‹ RabelaesianaChapitre 67 sur 91 · LE MULET DE GRAVEREUIL · texte numérisé non relu

LE MULET DE GRAVEREUIL

'■ Le mulet de Gravereuil etoit bien autre que •;.

^vL la mule de Rabelais ; il les faut marier ^^

^^ ensemble. ^^^

^^^^ Il Y en avoit qui, voyant la méchanceté de m-|>

-^ cette bete , disoient que c'ëtoit quelque -^^^^

.*!!■*■ diable, fauteur d'heretiques, punissant leurs t^***

^V" ennemis : et cela venoit à propos, parce que 7'*'

'^'^ de mon temps ce prêtre (Gravereuil) avoit fait "*•'

f effondrer une bonne et ample quantité de ^

^e huizuenots, qu il tuoit bravement lusqu a la ^.

^^ mort. .^^

^% Un jour, un Elu de Tours emprunta ce ^.^

^•^ mulet et monta dessus, et adressa ses voies à -^

<^ Langés. Y étant arrivé, le mulet prit le mors -^

'*'(j*" aux dents, et, sans se soucier de ce qu'il avoit y^

'^<-- sur l'échiné et du profit du roi, se mit à courir "^"^

^ partout, à tra\ ers hommes, femmes et enfants ; ^

♦^^^* ^-* '^.J-' ^^' ^* "ir ^' ^' ^^' ^ ^' '^' ^' ^* ^* ^ ^|r" ^' ^^ ^* * J' ^^'^i*

*(ï-**^ ^^ '^■^ *^ ^'^ rîTs «^ rjfs *^ «^ r:ir!> rf"* rfr^ rîT^ «^ rf* rîT^ r^ r^ <y^ rfs c^^v

e^ et, s adressant vers la poterie, passa par-dessus ^.

^c^ pots, buïes, casses, chaufferettes, qu'il brisa, ,^^

^&, cassa, rompit et gâta, comme un étourdi ; puis, .''^

^ ayant fait sa montre, reprit ses erres emportant -^^

<%■ le triste Elu, qui eût voulu être au fond de sa +3*^

^"^ cave, de peur du tonnerre ; et le mulet de •^■*'

^C courir sans arrêt ni crainte. ■^*

*^ Et, comme il couroit, il y avoit un pauvre "^^

^ homme qui avoit trouvé la bougette d'un "^

TF autre qui avoit passé et l'avoit laissé choir. 'J.

^ç' Cet homme, pensant que ce fut cet Elu qui ^^

^e^ avoit perdu sa malette, lui crioit : h^

^L — Monsieur, arrêtez-vous ; tenez, voici votre ^^

*^ malette. -i^-ô'

<r^ L'Elu, pensant qu'il se moquât de lui et ne •'B*

<%" se pouvant arrêter, lui crioit : "^i"^

*s^ — Je te ferai pendre, coquin ! "*^*

^ Le paysan couroit, criant, brayant : "^

J; — Monsieur, tenez, votre bien. i

e^ — Coquin, tu seras pendu. ^.

^c^ • — Monsieur, tenez, arrêtez-vous. ^^

^e^ Le vilain, voyant qu'il ne s'arrêtoit point, 4*

<.^^ jeta la malette là, et un autre la prit, qui s'en ^^^

•>[+ trouva bien et fit bâtir une belle maison à -i^-C-

•î'E' Portillon. -^^

^C Le méchant mulet courut sur les ponts, où, t)*

*y étant arrivé, il s'arrêta aussi mienon qu'un ^

^âS*^ *Y^ 'T^ 'T^ '~^ 'T^ 'î* 'Y^ *T^ *T*' ' +* '~^ '^ '~ï^ *^

^ LE MULET DE GRAVEREUIL l6l ^<^

J^, cochon rôti, traitable ainsi qu'un agneau. ^^

^p. Monsieur l'Elu le mena où il voulut; mais, se ^

.>^ ressouvenant de sa peur, il l'alla rendre. Je vous .|^

^'^ assure, et m'en croyez, que si ce chevaucheur t^*

'>'t de mulet n'eût été Elu, il se fût rompu le cou •^<r'

"^'^ et fût allé, comme les autres, à tous les diables. "^^

'''f Une autrefois que Gravereuil venoit du "^

^' Plessis (lès -Tours) endossant son mulet, "^^

. monsieur le mulet, voyant 1 eau et y prenant ^

j^^ plaisir, y porta son maître, et laissant à côté le J.

^4 pont Sainte-Anne, passa à travers l'eau ; ce fut .j^

,>^ à messire de se tenir serré. Si ce n'eût été un .|<.

^•'j*- prêtre, qui venoit de confesser un minime, il -t^*

'>'t étoit en danger de périr ; mais il étoit en trop -^^

*(f bon état ; le diable n'en avoit encore cure. "8*

*(j^ Voilà comment le muletier échappa, se tenant "^^

i: ferme de peur de mouiller ses cheveux. J

[: Par dépit de telles malversations, Gravereuil J

.'^ ayant assemblé le conseil de ses amis à ce i.

