférence des docteurs qu'il "^

''y falloit faire à monsieur une décoction apéritive "Y"

A qui, réduite en sirop, seroit accommodée a son '^

e^ usage ordinaire. J

^e,, Rabelais, ayant recueilli cette résolution, ^.

jj,L sort et laisse messieurs achever de caqueter i^

j^ pour mieux employer l'argent, et fait ledit ^^

^ sieur mettre au milieu de la cour un trépied -tp^^»

*^ sur un grand feu, un chaudron dessus plein •^<'

"^i* d'eau, où il mit le plus de clefs qu'il put '8*

^^' trouver; et, en pourpoint comme ménager, "Y"

'^' remuoit ces clefs avec un bâton pour les faire -f^

e prendre cuisson. ^

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^ l56 CONTES DE BREVIAIRE -t^

"T Les docteurs descendus, voyant cet appareil ^^

^ et s'en enquêtant, il leur dit : ^

^ Messieurs, j'accorrrptts votre ordonnance, ^

^a. d'autant qu'il n'y a rien de tant apéritif que 4*

<|(« des clefs; et, si vous n'en êtes contents, j'en- -^

•>9* verrai à l'Arsenal quérir quelques pièces de "^

'^'^ canon ; ce sera pour faire la dernière ouverture, "^

"^^ après l'exhibitioix de ces apozèmes. ^

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4 III t"

^ LA MULE DE RABELAIS ^j^

*?" Ne vous souvient-il point que nous rencontra- '^^

^^ mes la mule de Rabelais ? Le bonhomme ne 'J^

^ s'en soucioit-il non plus que de celle du pape, ^

f ayant assez d'autres bonnes affaires. Il l'avoit J.

laissée chez Fezendat, imprimeur, et avoit prié ^>,

^e^ les garçons d'y prendre garde pour la faire ^^

<.S(. boire à ses heures, comme la truie des -^

4 Carmes. "tB*

«fr^* Déjà deux ou trois jours s'étoient passés "y*"

^ qu'elle avoit assez bu ; mais au diantre la "^^

^c goutte, pour ce qu'elle ne bougea de l'attache, "^^

g comme un vrai chien couchant. ^

^ Jean du Carroy, jeune verdaud, s'avisa de ^.

cette bête et monta dessus à dos, sans la ^^

^ sangler ; un autre le voit qui lui demande la +2*

4^+ croupe, un tiers encore y saute ; et les voilà -^Kf

^ ainsi que les quatre fils d'Aymon, à chevaux -t^

4^ sur la mule, sans selle, n'ayant que le chevêtre "^^

^'^ (que ne lui bailliez-vous votre licou ?) "^^

"^ Ainsi relevée de ces suffisants personnages, la "^

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^ béte prit son chemin a val la rue de Saint- ^^

^ Jacques. Passant auprès de Saint-Benoit, au ^^

A^ lieu de s'avancer, sentant l'eau d'une lieue, j^a

♦^ comme vous auriez senti l'odeur d'un bon »>

<^ jambon, et s'approchant de l'église, elle reçut -j^*

^ une odeur débonnaire de l'eau bénite qui, •",:>

*^ l'attirant par la conduite magnétique de sa "i^***

^ saveur, la lit, er. dépit des chevaucheurs , entrer '^'^

'^ en l'église. "ï^'**

" Il étoit dimanche, heure du sermon, ou grand :

^^ monde étoit convenu, et nonobstant ce peuple • .

aA et résistance des bedeaux, la mule, dure de tête j^,

^^i et oppressée d'altération, donne jusques au .:,<.

^^ bénitier, où elle mit et enfonça son horrilique -^-^

•fl^" mufle. -^^

"^ Le peuple qui voit l'eff'ronterie de ce maudit :>

"^t^ animal, qui par dépit n'engendrera jamais, ">'*'

t pense que ce soit un spectre, portant quelques 1*

,^ âmes jadis hérétiques, mais ores pénitentes, qui ^

Tj viennent chercher le doux réfrieératoire des -'

^<^ bienheureux, — Laissez-la boire ! — et déjà ^-^

^ pensoit qu'il feroit quelque émotion, — Laissez ^

<|i. boire la mule 1 — ou d'autres actes merveilleux .^^

♦-^ de commotion spirituelle. -^^

^ ALiis la béte fut modeste, si qu'avant légiti- +3*

*c" mement bien bu, selon sa vocation, se retira ■*;*

^ sans autre cérémonie. "T**

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