^4 connoissant, il fut résolu que dom mulet seroit ^^

^Zf, châtré ; ce qui fut exécuté. ^L,

•9>^' Le mulet guéri se trouva assez humble pour •^•^

•«•'J* un temps; mais (je m'en ris encore, et j'eus ce -^-^

"^'â' plaisir), un samedi matin, que ce vieillard "^^

^f voulant aller aux champs monta sur sa bête, '*S*

1" qui savoit le chemin de sa cure, voilà qu'il est *|

T en train d'aller. ^.

4.^ CAS «^ cJLs cAj cjts îJLj liJLj t^ iXs zXi rX^ iX^ cAj «jo çjo cJLs t^J tij «A? îJL? «A? «i'S?4'

«►^•f^ £-vh) «T^ <r^ r-^ (tJ'ï 4^71 i^Jfs fN^'i «-Ji «^i:^ f^p r^fj r^î s^'i f^^-i s^^.- o^^ «-^o o|-.' «^ «^i'ï*

^^ Ce méchant mulet, étant en la rue de la }.

^ç^ Grosse -Tour, avisa le châtreux qui l'avoit ^

^^. émancipé ; aussitôt il se ressouvint de cette ^

^A- opération, et comme il l'avoit malheureuse- ••-">

♦(ji- ment exterminé, lui ôtant toute espérance de +)*

V^ bénédiction mulative. Oubliant selle, bride et ■*o<*

'''s^ maître, il s'élança après, et, ne se souciant plus "^^

*'^ de coups, de guide et de tout ce que vous î;

,^ voudrez dire, s'enfonça droit et roide vers ce '•'

,. châtreux pour le dévorer, ouvrant la bouche j^.

^(^ grande comme un four à ban; et endà, il l'eût ^ij^

^(L, diffamé et vilipendé sans sa feinte. ■^■^

<.^ Le pauvre siffleur se sauva en une maison, et -^^^

•>[+ le mulet après y porta son maître, qui fut ■*è<*

">9* obéissant, ne pouvant chevir de sa bete, qui '^^

^'^ l'emporta après le châtreux, qu'il suivit tout du '^i'^

^^ ong d'un escalier, portant toujours son :^

';. possesseur, qui n avoit plus autre espérance ^

,(. que d'avoir le col rompu. ^^

J^, Le châtreux se jeta sur une pièce traversante ^

^^. où le mulet, qui le voyoit, recanoit, trépignant -^

^[+ en la chambre et béant comme une carpe qui +^'fl'

*^ se noie. Ainsi bâillant, ouvrant la bouche ^j***

'^^ grande comme un ministre qui dit son premier ^^^

^C sermon, il fit tant de désordre en se trémous- Y^

^f sant, que les quatre jambes lui entrèrent dans

^ le plancher, et messire Gravereuil eut le cul },^

^^ db db t^ «jb do tlî (:±j (tij <:^ c^* «^ «^

•fr^rîfs rv'î «"vTi «xj ri^ rif* rf' rîT^ rjrî «^ rfs rf* rfs «^ rf^ *^^ r^ rjr^ f^ rjr* ^"^ cf^ ^Ay

^ LE MULET DE GRAVEREUIL l63 ^

^:[. fort rehaussé, tellement qu'aisément il se put .^^

^j!*, ôter de l'encombre où il étoit. Il ne fut point .^ij^

v^+ sot ; il s'en ôta et laissa là sa bête qui, après vj^.

♦jt- que le pauvre châtreux fut échappé, fut levée -i^»

'>t par l'industrie de quatre ou cinq hommes qui '8**'

•5-^ l'enlevèrent. j^

'^■^ Ce mulet, depuis cette aventure qu'il ouvrit T*"

tant la bouche, mordit comme un chien ; aussi '•?

^ : ne vivoit-il que de mordre : par quoi son J

^^ seigneur lui fit arracher quatre dents, dont de ,i^

^■L dépit il devint pire et jamais ne buvoit qu'il ne .i-^^.

^^ lui en prît fantaisie. .i^<.

*^ Gravereuil le vendit à un Gascon qui, étant •%>

^'t informé des conditions de la bête, ne laissa de '^<*

*(^ la bien payer, estimant qu'aisément il en ''s*

^S^ viendroit à bout ; par quoi il l'acheta et la "^"^

^. paya bien authentiquement ; aussi la bete étoit ^

;. de belle apparence et forte. Quand le Gascon i^^

j,^- fut dessus et qu'il l'eut un peu mené à son '^^

^^ premier gré, le 'mulet s'avisa et emporta mon ^>^

«|. homme après ses propres fantaisies, à travers ^4.

«fr^* haies et buissons, champs et prés, et le menoit, ■^■>

•^^ comme un nouveau Plutus, dans ronces et "8*

^'^ épines de tous les diables. "^

^ A la fin, lassé ou remis, le soldat, qui ne J

jT pouvoit oublier cette injure, se renforça de J^

^Cj. colère, si qu'étant descendu il lui passa son ^^

^^«^ «^ çjLs iXj çJLs zX3 (tXi zXj t^ tXj zXj cÀî zX> (Xi cXs «As çJk> tJo cJks cJLs cJ^ cAst;?^

♦g^ex^ i%i fxi rîT* rîf^ ro <~îri rir^ rf^ «x^ «x^ oîr^ rîfs r^ r^ «~:^ r^r* «^^r^ rjr* r^r^ rjr* «^ ^t

^C-i. 164 CONTES DE BRÉVIAIRE h|^<.

.ç épée à travers le corps. Le mulet, sentant ce ^

^^ coup énorme et sa vie déterminée, en appela à ^^

^l^. la mule du pape, par la vertu de laquelle il ^,4.

^% s'évertua ; et excédant en vigueur , frappé +^>

«fr^}- comme il étoit, il se jeta sur son homme, +>

<^ auquel en mourant il emporta toute une -^o^

•^b" épaule. "^^

*s^ Le pauvre Gascon se vint faire panser à Tours ^^^

,V^ de sa morsure, plaie et contusion : mais il ne :'.

J: lui servit de rien, parce qu'il en mourut, J^

^e^. d'autant que l'appareil, qui fut mis sur sa ^^

^Q^. blessure, avoit été appliqué sur la chemise ^i^

^^ d'une fille, qui étoit pucelle à vingt-cinq ans ^■^

♦9* et demi, et que de la même chemise on avoit ■^■^

">2^ fait le charpis qui avoit mis le feu partout. •^<*

^■5^ (lI^ «Jb (ifc eJ^ <L^ çi> <d^ 1^"^ «^ 1^ c^ i^ 1^ '^ 1^ 1^ "^

<C»A^ f^ c^ r-^ rr^ e^^ rri «X^ '■"Z^ ^jp «T^ rjTî fT^ rÎT^ 'U'^ «^JT^ f^ÎT^ fX^ «>lfï irîfs r^'s «-Jî f^s t)K,'^

•>§< LE MINISTRE BRETON h^^

^^, Laissant ce prêtre (messire Gravereuil et son ^.^

<.^. mulet), je l'accompagnerai d'un, afin qu'il .i|<.

•>^ n'aille pas tout seul. -P^

'^^ Il y eut un ministre breton de Bretagne qui -^"^

^^ courut chez nous une belle fortune. Il se •)*

^ plaignit fort d'une douleur de jambe, et ayant "^^

2^ pris au conseil de son mal il s'alla coucher. On J

^^. avoit oublié de lui bailler un pisse-pot, si que, . J.

^L durant la nuit, ayant désir d'uriner et ne À^

«2^ trouvant point de vaisseau, il se leva et s'avisa J<.

•>9' d'aller pisser en la cour. -t^*

^^ G'étoit environ la Toussaint, en nouvelle '^<*

^^ lune. Il sort de sa chambre et enfile le deeré, •^<'

^ lequel étoit contigu à celui de la cave, qui '^^,

'(. n'étoit point fermée, tellement que, suivant la "^

.0^ vis, il alla tant qu'il trouva terre, qui fut quand J

^^, il eut mis le pied au fond de la cave, où étant ^^

^?(5cJb «Jts :^ îjtî cJLj îJtî eJLs cjtî çjts îJLj (ilj it^ <^

•>^- l66 CONTES DE BRÉVIAIRE ^^

^â. il s'avança trois pas, et pissa abondamment ^^

<.^- selon la désirable évacuation de sa vessie. h^

•>9' Voilà que (par maie tigne !) il s'étoit tant h3«8«

*&' avancé qu'ayant pissé il se trouva plus éveillé. •*B'^

^' Pourquoi il veut retourner : sur cette intention, '^'^

i: il cherche le noyau du degré et de la sortie ou '^

^ entrée ; mais il n.e le peut trouver. Le voilà j

^e,. tout égaré ; il lève les yeux à mont, et s'en- J

^4 guisant la vue il tâche de trouver des étoiles ; ^^

<.^. mais il n'avoit garde. 3^

^^. — Ho ! disoit-il, que le temps est nuble ! que .p^<.

'^r^- le ciel est noir ! que l'air est étouffé ! Ho, hi, il -^

*b" fait ici noir comme dans une cave. -^

*^-' Les nuées étoient si épaisses qu'il ne voyoit 'J^

I'' goutte qui soit. Il se résout de sortir de ce lieu "^^

^A tant obscur, qui est la cour, à son avis ; mais il J

À ne peut trouver de passage ; il va et vient, et de J

j^i. tant plus il s'englue. A la fin, il se met à appeler ^^

^2i. et crier qu'on lui portât de la chandelle. Il se ^^

^^ mettoit à hucher, puis se reposoit ; plus il ^^

-î-^' huchoit et moins on s'en soucioit ; aussi que sa -^

^î^' voix n'étoit point entendue venant de si bas. ■\<'

"^(^ Après qu'il avoit bien crié, il se taisoit et "s***

^" écoutoit ; puis un peu après il recommençoit. -^^

'r. A la fin, ie m'éveille et je demandai ! i

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